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Séances 2018

27 janvier 2018 - Séance publique ordinaire

Monsieur le Président,

Madame et Monsieur la Vice-Présidente et le Vice-Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

cher(e)s Collègues,

Le Professeur Jean Milaire, qui enseigna pendant plus de 30 ans l’anatomie et l’embryologie à la Faculté de Médecine de l’ULB, est décédé le 11 septembre 2017.

Il était né à Jette le 31 mars 1932.  Il a passé son enfance à Jodoigne, où son père était percepteur des postes. Après des études secondaires classiques (il avait un temps rêvé d’enseigner le latin et le grec), il entreprit des études de médecine à l’ULB qu’il réussit brillamment grâce à sa grande intelligence. Immédiatement après un service militaire ennuyeux (passé à faire des prises de sang), il fut engagé par le Professeur Albert Dalcq (1893-1973) comme assistant au Laboratoire d’Anatomie et Embryologie de la Faculté de Médecine de l’ULB, où il gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie académique, pour succéder au Professeur Dalcq en 1963, après une thèse défendue dans la même année et relative du développement des membres chez la souris et la taupe. Il partagea ainsi en alternance les cours d’anatomie et d’embryologie successivement avec Jean-Jules Pasteels (1906-1991), Jacques Mulnard (1922-2014), puis enfin Marcel Rooze.

Des générations d’étudiants gardent en mémoire ses cours admirablement préparés, très systématiques, n’épargnant pas le moindre détail, illustrés par des dessins soigneusement élaborés, et dont l’exhaustivité dispensait souvent l’étudiant de consulter des sources bibliographiques extérieures.

Sa connaissance sans faille de la langue anglaise (qu’il pratiquait avec un accent « oxfordien ») et de l’allemand lui permettait de consulter des sources variées qui contribuaient à forger des cours très bien documentés.

Il a laissé à notre laboratoire des supports de cours exemplaires, et des séquences filmées qui permettent parfois d’entendre encore sa voix résonner dans les amphithéâtres, à la surprise des anciens qui passent dans le couloir.

Ses examens oraux étaient approfondis et assez longs ; les détails étaient explorés ad libitum, mais l’homme était foncièrement bon, et les notes correspondaient fort bien aux performances des étudiants, sans surprise ni emportement.

Il participait systématiquement à toutes les séances de travaux pratiques, et n’hésitait pas à reprendre publiquement les assistants qui eussent commis une erreur dans un exposé d’ostéologie, ce qui rendait l’exercice assez périlleux pour les jeunes collaborateurs contraints de faire une introduction en sa présence.

Dépourvu de réelle expérience clinique, il s’est cependant investi avec succès dans des cours de post-graduat, pour lesquels il n’hésitait pas à requérir l’aide nécessaire auprès des médecins spécialistes.

Au plan scientifique, Jean Milaire était un spécialiste international du développement des membres. Il était mondialement connu pour ses travaux dans ce domaine et il a défini des concepts majeurs, comme le « foyer pré-axial primaire » d’apoptose, responsable de l’absence de doigts au-delà du pouce. Il a ainsi exploré le développement des membres chez de nombreuses espèces mammaliennes et reptiliennes, à la fois dans des situations normales et tératologiques, ce qui lui valait une compétence rare dans l’interprétation des malformations des membres dans l’espèce humaine. Il a publié de très nombreux articles scientifiques dans nombre de revues de grand prestige, sans négliger des textes de vulgarisation. Pionnier de l’histochimie du développement, il a anticipé grâce à des méthodes classiques les découvertes qui suivirent dans le champ de la génétique du développement.

Précocement orienté vers l’histochimie par son maître Albert Dalcq, il s’est d’abord attaché à décrire les modalités morphologiques et cytochimiques du développement des membres chez de nombreuses espèces. Aux observations faites sur coupes, il a ajouté des données issues de la culture in vitro, outil qui lui a permis de tirer des conclusions applicables à plusieurs modèles normaux et tératologiques. Il a largement contribué à la connaissance du rôle de la crête ectodermique apicale, qui, comme on le sait, contrôle la différenciation du mésoderme sous-jacent. Il a pu lier l’activité proliférative du mésoderme à l’intégrité de la crête apicale, et a de surcroît démontré que la syndactylie liée à l’administration d’hadacidine s’accompagne d’une hypertrophie de la crête apicale. Il en va de même dans le cas d’exposition au méthyl-triazène, agent alkylant, qui, outre son effet sur la crête apicale, entraîne une désorganisation du pattern nerveux du membre. Il a pu également analyser la contribution des somites au développement du membre. Outre leur effet inducteur, ils génèrent les myocytes du bourgeon.  Mais sa contribution la plus magistrale concerne le rôle du processus connu actuellement sous le nom d’apoptose, appelé à l’époque nécrose morphogène. Il en a établi le recensement précis des sites pendant le développement normal et anormal du bourgeon de membre, et a décrit pour la première fois le « foyer pré-axial primaire », qui répond de l’absence de doigt en avant du pouce. La taupe, qui possède un pré-hallux, est dépourvue de ce foyer de mort cellulaire. Jean Milaire a conclu de diverses observations que l’absence de cette zone d’apoptose était responsable d’une polydactylie préaxiale. En décrivant ce foyer, il a touché du doigt les processus fondamentaux de régulation du développement du membre, et un mécanisme-clé de l’évolution qui a progressivement réduit le nombre de doigts des tétrapodes à partir des premiers amphibiens issus des sarcoptérygiens.

Il a également démontré que les débris apoptotiques, phagocytés par les macrophages, retournaient dans la circulation embryonnaire via le sinus veineux marginal.

Pilier de l’histo-enzymolologie embryonnaire, Jean Milaire a effectué de nombreuses observations dans un domaine qu’il appelait l’ « histochimie panoramique », notamment appliquée à la céphalogenèse et bien sûr au développement des membres.

Il a enfin contribué à la connaissance de nombreux modèles tératologiques du développement des membres, tant génétiques qu’induits : hémimélie dominante, syndactylie post-axiale, administration conjointe d’acétazolamide et de sulfate de cadmium, de cytosine-arabinoside, et de méthyl-triazène, déjà cité.

Il a en outre rédigé quelques monographies savantes dans le domaine de l’histochimie embryonnaire, et a traduit en langue française des traités didactiques dans les domaine de l’anatomie, de l’embryologie et de la chirurgie.

Elu correspondant de notre Compagnie en 1979,  passé membre titulaire en 1992 et admis à l’honorariat en 1999, il y a fait quelques lectures remarquables dans son champ de recherches.

Il a fréquenté au début de sa carrière les congrès annuels de l’Association des Anatomistes, et a présidé en 1991 un congrès de l’European Teratology Society.

Pendant de longues années, il a été rédacteur en chef des « Archives de Biologie ».

Formé lui-même notamment par Albert Dalcq et François Twiesselmann (1910-1999), il a contribué à l’instruction de nombreuses générations de jeunes anatomistes, et les titulaires actuels lui doivent leurs modestes compétences.

Il fut le promoteur de nombreuses thèses d’agrégation, dont celles de Françoise Bremer (où il fut remplacé par Marcel Rooze lors de sa retraite), Madeleine Lejour, Jean-Jacques Houben, Marcel Rooze et l’auteur de ces lignes.

Les tâches administratives ne lui convenaient guère ; il fut cependant directeur du Laboratoire d’Anatomie et Embryologie de 1987 (retraite de Jacques Mulnard) à son départ anticipé en 1995. Il fut aussi brièvement Vice-Président de notre Faculté, sous la présidence de son ami Raymond Mayer. Il dut gérer avec Marcel Rooze les mesures relatives au déménagement du service d’anatomie de la Porte de Hal au Campus Erasme.

C’était un homme foncièrement timide (ses débuts d’enseignant furent difficiles), dont le comportement était fortement contrôlé, voire ritualisé. Il pouvait apparaître assez distant et mal à l’aise avec autrui, mais il se montrait fort chaleureux dans l’intimité. Il fuyait les conflits. Il était doté d’une forme d’humour que l’on qualifierait d’ «anglais », dont il faisait souvent preuve dans les conversations avec ses collaborateurs.  Son centre d’intérêt prédominant était sa discipline, mais il savait aussi discourir de son intérêt pour les romans policiers, avec une prédilection pour Sherlock Holmes et le Commissaire Maigret. Sa compétence en la matière lui a permis de construire quelques sketches mémorables aux banquets des étudiants, où il interprétait entre autres ces deux augustes personnages, avec son collègue Jacques Mulnard, lui-même interprète régulier du Dr Watson. Il était aussi un pianiste talentueux, et un latiniste averti.

Outre ses séjours dans son appartement de Wenduine, et ses escapades bretonnes en caravane, il aimait se retrouver dans la nature emplie de quiétude du Valais suisse ou des Alpes autrichiennes.

La fin de sa carrière fut endeuillée par le décès accidentel de son fils. Il y eut un Jean Milaire « d’avant » et un Jean Milaire « d’après ».

Sa vie obscurcie par le deuil, et d’autre part les contraintes bureaucratiques de l’université et de sa charge de directeur du laboratoire l’incitèrent à prendre sa retraite anticipée en 1995.

Il n’oublia cependant pas ses centres d’intérêt, car il rédigea encore quelques contributions scientifiques et se livra à des traductions d’ouvrages didactiques (en collaboration avec Antoine Dhem, son alter ego de l’UCL, et Henri Alexandre, élève de Jean Brachet, et ancien Doyen de la Faculté de Médecine de l’Université de Mons), tout en s’éloignant du laboratoire, dont il prenait parfois des nouvelles lors de coups de téléphone de plus en plus rares.

Sa santé s’était progressivement dégradée ; la situation s’aggrava par le décès de son épouse, et il s’est éteint paisiblement.

Son souvenir restera très longtemps encore présent dans les couloirs de notre service et dans les mémoires des anciens étudiants. Personne n’oubliera sa grande silhouette aux cheveux blancs et sa voix de baryton, ni le long bâton de bambou qu’il manipulait avec adresse pendant ses cours pour commenter les diapositives.

Nous assurons ses deux filles Michèle et Marianne et ses petits-enfants Sophie, Martin, Louise et Tom de notre soutien dans cette triste épreuve.

Michel MORANGE (Directeur du Centre Cavaillès des Sciences de l’Ens - Paris), membre étranger.               

L’épigénétique connaît un grand succès, justifié par la richesse de ses mécanismes, son importance dans le contrôle du développement embryonnaire et de la différenciation cellulaire, ainsi que par son rôle potentiel dans le développement de certaines pathologies. Une raison supplémentaire de son succès, en particulier auprès du grand public, est qu’elle semble abolir les contraintes du déterminisme génétique.
Mon objectif sera de décrire les origines du déterminisme génétique, puis sin histoire longue et complexe. Je montrerai en quoi il consiste, et les limites qui lui ont été assignées par l’accroissement des connaissances au niveau moléculaire. 
L’épigénétique a aussi une histoire complexe dont la connaissance est nécessaire pour comprendre la multiplicité des significations attribuées au terme épigénétique. L’épigénétique n’est pas une alternative à la génétique, mais un complément de celle-ci, qui a pris de multiples visages au cours de l’histoire de la vie. L’épigénétique ne libère pas plus que la génétique n’asservit.

Pascal FERRÉ (Faculté de Médecine – Université Pierre et Marie Curie, Paris), membre étranger.                

L'organisme doit s'adapter en permanence à l'environnement nutritionnel afin de satisfaire ses besoins énergétiques. En période d'abondance, il stocke des glucides sous la forme d'un polymère de glucose, le glycogène et quand les réserves de glycogène sont remplies, il peut transformer en lipides les glucides alimentaires en excès par une voie métabolique hépatique que l'on appelle la lipogénèse. C'est cette voie métabolique que l'on utilise chez les palmipèdes pour leur faire produire du foie gras (stéatose hépatique). La lipogénèse est contrôlée à un niveau post-traductionnel mais également transcriptionnel par un programme génique activé par l'insuline sécrétée au moment des repas et par des concentrations élevées de glucose. Nous décrirons les principaux mécanismes moléculaires impliqués et en particulier le rôle des facteurs de transcription ChREBP (Carbohydrate Response Element Binding Protein) et SREBP-1c (Sterol Regulatory Element Binding protein-1c). La plupart des individus obèses présentent une stéatose hépatique qui peut être la porte d'entrée de la stéato-hépatite (inflammation) et de la fibrose. Nous montrerons dans des modèles animaux d'obésité que la lipogénèse est alors activée par un autre mécanisme appelé "unfolded protein response" et qui met en jeu le stress du reticulum endoplasmique.

 

                                    

 

Philippe LAMBIN (Head of the Department of Radiation Oncology – University Hospital of Maastricht), invité.     

L’approche « radiomique» est une technologie de rupture basée sur un logiciel original permettant d’extraire plusieurs milliers de « signatures Radiomiques » d’une image médicale traditionnelle (Regardez notre animation: https://youtu.be/Tq980GEVP0Y ). Cette approche transforme des images médicales en données massives quantitatives dans un premier temps puis en connaissances applicables dans un deuxième temps. L’ambition est de faciliter le diagnostic et le traitement correct pour chaque patient grâce à l’imagerie quantitative. Ces signatures ont une valeur diagnostique, pronostique ou prédictive, parfois corrélé à la biologie des tumeurs. En outre, nous avons développé une solution permettant d’analyser des milliers d’images médicales sans que celles-ci ne quittent l’hôpital d’origine ce qui solutionne le défi de la protection de la vie privées des patients.

 

 

                                   

 

 

Madame la Présidente, Chère Danielle,

Monsieur le Secrétaire perpétuel, Cher Jean-Michel,

Chères amies et amis membres du Bureau,

Chères collègues et chers collègues,

L’alternance est un des fondements de la démocratie.

C’est bien un exercice de démocratie auquel se livre chaque année en janvier notre Compagnie.

Continuité et renouvellement  sont en effet garantis par ses Statuts  et la diversité par la tacite alternance entre les universités. L’Académie royale de Médecine est en effet une institution d’une grande sagesse qui imprègne ses Statuts et ses usages.

J’avais recommandé il y a un mois aux nouveaux membres de notre Compagnie concision, allocentrisme - le contraire de narcissisme -, travail et indépendance. Il convient qu’aujourd’hui, je montre l’exemple, singulièrement celui de la concision.

En conséquence, je ne m’autorise aucune diapositive et seulement quatre minutes.

Ma première réflexion concerne la recherche et les hypothèques que font peser sur elle le lent étiolement de son financement auquel nous assistons depuis quelques années.

La fragmentation horizontale et verticale des institutions de ce pays permet à chaque responsable politique de confier soit au voisin d’à côté – fragmentation verticale – soit au  voisin du dessous ou du dessous – fragmentation horizontale – la responsabilité de financer la recherche. Au point que, faute de perspectives, il devient quasi malhonnête d’orienter des jeunes vers des filières d’études dont le débouché principal est la recherche.

Dans le récent petit ouvrage de Michel Serres, « C’était mieux avant », je lis à la page 92 une citation de Max Planck, lauréat du Prix Nobel de physique en 1918, l'un des fondateurs de la mécanique quantique. La citation est la suivante : « Ce n’est pas parce que les expériences et les théories de la physique se vérifient que la science progresse, mais parce que la génération précédente vient de prendre sa retraite ».

Tarir aujourd’hui le renouvellement des chercheurs, c’est préparer la décadence de demain. Les responsables d’aujourd’hui sont les coupables de demain.

L’Académie a le devoir d’être vigilante et de dénoncer.

La recherche est une démarche complexe dont la technologie, les techniques et les méthodes  font la puissance mais aussi les limites. L’indispensable interdisciplinarité impose à chacun de connaître et comprendre ce qui se passe dans les domaines qui ne sont pas le sien. Ceci n’est possible que si l’enseignement y prépare car on ne comble jamais les lacunes de l’enseignement. Recherche et enseignement sont absolument indissociables notamment  parce que les chercheurs d’aujourd’hui sont les enseignants de demain. Moins de chercheurs aujourd’hui, c’est un moins bon enseignement demain.

La deuxième réflexion que je vous livre au titre de Président  en situation d’imminente apoptose, est donc celle de l’indispensable complémentarité de l’enseignement et de la recherche. Je le souligne au moment où, dans les universités et les hôpitaux universitaires, j’entends plutôt parler d’inconciliable complémentarité.  La spécificité de l’enseignement universitaire est  que la science y est enseignée par ceux qui la font. La spécificité de la pratique clinique universitaire est  que l’on y soigne en enseignant et que l’on y  soigne en cherchant.

Mon propos, la complémentarité de l’enseignement et de la recherche, est particulièrement pertinent pour l’enseignement des sciences fondamentales, les enseignements du début du cursus, qu’il s’agisse de la médecine, de la dentisterie, de la pharmacie ou de la médecine vétérinaire. Cet enseignement est confronté au risque, excusez le néologisme, de « siloïsation » soit un cloisonnement entre les niveaux cellulaire et moléculaire d’une part,   systémique de l’autre. Cet enseignement qui navigue en permanence entre complexité et détail, doit montrer que si les maladies se manifestent souvent par des dérèglements de systèmes, elles n’en sont pas moins la conséquence de dérèglements moléculaires. Les maniaques de la recherche translationnelle veulent des résultats, des spins offs et des essais cliniques  quand nous ignorons tout du déterminisme moléculaire d’un grand nombre d’affections. La révolution de la génétique moléculaire a permis de préciser les questions bien davantage que d’apporter des réponses car nous ignorons le plus souvent le chemin moléculaire qui va du gène et de la protéine anormale au phénotype clinique. Par exemple, beaucoup de maladies neurodégénératives sont parfois génétiques et plus  souvent sporadiques mais la découverte des gènes mutés dans les formes génétiques n’a pas encore conduit à la compréhension des mécanismes notamment  des formes sporadiques ni à leur traitement ni, objectif ultime, à leur prévention. Nous ne comprenons que rarement le pourquoi et souvent seulement des morceaux de comment, en quelque sorte des lambeaux de physiopathologie. La sémiologie de ces affections est certes la conséquence de dysfonctionnements de circuits neuronaux mais ils  ne sont eux mêmes que  la conséquence et non la cause de la maladie. Et à vrai dire la traduction sémiologique du dysfonctionnement des circuits neuronaux est elle-même complexe car modulée en permanence par la plasticité. Un raisonnement analogue vaut pour tous les domaines de la médecine.

Autorisez-moi, pour conclure cette présidence, l’outrecuidance de cinq recommandations:

1. La recherche est toujours préclinique et la distinction entre recherche fondamentale et recherche préclinique n’est, et je ne veux pas heurter, qu’économique. L’histoire de la science déborde d’exemples de progrès médicaux majeurs issus d’une recherche fondamentale dont ce n’était pas l’objectif. Il faut défendre la recherche fondamentale parce qu’elle  est la source principale du savoir et qu’elle est menacée.

2. Nous devons veiller à l’enseignement de la science à défaut de quoi nous ne formerons que des professionnels de l’instant voire de l’éphémère, incapables de comprendre et de contribuer au progrès du savoir, fondement exclusif  du progrès de la médecine.

3. L’enseignement clinique participe de cette démarche et  le clinicien enseignant doit aussi  lorsqu’il est au lit du malade, discuter de ce que nous ne comprenons pas et pas seulement de ce que nous comprenons. C’est aussi le cas de la vraie recherche clinique qui aide à poser les bonnes questions. Nous devons être les apôtres de la complémentarité que j’évoquais il y a un instant. Des progrès majeurs sont issus d’observations cliniques astucieuses et après tout, les maladies génétiques humaines sont de la transgenèse spontanée.

4. Cette intégration de l’enseignement, de la recherche et de la clinique est une démarche humaniste en ce qu’elle forme à la critique, à la lucidité et à la mise en perspective. Les facultés n’ont pas seulement un devoir de formation et elles ont aussi un devoir d’éducation. La médecine clinique avec son interprétation subtile des propos et réponses du patient et son examen physique raffiné, pas plus que le colloque singulier ne peuvent être remplacés par des robots quand bien même ceux-ci seraient capables de réaliser tous les examens médico-techniques et de proposer la plupart des traitements.

5. Mais il est par ailleurs essentiel d’enseigner et de former aux évolutions technologiques récentes (numérisation, big data, intelligence artificielle) si nous voulons garder une recherche et une pratique de niveau international.  Ce sera l’objet d’un colloque organisé non par l ‘académie mais par les académiciens. Nous vous avons écrit récemment à ce propos.

Madame la Présidente,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chères amies,

Chers amis,

J’ai éprouvé un immense plaisir à contribuer aux travaux de notre Compagnie où j’ai rencontré des personnalités impressionnantes. Je vous souhaite une fabuleuse année 2018. Elle sera, je n’en doute pas, un grand millésime académique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chères Collègues,

Chers Collègues,

Mesdames,

Messieurs,

Le futur se construit en respectant le passé et je ne puis occuper cette présidence sans commencer à évoquer la mémoire ou remercier ceux qui ont joué un rôle décisif dans ma carrière médicale et académique. Je salue avec émotion un ancien président de notre Compagnie, Louis Jeanmart, qui fut celui qui m’offrit la liberté de développer avec passion une discipline qui connut un développement technologique extraordinaire : la neuroradiologie. Oui, les neurosciences se succèdent à cette tribune et je salue mon prédécesseur Gustave Moonen à qui j’ai le privilège de succéder. Mes remerciements à  Jacques Brotchi avec lequel j’ai pu partager une carrière hospitalière et de chercheur clinique passionnante! Bonheur de découvrir un neurochirurgien appréciant et encourageant le dialogue avec tous ses collègues : valeur de l’interdisciplinarité…

Ceci m’amène a la question de savoir ce que nous venons faire dans cette Académie ? Notre présence ici témoigne de notre engagement à partager l’excellence de nos connaissances et découvertes, à soutenir la recherche, notre passion à défendre une bonne formation de ceux qui nous succéderont. Tout cela je l’ai appris, entre autres, grâce à nos Secrétaires perpétuels que je tiens à saluer : János Frühling avec lequel j’ai partagé un enseignement en imagerie médicale et qui fut un véritable ami. Il sut rajeunir notre Compagnie, la pousser a se féminiser. Surprise de découvrir la joie de travailler comme membre du Bureau avec Augustin Ferrant, pragmatique avant tout, et dont l’ouverture d’esprit m’a impressionnée. Enfin, mes remerciements à Jean-Michel Foidart qui, comme ses prédécesseurs, assume le rôle de « cerveau et de cœur » de l’Académie et œuvre sans relâche pour activer les travaux de notre Compagnie, en particulier lors de séances de Bureau. Je n’oublierai pas Jacques Melin dont je fus seconde vice-présidente et sus gagner le respect parfois humoriste. Que soient ici remerciés également tous les membres des différents Bureaux auxquels j’ai participé pour leur écoute et participation bienveillante, toujours constructive et collégiale.

Les sujets de préoccupations et de travaux de l’Académie sont nombreux et vous les connaissez. Le travail est immense et je retiendrai ce jour ceux qui me tiennent particulièrement a cœur : organiser nos réunions, préparer des symposia faisant le point sur des sujets d’actualité. Sont déjà prévus, le symposium consacré a la  médecine liée aux attentats et pour novembre, un important symposium consacré a l’enseignement de la médecine coordonné par Gustave Moonen : à ce sujet, je remercie les nombreux membres de la Compagnie qui nous ont déjà envoyé réflexions et recommandations. L’aire des big data et de l’intelligence artificielle bouleverse fondamentalement l’accès a la connaissance : nous devrons enseigner en priorité comment utiliser ces nouveaux outils. Apprendre à apprendre et à utiliser ces nouvelles techniques pour avoir plus de temps pour l’humain : on peut toujours rêver...

L’Académie travaille et il faut que nos avis soient entendus : plus de visibilité, souligner l’apport d’une institution qui se réclame de l’excellence, de compétences diverses et étendues à tous les sujets concernant la médecine, d’une diversité non politisée, et qui se veut sage et totalement indépendante.

Les relations avec la KAGB doivent être maintenues et je tiens à continuer les démarches afin d’œuvrer ensemble.  Particulièrement important et urgent est de  finaliser le texte commun ARMB-KAGB sur le rôle de l’Académie royale de Médecine de Belgique et de la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België » comme organes consultatifs fédéraux…

Les relations avec les autres Académies, devraient me semble-t-il, être renforcées et en particulier l’Académie thérésienne. La participation de notre Académie au Collège Belgique témoigne de ce souhait de collaboration fructueuse. 

D’autres thèmes importants sont les réflexions d’ordre éthique et, tout particulièrement, ceux liés au vieillissement et aux maladies cérébrales incurables, sans parler des progrès de la génétique. 

Le monde des connaissances évolue rapidement et j’aimerais suggérer l’addition d’une rubrique courte en fin de nos séances, qui serait consacrée à des nouvelles découvertes ou informations médicales exceptionnelles... à présenter par un de nos membres ?

La recherche médicale, les problèmes économiques engendrés par l’explosion technologique, la bioéthique  sont d’autres thèmes de préoccupation lancinants, mais je ne puis tous les discuter dans cette courte allocution. Ce qui me tient le plus à cœur est d’œuvrer à ce que notre médecine soit humaine et humaniste. 

Gustave Moonen, dans son allocution de bienvenue aux nouveaux membres, a souligné  que si l’Académie tendait vers l’équilibre des genres, il n’y avait pas d’autre recommandation que celle de l’excellence…  et j’ajouterai, de l’attachement à notre Compagnie.

C’est donc avec beaucoup de plaisir que je succède à Jeanine Stiennon comme deuxième Présidente de notre Académie.

Pour terminer, j’aimerais partager ma devise qui me tient à cœur : « Si tu te prends au sérieux, n’oublie pas d’en rire ».

 

 

 

24 février 2018 - Séance publique ordinaire

Le Professeur Roland Bernard est né à Saint-Gilles le 2 mars 1929 et il est décédé le 18 juin 2017 à Anderlecht à l’âge de 88 ans.

Il est diplômé docteur en médecine en juin 1954 à l’ULB et il se destine d’emblée à l’étude de la Cardiologie. Il s’inscrit au post-graduat de Cardiologie créé par le Professeur Jean Lequime en 1952 à l’Hôpital Saint-Pierre.

Il termine cet enseignement de troisième cycle en 1957 avec grande distinction et décide de poursuivre ses études à l’Institut National de Cardiologie de Mexico où il obtient le diplôme de Radiologie cardio-vasculaire, Electrocardiographie clinique et Electrocardiographie supérieure. Sa formation se poursuit en 1958 aux USA successivement trois mois à la Mayo Clinic puis trois mois à la Harvard Medical School. A leur retour, le Professeur et Madame Bernard sont accueillis par leur famille et le Professeur Jean Lequime à l’aéroport comme de véritables stars. Il est engagé dans le service de Cardiologie de l’Hôpital Saint-Pierre où il va mener une brillante carrière académique, terminant celle-ci comme chef de service en 1994.

La carrière scientifique

Le Professeur Bernard manifeste très tôt un intérêt majeur pour la recherche scientifique et il publie son premier article scientifique comme co-auteur avec le Professeur Marcel Vastesaeger en 1957 dans la revue Acta Cardiologica.

Il se consacre avec passion à l’étude de la maladie coronaire qui à l’époque est un véritable fléau, responsable d’une importante morbi-mortalité. La mort subite par fibrillation ventriculaire (FV) est d’autant plus regrettable qu’il existe un nouveau traitement, le choc électrique externe mais il doit être pratiqué le plus vite possible.

Il consacre alors une énergie considérable pour créer une Unité coronaire modèle à l’Hôpital Saint-Pierre et développer un système de détection précoce de la FV.

« La surveillance en temps réel par ordinateur des troubles du rythme cardiaque » est le sujet de sa thèse d’agrégation à l’enseignement supérieur qu’il défend publiquement en mars 1974 à l’ULB et présente une leçon intitulée « La mort subite ».

Les travaux scientifiques du Professeur Bernard comportent plus de 150 publications et quatre livres concernant des domaines tels que les troubles du rythme cardiaque, les facteurs pronostiques de l’infarctus myocardique, la tolérance hémodynamique des antiarythmiques, le traitement de l’infarctus myocardique aigu et de l’insuffisance cardiaque. La plupart sont publiés dans des journaux prestigieux tels que le Lancet, British Heart J., Eur. Heart J., J. of Cardiovascular Pharmacology, Chest, etc.

1.  Les troubles du rythme cardiaque

Ces travaux se concentrent sur la reconnaissance précoce de la FV primaire à la phase aiguë de l’infarctus myocardique permettant une réduction importante de la mortalité précoce et un bon pronostic à long terme.

2.  Facteurs pronostiques de l’infarctus myocardique

Le Prof. Bernard contribue à un important travail collectif qui révèle les facteurs prédictifs précoces de mortalité à deux mois (Eur Heart J 1986) et à un an (Br Heart J 1988). Ces travaux soulignent l’importance de la taille de l’infarctus comme élément pronostique majeur.

3.  La tolérance hémodynamique des antiarythmiques de classe I

 Le Professeur Bernard est reconnu comme un spécialiste de ce domaine et en particulier de drogues telles que la xylocaïne, l’ajmaline, la méxiletine, le lorcaïnide, l’indecaïnide et le tocaïnide.

4.  Le traitement de l’infarctus myocardique aigu

Dès la fin des années septante, le traitement de l’infarctus myocardique connaît une évolution extrêmement rapide et le Professeur Bernard y contribue modestement par ses travaux. En particulier dans le domaine de la reperfusion coronaire par fibrinolyse (Lancet 1985), le choc cardiogénique et la contrepulsion intra-aortique, la dobutamine dans l’insuffisance cardiaque, etc.

5.  L’insuffisance cardiaque

L’Unité coronaire est un véritable laboratoire d’étude de l’hémodynamique de l’insuffisance cardiaque aiguë et chronique. Le Prof. Bernard contribue par ses travaux à l’amélioration de la compréhension des mécanismes physiopathologiques et du traitement. Il étudie tout particulièrement des drogues inotropes telles que la dobutamine, l’enoximone, le pimobendane, etc.

L’enseignement

Le Professeur Bernard enseigne au post-graduat de Cardiologie l’électrocardiographie, les techniques de réanimation cardiaque et la pharmacologie clinique ; de même au graduat, le certificat d’électrocardiograpie. Il faut également souligner ses qualités exceptionnelles de pédagogue dans l’enseignement au lit du malade.

Ses réalisations

1.  L’Unité coronaire

En 1974, le Professeur Bernard inaugure l’Unité coronaire de l’Hôpital Saint-Pierre. Cette unité est  un modèle d’innovation (surveillance par ordinateur,…) inspiré de ses voyages au Thorax Centrum de Rotterdam et de l’Université d’Edinbourg.

Il consacre une énergie considérable à la formation des infirmières spécialisées dont il perçoit leur   rôle essentiel et il publie un livre qui leur est consacré « L’infirmière et l’infarctus du myocarde ».

2.  La chirurgie cardiaque

    Il mène un combat difficile mais avec persévérance et habileté pour convaincre les autorités hospitalières du caractère indispensable de développer la chirurgie cardiaque dans un hôpital du centre d’une grande ville où l’urgence est sa vocation première.

Les activités privilégiées

Les grandes qualités humaines et scientifiques du Professeur Bernard lui ouvrent de nombreuses portes : membre de la Commission « recherche clinique » du Fonds National de la Recherche Scientifique, conseiller à l’Organisation Mondiale de la Santé, président du Comité Scientifique Consultatif de la Ligue Cardiologique Belge,…

Il accepte également la présidence de plusieurs fondations scientifiques (Fondation Loïc, Fondation Bekales, Fondation Rylant). A l’Hôpital Saint-Pierre il devient Président du Conseil Médical.

A l’Académie royale de Médecine de Belgique, il est élu membre correspondant régnicole en 1992, membre titulaire en 1997 et membre honoraire le 13 juin 2008. En 1996 il participe à la rédaction d’un rapport sur les pacemakers qui va secouer la communauté des cardiologues belges et conduire à une amélioration des pratiques.

L’homme

Le Professeur Roland Bernard est un homme énergique, volontaire, créatif et habile dans la réalisation de ses projets. Son élégance et sa gentillesse naturelle séduisent ses amis, ses collègues et surtout ses élèves qui lui vouent une estime et une loyauté sans faille. Ces qualités sont restées intactes et son amitié fidèle jusqu’au dernier jour.

L’artiste

Roland Bernard est un homme raffiné qui aime l’Art sous toutes ses formes. Après sa retraite, il s’investit dans l’étude de la Peinture qu’il affectionne tout particulièrement. Son travail assidu et les conseils de maîtres reconnus contribuent à une production artistique de grande qualité.

Le Professeur Bernard est un Cardiologue qui a consacré une énergie considérable à défendre ses convictions, son hôpital et ceux qu’il appréciait. Ces réalisations n’ont été possible que par le soutient et l’amour de son épouse et de ses enfants pendant toutes ces années.

Du fond du cœur nous vous en remercions.

Andrea R. GENAZZANI (Université de Pise – Italie), membre étranger.                   

The last century was just ending and the general consent toward Hormone Replacement Therapy of the Menopause growed sustained by the general perception from the greatest part of scientific data that this therapy, in addition to the efficacy of the treatment of menopausal symptoms, have also a positive impact in the prevention of Cardiovascular diseases, the major cause of women mortality.

Some concern however were still present at that time for the negative impact on breast cancer with an increased relative risk which varied from treatment to treatment on the basis of the substances used, mainly the progestogens, and also on the basis of the way of administration of estrogens with the Oral route showing the greatest negative impact, while transdermal administration and the use of natural progesterone were not associated to any particular increase of the natural breast cancer risk.

This was the moment (J. Am. Med. Assoc. 2002; 288: 321–333) when the WHI study results were published… in the first version!

After that nothing remained the same: the media (TV, Journals, Magazines etc.) diffused the news that the Hormone Replacement Therapy represent a risk for Women’s Health, without any doubt that the WHI study represent the TRUTH !! 

The very important media impact and a great attention to media’s information, more than to the scientific data, were the major results of the WHI study.

This was evident since the moment when WHI study results were presented to the public at NIH in Bethesda during a two days meeting in September 2001.

In a full consensus environment with tenth of speakers showing data who stigmatize the role of Hormone replacement Therapy of the Menopause where the treatment (Conjugated Equine Estrogens 0,625 mg and Medroxy Progesterone Acetate 2,5 mg) given in comparison to placebo for more than 7 years apparently increased the Cardiovascular risk, the Breast Cancer risk, the Cerebrovascular risk, the Alzheimer disease risk.. in a population ranging from 50 to 79 years, where the Menopause symptomatic women were nearly totally excluded.

Only few persons at that meeting and in particular Sindney Shapiro, Epidemiologist, and myself , as Past President of the International Menopause Society, had official concerns regarding the study, the results the validity and their interpretation.

Sidney criticized the epidemiological design and lack of consideration of the very important movements inside to the groups of treated and controls and the lack of symptomatic individuals with an extraordinary number of aged person treated many years after the Menopause.

I presented my concern for the quality of treated individual, the exclusion of the symptomatic, the inclusion of aged population starting treatments many years after menopause, and the extraordinary abundance of overweight, obese patients and individuals with already existing cardiovascular diseases not properly treated.

Our comments were totally denied by the audience, who was more opened to accept without any criticism the immense flow of data presented by the WHI investigators.

In an editorial (Gynecol Endocrinol. 2002 Aug;16(4):255-7) that I wrote immediately after WHI study publication, I expressed my doubts on the validity of the study, as a study on the effect of Hormone Replacement Therapy for the treatment of the Menopause. The WHI in fact was showing the effects of a specific hormone association therapy (CEE plus MPA) in women starting the treatment from 50 to 79 year, for a period of more than 7 years, when the study was interrupted. The data arising from that study were given to the large public, not as a treatment on an aging population but as for a specific treatment for the menopause symptoms therapy, without any consideration on the fact that in these women menopause can happen one month or more than 20 years before the beginning of treatment.

The time since the Menopause was so different that when the same authors in further studies examined the impact according to the time from menopause (less than 10 years, between 10 and 20 years and more than 20 years) , the group of patients closer to menopause in fact also in the WHI study, showed a positive effect of hormone therapy even in the risk that they were claiming on for hormonal therapy.

Millions of women all around the world interrupted their treatment, the major companies producing Hormone Replacement Therapy made bankrumpt or were sold to other companies, researchers, employees and workers were dismissed, and a misogynist crusade against hormone use in women started in all Countries.

The general ignorance of hormone effects, the lack of culture and mainly the fear associated to the ignorance, were the major actors in our scenario.

Since the interruption of hormone therapy and the denial to prescribe this treatments after menopause, the number of osteoporotic fractures, myocardial infarct, Alzheimer diseases, depression and all other diseases linked to the women lack of sex steroids, increased suddenly all over the world.

In Europe we activated new studies and we exploited the Women’s Health National registries data, such as in Denmark and Finland, which allowed us to publish studies, demonstrating that treating symptomatic women since the moment of Menopause with Estradiol (the European Estrogen), and different gestagens (with the exclusion of MPA) or micronized progeterone, the impact on cardiovascular system was clearly protective and same for brain and all other body organs and tissues.

Also for the breast, the use of hormones selected for women by nature, was free of additional risk.

Human life start surrounded and protected by sex steroids and these substances continues their positive impact on cell biology during all life.

The Americans were obliged to reanalyse their results, and some group started providing new date showing that a critical factor is to start the hormone therapy as earlier as possible, even before menopause and others have also agreed that the quality of progestogens can make the difference mainly for the breast effects of these treatments.

Now, a new sunrise is facing us: hormone therapy with estradiol, manly for transdermal route of administration, and with micronized progesterone represents for the greatest majority of women the proper way to correct the symptoms of the menopause and to protect all steroid sensitive organs from the impact of the hormone withdrawal of the menopause.

The length of treatment have to be individualized according to the personal needs and general timing is normally over 10 to 15 years (Nat Rev Endocrinol. 2013 Jan;9(1):5-6 ) .

In addition to the general therapy, local treatments can be associated to enhance the effects on genital tract according to the needs, to improve vulvo vaginal atrophy and to protect women sexual life.

And this is not the last word… from the most recent studies, other substances appears to increase the women protection and to reduce their natural risks… Estetrol, the Estrogen protecting mother and fetus during pregnancy, clearly shows its possibilities and advantages in the use in women therapies…. now in contraception and in the very close future in Post-Menopause therapy.

The G-D smile appears again between… the courtains.

References:

1. Writing Group for the Women’s Health Initiative Investigators. Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women: principal results from the Women’s Health Initiative randomized controlled trial, J. Am. Med. Assoc.; 288:321–333, 2002. 

2. Genazzani AR, Gambacciani M., A personal initiative for women’s health: to challenge the Women’s Health Initiative, Gynecol. Endocrinol.; 16:255–257, 2002. 

3. Nat. Rev. Endocrinol. 2013 Jan;9(1):5-6. doi: 10.1038/nrendo.2012.228. Epub 2012 Nov 27. Pharmacotherapy: Benefits of menopausal hormone therapy--timing is key, Genazzani AR, Simoncini T.

 (Ont pris part à la discussion : MM. les Prs Cl. Saegerman, G. Fillet, J.E. Dumont et U. Gaspard).

Michelle NISOLLE (Service de Gynécologie-Obstétrique – ULg), membre associée.         

L’endométriose, pathologie dont l’incidence est estimée à 10% de la population féminine, devrait idéalement faire l’objet d’une prise en charge multidisciplinaire au sein de « Centres de Référence ».

En effet, elle engendre très fréquemment une infertilité et/ou des douleurs pelviennes invalidantes essentiellement en cas d’atteinte digestive ou urologique associée. Le but de la chirurgie est de réaliser l’exérèse complète des lésions même si elles infiltrent les organes pelviens avoisinants. Une information précise des complications per et postopératoires doit être donnée à la patiente lorsque le plan de soins lui est présenté.

Le Centre de Référence doit donc disposer de l’ensemble des moyens humains et d’infrastructure permettant de poser un diagnostic précoce, ainsi qu’une prise en charge optimale et adaptée à chaque patiente.

Ce Centre doit fonctionner sur la base d’une réunion de concertation pluridisciplinaire associant radiologues, chirurgiens digestifs, urologues, gynécologues-chirurgiens, gynécologues spécialistes de la procréation médicalement assistée, ainsi que des spécialistes de la douleur pelvienne chronique.

Une approche multidisciplinaire de l’endométriose permettrait de garantir de meilleurs résultats en termes de douleurs et de fertilité. Au même titre que pour l’oncologie, un plan « Endométriose » devrait être encouragé même s’il s’agit d’une pathologie bénigne mais dont les répercussions peuvent être majeures au sein d’un couple.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs M. Lamy, Mme M. Cnop, Dr J.-P. Thissen et le Pr M. L'Hermite).

 

Frédéric CHANTRAINE (Service de Gynécologie-Obstétrique – ULg), invité.                 

La placentation anormalement invasive, ou en Anglais AIP (Abnormally Invasive Placenta), décrit la situation clinique où le placenta est trop adhérent à l’utérus suite à une invasion trophoblastique trop profonde. Cette pathologie crée une grande morbidité et même mortalité maternelle suite à une hémorragie massive lors de la délivrance placentaire après l’accouchement si  le diagnostic n’est pas posé auparavant. L’incidence de l’AIP augmente significativement ces dernières années, mais reste une pathologie rare qui touche ± 1/1500 grossesse. Le facteur causal de cette pathologie, une lésion de l’endomètre ou de la décidua, est attribué à la chirurgie utérine et surtout à la césarienne, qui est de plus en plus souvent pratiquée.

Une recherche proactive lors des échographies prénatales permet d’identifier les patientes à risque d’AIP. Ensuite un suivi de grossesse adapté et un accouchement planifié dans un centre de référence avec une équipe multidisciplinaire bien entrainée dans la prise charge chirurgicale et médicale de l’AIP et de l’hémorragie du post-partum permet de réduire la morbidité maternelle au maximum. Le choix du traitement se fait entre la césarienne-hystérectomie, le « maintien du placenta in situ » ou la résection élective du myomètre envahi.

Vu la gravité de la pathologie et sa relative rareté, un réseau scientifique permettant la collaboration entre experts est nécessaire pour améliorer le diagnostic prénatal, pour optimaliser la prise en charge per-partale et pour améliorer notre compréhension et la physiopathologie de l’AIP. Pour cette raison l’international Society for Abnormally Invasive Placenta (IS-AIP) a été fondé récemment à notre initiative.

(Ont pris part à la discussion : MM. Pintiaux et et Tebasche).

 

 

 

17 mars 2018 - Symposium. La Médecine face aux attentats terroristes. Deuxième anniversaire des attentants

Pierre MOLS (Chef des urgences du CHU Saint-Pierre – ULB), invité.                  

L’aide médicale urgente (AMU) se conjugue du plus simple au complexe en quatre stades. D’une part, l’urgence au quotidien et l’accident catastrophe à effets limités qui ne demandent pas de moyens supplémentaires que ce qui est prévue en temps normal. Et d’autre part, le PIM au sens historique du terme et le PIM multisites qui demandent quant à eux des moyens supplémentaires qui seront calibrés Comité de Crise en fonction des types d’évènements.

Le passage d’un PIM à un PIM multisites n’est pas simple car au départ d’un PIM on ignore s’il évoluera vers un PIM multisites. Pour cette raison la réponse aux deux situations commence par le déploiement d’un PIM normal, c’est-à-dire un envoi réflexe de trois SMURs et de cinq ambulances, l’activation de la fonction DIRMED (DIRMED et DIRMED adjoint) et de deux FIT Croix Rouge (First Intervention Team) qui doivent arriver sur les lieux endéans l’heure de leur activation.

Le passage du plan mono-site au plan multisites implique les actions supplémentaires suivantes :

Au niveau du SMUR, le DIRMED et DIRMED Adjoint ff conservent leur fonction. Ceci implique la formation et l’entraînement de toutes les équipes SMUR aux rudiments de la Médecine de Catastrophe.

Au niveau du C112 l’activation de la fiche réflexe en cas de PIM est enclenchée. Le C112 veille par ailleurs à conserver des effectifs suffisants pour répondre à l’AMU au quotidien (50% des effectifs).  Le C112 sollicite les provinces adjacentes pour déléguer l’AMU au quotidien et engager ainsi de manière plus importante les ressources locales dans le plan multisite. Ne pas oublier que la colonne des ambulances militaires de Nivelles peut être activée.

Au niveau de l’hôpital. Tous les hôpitaux de la région activent leur PUH. Tous les hôpitaux sont sécurisés par les forces de l’ordre. Tous les hôpitaux SMUR dédoublent leur SMUR dans l’heure.

Le Service d’Urgence s’organise de la manière suivante. Les urgences sont vidées de leurs patients. Les patients en cours de mise au pont sont accueillis en salle de médecine. Les services frères sont mis en alerte (Quartier opératoire, Service d’Anesthésie, Soins Intensifs, Radiologie, Laboratoire, Banque de sang, Psychologues, Pharmacie). L’accueil se délocalise près du sas d’ambulances où une zone de tri est mise en route. La salle de réanimation est préparée à la gestion de plusieurs traumatisés de front. Un anesthésiste senior s’occupe du code rouge ; un urgentiste senior coordonne la salle de réanimation et pratique le bilan échographique de chaque victime traumatique. Le responsable des urgences désigne un collègue qui constitue les équipes qui seront amenées à gérer les type de victimes (traumatisés graves, traumatisés simples, traumatisé psychologiques). Ces équipes sont en attente dans un local distinct des urgences et les membres de ces équipes sont identifiables (médecins, infirmier, étudiant, fonction AB, fonction C, bilan chirurgical). Elles sont mise en œuvre progressivement pour donner l’impression d’un service d’urgence calme.

Une salle d’accueil des U3 et des familles est activée (si possible au mess) et encadrée par des psychologues et des infirmiers (surveillance somatique). Un auditoire est mis en fonction pour communiquer avec la Presse.

La fin du PIM doit être annoncée à tous les intervenants pour retourner en fonctionnement normal.

Un débriefing immédiat des équipes d’urgence doit être organisé au premier changement d’équipe.

Des attentats du 22 mars nous pouvons dire que la réactivité globale de tous les acteurs a été très bonne.

De nouvelles fonctions ont été créées en externe (régulateur Croix Rouge au C112) et en interne (constitution d’équipes compétentes répondant à la demande (équipe de Gestion d’un traumatisé grave ; d’un blessé simple, d’un blessé psychique, …).

D’autres sont en discussion pour pouvoir disposer d’une fonction DIRMED sans aucun délai (24h/7j) au moins dans la Région de Bruxelles Capitale où se concentrent des lieux de pouvoirs (capitale de la Belgique, de la Flandre, de l’Union Européenne, l’OTAN) des manifestations à risques, de nombreux sites à risque (Gares, Métro, aéroport, Ambassades, grandes sociétés, …).

Vinncent DRUEZ (Chef de service du Centre des grands brûlés de l’IMTR), invité, et Patrick MASSAGÉ (Service de Chirurgie de la main – CHU Liège), invité. 

Les nombreux actes terroristes de ces dernières années ont bouleversé nos réflexions à propos des stratégies de planification et de prise en charge d’événements générant des afflux importants de victimes (Mass Casualties Events, MCE).

Les plans d’aide médicale urgente (Medical Intervention Plans, MIP), ont dû être mis à jour afin de s’adapter à ces événements indésirables survenant en temps de paix.  En effet, ces situations rarissimes n’avaient été jusqu’à présent que très peu prises en compte. (1)

Les lésions observées lors de ces attaques sont assez spécifiques et inhérentes à des mécanismes lésionnels aussi variés que des explosions, des plaies par armes à feu ou par armes blanches. La fréquence des traumatismes pénétrants est significative.  Ces derniers sont souvent associés à des brûlures ou des traumatismes liés à l’effet de souffle (Blast injury).  Si ces lésions sont similaires à celles observées lors d’opérations militaires, le contexte de survenue au sein d’une population civile va générer à lui seul certaines différences.  En effet, les victimes ne bénéficient d’aucune protection balistique corporelle (body armor) et présentent en outre une dispersion d’âges potentiellement beaucoup plus importante.

Au vu de la spécificité des lésions observées lors de ces attentats terroristes, Il a semblé logique que les Services de Santé Militaire soient sollicités et apportent leur expérience dans cette mise à jour de la prise en charge des victimes d’attentats. Une réflexion plus spécifique a dû également être menée pour la prise en charge pédiatrique. (2)

Outre cet aspect organisationnel, la fréquence des traumatismes pénétrants et l’afflux potentiels de nombreuses victimes ont également dû être pris en compte lors de la révision de la stratégie de prise en charge chirurgicale à suivre au décours d’attentats terroristes. Les principes du damage control (DC), introduits par Rotondo en 1993 (3), ont été largement appliqués lors des attentats de Paris et Bruxelles. Cette stratégie de prise en charge séquentielle a confirmé son efficacité pour éviter les effets délétères de la triade létale de Moore comprenant : la coagulopathie, l’acidose et l’hypothermie. (4)(5)

Les auteurs se proposent de développer durant leur présentation le concept de damage control et leur expérience durant les attentats de Bruxelles.

Bibliographie :

1. Mols P., Schmidt R., Marion E., Luyckx M., Genesis of specific multisite Medical Intervention Plans in the Brussels Capital Region. Rev. Med. Brux. 2017;38(2):70-72.

2. Alix-Séguin L., Lodé N., Orliaguet G., Chamorro E., Kerroué F., Lorge C., Moreira A. And if it happened to children? Adapting medical care during terrorist attacks with multiple pediatric victims, Arch. Pediatr. 2017 Mar.;24(3):280-287. doi: 10.1016/j.arcped.2016.12.009. Epub 2017 Jan 31.

3. Rotondo MF., Schwab CW., Mc Gonigal MD., Damage control an approah for improved suvival in exsanguinating penetrating abdominal injury, J. trauma. 1993; 35 : 375-382.

4. Damage control : concept and implementation, Malgras B. and al. Journal of Visceral Surgery. 2017 ; 154 : S19-S29.

5. Damage control surgery : current state and future directions. Benz D.,Balogh ZJ. Curr. Opin. Crit Care. 2017 Dec;23(6):491-497.

 

 

 

Humbert BOISSEAUX (Médecin Général, Professeur agrégé du Val-de-Grâce - France), invité.  

Les années 2015 et 2016 ont été marquées en France et en Belgique par des attaques terroristes qui ont eu un impact majeur non seulement sur des personnes directement touchées dans leur corps comme dans leur être psychique mais aussi sur des populations ébranlées dans leur propre sentiment de sécurité.

Ces événements ont sollicité des capacités de réaction, mis à l’épreuve une organisation collective, des dispositifs sanitaires ou de défense, conduit à faire évoluer les savoirs faire face à l’épreuve. Or si l’on souhaite interroger les savoirs qui fondent actuellement nos orientations interventionnelles et soignantes, il n’est pas inutile d’en reprendre la genèse pour bien préciser de quoi l’on parle et quels en sont les enjeux.

On parle aujourd’hui du traumatisme pour évoquer indistinctement la cause comme la conséquence, un usage qui justifie d’une intervention sans délai auprès d’individus en souffrance mais aussi d’un corps social déstabilisé, l’un et l’autre apparaissant plus que jamais intimement liés. Mais l’aspect globalisant de cette sémantique n’est guère adéquate à la prise en compte différenciée des problématiques complexes que cela soulève.

Sans négliger les travaux des sciences sociales pour une meilleure compréhension de nos comportements individuels et collectifs, nous nous attachons ici à suivre une logique médicale. Être en mesure d'appréhender rapidement et le plus précisément possible l’impact psychique individuel immédiat d’un événement à potentialité traumatique est l’indispensable préalable à la mise en oeuvre d’une action pertinente. Ce travail se soutien aujourd’hui d’orientations théoriques diverses qui méritent d’être précisées si l’on veut apprécier la cohérence des démarches entreprises.

De même que l’événement ne décide pas en soi de l’effet produit sur un individu donné, sa portée ne se limite pas aux personnes directement impactées. L’impératif de soins adaptés à chacun peut cependant passer par le préalable d’une différenciation des victimes. Cela pose la question de la pertinence d’un triage psychique, de ses limites, des modalités de sa réalisation, mais aussi de l’orientation et de l’accompagnement ultérieur des individus.

Cela amène finalement à interroger le réel degré d’urgence d’une intervention médico-psychologique post attentat ainsi que la présence d’intervenants spécialisés, leur légitimité et leur rôle au sein d’un dispositif d’urgence pré hospitalière dont le formalisme interventionnel répond à une logique scientifique précise.

La bonne articulation des différents intervenants, notamment sanitaires, est essentielle en la circonstance. Le service de santé des armées prend, au décours des événements de 2015/16, une place toute particulière liée à une réactivité et un savoir faire spécifique acquis de longue date en situation d’exception, notamment sur les théâtres d’opération militaires.

 

Pierre NEIRINCKX, Médecin Général-major (Aide de Camp du Roi – Commandant de la Composante médicale de la Défense belge).                 

Depuis les guerres mondiales, de longues années de paix ont permis à nos sociétés occidentales de se reconstruire et de réécrire un nouvel ordre mondial basé sur les coopérations et collaborations entre Nations. Malheureusement, toutes les régions du monde n’ont pas eu, ou n’ont pas pu, réaliser ce dont  les « Occidentaux » peuvent être si fiers. Avec ces conflits éloignés qui n’ont pas cessé, de nouveaux types de menaces sont apparus, sans que l’idée de leur possible extension à nos contrées n’ait été suffisamment prise en compte par bon nombre de nos citoyens. Mais ces drames éloignés ont pris une toute autre dimension dès lors que les faits de guerre se rapprochaient, jusqu’à ce que notre propre Pays soit frappé…

Nos Anciens ont suffisamment démontré que les conflits armés qui ont posé et posent encore tant de problèmes sur la santé des individus et des collectivités, ont tristement contribué à des avancées médicales d’importance majeure. Au fil des guerres, ces Anciens ont créé les « ouvertures » qui ont permis d’explorer de nouveaux champs d’investigations, de découvertes et de réalisations dans les domaines les plus variés de la médecine.

Sans prétention aucune, les années d’expériences de la médecine opérationnelle, combinées à une pratique de la médecine en milieu civil, nous amène à oser prétendre que, si la qualité des soins en opération ne devrait pas être différente de celle en vigueur en Belgique, les circonstances et les environnements dans lesquels nous devons exercer l’Art sont de telle nature que des « adaptations » sont indispensables pour garantir à nos patients les meilleurs chances de survie.

Je me permets donc d’illustrer quelques contributions de la médecine militaire, parfois dite « de guerre », dans les domaines de la médecine, de la santé publique, de la recherche, de l’éthique et de la déontologie.

Les conclusions que je présente traitent de la nécessité de la prise en compte des leçons identifiées en médecine militaire opérationnelle, de l’indispensable échange d’expériences et du développement de liens plus structurels entre nos expertises respectives, dans le but d’avancer ensemble pour le bien des victimes de ces actes et de pouvoir faire face ensemble à une potentielle résurgence de la violence sur notre sol.

28 avril 2018 - Séance publique ordinaire avec mini-session sur la rencontre actuelle avec les virus Zika, Chikunguny a et Dengue

Madame la Présidente,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chère Madame Chalant, Chère famille,

Chers amis, élèves et collègues du Professeur Chalant,

Chers Collègues, membres de la Compagnie,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Le Professeur Charles-Henri Chalant nous a quittés le 14 juillet 2017, au terme d’une existence professionnelle semée de multiples accomplissements et d’une vie familiale intense, riche et épanouie.

Né à Bruxelles le 2 juin 1926, il effectue ses études au Collège Saint Louis, à Bruxelles, et fait montre très tôt dans sa jeunesse, à la faveur de son investissement dans le scoutisme et dans de très nombreuses activités sportives, d’un esprit positif, combattant et solidaire qui l’ amena, à 18 ans, à se porter volontaire de guerre.

Fils de chirurgien, il effectue ensuite ses études de médecine à l’Université catholique de Louvain, dont il sort diplômé Docteur en médecine, chirurgie et accouchements en 1953. Elève des Professeurs Debaisieux, Morelle et Lacroix qui, tous trois, figuraient au Panthéon chirurgical belge de l’époque, il rêve d’embrasser la carrière de chirurgien cardio-vasculaire et il bénéficie d’une formation d’exception auprès du Professeur Dubost, à l’Hôpital Broussais de Paris, ainsi que sous la guidance attentive du Professeur Brom, de l’Université de Leiden, alors le chirurgien cardiaque le plus renommé en Europe.

A l’époque, la chirurgie cardiaque est une spécialité balbutiante. Toutes les innovations et les audaces y sont possibles, mais les entreprises sont téméraires et les résultats parfois hasardeux. A la fin des années 50 en effet, la chirurgie cardiaque se pratique à cœur fermé et battant. Ouvrir le cœur, assécher ses cavités, l’arrêter et suppléer l’absence d’apport d’oxygène pour assurer la survie des tissus, et plus particulièrement celle du cerveau, représente un challenge majeur et un obstacle qu’il faut surmonter.

Les premiers travaux scientifiques de Charles-Henri Chalant ont dès lors trait à l’utilisation de l’hypothermie modérée de surface visant à protéger le cerveau de l’anoxie résultant de l’arrêt cardio-respiratoire induit. Arrêter le cœur au-delà de deux à trois minutes, sans protection, est en effet fatal pour le patient. Même si la technique de l’hypothermie modérée de surface, fruit de ses travaux menés avec l’aide de Yolande Kestens-Servaye, est aujourd’hui abandonnée, elle acquit alors ses lettres de noblesse et fut un pas décisif, livrant accès à la circulation extra-corporelle, en apportant de nombreuses informations à la connaissance du mécanisme de la tolérance des tissus à l’anoxie. La technique consistait à placer le malade anesthésié dans une baignoire d’eau glacée, afin d’abaisser sa température corporelle à 30°. Grâce à une anesthésie délicate mais parfaitement contrôlée, il devenait ainsi possible d’arrêter le cœur pendant 8-10 minutes, sans dégâts cellulaires au niveau cérébral. A cœur ouvert, on pouvait alors réaliser des gestes simples comme les commissurotomies pour les affections valvulaires, ainsi que les fermetures de communications inter-auriculaires.

A la fin des années 60, l’équipe de  chirurgie cardiaque dirigée par Charles-Henri Chalant réalise ainsi plus de la moitié de ses interventions sur le cœur, sans devoir recourir à la circulation extra-corporelle. Cette dernière technique, banalisée par les équipes de la Mayo Clinic et de Minneapolis, sera ensuite implantée dans son service par le Professeur Pierre Jaumain à son retour des Etats Unis, après une formation financée grâce à la Fondation Cardiologique de la Princesse Liliane.

Visionnaire et précurseur, Charles-Henri Chalant perçoit très tôt que, pour créer d’abord et organiser ensuite, un service de chirurgie cardio-vasculaire efficient, il convient de fédérer autour du patient les cardiologues, les chirurgiens, les anesthésistes et les réanimateurs. Il regroupe ainsi autour de sa personne, un quatuor d’exception comprenant son complice chirurgien Robert Ponlot, le réanimateur Jean Trémouroux et l’anesthésiste Yolande Kestens Servaye. Robert Ponlot, qui avait voyagé dans la Chine de Mao, dénommait le quatuor, avec ironie,  la bande des quatre. Elevé dans tradition des lettres et de la culture françaises, Charles-Henri Chalant préférait se référer à Alexandre Dumas et parler des mousquetaires. Si nul ne sait aujourd’hui à qui incombaient les rôles d’Aramis, Porthos ou Athos, il ne fait aucun doute que Charles-Henri Chalant lui-même, endossait la soubreveste et le panache du Capitaine d’Artagnan

Ensemble, la joyeuse équipe soudée fonde le CCC, entendez le Centre de Chirurgie Cardiaque, à la Clinique St Joseph à Herent. Quelques années avant le « Walen buiten » en effet, il semblait évident qu’il fallait trouver et créer une unité de lieu dédicacée à cette activité multidisciplinaire, hors des grands hôpitaux de Louvain, dont le fonctionnement apparaissait chaotique : ainsi, certains patients, pour être opérés devaient traverser la Dyle en brancard pour passer de l’Hôpital St Pierre à l’Hôpital St Raphaël. Implanté dans la campagne du Brabant flamand, l’Hôpital d’Herent convenait parfaitement à recevoir cette nouvelle activité, bien que le Professeur Brom et certains confrères considéraient que ce petit bâtiment, dirigé par les Sœurs de la Charité, était bien éloigné du centre de Louvain, et représentait donc le bout du monde. Les services francophones de radiologie, d’orthopédie et de chirurgie générale cependant y étaient également localisés.

A Herent, Charles-Henri Chalant se dédicace essentiellement à la chirurgie valvulaire et à la réparation des cardiopathies congénitales. Alors que Robert Ponlot y privilégie le traitement des affections coronaires. Leur point de convergence au-delà du cœur est la chirurgie vasculaire, le premier s’intéressant plutôt à la chirurgie de l’aorte thoracique et le second à celle de l’aorte abdominale, des artères périphériques et des poumons.

Très tôt, doté d’un esprit précurseur, Charles-Henri Chalant s’intéresse aussi à la transplantation cardiaque et y consacre de nombreux travaux. Les premières expériences réalisées chez le chien se soldent par une véritable hécatombe et des échecs cuisants. Mais son esprit persévérant échappant à la désespérance, l’amène à développer des modèles expérimentaux sur le gros animal. Avec les mousquetaires réunis au complet, il réussit ainsi la première transplantation cardiaque isotopique chez le gros animal. Réalisée dans les caves de Curreghem, l’intervention a pour receveur un veau, prénommé Rebecca, dont la convalescence est relatée au jour le jour dans les journaux de l’époque et peut être suivie en bordure d’une  prairie qui jouxte l’Hôpital de Herent, où nombreux sont les badauds qui se pressent pour venir constater de visu le miracle chirurgical de l’époque. L’intervention, réalisée en octobre 1967, jouit d’un retentissement scientifique et médiatique important, si bien que toute l’équipe se trouve reçue par le Premier Ministre Pol Vanden Boeynants, au 16 rue de la Loi. Deux mois plus tard, alors que Shumway réalise aux Etats Unis des travaux similaires, Chris Barnard, s’autonomisant de l’incertitude des résultats acquis, brûle la politesse à chacun et réalise au Cap, la première transplantation cardiaque humaine. Le veau Rebecca survécut lui, 59 jours, permettant de collecter de nombreux résultats qui restent un jalon de l’histoire de la transplantation cardiaque. Jalon méconnu ou peu reconnu hélas, car faisant objection de conscience à passer le cap de l’application à la clinique humaine, Charles-Henri Chalant attendra les années 80 et la contribution décisive de la cyclosporine à la prévention du rejet du greffon, pour réaliser, après Georges Primo à l’ULB, les premières transplantations cardiaques à l’UCL.

Animé par un esprit de création insatiable et vivace, Charles-Henri Chalant s’adaptant bon gré mal gré à l’implantation des Cliniques universitaires de l’UCL sur le site de Woluwé-Saint-Lambert, fonda en 1976 le programme de chirurgie cardiaque des autres cliniques de l’UCL, implantées à Mont-Godinne, dans le namurois. Il y favorisa un grand essor de la chirurgie valvulaire auquel participa de façon significative le Professeur Jean-Claude Schoevaerts, lui aussi membre de notre Compagnie. Tant à Saint Luc qu’à Mont-Godinne, il encouragea, après l’utilisation systématique des valves mécaniques, celles des homogreffes valvulaires et eut l’intuition qu’il convenait de créer également une banque de ces homogreffes, en l’étendant également aux vaisseaux artériels. Dans le même temps, son équipe entama de façon précoce la revascularisation du myocarde au moyen de l’artère thoracique interne, technique directement inspirée par celle décrite par le Professeur Green, à New York. A ce moment, cette option qui constitue aujourd’hui le standard of care, ne trouva hélas pas un écho enthousiaste en Europe, la plupart des chirurgiens la trouvant trop lourde, grevée de complications significatives, et sans bénéfice évident. Pour leur part, les cardiologues estimaient non physiologique, la séquence du flux sanguin dans les coronaires et leur débit insuffisant. Au soir de sa carrière, Charles-Henri Chalant regretta ce désintérêt, écrivant, je cite : « Nous avons eu tort d’avoir eu raison trop tôt. Nous avons ralenti ce programme à la fin des années 70 pour ne le reprendre activement qu’au début des années 80 alors que la perméabilité des greffons saphènes fut démontrée moins bonne que celle des greffons artériels ».

Enfin, le cœur de Charles-Henri Chalant a toujours battu avec une tendresse particulière pour les enfants et donc pour la chirurgie cardiaque pédiatrique. Le développement de la chirurgie cardiaque dite de l’enfant bleu a eu bien des difficultés à s’imposer dans le milieu médical de l’époque, car elle était grevée en Europe d’un pourcentage élevé d’échecs alors que les médias clamaient que le succès était la norme aux Etats Unis. Avec ses élèves et l’aide du cardiopédiatre interventionnel André Vliers en particulier, il fit de sorte que l’excellence et le succès fussent également la règle dans notre pays.

Esprit universel ouvert au monde, Charles-Henri Chalant considéra très tôt que l’expérience acquise par les chirurgiens cardiaques américains et européens se devait d’être partagée en particulier avec les pays défavorisés et avec le tiers monde. Dans ses souvenirs il écrit : « Elevé par mon père dans une perspective humaniste de la chirurgie, j’ai appris à considérer que pratiquer la chirurgie cardiaque était avant tout un honneur pour celui qui s’y consacrait. A partir de là, le respect du malade et le devoir de partager cet honneur devenaient des automatismes. J’ai été génétiquement poussé à partager mon expérience professionnelle avec les plus démunis ». Dès lors, son service accueille dès lors de nombreux boursiers étrangers  issus d’Afrique et d’Amérique latine. Dès 1966,  Il organise des missions d’enseignement et de chirurgie humanitaire, d’abord orientées vers le Congo, au sein de l’Université Sœur de l’UCL, sise à Lovanium. En 1968, il se tourne ensuite vers la Bolivie. Il fonde ainsi le plus haut centre de chirurgie cardiaque au monde, implanté à Cocchabamba. Ceci en dépit des multiples difficultés rencontrées localement. L’Université bolivienne, très politisée, ne considérait en effet pas les chirurgiens belges comme les bienvenus. Les locaux mis à leur disposition étaient peu adaptés et dépourvus d’eau courante. Des collectes de sang ont dû être organisées dans un pays où la tradition du don sanguin n’existait pas. Pour assurer les premières opérations, les collectes de sang étaient effectuées dans les garnisons militaires dans la périphérie de Cocchabamba ; plus de la moitié du stock devant être rejetée car infectée par la maladie de Chagas. D’autres centres de chirurgie cardiaque coopérant avec l’UCL sont ensuite créés à Milan en 1970, puis au Chili en 1986. Tous relèvent de l’autorité de leur créateur qui, bien que fort humble, pouvait dire que, tel l’empereur Charles Quint, il régnait sur un empire chirurgical, sur lequel le soleil ne se couchait jamais.

L’homme toutefois, se distingue singulièrement de l’archétype des chirurgiens cardiaques, alors peu nombreux, à une époque où la plupart d’entre eux jouaient -selon ses propres mots - « à la vedette omnipotente ». Animé par un esprit d’interdisciplinarité, il avait opté en effet pour un mode de travail qu’il jugeait plus efficace, moins brillant mais en définitive meilleur pour le malade, c’est-à-dire, le travail en équipe.

D’un naturel élégant en toute chose, Charles-Henri Chalant était un parfait gentilhomme. Son esprit était généreux et bienveillant, toujours attentif à l’autre. Son humeur égale le dispensait des accès de colère. Son autorité était naturelle et ne nécessitait aucun artifice de langage ou de comportement. L’élégance de sa pensée n’avait d’autre égal que celle de sa mise et de chacun de ses gestes. Au bloc opératoire, son regard, semblable à celui de l’aigle, envisageait le champ opératoire en un vif instant, à la fois dans la globalité de son paysage et dans le détail de la cible anatomique qui allait focaliser son geste de réparation. Dans la gestique chirurgicale, aucun mouvement brusque, inutile, redondant ou parasite. Le geste était parfaitement orienté dans le temps et dans l’espace, et jouissait de la perfection temporelle du métronome. L’aiguille, saisie au talon, s’enfonçait par sa pointe, d’un geste vif du poignet, perforant la paroi vasculaire. Puis, une lente supination faisait tourner doucement l’aiguille sur sa courbure sans endommager les tissus. L’aiguille ensuite, saisie par sa pointe, ressortie de la paroi vasculaire, s’élevait majestueusement au-dessus du champ opératoire, tendant avec précision le fil de la suture ou du surjet. Le mouvement était tellement systématique et régulier que, jeune élève ayant eu le privilège de me trouver face au maître dans la position du premier aide, je pouvais, ayant peu dormi la nuit précédente, fermer les paupières quelques secondes pour récupérer en comptant, silencieusement dans ma tête, le décours de chaque temps : 1.. , 2.. , 3.. , 4… Il suffisait alors d’ouvrir les yeux ensuite, au moment précis où le surjet tombait à nouveau entre mes doigts. Il a fallu bien des années, pour que j’ose lui confesser ces petits moments de répit que je m’accordais en exploitant la régularité virtuose de son labeur. Nous étions alors dans les murs de cette Académie et sans paraître surpris, il m’a regardé avec un bon sourire, plissant comme il avait coutume de le faire, les paupières pour regarder son interlocuteur avec bienveillance et attention. Ceci avant de poser sa main sur mon épaule avec une affectueuse compréhension qui ne demandait pas d’être explicitée par un long discours. De même, après chaque opération, son regard vif se tournait vers l’anesthésiste, lui demandant d’une brève formule, presque sacralisée, avec sincérité et attention : « Comment va le Malade ? ».

Commentant l’œuvre dessinée de Leonard de Vinci, André Malraux a écrit que le dessin exprime la fulgurance de la pensée. De même, l’exercice chirurgical traduit l’intelligence immédiate du geste. Sir Harvey Cushing affirmait lui-même : « Surgery is a thought in action » - entendez :   « la chirurgie est une pensée en action ». Maître du mouvement et du geste, Charles-Henri Chalant a parfaitement illustré, en ses mains, ces vertus ; en particulier en en faisant montre, lorsqu’il était confronté à l’ imprévu ou à l’adversité opératoire, d’une géniale adaptativité créative qui faisait de lui un éblouissant bricoleur des tissus, saisissant ici un patch de péricarde, là un morceau de veine ou d’artère, élargissant un vaisseau ou un ostium à un autre endroit, plicaturant enfin une valve ou un infundidulum élargis.

De l’âme, François Cheng, de l’Académie française, écrit qu’ « au-delà de la pensée et de l’esprit, elle est en nous, ce qui fait la fragilité et la richesse de l’Humain ». L’intelligence de l’esprit analyse, classe, crée et se rattachant à la Raison, raisonne. L’âme se rattache aux émotions, aux sentiments et à l’Autre, au-delà de la Raison. Là où l’esprit raisonne, l’âme résonne, c’est-à-dire entre en résonnance, dans sa relation à l’autre.

Nous n’aurons pas la prétention de décrire ici l’âme qui anima en toute chose le cœur noble et généreux de Charles-Henri Chalant. L’homme était modeste, distingué, parfaitement courtois et d’une bienveillance rare. Laissons-le, voulez-vous, décrire les contours de son âme au gré de ces quelques mots retrouvés dans ses souvenirs. Je cite : « La marche vers des lendemains tellement prometteurs doit être dirigée avec la plus grande rigueur. C’est ici que l’on doit exprimer pour l’avenir une inquiétude. Qui sera le juge de l’évolution de la Médecine : le médecin ou le malade ? En paraphrasant Philippe Blondiaux, nous pourrions dire : Sera-ce le médecin qui risque de se laisser emporter par l’enthousiasme du novateur ? ou bien, au contraire, le malade qui est le plus intéressé à l’innocuité du geste et à la qualité du résultat qu’il en attend ? n’est donc pas ce dernier, en définitive, qui aura l’impérieux devoir prononcer sur la légitimité des progrès ? Seule la sagesse et le souci de l’autre, c’est-à-dire du malade, devraient guider le choix entre une voie de routine aux solutions éprouvées, ou une approche plus expérimentale. Plus que jamais, comme le disait Louis Jouvet, « rien ne vieillit plus vite que l’avant-garde ». L’acquis d’aujourd’hui sera démodé demain. Il faut saisir continuellement les progrès et maintenir le cap d’une médecine d’équipe, demandant générosité et interdépendance. Pour maintenir l’équilibre du couple qui unit et sépare à la fois la technique et l’homme, seul le regroupement des personnes au-delà des clivages, qu’ils soient médecin, infirmier ou autre professionnel de la santé, pourra maintenir l’élan vers le progrès ».

Travailleur infatigable, d’une activité et une vivacité physique qui faisait l’admiration de tous ceux qui peinaient parfois à le suivre, père de 5 enfants, de 14 petits-enfants, médecin avant tout, mais aussi patriarche, le maître exprimait ainsi la sagesse de son existence. Je cite encore: « relativiser ou mettre en balance les contretemps, les échecs, les désagréments et les ennuis, avec la chance dont on bénéficie par ailleurs, d’être infiniment utile à autrui. Concernant le délicat problème des relations humaines dans les grands ensembles, retenons le principe suivant lequel un différend, aussi profond soit-il, n’est jamais définitif si l’estime réciproque est préservée. Sagesse à méditer dans un monde où les rancunes sont souvent tenaces et où les petits meurtres symboliques entre collègues sont légion.

Nous sommes aujourd’hui ce que nous sommes, parce que nous avons grandi sur les épaules de géants qui le furent précisément parce qu’ils n’avaient pas, dans l’humilité naturelle qui était la leur, la prétention de l’être. Or, à une époque où tout était à créer, et où dans un monde libre des contraintes qui s’exercent sur nous aujourd’hui, tout semblait possible, ils ont été des héros. A l’image du plus modeste et petit personnage des Contes de Perrault, ils ont semé leur parcours de vie, de petits cailloux blancs qui sont autant de jalons jetés autrefois, sur les chemins qui nous ont conduits à la haute technicité et à l’efficience d’aujourd’hui. Il est rassurant de penser que les cœurs de bien des malades qui, un temps, se sont arrêtés de battre entre les mains de notre maître, restent aujourd’hui, silencieusement dissimulés sous leur poitrine, animés des mouvements propres à la vie qu’il leur a rendus. De battre, le cœur de Charles-Henri Chalant s’est arrêté, mais l’élégance de ses gestes et de sa pensée, reste vivante dans le cœur de tous ceux qui ont été ses compagnons de route, ses amis, et surtout ses élèves reconnaissants.

Elu membre correspondant de l’Académie royale de Médecine de Belgique en 1970, membre titulaire en 1976, et membre honoraire en 2008, Charles-Henri Chalant restera à jamais présent dans les souvenirs émus de la Compagnie. C’est pourquoi, Madame, chère famille, l’Académie vous assure ici, dans le cœur et dans l’esprit de chacun de ses membres, de sa reconnaissance et de sa profonde sympathie.

L’histoire se souvient du Prince de Joinville, Fils de France, Amiral et Grand Veneur, comme de la figure d’un noble seigneur qui, au soir de sa vie, devenu sourd et aveugle, s’inquiétait, chaque matin, alors que la brume se levait sur les abords du Château de Chambord, de la santé de sa meute et de celle de chacun des chiens de son équipage. Inlassablement, chaque jour, et versant souvent une larme, il demandait au premier de ses piqueurs : « Dites-moi mon ami, comment vont mes chiens ? courent-ils, aboient-ils encore ? »

Nous garderons à jamais dans notre cœur, de Charles-Henri Chalant, la mémoire d’un prince du sang, dont l’âme sensible à l’Autre, animait la main bienfaisante. Celle d’un grand seigneur qui, inlassablement, sa vie durant, aura interrogé ses élèves et ses collègues, en leur demandant, chaque matin, chaque soir, sans relâche : « Dites-moi, comment vont les malades ? » A n’en pas douter, chacun était vraiment dans son cœur.

 

Isabelle DONNAY (Institut des Sciences de la Vie - UCLouvain), membre associée.

La production in vitro d’embryons fait partie de l’arsenal des techniques de reproduction assistée disponibles pour certains de nos animaux domestiques, mais ne poursuit pas les mêmes objectifs que dans l’espèce humaine : il s’agit surtout de conserver et d’amplifier une génétique d’intérêt. Cette technique est particulièrement développée dans l’espèce bovine où elle permet théoriquement d’augmenter le gain génétique annuel. Sa mise au point s’avère par contre particulièrement difficile dans des espèces comme le chien ou le cheval. A côté des applications en reproduction/sélection animale, l’embryon produit entièrement in vitro à partir d’ovocytes immatures provenant d’ovaires collectés en abattoir constitue un modèle de choix pour mieux comprendre l’embryon précoce et l’impact de modifications de l’environnement sur son métabolisme et son développement. De plus ce modèle animal s’avère, à ces stades précoces du développement, bien plus proche de l’embryon humain que l’embryon de souris. Grâce au modèle d’embryon bovin in vitro développé dans notre laboratoire nous étudions notamment l’impact de la composition du milieu de culture ou de différents stress sur le développement précoce, ce qui nous a permis de mettre en évidence d’importantes différences entre embryons males et femelles dès la première semaine de développement.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs G. Casimir, P. Coulie et J.-M. Foidart).

Maya HITES (Service des Maladies infectieuses et tropicales – Hôpital Erasme, ULB), invitée, et Emmanuel BOTTIEAU (Institut de Médecine tropicale, Anvers), invité.                 

Professeur Maya HITES :

Les infections dues aux virus dengue, chikungunya et zika sont des arboviroses transmises à l’être humain via des piqûres de moustique, dont les vecteurs incriminés sont principalement l’Aedes aegypti, et dans une moindre mesure, l’Aedes albopictus. L’Aedes aegypti, originaire des forêts tropicales de l’Afrique de l’Ouest s’est ensuite répandu dans la plupart des pays tropicaux, tandis que  l’Aedes albopictus, aussi connu comme le moustique-tigre asiatique est davantage invasif non seulement  dans les zones tropicales mais aussi tempérées. Dans ce papier, un résumé succinct de l’épidémiologie, la distribution géographique mondiale, et la présentation clinique de chacun de ces virus est présenté. Les recommandations actuelles de prévention pour les voyageurs sont aussi rappelées.

Dengue

La Dengue est l’arbovirose la plus répandue dans le monde, avec une estimation de 390 millions d’infections par an, dont +/- 100 millions sont  symptomatiques. La majorité de la population mondiale exposée à la dengue se trouve dans le sud-est asiatique (> 75%), mais le virus est malgré tout bien répandu dans toutes les autres zones tropicales et subtropicales du monde. Récemment, et de manière répétée, des cas autochtones et des micro-épidémies locales ont été décrits en France et en Croatie, et une grande épidemie de Dengue a eu lieu sur l’île de Madeire, Portugal du 2012-2013.

Cinq sérotypes (DENV-1 à DENV-5) sont transmis entre êtres humains via les moustique mentionnés ci-dessus, pour soit donner lieu à une infection asymptomatique (3/4 des cas), soit à un tableau clinique associant fièvre, céphalées, nausées, vomissements, et/ou une éruption cutanée maculo-papulaire diffuse. La guérison, sans traitement spécifique, est habituellement observée au bout de 7-10 jours. Plus rarement, dans 1-3% des individus infectés, la présentation peut être sévère (symptômes hémorragiques,  choc, ou des complications plus rares) avec un taux de mortalité de 1-5%. Ces présentations sévères sont rarement observées chez le voyageur.5-7.

Chikungunya

Le virus Chikungunya fut identifié pour la première fois en Tanzanie en 1953. Par la suite, on a observé une extension de ce virus en Asie du Sud, en Afrique, en Europe (Italie, France) et sur tout le continent américain, qui a été particulièrement touché au cours des dernières années. Le temps d’incubation de la maladie est relativement court (1-12 jours, avec une moyenne de 2-4 jours). Entre 3-25% des individus peuvent rester asymptomatiques. Pour les autres, la maladie est caractérisée par un début brutal des symptômes: fièvre, douleurs articulaires importantes et invalidantes, nausées, myalgies, et une éruption cutanée maculo-papulaire. Plus rarement, des formes sévères de la maladie, nécessitant des hospitalisations, peuvent aussi être observées. La guérison, sans traitement spécifique, est habituellement observée au bout de 7-10 jours. Néanmoins, certains patients peuvent présenter surtout des arthropathies, mais aussi de l’asthénie, et des myalgies, qui peuvent persister 3-5 ans après la phase aigüe de la maladie. Les patients à risque d’avoir une présentation sévère, ou de développer des manifestations chroniques de cette maladie sont ceux qui sont soit très jeunes (nouveaux-nés), ou plus âgés (> 65 ans), ceux qui souffrent déjà des polyarthralgies, et ceux avec des comorbidités telles que l’hypertension, une maladie cardiaque, ou le diabète. Le taux de mortalité due à la maladie est très faible.1-4 

Professeur Emmanuel BOTTIEAU :

Zika

Le virus Zika a été isolé pour la première fois chez le primate en Ouganda en 1947 et chez un être humain au Nigéria en 1954. Il est également transmis par les mêmes moustiques à activité diurne du genre Aedes. Après une longue période « silencieuse », où il a été responsable de cas sporadiques en Afrique et en Asie, il est apparu dans les médias suite aux épidémies massives d’abord en Polynésie française en 2013 et puis sur l’ensemble du continent américain de 2015 à 2017. Le nombre de cas a brusquement diminué en Amérique depuis mai 2017, mais des cas sporadiques et des micro-épidémies sont rapportés sur tous les continents actuellement, vu l’attention accrue. Le virus Zika provoque chez la majorité des voyageurs un état grippal transitoire assez bénin, quasiment toujours accompagné d’une éruption cutanée discrète. Il est parfois compliqué par une polyradiculonévrite de type Guillain-Barré. Il est par contre responsable, si une femme enceinte est infectée (et quel que soit le trimestre), d’un syndrome congénital très sévère chez le fœtus d’expression essentiellement neurologique (microcéphalie) ou oculaire, dont la fréquence est actuellement estimée à 5-10%. En parallèle avec la transmission vectorielle prédominante en pays tropicaux, d’autres voies d’infection ont été identifiées via le sang (transfusion), les contacts étroits et les liquides génitaux, en particulier le sperme (persistance d’ADN du virus exceptionnellement jusqu’à 6 mois). Une transmission sexuelle n’a toutefois été rapportée que jusqu’à maximum sept semaines après un rapport avec un partenaire infecté.

Recommandations pour les voyageurs

Avant tout voyage sous les tropiques, une visite médicale chez votre médecin traitant, ou dans une clinique du voyage est recommandée.

Actuellement, il n’existe pas de vaccin ni de traitement antiviral efficaces contre la dengue, le Chikungunya, et le Zika. La meilleure approche est donc préventive et commune aux 3 maladies, en essayant d’éviter d’être piqué par les moustiques. Pour éviter des piqûres de moustique, il est suggéré de porter des vêtements à manches longues et des pantalons longs, de préférence de couleur claire. Il faut aussi enduire les parties découvertes du corps avec un insectifuge à base de DEET à la concentration de 20-30% pour les enfants et les femmes enceintes, ou de 50% pour les autres. Cette application est à répéter régulièrement (chaque 4-6 heures) et plus fréquemment en cas de transpiration excessive. A noter que l’efficacité d’une crème solaire diminue fortement en cas d’usage simultané avec un répulsif à base de DEET. Par contre, la crème solaire n’a pas d’influence négative sur l’efficacité du DEET. Les produits à base d’IR3535 et d’extrait citrodiol d’huile d’eucalyptus sont efficaces moins longtemps que des produits à base de DEET, et ne sont pas recommandés. Les bracelets avec insectifuge ne sont pas efficaces. Finalement, il est recommandé de passer de préférence la nuit dans des chambres avec climatisation ou tout au moins de dormir sous une moustiquaire imprégnée.

En ce qui concerne le virus Zika, les recommandations sont plus complexes, vu le risque spécifique de transmission sexuelle et verticale (mère-enfant) :

- Les rapports sexuels si l’un des deux partenaires a été exposé en zone endémique (et ce même s’il est asymptomatique) devrait être protégés pendant au moins deux mois (si le partenaire exposé est une femme), ou pendant au moins six mois (si le partenaire qui a voyagé est un homme). C’est particulièrement important si la partenaire est enceinte.  S’il existe un désir urgent de grossesse, il est possible toutefois d’effectuer un screening sérologique (détermination de la présence d’anticorps) environ 3 à 4 semaines après l’exposition (fin du voyage), qui permet d’exclure avec beaucoup de précision une infection récente éventuelle. Il faut alors en parler avec son médecin traitant, ou un spécialiste en maladies infectieuses. ,

- Pour une femme enceinte, vu le risque substantiel de conséquences délétères pour le fœtus, il est très fortement déconseillé de voyager durant toute sa grossesse dans une zone avec transmission active du virus (des sites spécialisés comme ceux du CDC or de l’ECDC publient à ce sujet régulièrement des données actualisées). Si un voyage est absolument nécessaire (raisons professionnelles,…) des mesures maximales de protection anti-moustique doivent être observées (voir ci-dessus). 

Finalement, pour tout voyageur, si  une fièvre se développe pendant ou au retour d’un voyage tropical, il est indispensable de toujours consulter rapidement un médecin et de bien l’informer du séjour récent. Une prise en charge spécifique est possible, notamment en ce qui concerne les complications aiguës ou chroniques, après avoir exclu d’autres maladies tropicales potentiellement sévères comme la malaria. Après avoir contracté le chikungunya ou le zika, on est probablement immunisé à vie, ce qui n’est pas le cas pour la dengue.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs Cl. Saegerman, B. Dan, P. Coulie, M. Goldman, G. Moonen, St. Constantinescu, N. Clumeck, B. Byl, Mme D. Balériaux et M. G. Casimir).

                                    

 

26 mai 2018 : Séance publique ordinaire

Le Professeur Henri Kulbertus est né à Liège le 16 septembre 1938. Il est décédé au Centre Hospitalier Universitaire de Liège le 10 janvier 2018, à l’âge de 79 ans. C’est une figure marquante de la communauté académique qui nous a quittés, mais qui restera présente dans la mémoire de tous ceux qui l’ont apprécié : collègues, étudiants et patients. Henri Kulbertus avait une classe naturelle et dégageait, à l’évidence, un charisme exceptionnel. Il était doté d’une intelligence hors du commun, d’une gentillesse naturelle, d’une grande disponibilité, d’une profonde humilité et d’un humour très britannique.

Etudiant brillant, il a obtenu la plus grande distinction à chacune des sept années de médecine. Elève assistant dès la deuxième année de candidature à l’Institut de Biologie générale dirigé à l’époque par le Recteur Marcel Dubuisson, il a d’emblée développé des recherches scientifiques de pointe. Ainsi, il a été l’auteur d’un article publié dans la prestigieuse revue Nature en 1963, alors qu’il était toujours étudiant. Vous remarquerez qu’il était le seul auteur de cette publication, ce qui est tout à fait exceptionnel et témoigne d’une belle ingéniosité et d’un grand talent, alors qu’il n’avait pas encore 25 ans. La même année, il fut proclamé Lauréat du concours universitaire pour un mémoire intitulé « Contribution à l’étude de la physiologie des parois carotidiennes ».

Après l’obtention de son diplôme de médecin, de 1963 à 1971, il a fait carrière au Fond National de la Recherche Scientifique dans l’Institut de Médecine dirigé par le Professeur Alphonse Nizet, gravissant les échelons de stagiaire à aspirant puis chargé de recherches. Outre ses activités cliniques, il y effectua des recherches expérimentales dans le domaine de l’hypertension artérielle et des effets de l’angiotensine sur le débit rénal. Après trois ans de formation en Médecine Interne, il décida de passer un an à l’étranger, en 1966-1967, pour parfaire ses compétences cliniques et scientifiques. Parmi plusieurs invitations, il porta son choix sur l’Hôpital d’Hammersmith à Londres dont le Département de Cardiologie était dirigé par le Professeur John Goodwin. A la fin de cette année à Londres, le Professeur Goodwin écrivit ceci : “Henri Kulbertus is a man of exceptional talents who should become one of the leaders of cardiology in the future.” John Goodwin était un visionnaire et il ne s’était pas trompé.

Ce texte a été écrit quand Henri Kulbertus était âgé de 28 ans et sa teneur a été confirmée rapidement. Il devint le pionnier des branches segmentaires du faisceau de His dont la genèse et la signification clinique ont été à la base de la thèse d’Agrégation de l’Enseignement supérieur qu’il déposa en 1971 et défendit avec brio en 1972. Il fut nommé rapidement chef de travaux à l’Université de Liège de 1971 à 1973 puis Agrégé de Faculté de 1973 à 1976.

Henri Kulbertus était également un superbe enseignant, clair, précis, éminemment didactique. Il fut d’abord titulaire du cours de séméiologie médicale. Il écrivait en 1985 ce qui suit : « Au moment où la médecine emprunte chaque jour davantage ses moyens d’exploration aux techniques et au laboratoire, il est important de rappeler aux étudiants que, pourvu qu’ils fassent l’effort d’acquérir le savoir-faire indispensable, ils pourront, par le seul usage de leur sens, recueillir au lit du malade une information précieuse qui leur fera parcourir une grande partie du chemin vers le diagnostic ». Ensuite, il excella également comme professeur de cardiologie pendant de nombreuses années. Très apprécié par les étudiants, il reçut à deux reprises le «Prix Orange». 

Henri Kulbertus était un orateur hors pair. N’avait-il d’ailleurs pas déjà remporté un concours d’éloquence alors qu’il n’était qu’en fin d’humanités ! Suite à son séjour à Londres, il maniait l’anglais à la perfection, avec un accent très British ! Combinant carrière scientifique de haut vol et éloquence difficilement égalable, il fut logiquement invité à faire de multiples exposés dans le domaine de la cardiologie dans différents pays et continents et à faire partie du jury de nombreuses thèses en Belgique et à l’étranger.

Ses centres d’intérêt pour la recherche clinique ont été multiples et très productifs. Henri Kulbertus a créé un laboratoire d’électrophysiologie performant et, en collaboration avec le Professeur Camille Heusghem et Adelin Albert, il a développé un programme de suivi prospectif de plus de 1.000 patients consécutifs admis pour infarctus aigu du myocarde, étude qui a conduit à la publication d’une trentaine d’articles dans des journaux réputés. En tant que Chef de Service de cardiologie au CHU de Liège, le Professeur Kulbertus a dirigé sept thèses d’agrégation et au moins douze thèses de doctorat. Il a véritablement créé une école de cardiologie liégeoise et nombre de ses élèves ont acquis une notoriété nationale et internationale. Il a organisé de multiples colloques dont les Journées de cardiologie liégeoise pendant de très nombreuses années auxquelles participaient des invités prestigieux, choisis, le plus souvent, parmi ses nombreux amis européens. Plus récemment, il avait également coordonné et publié trois éditions successives d’un volumineux livre intitulé « Athérosclérose – Athérothrombose ».

La carrière académique d’Henri Kulbertus fut une ligne droite : professeur associé en 1976, professeur en 1985, professeur ordinaire en 1989, chef du Service de Cardiologie de 1988 à 2002. Il fut également un excellent Doyen de la Faculté de Médecine pendant pas moins de sept années (de 1989 à 1996) et un membre du Conseil d’Administration de l’Université. Il était apprécié de tous ses collègues. Permettez-moi ici de citer une anecdote à ce sujet. Lors d’une élection rectorale à l’Université de Liège, tandis que les participants ne parvenaient pas à départager deux candidats, les votes se sont orienté spontanément vers la personne d’Henri Kulbertus alors qu’il ne s’était pas porté candidat. Devant le succès croissant des votes en sa faveur, il fut obligé de monter à la tribune pour confirmer que, pour des raisons personnelles et familiales, il n’était pas candidat, tout en remerciant les collègues pour leur marque de confiance. Cette anecdote témoigne de ce que représentait la personnalité d’Henri Kulbertus au sein de l’Alma Mater. Sa Majesté le Roi Albert II lui a décerné, en 2008, la décoration civile de Grand Officier de l’Ordre de Léopold. 

Il fut Président de la Société belge de Cardiologie. Sur le plan européen, il fut Editeur en chef du prestigieux European Heart Journal de 1988 à 1993, conseiller puis secrétaire du bureau de la Société européenne de Cardiologie. Il reçut, en 2011, la médaille d’or de cette Société et son nom est gravé à jamais sur une plaque commémorative dans le hall d’entrée de l’European Heart House à Nice.

Henri Kulbertus fut également le Rédacteur en chef de la Revue Médicale de Liège de 1988 à 2006. Il m’avait demandé d’être son adjoint à cette fonction et j’ai eu l’honneur, et la périlleuse tâche, de lui succéder comme rédacteur en chef en 2006. Il m’est resté d’une aide précieuse en tant que Rédacteur en chef Honoraire, toujours très actif et non avare de conseils avisés jusque peu avant son décès. La revue lui a consacré un émouvant « In memoriam » dans le numéro de mars 2018 et le prochain numéro thématique de la revue intitulé « Urgences cardiaques et vasculaires » lui sera dédié.

Le professeur Henri Kulbertus a été proclamé correspondant régnicole de notre Académie en 1979, puis membre titulaire en 1991. Il y fut très actif jusqu’en 2001. Le 30 juin 2001, alors qu’il venait de proclamer les étudiants de dernière année de médecine, il fut renversé, trois heures plus tard, par une voiture sur un passage pour piéton et grièvement blessé. Après quelques semaines en coma artificiel aux soins intensifs, il a entamé une très longue et pénible revalidation avec une hospitalisation de plus de six mois pour, finalement pouvoir réintégrer son domicile et poursuivre progressivement sa réinsertion dans la vie active. Cet accident a cependant hypothéqué fortement la fin de sa carrière, contraint et forcé qu’il fût alors de devoir renoncer à la plupart de ses nombreuses activités académiques. Vous comprendrez aisément pourquoi il n’a pu continuer à fréquenter assidument notre Compagnie depuis ce terrible accident, ce qui explique pourquoi un certain nombre d’entre vous n’ont pas eu la chance et le bonheur de le côtoyer.

Après cette longue énumération des mérites académiques d’Henri Kulbertus, je voudrais terminer par quelques mots concernant l’homme. Henri Kulbertus était un homme distingué, un vrai gentleman dans le sens le plus noble du terme. De plus, c’était un homme chaleureux et généreux. Ainsi, il s’est fortement investi dans les activités du Rotary Club de Liège dont il était membre d’honneur et il reçut le titre de Paul Harris Fellow décerné par la Fondation Rotary du Rotary International. Il a également soutenu activement de nombreuses oeuvres philantropiques. Malgré ses nombreuses activités et ses immenses mérites, il était resté humble et très disponible. C’était un convive très apprécié, tout à la fois cultivé, raffiné, courtois, enjoué. Il adorait raconter des blagues en wallon liégeois qu’il maîtrisait à la perfection. Henri Kulbertus appréciait la vie, malgré la succession des malheurs les plus cruels auxquels il a dû faire face. Il est, chaque fois, parvenu à les surmonter avec foi et courage, sans perdre son sourire, malgré sans doute des périodes de larmes qu’il n’a jamais laissé paraître. Sa capacité de résilience a suscité l’admiration de tous. Dans ses notes intimes, cette phrase merveilleuse fut retrouvée récemment par son épouse Françoise qui me l’a fait partager : « Fais de ta peine un champ d’amour pour ne plus savoir que tu souffres ». S’entourer de bonnes personnes a, sans doute, été son salut. Son épouse Françoise a, à l’évidence, grandement contribué à l’aider à surmonter les trop nombreuses épreuves personnelles auxquelles il a été confronté. Grâce à elle, il a pu encore gouter aux plaisirs de la vie, par exemple dans des balades en montagne ou des séjours à la mer et en partageant son amour passionné pour ses deux chiens. Je terminerai par une dernière anecdote qui concerne une de ses dernières publications dans la Revue Médicale de Liège. Il avait été attiré par une publication de l’American Heart Association, indiquant que posséder un chien permettrait d’exercer un effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires et d’améliorer la survie après un accident coronarien. Soyez attentif à la dernière phrase du résumé de cet article qui révèle, dans un message subliminal, la relation plus personnelle qu’Henri Kulbertus entretenait avec ses fidèles compagnons. Malheureusement, début janvier 2018, lui-même a été emporté par la maladie qu’il avait tant étudiée et si bien enseignée, l’infarctus du myocarde et ses complications.

Merci Monsieur Kulbertus pour votre enseignement, pour votre leçon de vie, pour votre convivialité, pour votre bonté, pour votre générosité, pour votre humour qui savait déclencher des rires et même des fous rires.

Au nom des membres de notre Compagnie, nous présentons à son épouse Françoise, à son fils Bernard et ses petits-enfants Elise et Romain, ainsi qu’à ses beaux-enfants et petits-enfants, toute notre affection. Nous partageons leur peine en comprenant le vide que représente la disparition d’un être aussi cher qu’exceptionnel.

Kari ALITALO (Université de Helsinki – Finlande), membre étranger. 

Dr. Alitalo discovered vascular growth factors that regulate growth of lymphatic vessels (lymphangiogenesis), and he characterized the involved receptors and signalling mechanisms. He discovered and characterized the endothelial receptor tyrosine kinase Tie1, which together with Tie2 forms the receptor complex for angiopoietins for regulation of vascular permeability, inflammation, angiogenesis and lymphangiogenesis. He also isolated and cloned the vascular endothelial growth factor (VEGF) receptor-3, purified and cloned its ligand, the first lymphangiogenic growth factor, VEGF-C. He was also central in the characterization of VEGF-D, another VEGFR3 ligand, and VEGF-B. Studies in his laboratory have demonstrated VEGF-C induced tumor angiogenesis and lymphangiogenesis, intralymphatic tumor growth, and VEGF-C association with tumor metastasis and its inhibition by blocking the VEGFR-3 signal transduction pathway. Inhibitors of this pathway from his laboratory have undergone phase I clinical trials. He demonstrated mechanisms of lymphedema, and developed growth factor therapy for lymphedema, which is now in phase I clinical trial. His most recent finding was the discovery of meningeal lymphatic vessels.

(Ont pris part à la discussion : Mme D. Balériaux, MM. P. Coulie, J.-M. Foidart, et G. Moonen).

Agnès NOËL (Laboratoire de Biologie des Tumeurs et du Développement (GIGA-Cancer, ULg), membre titulaire.

Lymphangiogenesis, the formation of new lymphatic vessels from preexisting ones, is an important biological process observed both in the primary tumor and in lymph node (LN). The lymph node status is a major determinant for cancer staging and prognosis, guiding therapeutic decisions. The drainage of tumor-derived factors through the lymphatic system to regional LN plays an important role in conditioning LN microenvironment before the arrival of disseminated tumor cells. This cross-talk between the primary tumor and LN induces profound changes in LN, elaborating a pre-metastatic niche, receptive and supportive to metastatic cancer cells. The role of this lymphangiogenic remodeling remains unclear and is studied in pre-clinical and clinical settings. For mechanistic investigation, we developed an original in vivo model reproducing the pre-metastatic lymphangiogenic niche in lymph node. Furthermore, we identified unexpected regulators that control matrix remodeling and lymphatic endothelial cell migration in a gradient of the main lymphangiogenic factor, VEGF-C.

(A pris part à la discussion : le Pr K. Alitalo).

Miikka VIKKULA (UCL – Institut de Duve), membre titulaire.

Lymphatic and vascular anomalies are developmental defects implicating lymph/angiogenesis. Malformations of the lymphatic and vascular vessels are localized lesions, creating painful masses of malformed vessels mixed with extracellular matrix and interstitial cells. Genetic studies demonstrated that they are most commonly caused by somatic genetic defects in lymph/vascular endothelial cells. Usually a mutation is identified in the catalytic subunit of the phosphoinositol-3-kinase (PI3K). These hot-spot mutations are shared with various cancers, and they cause chronic activation of PI3K. Using cells carrying such a mutation, we generated the first model for venous malformations, and used it in a preclinical trial to test the effects of some inhibitors. The positive effects prompted us to move towards a clinical pilot study, which underscored promising outcomes. Therefore, a larger phase III trial was set-up, and it is currently running in Cliniques Saint-Luc.

Lymphedema is another type of lymphatic anomaly, caused by dysfunction of the lymphatic system. It consists of chronic disabling swelling that mostly occurs on the lower extremities. It can be primary (congenital) or secondary (acquired). Familial primary lymphedema can be inherited as an autosomal dominant or recessive disease. It can also occur in a syndromic form, combined with other clinical features. Over the years, more than 20 genes that can be mutated in different isolated or syndromic forms of lymphedema have been identified. They explain about 40-50% of the inherited forms. It seems that the majority of these genes, and especially the functions of the encoded proteins, are somehow involved in the signaling pathway of the major lymphatic regulator, vascular endothelial growth factor C, and its receptor VEGFR3. This underscores the important role that this pathway plays in lymphatic development and function, and suggests that the yet unknown genes may also have a role in the same pathway. It also pinpoints this pathway for development of future therapies for primary lymphedema.

 (A pris part à la discussion : le Pr K. Alitalo).

16 juin 2018 - Séance publique ordinaire

Peter HOTEZ, MD PhD (Baylor College of Medicine, Texas – USA), membre étranger. 

The poverty-related neglected tropical diseases (NTDs) represent the most common afflictions of the world’s poorest people.  Beginning in 2006, a global network was launched to integrate mass drug administration for several helminth infections and trachoma, yaws, and scabies, which is now leading to substantial reductions in their global prevalence, and could even lead to disease elimination in some cases.  However, there has been a commensurate rise in other NTDs due to war/conflict, shifting poverty, and climate change.  With respect to war and conflict we’ve seen a rise in leishmaniasis in the Middle East, Central Asia, and East Africa, while significant changes in the global economy have created a situation where today most of the world’s NTDs are paradoxically found in the G20 nations, but among the hidden poor in those countries.  The concept of disease and poverty among the “poorest of the rich” is referred to as blue marble health. In addition climate change is promoting the emergence of NTDs in areas not previously well known for these diseases including Southern Europe, the US Gulf Coast, and elsewhere.  Global efforts are beginning to develop new vaccines for some of the NTDs arising out of these new 21st century forces, including vaccines targeting schistosomaisis, leishmaniasis, and Chagas disease, but in addition to the formidable scientific hurdles we now also require innovative financing mechanisms, as well as efforts to combat an abrupt and demoralizing rise in antivaccine and anti-science movements in the US and Europe. 

 

Pierre BUEKENS (Tulane University, New Orleans - USA), membre étranger.                 

Determining if someone has an infectious disease is not as easy as it seems, especially if it is a neglected tropical disease. For more than 100 years, isolating and cultivating the infectious agent has been the gold standard in proving an infection. This is the foundation of Koch’s postulates which still influence the way we think today. Laboratory techniques, however, have been improving quickly, and diagnosis is now often based on identifying small fragments of DNA or RNA. These techniques are so powerful that the results are often not easy to interpret. For instance, weak results could merely indicate background noise. Such results could also be revealing the fragment of a dead microorganism. A small variation in the technique could influence the results, and the interpretation might vary from one observer to another. The answer, then, is often not yes or no, but rather a probability or a likelihood of infection.

The difficulty in diagnosing infectious diseases is even stronger for tropical diseases and especially challenging for neglected tropical diseases. Neglect is widespread for diseases that affect only the very poor in low-resource areas and countries. The biotech industry and, even, governments have little incentive to develop new diagnostic tools for such diseases, and the most recent molecular techniques are often not used to their fullest potential. In many cases the molecular tools available have not been adapted to specific geographic variations. For example, the laboratory techniques available to diagnose Chagas disease have mostly been developed in South America and are suitable for the strains of parasite prevalent there. The same techniques, however, might not perform as well when used in Mexico or the United States, where the parasite might be different.

It is not only difficult to determine if an individual is infected or not; it can be even more challenging to know how many people are infected at the population level. Epidemiology is the discipline that specializes in studying diseases in groups of people at the local, regional, country, or global level. Epidemiologists use mathematical methods to estimate how frequently diseases occur, and to predict their spread. Epidemiologic methods are well suited to address the new challenges of using sensitive molecular techniques to diagnose infectious diseases because they deal with probabilities rather than certainties.

It is surprising, then, that epidemiologists are often exclusively focused on chronic diseases, and that tropical medicine is sometimes guilty of underusing modern epidemiologic methods. This paradox is deeply rooted in history. Epidemiologists are distant successors of hygienists, who believed in the miasma theory and never regained the prestige lost after the success of the germ theory. During the nineteenth century hygienists played a central role in promoting sanitation and showing the social roots of diseases. The solutions they proposed were generally the right ones, but the hypothetical mechanisms they presumed to cause diseases were often the wrong ones. Epidemiologists regained prestige by focusing on chronic, non-communicable diseases. Cardiovascular epidemiology is one such example of an extremely successful discipline which has had a strong influence on behavioral change. But epidemiologists’ success with chronic diseases seems to have decreased their interest in infectious diseases.

Tropical medicine has its roots in the colonial period and has long seemed to be a discipline of the past to many epidemiologists. In Europe tropical medicine institutes were created more than a century ago to address health issues in the colonies. They were often founded and, even today remain, in port cities such as Antwerp, Amsterdam, Bordeaux, and Liverpool. In the United States the Tulane University School of Hygiene and Tropical Medicine was launched in 1912 in New Orleans, also a major port city often affected by yellow fever. Its founding also occurred immediately after the Spanish-American war and the United States taking control over Cuba, Puerto Rico, Guam, and the Philippines. It is only recently that tropical medicine’s colonial roots have been progressively forgotten. The discipline regained prestige, in part, due to the widely recognized impact of global warming on health, especially on vector-borne diseases such as dengue, Zika, and chikungunya. Advocating for the elimination of neglected tropical diseases has also recently increased attention to the discipline.

Parasitologists play a key role in tropical medicine and often continue to follow Koch’s postulates, seeking to find the truth by isolating organisms, while epidemiologists provide only probabilities. Epidemiologists often conduct large, population-based surveys and focus on reducing selection biases, while, in most cases, tropical medicine practitioners must quickly isolate organisms from available samples in an attempt to rapidly find clinical solutions to new emerging diseases. The recent epidemics of Ebola virus and Zika virus have shown again the need to very quickly characterize the infectious agents to develop new diagnostics and to initiate the process of vaccine development. Epidemiologists do play a key role in the acute phase of an epidemic by identifying the causes and the transmission mechanisms. It is only in a second phase, however, that they are able to design large population-based studies to quantify the issue, and they are often late to launch these very large studies. This scenario again creates a disconnect between tropical medicine experts and epidemiologists.

Both tropical medicine and epidemiology suffer from unconscious historical biases in the design of the studies they conduct. There is an urgent need to reconcile epidemiology and tropical medicine so that they may find solutions together. It is of utmost importance to take a multidisciplinary approach to diagnose infectious diseases accurately, to measure their frequency, and to evaluate the effectiveness of vaccines and treatments.

 

Emmanuel BOTTIEAU (Institut de Médecine tropicale, Anvers), invité, et le Pr Yves CARLIER (ULB), membre titulaire.                

American trypanosomiasis, also called Chagas disease from the name of the Brazilian doctor who discovered the pathogen in 1907, is an infection caused by the protozoa Trypanosoma cruzi with acute and chronic manifestations. This disease is endemic in Latin America from Mexico to Argentina, where transmission is mainly vector-borne (via bugs called triatomes). Other routes of transmission in the endemic areas may occur via oral contamination, blood transfusion, organ transplantation and vertical (mother-to-child) infection. Thank to major control efforts since 30 years, the number of cases has decreased to about 5 million nowadays (against > 15 million in 1980).

If undiagnosed and left untreated, Chagas disease may cause an acute systemic illness (rather infrequent), but also severe chronic cardiac and digestive complications in up to 30% of the infected individuals, sometimes after decades of asymptomatic latency.

Europe, like other non-endemic areas, has been increasingly confronted with the disease, following the waves of Latin American immigration. It is estimated that about 100,000 T. cruzi-infected Latin American migrants currently live in Europe (about 300,000 in USA). Only a very tiny minority comes to medical attention, because a large part of this immigration is undocumented, and up to 95% of individuals are unaware of their infection.

In this presentation, the current epidemiological situation of Chagas disease in Europe will be reviewed. In addition, we will elaborate on the efforts undertaken in several countries (including Belgium) to increase awareness in the medical and migrant communities as well as the interventions aimed at improving case detection and management in the at-risk population.   

 

 

8 septembre 2018 - Séance solennelle de remise des Prix (période 2017) venus à échéance en janvier 2018

LAURÉATE DES CONCOURS ORDINAIRES

PRIX DU CONCOURS ORDINAIRE DE LA QUATRIÈME SECTION 2017

 PRÉSENTATION DE Mme LE Dr E. CATRY,

LAURÉATE DU CONCOURS ORDINAIRE DE LA QUATRIÈME SECTION 2017

 par L. Hue, membre titulaire

Le jury chargé d’évaluer les candidats était composé des Professeurs J. Crommen, A. Scheen et L. Hue, président. Il a reçu la candidature de Madame Emilie Catry.

Après avoir obtenu un diplôme de pharmacien à l’UCL en 2011, Madame E. Catry a entamé un travail de thèse de doctorat en Science Pharmaceutiques et Biomédicales sous la direction du Pr. Nathalie Delzenne dans le Groupe de Recherche en Métabolisme et Nutrition de l’UCL (Louvain Drug Research Institute).

En réponse à la question posée, Madame E. Catry a présenté son manuscrit de thèse de doctorat intitulé « Role of the gut microbiota in the control of cardio-metabolic risk » , qu’elle a défendu en mai 2017.

Ce document contient trois articles scientifiques publiés en premier auteur. Elle y décrit  les conséquences de changements du microbiome intestinal induits par des moyens pharmacologiques et diététiques sur le métabolisme et la fonction endothéliale. Le troisième article publié dans ‘GUT’, un des meilleurs journaux du domaine, est particulièrement intéressant.  Il rapporte, dans un modèle murin original décrit dans le 2ème article,  les effets protecteurs d’un régime enrichi en fructanes sur la dysfonction endothéliale. Celle-ci est reprise comme marqueur précoce de dommages cardio-vasculaires, notamment dans les études chez l’homme. Les effets bénéfiques résultent de modifications de la flore intestinale caractérisées par une augmentation des bactéries productrices de NO, et par une augmentation des acides biliaires primaires et de GLP-1 qui tous deux favorisent la production de NO et corrigent ainsi la fonction endothéliale déficiente. Le travail soumis par la candidate contient également une description brève d’un protocole d’essais cliniques applicables à des patients souffrant de syndrome métabolique avec un risque élevé de développer une dysfonction endothéliale.  Le document présenté par Madame E. Catry offre ainsi une réponse appropriée et particulièrement originale à la question posée par la 4ème Section.

La qualité du travail ne laisse aucun doute. Les travaux ont été réalisés dans un des meilleurs laboratoires d’étude du microbiome intestinal et sous la supervision de spécialistes mondialement reconnus.

C’est donc à l’unanimité et sans réserve que le jury recommande l’attribution du Prix de la 4ème Section à Madame E. Catry.

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ROLE OF THE GUT MICROBIOTA IN THE CONTROL OF CARDIO-METABOLIC RISK

 par Mme  le Dr Emilie CATRY (UCL)  

Les maladies cardiovasculaires (MCV), dont les dyslipidémies et un régime alimentaire inadéquat sont parmi les principaux facteurs de risque, restent la cause numéro une de décès dans le monde. Le diabète de type 2 et la stéatose hépatique non-alcoolique (NAFLD), deux composants du syndrome métabolique, provoquent des altérations vasculaires au niveau de la microcirculation, initiant le développement d’une dysfonction endothéliale, un marqueur clé et précoce des MCV. De plus en plus de preuves indiquent que les microorganismes vivant dans notre intestin peuvent réguler la physiologie et le métabolisme de l’hôte, notamment en produisant des métabolites bioactifs tels que les acides biliaires (AB). Cette thèse apporte la preuve de l’implication du microbiote intestinal dans le contrôle nutritionnel et pharmacologique du risque cardio-métabolique. Nos premières données montrent que la simvastatine et l’ézetimibe, deux médicaments hypolipidémiants, sont capables de moduler la composition du microbiote en modifiant l’abondance de bactéries du genre Lactobacillus. Ces changements sont associés aux modifications de l’expression de gènes hépatiques et intestinaux codant pour l’homéostasie du cholestérol. Deuxièmement, nous avons développé dans le cadre de cette thèse un modèle de dysfonction endothéliale présente au niveau des artères mésentériques associé à un phénotype « NAFLD ». De par de précédentes études, nous savons que la déficience en acides gras polyinsaturés (AGPI) de type n-3, caractéristique nutritionnelle de notre alimentation occidentale, induit un phénotype hépatique « NAFLD » chez des souris sauvages. Nous montrons que nourrir des souris Apolipoprotein E knock-out (Apoe-/-) avec cette même diète déficience en AGPI n-3 accélère le développement de dysfonction endothéliale, diminue le taux de NO lié à l’hémoglobine (Hb-NO) et induit une stéatose hépatique, indépendamment du poids corporel, des lipides ingérés et d’un processus inflammatoire. Finalement, nous indiquons que la supplémentation en fructanes de type inuline (ITF) pendant deux semaines est capable d’améliorer la fonction endothéliale au niveau des artères mésentériques et carotidiennes des souris Apoe-/- déficientes en AGPI n-3, via l’activation de la voie du monoxyde d’azote (NO) et la restauration du taux de Hb-NO. La supplémentation en ITF provoque de profonds changements dans la composition microbienne, en faveur de bactéries produisant du NO, les enterobactéries et les bifidobactéries, et en défaveur de bactéries issues des familles Lachnospiraceae et Ruminococcaceae qui sont impliquées dans la synthèse des AB secondaires. Ces changements dans la composition du microbiote intestinale sont associés à des changements de métabolites produits tels qu’une augmentation de la concentration en AB primaires et une production plus important de glucagon-like peptide 1, les deux pouvant augmenter la phosphorylation du eNOS et ainsi activer la voie du NO. Cette thèse se place comme étant le point de départ pour de nouvelles études cliniques visant à étudier le rôle du microbiote dans le contrôle du risque cardio-métabolique.

 

                                                                                                                 

 

PRIX ANONYME (2015-2017)

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr E. RIKIR, M.D, PhD.

LAURÉATE DU PRIX ANONYME (2015-2017)

par J. BROTCHI, membre titulaire

Le jury composé des professeurs Danielle Balériaux, Eric Salmon et moi-même a examiné la candidature du Docteur Estelle Rikir pour son travail intitulé : « L’apport de l’imagerie de source éléctrique intercritique et critique dans l’évaluation pré-chirurgicale des épilepsies focales pharmaorésistantes en vue d’améliorer la localisation de la zone épileptogène ».

Le Dr. E. Rikir est diplômée de l’ULg, neurologue et actuellement Chef de Clinique au sein du service de Neurologie/Unité Epilepsie du CHU de Liège, Prof Pierre Maquet. Ses travaux de recherche ont fait l’objet de plusieurs publications dans des revues nationales et internationales.

Dans son travail, le Dr E. Rikir a effectué trois études prospectives, avec une méthodologie strictement uniforme, utilisant la localisation intra-cérébrale (SEEG) du réseau épileptogène comme validation des localisations des sources obtenues.

Le Dr. E. Rikir a, entre-autres, confirmé la valeur localisatrice de l’imagerie de source électrique intercritique au sein d’une large population de patients épileptiques pharmaco-résistants (85-89%),

Sur le plan des considérations générales, un travail visant à localiser la zone épileptogène chez les patients épileptiques graves, est d’intérêt majeur car ces patients peuvent alors bénéficier d’un traitement neurochirurgical qui dans la majorité des cas les libère totalement de leurs crises et leur permet de se réinsérer dans une vie familiale et professionnelle normale.

Par conséquent, le jury a estimé que le travail du Dr E. Rikir remplissait les conditions pour l’attribution du Prix Anonyme de l’Académie royale de Médecine de Belgique.

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L’apport de l’imagerie de source électrique inter-ictale et ictale dans l’évaluation pré-chirurgicale des épilepsies focales pharmaco-résistantes en vue d’améliorer la localisation de la zone épileptogène

par  Mme le Dr Estelle RIKIR, M.D, PhD (ULg)

Face à une épilepsie focale réfractaire, la chirurgie reste le traitement offrant les meilleures chances de guérison, mais, elle ne peut s’envisager que si le réseau épileptogène a été correctement localisé et délimité: ce qui implique, encore fréquemment, le recours à des explorations électrophysiologiques invasives.  L’EEG de haute résolution couplé aux techniques de localisation de sources contribue à l’identification du réseau épileptogène, et ce, de façon non invasive tout en combinant données électrophysiologiques et anatomiques individuelles. Dans une perspective de pratique clinique, nous avons voulu déterminer de façon prospective (i) quel pouvait être la valeur ajoutée de cette technique par rapport à l’évaluation pré-chirurgicale traditionnellement réalisée, (ii) quels patients constituent les meilleurs candidats et (iii) à quel signal (inter-ictal ou ictal) appliquer prioritairement les techniques de localisation de sources.

Nous avons mené trois études prospectives dont la méthodologie était strictement identique. Pour chaque patient, les localisations de sources ont été obtenues à partir d’enregistrement vidéoEEG de 64 électrodes ainsi que d’un modèle de tête réaliste et individuel. Des modèles de sources dipolaires et distribuées ont été utilisés.  Les localisations de sources obtenues ont été interprétées avant la réalisation de la stéréoélectroencéphalographie, et, donc, avant l’évaluation intra-cérébrale du réseau épileptogène qui constituait notre méthode de référence. La concordance anatomique entre localisation de source retenue et localisation intra-cérébrale (SEEG) du réseau épileptogène était établie à un niveau de précision sous-lobaire.

Un premier travail, ayant porté sur 28 patients dont l’épilepsie était en rapport avec une malformation du développement cortical, a confirmé la valeur localisatrice de l’imagerie de source électrique (ISE) inter-ictale dans cette population puisque  la zone épileptogène était identifiée dans 89% des cas. Ce travail a ensuite montré que l’ISE présentait une valeur ajoutée par rapport à l’évaluation pré-chirurgicale classique dans moins de 50% des cas, mais, que cette valeur ajoutée était particulièrement élevée chez les patients dont l’IRM structurelle était négative (73% vs 23% pour les IRM positives) et plus élevée chez les patients avec épilepsie extra-temporale (50% vs 33% pour les épilepsies temporales) alors même que l’absence de lésion IRM et une épilepsie extra-temporale constituent habituellement des facteurs de mauvais pronostic post-chirurgie. Une seconde étude ayant porté sur 74 patients épileptiques réfractaires engagés dans une évaluation pré-chirurgicale a montré que l’ISE inter-ictale était statistiquement plus précise chez les patients avec une épilepsie frontale (46% : p= 0.05), en l’absence de lésion IRM  (36% : p= 0.01) et en présence d’une malformation du développement cortical (27% : p=0.03). Enfin, un troisième travail ayant porté sur 54 patients a montré que (i) l’ISE ictale contribue à localiser le réseau épileptogène dans 75% des cas,  (ii) sa spécificité est plus élevée lorsque les localisations portent sur une pointe ou une décharge rythmique « rapide » (59%, 50%: p=0.38), et, (iii) sa spécificité est statistiquement plus élevée en présence d’une malformation du développement cortical (60%: p=0.04). La comparaison des résultats obtenus en imagerie de source inter-ictale et ictale démontre une meilleure spécificité de l’ISE ictale en présence d’une malformation du développement cortical (60% vs 43%; p=0.18) et d’une lésion IRM  (49% vs 30%; p=0.07). La valeur ajoutée de l’ISE ictale par rapport à l’ISE inter-ictale a été évaluée à 25 % seulement, mais, parmi ces patients, une majorité (71%) présentait une malformation du développement cortical et /ou une lésion structurelle à l’IRM.

L’ensemble de ces résultats montre donc que l’ISE apporte des informations utiles sur la localisation du réseau épileptogène: informations qui peuvent éventuellement guider le choix des cibles intracérébrales à explorer lors des EEG invasifs et ainsi améliorer l’échantillonnage spatial des régions corticales supposées épileptogènes. Dans une perspective de pratique clinique, l’ensemble de ces résultats suggère que (i)  la réalisation d’une ISE inter-ictale devrait prioritairement être proposée aux patients avec épilepsie frontale, IRM négative et malformation du développement cortical, (ii) en présence d’une malformation du développement cortical, cette technique présente une valeur ajoutée par rapport à l’évaluation pré-chirurgicale classique en cas d’ épilepsie extra-temporale et surtout en l’absence de lésion IRM, et enfin, (iii) la réalisation d’une ISE ictale pourrait s’envisager d’abord chez les patients avec malformation du développement cortical, et, ensuite, chez ceux dont les crises débutent par une pointe ou une décharge rythmique « rapide ».

PRIX ALVARENGA, DE PIAUHY 2017

PRÉSENTATION DE M. LE Dr Ch. PIERREUX,

LAURÉAT DU PRIX ALVARENGA, DE PIAUHY 2017

 par G. MOONEN, membre titulaire

Pedro Francisco da Costa Alvarenga est né en 1826 au Brésil, à Oeiras dans la province de Piauí. Il est revenu au Portugal lorsqu’il était âgé de huit ans car ses parents, son père était chirurgien, ont été frappés par son intelligence et souhaitaient qu’il fasse des études brillantes.  En 1845, il s'inscrit à la faculté de médecine de Lisbonne, où il obtient son diplôme en 1849. Il a ensuite obtenu son doctorat à l’Université de Bruxelles. De retour au Portugal, il commença à pratiquer et à enseigner  la clinique à Lisbonne.  Alvarenga se distingue notamment au cours des épidémies de choléra  en 1856, et la fièvre jaune en 1857.  Il a décrit le signe connu sous le nom de signe d’Alvarenga – Durozier ou double souffle crural, signe important mais oublié de l’insuffisance aortique. Il est décédé jeune, à 57 ans, d’une maladie aortique.
Conformément à ses dispositions testamentaires, il a été incinéré et ses cendres ont été déposées à la faculté de médecine de Rio de Janeiro.

Dans son testament, il a institué légataires plusieurs corps savants, notamment diverses académies de médecine et parmi elles, l'Académie royale de Médecine de Belgique. Le capital légué se montait alors à 23.639 francs et vingt centimes, et les conditions émises par le testateur étaient les suivantes: l'intérêt annuel du capital ou fonds permanent constituera, chaque année, un prix qui sera appelé « Prix d'Alvarenga, de Piauhy » (Brésil), lequel sera décerné à l'auteur du meilleur mémoire ou ouvrage inédit, dont le sujet sera au choix de l'auteur, sur n'importe quelle branche de la médecine. Si aucun ouvrage n'est jugé digne de récompense, la valeur du prix sera ajoutée au capital. Ce programme fut adopté par l'Académie le 24 novembre 1888. Le montant du prix est actuellement de 3500 €.

Quatre candidatures ont été déposées.

Après délibération, et à l’unanimité, le jury a retenu le document soumis par Monsieur Christophe Pierreux.
Monsieur Christophe Pierreux est âgé de 47 ans. Il est titulaire d’une maîtrise en sciences biologiques de l’Université de Namur obtenue en 1994 et en 1998 d’un doctorat en sciences biomédicales de l’UCL. De 1998 à 2000, il a effectué un séjour postdoctoral à l’Imperial Cancer Research Fund  à Londres. Il est depuis 2007, maître de recherches du F.R.S.-F.N.R.S à l’UCL-Institut de Duve où il dirige le « pôle » biologie cellulaire.
Monsieur Pierreux fait état de cinquante publications citées 2115 fois.

Le jury a estimé que Monsieur Pierreux était le candidat qui faisait  preuve de la plus grande maturité et de la plus grande autonomie.
C’est un biologiste cellulaire de grand talent et de grande réputation. Il a publié dans les meilleures revues et surtout, le travail sur l’embryologie moléculaire de la thyroïde qu‘il  a soumis dans le cadre du Prix Alvarenga, est une impressionnante dissection des interactions moléculaires en cause. La démarche est originale et subtile et fait appel aux techniques les plus modernes. L’élégance du cheminement intellectuel et la maturité de la démarche ont emporté la conviction du jury et c’est un plaisir pour moi d’être le premier à le féliciter.
 

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COMMENT SE FORMENT LES UNITÉS ANGIO-FOLLICULAIRES DE LA THYROÏDE ?

       par le Dr Christophe PIERREUX (UNamur)

Les organes épithéliaux tels que les poumons, l'intestin, le pancréas ou la thyroïde se forment et acquièrent leurs propriétés fonctionnelles durant la vie embryonnaire. Ces fonctions dépendent de l'expression d'un ensemble de protéines spécifiques, mais aussi de l'acquisition d'une architecture tissulaire appropriée. Par exemple, les cellules épithéliales qui forment les poumons, l’intestin ou le pancréas s’organisent en monocouches délimitant une structure tubulaire ouverte vers l’extérieur. Au contraire, la thyroïde se distingue des autres organes épithéliaux par son organisation en structures sphériques fermées que l’on appelle les follicules. Les cellules folliculaires ou thyrocytes délimitent un espace clos, l'espace colloïdal, et sont entourées d'un dense réseau de capillaires parsemés de petites ouvertures. On parle d’unités angio-folliculaires. Grâce à cette proximité, les thyrocytes peuvent capter l'iode de la circulation sanguine et la transporter dans l’espace colloïdal où elle sera oxydée et incorporée aux résidus tyrosine de la thyroglobuline pour le stockage. Lorsque les taux sanguins d'hormones thyroïdiennes (T3/T4) sont faibles, la thyrotropine, ou TSH, ciblera les thyrocytes afin qu’ils capturent la thyroglobuline iodée stockée dans le colloïde. La thyroglobuline iodée sera ensuite hydrolysée dans les lysosomes des thyrocytes et les hormones T3/T4 seront finalement libérées dans la circulation afin de normaliser les taux circulants de T3/T4.

Pour comprendre la morphogenèse des follicules, nous avons analysé en détail le développement de la thyroïde chez la souris. Nous avons observé que les progéniteurs de thyrocytes forment d'abord un amas tridimensionnel de cellules épithéliales. Ensuite, des cellules endothéliales envahissent l’amas épithélial et le fragmente en plus petites structures au sein desquelles des petites lumières apparaissent par fusion orientée et concertée de vésicules intracellulaires avec la membrane plasmique des thyrocytes. L'expansion des lumières et la réorganisation progressive des cellules en contact avec ces lumières génèrent des microfollicules constitués d'une monocouche de cellules épithéliales à la naissance.

Sur base de ces observations, nous avons utilisé des souris génétiquement modifiées (knock-out) et des cultures ex vivo de thyroïde embryonnaire pour élucider les mécanismes impliqués dans la folliculogenèse. Nous avons montré que les cellules de l’amas produisent énormément de VEGFA, un facteur angiogénique, afin de recruter les cellules endothéliales, et que ces dernières étaient requises pour la formation des follicules. En outre, nous avons observé que l’activation de la voie BMP/Smads dans les progéniteurs de thyrocytes était également requise pour la folliculogenèse. Finalement, nous avons démontré que la formation des follicules thyroïdiens nécessitait l’assemblage d’une lame basale autour des progéniteurs de thyrocytes, un événement dépendant à la fois de la présence des cellules endothéliales à proximité des progéniteurs et de l’activation de la voie BMP/Smads.

En conclusion, nos études soulignent l'importance des communications paracrines entre cellules épithéliales et endothéliales durant la folliculogenèse thyroïdienne et mettent en évidence le rôle des cellules endothéliales, de la voie BMP/Smads et de l'assemblage de la lame basale dans l’acquisition de l’architecture épithéliale de la thyroïde. Notre travail de recherche fondamentale illustre également l'impact de ces nouvelles connaissances sur les progrès en bioimpression 3D d’organes qui pourraient mener, à long terme, vers la thérapie de remplacement d'organes défectueux.

PRIX HENRIETTE SIMONT (2013-2017)

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr C. SABATEL,

LAURÉATE DU PRIX HENRIETTE SIMONT (2013-2017)

par A. VANDERPLASSCHEN, membre associé

(pas reçue sa présentation)  

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CARACTÉRISATION ONTOGÉNIQUE, PHÉNOTYPIQUE ET FONCTIONNELLE DES MACROPHAGES INTERSTITIELS PULMONAIRES APRÈS EXPOSITION À DES COMPOSÉS BACTÉRIENS

 par Mme le Dr Catherine SABATEL (ULg)

La muqueuse respiratoire est continuellement exposée à des antigènes inoffensifs ainsi qu’à des molécules immunostimulatrices d’origine microbienne. Selon la théorie du « soi/non soi » et la théorie du « danger », cette exposition devrait normalement conduire au développement de réponses immunes non désirées à l’encontre de ces antigènes inhalés telles que des réactions allergiques médiées par des lymphocytes Th2. Ce n’est toutefois pas le cas chez la plupart des individus. La théorie de l’hygiène stipule d’ailleurs que vivre dans un environnement riche en composés microbiens protège des allergies respiratoires, ce qui implique l’existence de mécanismes suppresseurs déclenchés par ces stimuli au niveau du poumon. Dans cette étude, nous avons montré que l’ADN bactérien synthétique riche en motifs CpG non méthylés (CpG) a la capacité unique d’augmenter fortement la population de macrophages interstitiels (MI) régulateurs pulmonaires à partir de monocytes CCR2 indépendants résidants dans le tissu pulmonaire ou mobilisés à partir de la rate. De plus, les MI induits par les CpG ont démontré un profil hypersuppresseur car ils produisaient de plus grandes quantités d’une cytokine immunosuppressive, l’interleukine (IL)-10 que leurs homologues présents à l’état basal. L’utilisation de modèles murins d’inflammation allergique des voies aériennes, nous a permis de montrer que le transfert adoptif de MI isolés à partir de souris traitées aux CpG récapitulait les effets protecteurs des CpG lors d’une administration avant la sensibilisation ou le challenge allergénique. Cette protection induite par les MI était dépendante de l’IL-10 car les MI Il10-/- induits par les CpG ne possédaient pas d’effet régulateur. L’expansion des MI régulateurs pulmonaires à partir de monocytes pulmonaires et spléniques CCR2 indépendants suite à une exposition aux CpG constituerait donc un mécanisme possible par lequel une exposition à un environnement riche en composés microbiens protège du développement de l’asthme.

 

PRIX HAMOIR (2013-2017)

PRÉSENTATION DE M. LE Dr B. DEWALS,

LAURÉAT DU PRIX HAMOIR (2013-2017)

par A. BURNY, membre honoraire

L'annonce du Prix Hamoir a donné lieu au dépôt d'une candidature, celle de Monsieur Benjamin Dewals, Dr en Médecine vétérinaire. Le candidat travaille à l'Université de Liége, est âgé de 40 ans et est coauteur de 24 publications et premier ou dernier auteur de 19 publications dans des revues de tout bon niveau soit du domaine virologique soit à caractère biologique fondamental. Il étudie un virus de la famille des herpès gamma, inducteur de lymphome T fatal chez l'hôte non-naturel qu'est le bovin domestique. L'hôte naturel de ce virus semble bien être le gnou, cervidé sauvage. Messieurs Clumeck, Willems et moi-même avons attribué la note moyenne de 24/27 dans le tableau récapitulatif que vous nous avez fait parvenir et proposons à l'Académie royale de Médecine de Belgique d'octroyer à Monsieur Dewals le Prix Hamoir 2018.

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LA LATENCE D’UN GAMMAHERPÈSVIRUS DE GNOU : ENTRE ADAPTATION SYMBIOTIQUE ET LYMPHOPROLIFÉRATION FATALE

par M. le Dr Benjamin DEWALS (ULg)

En Afrique de l’Est, plus de 1,5 million de gnous à queue blanche (Connochaetes taurinus) entreprennent chaque année une longue migration au travers des larges étendues des plaines du Serengeti et du Masai Mara à la recherche de nourriture. Cette migration est sans nul doute une des merveilles de la nature mais est également une période marquée par la réactivation d’un virus dénommé alcélaphine herpèsvirus 1 (AlHV-1), qui accompagne la saison des naissances. L’AlHV-1 est un gammaherpesvirus, infectant de manière latente et persistante les gnous sans qu’aucune maladie ne soit associée à l’infection. Cependant, la transmission à d’autres espèces de ruminants sensibles, tels que les bovins induit une maladie létale dénommée fièvre catarrhale maligne (FCM) ou coryza gangreneux. La singularité de cet agent pathogène a suscité mon intérêt et celui de mon groupe de recherche. En effet, alors qu’il reste purement asymptomatique chez son hôte naturel (le gnou), la FCM est une maladie mortelle chez les bovins qui survient après une phase d’incubation prolongée et caractérisée par une hyperthermie soudaine, un abattement, des sécrétions muqueuses et purulentes, une hypertrophie des organes lymphoïdes secondaires (nœuds lymphatiques et rate) et l’infiltration systématique de cellules lymphoblastiques dans la majorité des organes. J’ai donc entrepris un travail de recherche afin d’élucider comment l’AlHV-1 induit la FCM, c’est-à-dire la pathogénie de la maladie. Au cours de ces recherches, il est apparu que le virus induit la FCM non pas du fait de sa réplication lytique, mais bien de l’établissement d’une infection de type "latente" au sein de lymphocytes T cytotoxiques CD8+. Ces résultats étaient d’une grande importance dans la compréhension générale de la maladie étant donné qu’ils démontrent que les lésions ne sont pas causées par une réponse inflammatoire inadaptée comme proposé initialement, mais bien du fait de l’induction par l’infection virale d’une activation et prolifération non contrôlée de lymphocytes T cytotoxiques CD8+ infectés latents. En outre, nous avons observé qu’aucune particule virale infectieuse n’est produite dans le cours de la maladie, mais une protéine essentielle à la persistance virale au sein de lymphocytes et dénommée aLANA (protéine nucléaire associée à la latence) s’est révélée être fortement exprimée et essentielle à l’induction de la FCM. En effet, nous avons généré des virus incapables d’exprimer aLANA. Ces virus étaient capables de se répliquer in vitro et in vivo normalement mais incapables d’induire la FCM en modèle expérimental in vivo. En outre, et de manière très prometteuse en termes de perspectives vaccinales, nous avons observé que l’infection d’animaux par un virus délété pour le gène de aLANA était suffisante pour induire une immunité protectrice contre un infection subséquente par un virus pathogène/virulent. Dès lors, nous avons pu conclure que l’induction de la FCM par l’AlHV-1 dépend d’un mécanisme de latence virale et a permis de définir la FCM en tant que lymphome périphérique à lymphocyte T causé par leur infection latente. Actuellement, mon groupe de recherche s’attache à élucider quels mécanismes induits par l’infection virale est responsable de l’activation des lymphocytes T CD8+ infectés ainsi qu’à développer une stratégie vaccinale efficace, sûre et abordable.

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr M. SUAREZ-CARMONA,       

LAURÉATE DU PRIX ALBERT-PIERRE-JEAN DUSTIN (2013-2017)      

 par Mme I. SALMON, membre titulaire      

Madame Suarez-Carmona a entamé ses études en Sciences biomédicales à l’Université de Liège et a obtenu son diplôme avec la plus grande distinction en 2010. Elle a été reconnue au sein de son université par l’octroi du prix du meilleur cursus en sciences biomédicales.

En 2015, elle défend une thèse de Doctorat portant sur la « Régulation de cytokines pro‐inflammatoires et pro‐angiogènes au cours de la transition épithélio‐mésenchymateuse associée à la progression métastatique de cellules tumorales mammaires et pulmonaires ». Cette thèse est basée sur les travaux de recherche réalisés au sein des laboratoires de Biologie des Tumeurs et du Développement (LBTD)  et de Pathologie Expérimentale (PathExp).

Actuellement, elle continue ses recherches sur le traitement des cancers épithéliaux de l’ovaire au National Center for Tumour Diseases à Heidelberg dans le laboratoire du Professeur Dirk Jäger au sein du département d’oncologie médicale.

Sa thématique de recherche porte spécifiquement sur le développement et la caractérisation préclinique d’un anticorps thérapeutique anti-NIM15 et la mise au point d’outils pour la repolarisation des macrophages.

Madame Suarez-Carmona est récipiendaire de nombreux prix ou bourses de voyage dont le premier prix pour une présentation orale à l’Association Belge pour l’Etude du Cancer en 2014 ou pour des posters présents aux GIGA-Cancer Days, en 2012 et 2013, à l’Université de Liège et à la réunion bisannuelle de la Société Belge pour la Biologie Cellulaire et du Développement en 2012 également.

Son curriculum vitae comporte seize publications à son actif dont cinq en premier auteur.

L’Académie royale de Médecine de Belgique a décidé de lui décerner le prix Albert-Pierre-Jean Dustin pour valoriser le travail fait au sein du Laboratoire de Biologie des Tumeurs et du Développement de l’Université de Liège en collaboration avec les Professeurs Jean-Michel Foidart, Agnès Noël, Didier Cataldo et Philippe Delvenne. Ce travail s’inscrit dans l’axe de recherche des équipes du Docteur Christine Gilles visant à déchiffrer l’impact de la transition épithélio-mésenchymateuse sur la progression métastatique des cancers.

C’est avec beaucoup d’intérêt scientifique et d’enthousiasme que l’Académie royale de Médecine de Belgique remet le Prix Albert-Pierre-Jean Dustin à Madame Meggy Suarez-Carmona, souhaitant ainsi l’encourager dans la poursuite de cet excellent travail de recherche pour la compréhension du cancer.

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RÉGULATION DE CYTOKINES PRO-INFLAMMATOIRES ET PRO-ANGIOGÈNES AU COURS DE LA TRANSITION ÉPITHÉLIO-MÉSENCHYMATEUSE ASSOCIÉE A LA PROGRESSION MÉTASTATIQUE DE CELLULES TUMORALES MAMMAIRES ET PULMONAIRES

par Mme le Dr Meggy SUAREZ-CARMONA (ULg, Heidelberg)        

Bien que l’existence de processus de transition épithélio‐mésenchymateuse (TEM) dans les cellules épithéliales cancéreuses fût débattue pendant plusieurs années, il est aujourd’hui largement accepté que les cellules cancéreuses subissent des changements semblables à la TEM. Ces changements, étroitement régulés dans le temps et l’espace, confèrent aux cellules des propriétés intrinsèques invasives et de survie accrues qui pourraient faciliter la progression métastatique. Des observations cliniques montrant que la présence de marqueurs de la TEM est associée à un grade histologique élevé et à la présence de métastases ganglionnaires sont corroborées par des modèles animaux et in vitro démontrant le rôle de la TEM dans l’invasion et l’intravasation. Néanmoins, si les cascades de signalisation de la TEM ont fait l’objet d’études approfondies, la compréhension de l’impact de la TEM sur le dialogue entre les cellules cancéreuses et le microenvironnement tumoral est lacunaire. Les cellules cancéreuses peuvent en effet sécréter un grand nombre de facteurs solubles tels des cytokines, chémokines et facteurs de croissance. Certains sont augmentés lors de la progression cancéreuse, bien que les mécanismes impliqués dans leur surexpression par les cellules cancéreuses soient méconnus. Au cours de cette thèse, nous avons visé à caractériser l’impact de la TEM sur le dialogue établi entre les cellules tumorales et le stroma. À l’aide de modèles in vitro, nous avons identifié cinq facteurs solubles dont l’expression est régulée au cours de la TEM : l’interleukine‐8 (IL‐8), l’interleukine‐6 (IL‐6), la forme soluble de l’InterCellular Adhesion Molecule‐1 (sICAM‐1), le Plasminogen Activator Inhibitor‐1 (PAI‐1) et le Granulocyte Monocyte‐Colony Stimulating Factor (GM‐CSF). L’expression de ces facteurs est en partie régulée par le facteur de transcription Snail. De plus, nous avons démontré que ces facteurs solubles exercent une activité angiogène in vitro et in vivo. Enfin, nos données préliminaires suggèrent que ces facteurs solubles recrutent des cellules immunosuppressives dérivées de la lignée myéloïde, les MDSC. Dans l’ensemble, nos résultats indiquent que la TEM induit l’expression de facteurs solubles par les cellules tumorales mammaires et pulmonaires, lesquels sont pro‐angiogènes et pourraient recruter les MDSC, favorisant ainsi la mise en place d’un environnement permissif à la progression cancéreuse.

Abstract

Even though epithelial‐to‐mesenchymal transition (EMT) existence in cancer epithelial cells has been a topic of debate for a long time, it is now widely accepted that cancer cells undergo EMT‐like changes, which are tightly regulated in time and space and endow cells with intrinsically enhanced invasive and survival capacities that might favor metastatic dissemination. Clinical observations showing that presence of EMT markers relates to a high histological grade, presence of lymph node metastasis and chemoresistance are corroborated by animal models and in vitro data demonstrating a role for EMT in invasion and intravasation. Nevertheless, although signaling cascades triggering EMT have been extensively studied, the impact of EMT on the crosstalk between tumor cells and the tumor microenvironment remains elusive. Metastatic dissemination indeed largely relies on tumorstroma interactions. Tumor cells can secrete numerous soluble factors such as cytokines, chemokines and growth factors, some of which have been described as upregulated in cancer progression, even though the mechanisms of such an overexpression remain unclear. During this thesis, we aimed at characterizing the impact of EMT on the tumor‐stroma crosstalk. Using in vitro models of cell lines inducible for EMT, we identified five EMTinduced soluble factors: Interleukin 8 (IL‐8), Interleukin‐6 (IL‐6), soluble form of InterCellularAdhesion Molecul e‐1 (sICAM‐1), Plasminogen Activator Inhibitor‐1 (PAI‐1) and Granulocyte Monocyte‐Colony Stimulating Factor (GM‐CSF). These factors are partially regulated by Snail even though other transcription factors are most likely involved. We further demonstrated that EMT‐derived soluble factors are pro‐angiogenic. Finally, our preliminary data suggest that conditioned medium from EMT‐positive cells stimulates the recruitment of myeloid-derived suppressor cells (MDSC). Taken together, our results show that EMT programs trigger the expression of soluble mediators in breast and lung cancer cells that stimulate angiogenesis and recruit MDSCs, which might in turn favor metastatic dissemination.

 

 

PRIX JEANNE ET MARIE FRANÇOIS 2017

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr C. YIP,

LAURÉATE DU PRIX JEANNE ET MARIE FRANCOIS 2017

 par P. COULIE, membre titulaire

Le Prix annuel Jeanne et Marie François, lancé en 1992, récompense un « travail manuscrit ayant pour but l'étude approfondie de: la guérison du cancer, la guérison de la tuberculose, la stomatologie ou la médecine générale ». Le prix 2017 a été décerné par le jury composé aussi des professeurs Martine Piccart et Etienne Marbaix, à Madame Cassandre Yip.

Madame Yip a 29 ans. Elle est docteur en Sciences biomédicales et pharmaceutiques de l'université de Liège. Le travail primé aujourd'hui a été effectué dans le laboratoire de notre collègue académicienne le Professeur Agnès Noël. Il porte, entre autres, sur les tumeurs du sein dites triple-négatives parce que les cellules tumorales ne portent pas les récepteurs aux oestrogènes et progestérone et ne surexpriment pas le récepteur HER2, ces trois types de récepteurs étant des cibles majeures du traitement médical du cancer du sein. Ces tumeurs sont donc de moins bon pronostic. Même si elles répondent mieux que les autres types de tumeurs du sein aux immunothérapies actuelles, la recherche de nouvelles cibles thérapeutiques répond à un besoin médical important. C'est l'objet des travaux de la lauréate, que je félicite et invite à notre tribune pour qu'elle vous expose la teneur de ses découvertes.

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 IMPLICATION DE LA MT4-MMP DANS LA PROGRESSION TUMORALE DES CANCERS DU SEIN TRIPLE NÉGATIFS

 par Mme le Dr Cassandre YIP (ULg)

L’EGFR (« Epidermal Growth Factor Receptor ») est un récepteur de facteur de croissance exprimé par plus d’un tiers des tumeurs solides. Il constitue donc une cible thérapeutique particulièrement intéressante. Les traitements anti-EGFR sont actuellement administrés notamment aux patients atteints d’un cancer du côlon ou d’un adénocarcinome pulmonaire. Ces dernières années, les traitements anti-EGFR ont suscité un grand intérêt dans le cadre des cancers du sein triple négatifs (TNBC) qui surexpriment l’EGFR dans plus de 50% des cas. Les TNBC représentent 15% des cancers du sein invasifs et ne répondent pas aux traitements hormonaux ou traitements ciblés conventionnels. En l’absence de traitements spécifiques, ce sous-groupe de cancer du sein est associé à un mauvais pronostic. De nombreuses études cliniques de phase I et II ont été menées avec des anti-EGFR sur des patientes non sélectionnées atteintes d’un TNBC. Malheureusement ces études cliniques ont été décevantes. De manière intéressante, nous avons démontré au sein de notre laboratoire que l’EGFR interagissait avec une métalloprotéinase matricielle associée à la membrane, la MT4-MMP. Cette dernière améliore la réponse de l’EGFR à ses ligands, l’EGF et le TGF-α, stimulant la prolifération cellulaire. Indépendamment de l’EGFR, la MT4-MMP stimule également l’angiogenèse et exerce des effets pro-métastatiques par la déstabilisation de l’architecture vasculaire caractérisée par l’élargissement des vaisseaux sanguins et le détachement des péricytes. Ces effets pro-angiogènes et pro-métastatiques sont dépendants de son activité protéolytique, alors que ces effets mitogènes en lien avec l’EGFR ne dépendent pas de l’activité catalytique de cette protéine.

Au cours de mon travail de thèse, des analyses immunohistochimiques de la MT4-MMP et de l’EGFR ont été effectuées sur du tissu humain mammaire sain (n=24) et sur du tissu humain de cancers du sein triple négatifs (n=81). Une faible expression de la MT4-MMP et de l’EGFR a été observée sur le tissu sain alors que leur expression était augmentée dans les TNBC. Au sein de notre cohorte de patientes, 72% exprimaient les deux protéines dont 80% présentaient des co-localisations partielle et complète. En accord avec la littérature, l’EGFR était associé à un mauvais pronostic. De manière surprenante, la survie sans récidive des patientes était associée à une haute proportion de cellules cancéreuses exprimant la MT4-MMP. Les patientes ayant plus de 50% des cellules cancéreuses positive pour la MT4-MMP, présentaient une meilleure survie sans récidive après un traitement chimiothérapeutique. Nous avons démontré que l’expression de la MT4-MMP sensibilisait les cellules tumorales triple-négatives aux agents chimiothérapeutiques ciblant l’ADN tels que l’épirubicine, la cyclophosphamide et le cisplatine, mais pas au paclitaxel, une drogue bloquant la formation du fuseau mitotique. Nous avons également mis en lumière le bénéfice de l’expression de la MT4-MMP sur la réponse à l’erlotinib, un inhibiteur tyrosine kinase de l’EGFR. Ces découvertes ouvrent de nouvelles perspectives pour l’utilisation de traitements anti-EGFR dans les TNBC. En effet, l’expression de la MT4-MMP pourrait constituer un biomarqueur permettant de sélectionner les patientes avec TNBC susceptibles de répondre un traitement anti-EGFR. Par ses effets pro-tumoraux, la MT4-MMP constitue également une cible thérapeutique potentielle qui pourrait être bloquée parallèlement à l’EGFR.

 

PRIX LUCIEN DELOYERS

(PÉRIODE 2016-2017)

PRÉSENTATION DE M. LE Dr J. DUISIT,

LAURÉAT DU PRIX LUCIEN DELOYERS (2016-2017)

par  M. LAMY, membre honoraire

Madame la Présidente,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

J’ai l’honneur de vous présenter le rapport du jury concernant le Prix Lucien Deloyers.

Les professeurs Etienne Marbaix, Jean-Bernard Otte et Jean-Claude Pector m’ont bien aidé dans l’analyse des deux candidatures déposées, celles des Drs Géraldine Brichant et Jérôme Duisit.

Les recherches du Dr Jérôme Duisit ont trait, dans le domaine de la chirurgie régénérative, à la bioconstruction de greffons transplantables de visage et de main.

Leur originalité tient au fait qu’elles bouleversent le paradigme actuel de la transplantation en y ajoutant, entre le prélèvement de l’organe et sa réimplantation chez le receveur, une étape « in vitro » où le greffon est décellularisé, - et donc dépouillé de tous les éléments biologiques du non soi -, pour être repeuplé ensuite à l’aide de cellules souches du soi, issues du receveur lui-même.

L’obstacle du rejet chronique, facteur limitant de la durée de vie des allotransplants de tissus composites, est ainsi contourné, et l’obligation de soumettre le patient à un traitement immunosuppresseur de longue durée, potentiellement délétère, est levée.

Ce travail de pionnier dans le domaine de l’ingénierie tissulaire composite vascularisée a fait l’objet de plusieurs articles originaux, d’une Thèse de Sciences et d’un Brevet de Bioréacteur.

C’est à l’unanimité et avec enthousiasme que le jury propose d’attribuer le Prix Lucien Deloyers, au Dr Jérôme Duisit qui travaille au sein d’une remarquable équipe de recherche. Le jury tient à féliciter le candidat pour ses travaux originaux, d’une qualité exceptionnelle et sources d’espoir pour les futurs receveurs d’organes !

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          THE MATRICES OF IDENTITY : A SUBUNIT APPROACH TO HUMAN FACE AND HAND VASCULARIZED COMPOSITE TISSUE ENGINEERING (VCE)

 par M. le Dr Jérôme DUISIT (UCL, Paris, Lyon)

Depuis deux décennies, l'Allotransplantation de Tissus Composites (ATC) a représenté une véritable révolution dans le domaine de la chirurgie reconstructrice. Cependant, les indications de telles greffes demeurent très limitées (moins de 200 cas pour les membres, moins de 40 pour la face, sur l’ensemble du monde) en raison de la nécessité d'un traitement immunosuppresseur, grevé de complications systémiques significatives. De plus, les résultats récents des patients suivis au long cours ont montré une durée de vie limitée du greffon, due à un rejet vasculaire chronique. Visant à dépasser ces limitations, de nouvelles solutions doivent être trouvées : l’ingénierie tissulaire appliquées aux ATC, dans une approche reconstructive appelée Ingénierie tissulaire des Tissus Composites (ITC), représente une alternative inédite. La technique de décellularisation par bain est connue depuis longtemps pour des tissus simples, comme le derme ou les valves : elle permet de lyser et éliminer cellules et antigènes d’un tissu natif, par agents physiques et/ou chimiques, tout en préservant la matrice extra-cellulaire et les facteurs de croissance associés, dont la complexité est impossible à reproduire actuellement. La limitation majeure ici est la taille et la complexité des tissus traités, restreints par la diffusion passive des produits, et l’absence d’un arbre vasculaire accessible. La technique dite de « perfusion-décellularisation / recellularisation » (PDR), précédemment décrite pour les organes solides, représente une variante des techniques par bain : en perfusant les produits directement par le pédicule artériel, elle permet ainsi la production de matrices très complexes, dotées d’un système vasculaire préservé, accessible et transplantable. Dans un nouveau paradigme, l’approche est ainsi de prélever le greffon chez le donneur, le transférer au laboratoire où il sera décellularisé, puis recellularisé en bioréacteur, partiellement ou totalement, avec les cellules du receveur ; ainsi, la transplantation chez le receveur est celle d’un greffon immunologiquement compatible, permettant de lever les barrières actuellement connues. Nos travaux ont initialement émis l’hypothèse que l’approche par PDR pouvait être appliquée aux tissus composites, malgré la grande variabilité et associations de tissus qui les caractérisent : cela nécessitait la mise au point d’un protocole polyvalent, le développement des stratégies de recellularisation spécifiques et les bioréacteurs nécessaires. Afin de simplifier notre approche, nous avons divisé chirurgicalement le visage et les mains en modèles de sous-unités molles motrices (lèvres, paupières) ou non-motrices (oreille, nez), ou squeletto-portées (doigts). En effet, l’approche en ITC requière une stratégie de choix d’associations tissulaires, plutôt que de leur localisation topographique. De la sorte, nous avons été en mesure de décrire la bio-ingénierie des oreilles porcines et humaines, ainsi que l’extension de l’ITC au visage et à la main chez l’homme, en démontrant la qualité de la matrice produite, leur cyto-compatibilité, ainsi que le respect de l’accès vasculaire : par imagerie in vitro, et en réalisant des tests de reperfusion in vivo (modèle large animal). Nous avons pu également développer une nouvelle génération de bioréacteurs, adaptés à la composante multi-compartiments des greffons composites et à leurs spécificités de régénération. Ce travail ouvre la voie à d'autres développements et, à terme, à l’utilisation clinique de l’ITC : la voie de décellularisation permettra déjà les premières applications ; elle offrira en outre d’établir les concepts, la technologie et le savoir-faire pour la régénération des matrices, avec une application translationnelle directe vers les futures matrices synthétiques du même ordre de complexité, quand les technologies nécessaires seront disponibles.

PRIX LUCIEN DELOYERS

(PÉRIODE 2016-2017)

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr G. BRICHANT,

MÉDAILLE DE L'ACADÉMIE DANS LE CADRE DU PRIX LUCIEN DELOYERS (2016-2017)

par M. LAMY, membre honoraire

Dans son travail original, le Dr Géraldine Brichant a évalué l’hétérogénéité de distribution de deux protéines régulatrices-clés des récepteurs des oestrogènes et de la progestérone, au niveau de lésions d’endométriose infiltrante profonde, prélevées chez des patientes non traitées ou sous l’influence de différents traitements hormonaux.

Cette hétérogénéité de distribution des récepteurs hormonaux pourrait expliquer pourquoi les traitements endocriniens ne permettent pas de traiter efficacement cette pathologie sévère qu’est l’endométriose infiltrante profonde. D’où la nécessité de recourir à des techniques chirurgicales pour soulager les patientes qui représentent environ 10% de la population féminine en âge de procréer. Ces patientes souffrent de symptômes très invalidants : douleurs pelviennes chroniques, dysménorrhée, dyspareunie et/ou infertilité.

Compte tenu du caractère prometteur et des perspectives d’avenir de ce travail au sein d’une équipe de recherche performante et s’adressant à un nombre considérable de femmes, le jury unanime propose d’attribuer au Dr Géraldine Brichant la médaille de notre Académie.

Je vous remercie pour votre attention.

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MÉDAILLE DE L’ACADÉMIE DANS LE CADRE DU PRIX LUCIEN DELOYERS

(PÉRIODE 2016-2017)

Mme le Dr Géraldine BRICHANT (ULg).

Mémoire : « L’hétérogénéité de la distribution des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone dans des lésions d’endométriose profonde infiltrante chez des patientes en cycle naturel ou après une exposition à différents traitements ».

Mme Patricia NERVO, Pr Adelin ALBERT, Mme Carine MUNAUT, Pr Jean-Michel FOIDART et Pr Michelle NISOLLE, collaborateurs).

L’endométriose est une maladie caractérisée par le développement de cellules stromales et épithéliales endométriales en dehors de la cavité utérine 1. Cette pathologie concerne 6 à 10% de la population féminine en âge d’avoir des enfants2. Les trois types de lésions décrites (ovarienne, péritonéale et profonde infiltrante (DIE)) doivent être considérés comme trois entités distinctes d’une même maladie3. Située cinq mm sous la surface péritonéale, la DIE présente des caractéristiques histologiques différentes des deux autres. Elle est entourée de fibrose au sein de laquelle des cellules musculaires lisses sont mises en évidence 4,5. La DIE est fréquemment associée à de la douleur pelvienne chronique (DPC), de la dysménorrhée, de la dyschésie, de la dyspareunie et de l’infertilité6. Si ces lésions inflammatoires sont bénignes, elles présentent toutefois des caractéristiques typiquement associées aux pathologies néoplasiques telles que l’invasion locale et la résistance à l’apoptose7.

La DIE répond de manière très variable à l’hormonothérapie. Il est difficile de prédire le succès de celle-ci pour une patiente donnée. La démonstration récente de mutations des gènes conducteurs de cancer dans certaines cellules épithéliales endométriales ectopiques suggère une hétérogénéité fonctionnelle de ces lésions.

Afin d’évaluer l’hétérogénéité phénotypique des cellules dans les lésions de DIE, nous avons évalué l’expression du récepteur aux oestrogènes∝ (ER∝) et du récepteur de la progestérone (PR) dans les lésions de DIE de patientes traitées (par progestatifs, oestroprogestatifs ou agonistes de la GnRH) ou non. Nous avons évalué la hauteur épithéliale (HE), l’immunomarquage épithélial (IRS) et stromal (SSI). Si dans l’endomètre eutopique, toutes les cellules répondent de manière synchrone à la stimulation hormonale (XXX), nous avons observé dans les DIEs une grande variabilité de réponse au sein d’une même glande, entre les glandes d’une même patiente et entre les patientes recevant le même traitement.

Nos résultats ont montré que la variabilité dans la HE est principalement due à l’hétérogénéité épithéliale dans une glande, ensuite à la glande sélectionnée au hasard de l’échantillon et finalement au traitement de la patiente. La variabilité dans les scores IRS et SSI est principalement due à leur hétérogénéité chez une même patiente et, dans une moindre mesure, à la variabilité entre les patientes. Les scores de HE et SSI ne sont pas significativement différents quel que soit le traitement.

Cette hétérogénéité dans la distribution de ER∝ et PR peut expliquer en partie pourquoi les traitements endocriniens sont incapables de traiter l’endométriose profonde chez toutes les patientes et que les symptômes récidivent rapidement dès leur arrêt.

1.  SAMPSON J.A., Metastatic or Embolic Endometriosis, due to the Menstrual Dissemination of Endometrial Tissue into the Venous Circulation, Am. J. Pathol.3:93-110 43, 1927.

2.   GIUDICE L.C., KAO L.C., Endometriosis, Lancet 364:1789-99, 2004.

3.  NISOLLE M., DONNEZ J., Peritoneal endometriosis, ovarian endometriosis, and adenomyotic nodules of the rectovaginal septum are three different entities, Fertil Steril; 68:585-96, 1997.

4.  CORNILLIE F.J., OOSTERLYNCK D., LAUWERYNS J.M., KONINCKX P.R., Deeply infiltrating pelvic   endometriosis: histology and clinical significance, Fertility and sterility; 53:978-83, 1990.

5.   ITOGA T., MATSUMOTO T., TAKEUCHI H., et al., Fibrosis and smooth muscle metaplasia in rectovaginal endometriosis, Pathol. Int.;53:371-5, 2003.

6.   BERKLEY K.J., RAPKIN A.J., PAPKA R.E., The pains of endometriosis, Science; 308:1587-9, 2005.

7.  SAMARTZIS E.P., SAMARTZIS N., NOSKE A., et al., Loss of ARID1A/BAF250a-expression in endometriosis: a biomarker for risk of carcinogenic transformation?, Mod. Pathol.; 25:885-92, 2012.

PRIX INTERNATIONAL « ASSIS » SUR LA SÉCURITÉ DES SYSTÈMES D’INFORMATION DE SANTÉ EN EUROPE

(PÉRIODE 2015-2017)

 PRÉSENTATION DE M. LE Dr Ph. KOLH ,

LAURÉAT DU PRIX INTERNATIONAL « ASSIS » SUR LA SÉCURITÉ DES SYSTÈMES D’INFORMATION DE SANTÉ EN EUROPE (2015-2017)

par Francis ROGER FRANCE (UCL)

Philippe Kolh est âgé de 54 ans. Son parcours à l’Université de Liège est exceptionnel. Il est devenu successivement docteur en médecine (1989), spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire (1999), docteur en sciences biomédicales expérimentales (2001) et agrégé de l’enseignement supérieur (2006). Il a séjourné plus de trois ans aux Etats-Unis (Mayo Clinic, Yale et Harvard Medical School). Il est titulaire de très nombreux prix et auteur de plus de 300 publications scientifiques (Index-H Scopus 51). Il est actuellement Professeur de physiologie et de biochimie à ULiège. De longue date, il s’est investi dans l’informatique hospitalière et dirige depuis 2009 le Département de la Gestion des Systèmes d’Information (GSI) au CHU de Liège, l’un des plus importants du pays dans le domaine.

Les travaux de Philippe Kolh en informatique hospitalière se sont inscrits dans la durée car depuis 2000 il a vécu toutes les étapes de l’accélération de l’informatisation des activités de soins de santé et du développement du dossier patient informatisé (DPI). Dès le début, il a perçu l’importance des problèmes de sécurité et de confidentialité des données médicales informatisées et il s’efforce d’y apporter des solutions pragmatiques et durables. En particulier, il s’est attaqué au problème de l’informatisation et de la sécurisation du circuit du médicament, élément complexe mais incontournable pour garantir la sécurité du patient et la qualité des soins. Avec son équipe de recherche et ses informaticiens, il a relevé ce défi avec succès dans le cadre du modèle EMRAM (Electronic Medical Record Adoption Model) de HIMSS Analytics. Le référentiel EMRAM mesure à l’échelle mondiale le niveau d’informatisation médicale et clinique des hôpitaux et est composé de sept niveaux d’informatisation. Grâce aux travaux de Philippe Kolh, le CHU de Liège a atteint fin 2016 le niveau six de l’échelle (Deuxième hôpital belge après la KULeuven) et devrait atteindre le niveau EMRAM7 en 2019. Ses travaux en informatique hospitalière jouissent d’une grande reconnaissance internationale et honorent notre pays en ce domaine.

Considérant que le Professeur Philippe Kolh a, par ses travaux et ses recherches, contribué de façon originale à la sécurité des systèmes d’informations de santé en Europe, qu’il continue à œuvrer à cet idéal, l’Académie royale de Médecine de Belgique lui décerne aujourd’hui le Prix international ASSIS pour la période 2015-2017.

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 SÉCURITÉ DU RÉSEAU INFORMATIQUE ET SÉCURISATION DU CIRCUIT DU MÉDICAMENT EN MILIEU HOSPITALIER

 par M. le Dr Philippe KOLH (ULg)

 

(pas reçu le résumé)

 

 

 

FONDATIONS PARA-ACADÉMIQUES

PRIX PROFESSEUR CHRISTIAN COËRS 2017

PRÉSENTATION DE M. LE Dr L. SERVAIS,

LAURÉAT DU PRIX PROFESSEUR CHRISTIAN COËRS 2017

      par  Mme le Dr N. TOPPET-TELERMAN (ULB)

Le jury composé des Professeurs Michel Fardeau, Bernard Dan, Stephan Laureys , Gustave Moonen et sous ma présidence  a attribué cette année à l’unanimité le Prix du Professeur Christian Coërs au Docteur Laurent Servais pour son projet intitulé : « D’une recherche préclinique et translationnelle rigoureuse à l’utilisation optimale des thérapies innovantes dans les maladies neuromusculaires ». Ce candidat belge né en 1975 a effectué en Belgique ses études de médecine, de pédiatrie et de neuro-pédiatrie avec à chaque fois la plus grande distinction. Il est actuellement professeur de Neurologie pédiatrique à l’université de Liège et responsable du centre de référence neuromusculaire mais c’est en France à l’Institut de Myologie à la Pitié-Salpétrière qu’il s’est formé à la clinique des maladies neuromusculaires  et à la recherche clinique et translationnelle et il y poursuit encore actuellement ses recherches. En effet, il est le directeur de l’Institut I-Motion, plate-forme centralisant les épreuves thérapeutiques innovantes dans le domaine des maladies neuromusculaires où il peut être considéré comme un expert.

Le Professeur Michel Fardeau, membre étranger de notre jury, avait souhaité être présent à la remise de ce prix vu son estime pour le lauréat, mais sa santé ne lui a pas permis  d’être parmi nous aujourd’hui.

C’eut été un grand honneur pour l’ARMB d’accueillir aujourd’hui le fondateur de la recherche neuromusculaire en France, ce chercheur éminent qui au cours des cinquante dernières années  maitrisant les arcanes de la clinique et de la pathologie et y associant peu à peu les progrès de la biologie moléculaire et de la génétique a permis ainsi la compréhension et le diagnostic de ces maladies en aboutissant aux premières étapes de leur traitement. Il a concrétisé cette évolution par la fondation de l’Institut de Myologie dont il fut le premier directeur en 1998 et où Laurent Servais a pu bénéficier de cet enseignement remarquable.

J’en reviens au projet  du lauréat qui concerne la thérapie de l’amyotrophie spinale dont la forme la plus grave correspond à la maladie de Werdnig-Hoffmann et tue les nouveau-nés en moins de deux ans. Elle est liée à une délétion homozygote du gène SMN1 sur le chromosome 5 qui synthétise une protéine de survie des motoneurones. Son absence aboutit à la destruction de ceux-ci. Sur le même chromosome 5 se trouvent plusieurs copies du gène SMN2 qui ne diffère du premier que par l’absence de l’exon 7. Ce dernier est évacué par la présence d’un nucléotide muté sur son site d’épissage. De ce fait SMN2 est incapable de synthétiser une quantité suffisante de protéine SMN active. Or il existe un médicament , le nusinersen, un oligonucléotide antisens qui rend à SMN2 son exon 7 ainsi que sa capacité à synthétiser la protéine SMN et à compenser l’inactivité de SMN1. L’intérêt du nusinersen (Spinraza) dans le traitement de la SMA a été reconnu  par la ministre de la Santé, le Docteur Maggie De Block qui en a autorisé récemment le remboursement.

Laurent Servais a montré que le médicament doit être administré avant la destruction des motoneurones d’où la nécessité de dépister la maladie dès la naissance. La mutation du gène SMN1 doit être recherchée chez tous les nouveau-nés en même temps que le test de Guthrie déjà effectué et qui permet le diagnostic d’une dizaine de maladies génétiques curables dont l’exemple le plus classique est la phénylcétonurie.

C’est donc l’espoir d’un contrôle très significatif de l’amyotrophie spinale par cet oligonucléotide antisens qui a convaincu le jury d’attribuer le prix du Professeur Christian Coërs au Professeur Laurent Servais. Le prix contribuera au dépistage de la maladie en Belgique dès la naissance, à son traitement présymptomatique et à l’action de celui-ci sur l’évolution de la maladie.

Madame Coërs que nous remercions encore très chaleureusement pour ses généreuses contributions se rendra compte du passage des acquisitions théoriques sur le mécanisme des maladies neuromusculaires à l’étape longtemps convoitée de leur traitement.

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D’UNE RECHERCHE PRÉ-CLINIQUE ET TRANSLATIONNNELLE RIGOUREUSE À L’UTILISATION OPTIMALE DES THÉRAPIES INNOVANTES DANS LES MALADIES NEUROMUSCULAIRES   

par Laurent SERVAIS (Université Pierre et Marie Curie, Paris – ULg,ULB)

De manière surprenante, malgré des investissements importants et de nombreuses publications pré-cliniques dans des revues scientifiques prestigieuses, le monde du neuro-musculaire pédiatrique n’a connu à ce jour, toutes pathologies confondues, que l’approbation définitive par les deux grandes agences réglementaires d’un seul médicament de thérapie innovante, à savoir le nusinersen dans l’amyotrophie spinale. La non reproductibilité des travaux précliniques dans différents domaines de la médecine, et donc leur manque de rigueur, a généré des résultats sur base desquels des développements précliniques ont été erronément lancés. Cela a donné lieu au concept de « science non reproductible », dans laquelle le budget dilapidé jusqu’en 2015 aux USA a été estimé à 28.000.000.000 USD.

L’ensemble de mes travaux se situent dans une démarche translationnelle, visant à optimiser le passage des résultats acquis dans un modèle préclinique jusqu’à l’utilisation optimale des thérapies innovantes, mises sur le marché et remboursées. Cette optimisation passe par la compréhension des différentes étapes de ce processus ainsi que leurs interactions dans une chaîne dont la durée temporelle minimale est d’une dizaine d’année.

La première étape de ce processus réside dans l’utilisation des modèles animaux adéquats, dans la validation des biomarqueurs et dans les mesures de suivis adéquats. La seconde étape est la démonstration rigoureuse de la preuve de mécanisme, en étudiant toutes les étapes de la pharmacocinétique à l’effet clinique, et en tentant d’en appréhender les raisons des variations. La troisième étape, souvent la plus délicate, est l’identification des biomarqueurs et des mesures de suivi humains, non seulement relevant, pour quantifier un effet sur l’histoire naturelle de la maladie humaine, mais cliniquement en rapport avec l’intervention étudiée. La mauvaise connaissance de l’histoire naturelle de la maladie humaine a été, dans le cadre de la dystrophie de Duchenne, une des causes les plus évidentes de l’échec des premiers grands développements cliniques. La quatrième étape est la définition et l’exécution du plan de développement clinique. Celui-ci passe par une succession d’essais dont le but n’est pas de soigner un ou plusieurs patients, mais de répondre à des questions méthodologiques précises. Les maladies rares nécessitent souvent des plans de développement innovants, et des méthodologies statistiques appropriées afin de pouvoir garder une rigueur acceptable malgré le petit nombre de patients disponibles – et leur large répartition géographique – pour mener un ou plusieurs essais. La rigueur dans l’exécution de l’essai est bien entendu un point capital pour en assurer la qualité méthodologique, et donc la validité.

Les standards de soin, parfois très largement différents d’un pays à l’autre, voire d’un centre de référence à l’autre, sont indispensables pour assurer qu’une intervention donnée génère – ou ne génère pas – un effet clinique qui pourrait être attribué à une différence de prise en charge. De la même manière, l’optimisation des standards de soin sur le plan national et international est indispensable pour optimiser l’effet des thérapies innovantes. Enfin, l’identification précoce des patients et parmi ceux-ci des meilleurs répondeurs permet in fine l’optimisation de l’usage des thérapies innovantes, et par là même, la diminution des coûts sociaux que la prise en charge des maladies rares génère.

L’ensemble de mes publications dans le domaine neuromusculaire portent sur les différentes étapes de ce mécanisme : identification des biomarqueurs et des outcomes animaux et humains, description des preuves de mécanisme, description de l’histoire naturelle des maladies, définition de plan de développements cliniques optimaux, amélioration des standards de soin, identification précoce des patients par le screening néonatal et des facteurs pronostics de réponse thérapeutique.

PRIX SANTKIN (2016-2017)

PRÉSENTATION DE M. LE Dr B. HANSEEUW,

LAURÉAT DU PRIX SANTKIN (2016-2017)

par Mme D. BALÉRIAUX, Présidente

Le Prix Santkin, prix biennal consacré à la maladie d’Alzheimer, couronne cette année un travail centré sur les aspects diagnostiques de la maladie. Ce prix important est offert par la Ligue Nationale Alzheimer Liga et attribué  par un jury conjoint de l’Académie royale de Médecine de Belgique et de la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België », jury que j’ai eu le plaisir de présider. Le lauréat désigné á l’unanimité du jury est le Dr Bernard Hanseeuw qui a présenté ses travaux concernant l’évaluation  de l’utilisation de traceurs moléculaires PET pour le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer.  Il s’agit de marqueurs de l’amyloïde et de la protéine tau qui semblent bien interagir. Savoir diagnostiquer précocement la maladie d’Alzheimer et ce avant que le patient ne devienne symptomatique  représente de toute évidence le premier pas  incontournable pour évaluer l’efficacité d’un traitement.  Bernard Hanseeuw fait état d’un curriculum vitae brillant comportant une riche bibliographie. Il a  bénéficié d’un séjour de deux ans (2014-2016) au MGH a Boston ou il s’est familiarisé  avec des techniques d’imagerie par PET, techniques qu’il développera ensuite a l’UCL. Le Dr Hanseeuw est chargé de cours clinique á l’UCL depuis 2017.

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 USING MOLECULAR PET IMAGING TO DIAGNOSE ALZHEIMER’S DISEASE BEFORE THE FIRST MEMORY LOSS

par M. le Dr Bernard HANSEEUW (UCL)

Alzheimer’s disease (AD) affects one of every ten individuals over the age of 65, and remains one of the most feared consequences associated with aging. Despite intensive research efforts over the past twenty years, AD remains the only top-10 cause of death without a way to prevent, cure or even slow its progression. I strongly believe that the best way to fight against AD is to develop preventive therapies: Preventing amyloid plaques and tau tangles, the two hallmark pathologies of AD, to damage the brain. By the time memory troubles are noticeable, many neurons have been lost and reversing the process seems hardly feasible. Autopsy studies suggest a long preclinical phase in AD, during which pathology slowly builds up, before memory starts declining several years later. However, preventive therapies can only be tested if we are able to detect preclinical Alzheimer’s pathology, before the onset of symptoms. Since the late nineties, we are able to detect amyloid and tau in the cerebrospinal fluid (CSF); but this requires a lumbar puncture that many asymptomatic elderly would not sign up for. Molecular PET imaging is less invasive and provides anatomical information on AD pathology. Developing PET radiotracers specific for amyloid and tau is thus critically important for visualizing these pathologies in-vivo, and thereby allowing AD preventive trials.

The research studies awarded with the Santkin prize (Journal of Alzheimer’s Disease, 2015 & 2016, Alzheimer’s and Dementia, 2016 & 2018, Annals of Neurology 2017) evaluated the clinical use of these new radiotracers. The first amyloid PET at UCL was conducted in 2011 in a research protocol offering this new technique to non-demented individuals, some with normal cognition and others with mild cognitive impairment (MCI). Our work established the clinical utility of amyloid imaging by comparing the diagnoses made either on the basis of cognitive assessments alone or on the basis of cognitive assessments coupled with imaging results. The use of brain imaging allowed re-classifying 42% of patients, and amyloid-PET had the highest predictive value among the imaging techniques we assessed (MRI, FDG-PET, and amyloid-PET). In a subsequent study conducted at Harvard Medical School, I demonstrated that the regional information provided by amyloid PET could help identify the individuals most at risk for dementia. Cortical amyloid is frequent in non-demented older adults (~30% at age 75), but the risk for dementia associated with cortical amyloid is relatively low (11% in three years). In contrast, striatal amyloid is less frequent (~10% at age 75), but the associated risk for dementia is higher (42% in three years). Striatal amyloid is also more strongly associated with tau pathology than cortical amyloid. Early amyloid is thus better detected in cortex, but risk for progression to dementia is better assessed with striatal amyloid.

The recent development of tau PET imaging now allows observing both pathological hallmarks of Alzheimer’s disease. As predicted by the neuropathology data, tau-PET uptake closely matches cerebral hypometabolism (see image), and cognitive decline in normal elderly is best predicted by the combination of both pathologies than by either one alone. In the near future, tracking changes in PET signal over time will help us evaluating target engagement in clinical trials, permitting to stop drugs development earlier if ineffective. Amyloid PET allowed us to detect early AD pathology and opened the possibility of setting up preventive trials in patients with little or no symptoms; we now have tau PET tracers offering the potential of tracking disease progression and drug efficacy in non-demented populations.

 

 

 

 

PRIX ET CRÉDITS DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2018

PRÉSENTATION DE M. LE Dr Ph. UNGER (ULB),

LAURÉAT DU PRIX DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2018

par le Pr J.-L. VANDENBOSSCHE (ULB)

Le jury composé des Professeurs D. de Cannière, J. Melin, L. Pierard, M. Renard, A. Scheen, J.-L Vanoverschelde, J.-L. Vandenbossche, a octroyé, le 26 mai 2018, le Prix de la Fondation Bekales 2018 à Mr Philippe Unger, pour son mémoire intitulé : « Diagnostic and therapeutic strategies in multiple heart valve disease ». Les Crédits de recherche de cette même fondation furent attribués à Mme Alexia Hulin, pour son travail intitulé « Deciphering cellular contribution to heart valve homeostasis and disease ».

Le Professeur Philippe Unger, âgé de 60 ans, diplômé médecin de l’ULB en 1982, spécialiste en Cardiologie en 1987, agrégé de l’enseignement supérieur en 1995, a exercé le mandat de chef de clinique à l’Hôpital Académique Erasme jusqu’ en 2013, et est actuellement chef de service de Cardiologie du CHU Saint-Pierre à Bruxelles depuis 2015. Expert reconnu internationalement en échocardiographie, il est auteur et coauteur de plus de 100 publications et chapitres de livres.

Son travail dans le domaine des valvulopathies multiples a recueilli l’unanimité du jury, en raison de la qualité des travaux réalisés, permettant de proposer au clinicien des stratégies rationnelles face à des décisions difficiles quant à l’attitude thérapeutique à adopter, en particulier s’il y a lieu d’intervenir, quels types d’intervention et combien de valves traiter.

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  DIAGNOSTIC AND THERAPEUTIC STRATEGIES IN MULTIPLE HEART VALVE DISEASE

 par M. le Dr Philippe UNGER (ULB)

Contrairement aux atteintes monovalvulaires, les valvulopathies cardiaques multiples, pourtant fréquentes, n’ont que rarement été abordées dans la littérature médicale. Diverses interactions hémodynamiques induites par la coexistence de plusieurs atteintes valvulaires sont susceptibles d’en modifier l’expression, et certaines méthodes diagnostiques, au demeurant bien validées chez les patients souffrant d’atteintes monovalvulaires ne l’ont pas été en présence d’atteintes plurivalvulaires, et sont ainsi susceptible d’en compliquer tant le diagnostic que la prise en charge thérapeutique.

Dans ce travail, nous nous sommes d’abord attachés à étudier l’association fréquente de sténose aortique et d’insuffisance mitrale. Nous avons ensuite tenté de proposer un canevas de prise en charge standardisé applicable plus généralement à toutes les combinaisons de valvulopathies multiples, afin d'aider le clinicien dans son approche de ces situations complexes.

Si l’insuffisance mitrale secondaire (fonctionnelle) s’améliore fréquemment après remplacement valvulaire aortique chez les patients porteurs d’une sténose aortique, les réponses individuelles sont variables et les déterminants de cette réponse sont mal connus. Nos travaux nous ont permis de montrer que l’évaluation quantitative préopératoire de la fuite mitrale par l’estimation de la surface de l’orifice régurgitant mitral en utilisant la méthode PISA (proximal isovelocity surface area) était le paramètre de quantification qui se modifiait le moins après chirurgie aortique, et ainsi, le plus prédictif de la situation postopératoire (1).

Nous avons par ailleurs pu montrer que l’inadéquation de la taille de la prothèse aortique par rapport aux mensurations du patient (« patient-prosthesis mismatch ») était associée à une moindre réduction de la fuite mitrale (2) ; en outre, par une méthodologie méta-analytique, nous avons pu montrer que les prothèses valvulaires aortiques implantées par cathéter et apposées à l’aide d’un ballonnet étaient à cet égard plus favorables que les prothèses auto-expansées (3).

Nous avons enfin tenté de résumer les données disponibles dans la littérature traitant de l’association de sténose aortique et d’insuffisance mitrale (4), et plus largement, de définir les pièges diagnostiques, et de standardiser les stratégies de prise en charge des diverses combinaisons de valvulopathies (5-7), tenant compte de la sévérité des lésions, du profil de risque du patient, de l’histoire naturelle spontanée de la maladie valvulaire, et de l’apport des nouvelles approches thérapeutiques mini-invasives qui, sans nul doute, modifieront le paradigme de la prise en charge de ces patients.  

1.   P. UNGER, D. PLEIN, G. VAN CAMP, B.  COSYNS, A. PASQUET, V. HENRARD, D. DE CANNIÈRE, C. MELOT, L.A. PIÉRARD, P. LANCELLOTTI, Effects of valve replacement for aortic stenosis on mitral regurgitation, Am. J. Cardiol.; 102:1378-8, 2008.

2.   P. UNGER, J.  MAGNE, F. VANDEN EYNDEN, D. PLEIN, G. VAN CAMP, A.  PASQUET, B. COSYNS, C. DEDOBBELEER, P. LANCELLOTTI, Impact of prosthesis-patient mismatch on mitral regurgitation after aortic valve replacement, Heart;96:1627-32?, 2010.

3.   P. UNGER, C.  DEDOBBELEER, F. VANDEN EYNDEN, P. LANCELLOTTI, Mitral regurgitation after transcatheter aortic valve replacement :  Does the prosthesis matter ?, Int. J. Cardiol. ;168:1706-9,2013.

4.   P UNGER, C. DEDOBBELEER, G. VAN CAMP, D. PLEIN, B. COSYNS, P. LANCELLOTTI, Mitral regurgitation in patients with aortic stenosis undergoing valve replacement, Heart;96:9-14, 2010.

5.   P.UNGER, R. ROSENHEK, C. DEDOBBELEER, A. BERREBI, P. LANCELLOTTI, Management of multiple valve disease, Heart;97:272-7, 2011.  

6.   P. UNGER, P. LANCELLOTTI, D. DE CANNIÈRE, The clinical challenge of concomitant aortic and mitral valve stenosis, Acta cardiol.; 71:3-6, 2016.

7.   P. UNGER, M.A. CLAVEL, B.R. LINDMAN, P. MATHIEU, P. PIBAROT, Pathophysiology and management of multivalvular disease, Nature Rev. Cardiol.;13:429-40, 2016.

 

                

 

 

 

 

 

 

                    

 

 

 

 

 

 

PRIX ET CRÉDITS DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2018

 PRÉSENTATION DE Mme le Dr A. HULIN (ULg),       

LAURÉATE DU CRÉDIT DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2018  

    par le Pr J.-L. VANDENBOSSCHE (ULB)    

Le docteur Alexia Hulin, diplômée en sciences biochimiques et docteur en sciences biomédicales et pharmaceutiques de l’Université de Liège, a depuis sa thèse jusqu’à aujourd’hui été passionnée par les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans la biologie des valves cardiaques. Actuellement membre de l’équipe du Docteur Cécile Oury et Professeur Patrizio Lancellotti au GIGA-Cardiovascular sciences, elle vise à étudier la contribution de certaines populations cellulaires (endothéliales, immunitaires et interstitielles) dans les deux plus importantes pathologies valvulaires, la calcification aortique et la dégénérescence myxoide de la valve mitrale.

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DECIPHERING CELLULAR CONTRIBUTION TO HEART VALVE HOMEOSTASIS AND DISEASE

 par Mme le Dr Alexia HULIN (ULg)    

La fonction des valves cardiaques repose sur la composition et la stratification particulière de la matrice extracellulaire. Au niveau cellulaire, une couche de cellules endothéliales couvre l’extérieur de la valve tandis que les cellules situées à l’intérieur de la valve, cellules interstitielles, sont responsables de produire et maintenir la structure des feuillets. A l’heure actuelle, les deux principales pathologies valvulaires sont la dégénérescence myxoide de la valve mitrale et la calcification aortique. Un excès de production et dégradation de composants matriciels mène à l’épaississement des feuillets mitraux et est la cause première de l’insuffisance mitrale. La calcification de la valve aortique est, quant à elle, caractérisée par un remodelage de la matrice et calcification des feuillets menant à une obstruction du flux sanguin, la sténose aortique.

De nombreuses voies de signalisation ont été impliquées dans la progression des pathologies valvulaires mais l’aspect cellulaire est encore peu décrit. En effet, les populations responsables du remodelage de la matrice ou de la production de nodules calcifies ne sont pas encore connues et pourtant sont les cibles thérapeutiques à identifier pour traiter la pathologie. Nous avons dans un premier temps caractériser les populations cellulaires qui se trouvent dans une valve saine et montrer pour la première fois l’hétérogénéité des cellules endothéliales, interstitielles et immunitaires. Dans la pathologie myxoide, nous avons alors pu identifier un processus inflammatoire accompagné d’un changement de population des macrophages. Cependant, le rôle des macrophages au cours de la pathologie valvulaire n’a jamais été étudié. Nous proposons dès lors d’établir la signature moléculaire des macrophages et de déterminer si l’inflammation est une composante déterminante de la dégénérescence myxoide. Cette étude vise également à étudier les autres composantes cellulaires, endothéliales et interstitielles, ainsi que leur interaction dans des modèles murins de pathologies valvulaires. Nos recherches visent à identifier les populations cellulaires responsables du développement des pathologies valvulaires. Notre étude permettra de proposer des traitements thérapeutiques ciblés et efficaces encore inexistants aujourd’hui.

 

 

 

 

29 septembre 2018 - Séance publique ordinaire

J.-L. BALLIGAND (UCLouvain), membre titulaire.

En réaction à toute agression tissulaire, qu’elle soit d’origine ischémique, hémodynamique ou neurohormonale, le myocarde engage un programme transcriptionnel  aboutissant à de profonds remaniements touchant tous ses éléments cellulaires, globalement appelés « remodelage myocardique ». Celui-ci procède de changements affectant le phénotype des myocytes cardiaques (e.a. par hypertrophie), mais aussi les autres types cellulaires (fibroblastes, cellules endothéliales et inflammatoires) aboutissant à la fibrose, raréfaction capillaire, puis modifications des propriétés de compliance et de contractilité du myocarde, évoluant inexorablement vers l’insuffisance cardiaque. Alors que les traitements actuels visent essentiellement à atténuer ces phénomènes par le blocage pharmacologique du cortège neurohormonal qui accompagne cette évolution, peu d’approches s’attaquent à la source de cette pathologie. Une telle approche passe nécessairement par l’élucidation des mécanismes fondamentaux de signalisation cellulaire. Notre laboratoire a mis en évidence l’importance de la production d’espèces réactives de l’oxygène, dans des compartiments cellulaires spécifiques, à l’origine de l’hypertrophie et de la fibrose myocardique à la suite d’agression hémodynamique ou neurohormonale. Nous illustrerons le rôle des récepteurs adrénergiques dans ces phénomènes et l’exploitation du récepteur beta3-adrénergique, en particulier, comme nouvelle cible thérapeutique, actuellement étudiée dans une étude clinique multicentrique. Plus récemment, nous avons identifié le rôle d’isoformes spécifiques des canaux à eau, ou Aquaporines dans le remodelage oxydatif du myocarde. Le développement d’inhibiteurs spécifiques de ces Aquaporines offre une nouvelle perspective thérapeutique pour la prévention du remodelage myocardique à l’origine de nombreuses pathologies cardiaques débilitantes.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs J.-M. Foidart, G. Casimir, Th. Godfraind, et G. Moonen).

Gébrine EL KHOURY (Département cardiovasculaire et thoracique - UCL), invité.                    

a) Background

1) Durant la dernière décennie, la régurgitation aortique sur bicuspidie ou maladie dégénérative de la média (Marfan, …) est devenue la principale cause d’insuffisance aortique chez le jeune patient. Parallèlement à cette évolution, et encouragés par les excellents résultats de la réparation valvulaire mitrale, des équipes de pionniers ont développé une chirurgie conservatrice de la valve aortique. Cette chirurgie révolutionnaire dans sa conception donne à ces jeunes patients le meilleur atout de qualité de vie et de longévité. 

2) Le traitement classique dans la majorité des centres pour cette pathologie est le remplacement valvulaire prothétique, qui est associé à une morbidité et mortalité non négligeable :

- une mortalité opératoire pour le remplacement valvulaire prothétique est de 2-6 %,

- le pourcentage de complications thrombo-emboliques dix ans après un remplacement valvulaire aortique prothétique est de 38 % (3,8 patients par année),

- le pourcentage de complications hémorragiques dix ans après un remplacement valvulaire prothétique est de 35 %  (3,5 patients par année),

- le pourcentage de complications infectieuses dix ans après l’intervention est de 10 % (1 patient par année),

- une ischémie cérébrale silencieuse secondaire à des micro-emboles.

3) Conservation de la valve native permet :

- la conservation d’une hémodynamique normale,

- un flux dans les artères coronaires normal,

- le pourcentage d’infection valvulaire postopératoire est identique à une valve normale puisque nous n’implantons aucun matériel prothétique,

- une absence d’accident thrombo-embolique ou hémorragique postopératoire étant donné l'absence d'anticoagulation.

4) Plusieurs techniques de conservation de la valve aortique et de la racine aortique ont été décrites avec des résultats plus ou moins encourageant suivant les sous-groupes. Ceci est principalement dû au polymorphisme de l’insuffisance aortique puisque celle-ci peut être due tant à un problème valvulaire isolé, qu’un problème de la racine isolée, ou un problème de l’anneau aortique. Le traitement idéal serait de corriger chaque anomalie et donc d’adapter le traitement chirurgical à chaque sous-groupe.

b) L’insuffisance aortique à Saint-Luc

Dans notre centre, 80 % des patients avec une insuffisance aortique bénéficient d’une réparation et donc conservation de leur valve aortique plutôt qu’un remplacement.

Nos résultats cliniques à moyen et long terme sont très encourageants.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs P. Coulie et St. Clément de Cléty).

 

 

Fabio TACCONE (Hôpital Erasme – ULB), invité.                  

L'arrêt cardiaque soudain, ou « mort subite » a plusieurs conséquences sérieuses, voire mortelles, pour les patients qui, après réanimation, sont admis à l’hôpital. Tout d’abord l’absence, plus ou moins prolongée, de circulation sanguine et oxygénation des cellules engendre des lésions peu réversibles pour plusieurs organes, dont le cerveau et le cœur. Ceci a comme conséquence un taux de mortalité très élevée (environ 65%), principalement à cause d’une défaillance cardio-vasculaire précoce ou de lésions cérébrales irréversibles qui entrainent un coma persistent. Par ailleurs, un syndrome dit « de reperfusion » apparait généralement entre les premiers 24 heures après l’arrêt cardiaque, qui est caractérisée par une inflammation systémique et des désordres biologiques sévères, qui peuvent aboutir à une défaillance multi-viscérale et au décès rapide.

Compte tenu de l’impact fonctionnel des séquelles des patients victimes d’arrêt cardiaque, de nombreuses thérapeutiques ont été testées depuis une trentaine d’années, afin d’améliorer la récupération neurologique de ces patients. La seule intervention qui a montré des effets bénéfiques sur les lésions cérébrales post arrêt cardiaque est le contrôle de la température corporelle, avec l’utilisation de l’hypothermie (à 33-36°C) dans la phase initiale, suivie par un normothermie stricte 37-37.5°C), en évitant la fièvre pour au moins 72 heures.

L’appréciation des performances cérébrales à distance de l’évènement représente aussi un enjeu majeur. L’utilisation d’une combinaison de plusieurs outils, biologiques, d’imagerie ou électrophysiologiques, permets de mesurer avec précision l’ampleur des séquelles neurologiques, même si cela devient possible que 4-5 jours après l’arrêt cardiaque.

(Ont pris part à la discussion : Mme le Pr D. Balériaux, MM. les Prs M. Lamy, J.-P. Thissen, J.D. Born et J.-M. Foidart).

 

27 octobre 2018 - Colloque : Préparer les futurs médecins à la Médecine numérique

Le thème de ce symposium, peut-être le premier d’une série, est précis. Il s’agit de réfléchir ensemble à comment désormais préparer les étudiants en médecine à la pratique médicale dans un contexte où l’intelligence artificielle, l’apprentissage profond  – deep learning –, et les données massives – les big data –,  feront partie du quotidien.

En clair : que faut-il désormais  enseigner qui ne l’est pas actuellement, comment, et aspect loin d’être négligeable, que ne faut-il plus enseigner ?

« Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques ». Chacun connaît ce célèbre vers d’André Chénier, poète et révolutionnaire du XVIIIème siècle. Ce pourrait être ma conclusion et donc je pourrais clore ici cette introduction. Car ma conviction est qu’il n’y a pas de révolution et  que les progrès contemporains du savoir et des techniques permettront, une fois de plus, une amélioration substantielle  de la prise en charge des patients. A nous praticiens d‘adapter  notre pratique et à nous enseignants   d’y préparer ceux que nous avons la responsabilité de former.  J’ai dit progrès et non  progrès  majeur car je me méfie des superlatifs. Le bon sens et la sagesse imposent de laisser ce jugement aux futurs historiens de la médecine.

Ce que ce colloque n’a pas l’ambition d’envisager en détail, mais nécessairement ce sera évoqué, est  ce que sera demain la  médecine « numérisée ». A vrai dire, en dehors de l’exception notable de l’astronomie qui est capable de prédire avec une impressionnante précision, les mouvements des astres et des planètes, prédire le futur est un exercice périlleux auquel il ne faut se livrer que d’une voix  tremblante tant est grand le risque de se tromper. Les bons médecins le savent bien.

Ce colloque n’est pas davantage consacré à l’utilisation du numérique dans l’enseignement. Peut-être une autre fois. Il s’agit aujourd’hui d’amorcer une réflexion sur la préparation, sur la formation des futurs médecins à l’utilisation  intelligente c’est-à-dire lucide  et critique, de l’intelligence artificielle et des données massives.

Comment donc envisager ce devoir de mettre à jour la forme et le fond du message que nous transmettons ? Il me paraît que le plus sage est de partir de ce que nous faisons actuellement. C’est la tâche que je m’assigne. Ensuite de réfléchir à la façon de l’adapter ce dont traiteront mes collègues. Suivra une conversation-discussion à laquelle vous êtes invités à participer, à vrai dire qui n’aura d’intérêt que si vous y participez.

Nous enseignons en fait un nombre limité  de schémas de pensée. Je n’en ferai évidemment pas l’inventaire et  n’en ai retenu qu’un seul pour illustrer mon propos, schéma à partir  duquel  j’évoquerai les adaptations qu’imposera la médecine numérique. Les autres orateurs entreront davantage dans le concret.

Le schéma que j’ai retenu  est au centre de tout enseignement de la médecine. Il structure la pensée médicale. Certes les praticiens chevronnés ne pensent pas, en fait ne pensent plus,  de la façon que je vais envisager  quand ils interrogent et examinent les patients  et ce en raison de l’expérience qu’ils ont acquise, mais c’est ainsi que selon moi il faut structurer l’enseignement et c’est d’ailleurs à ce schéma qu’il faut revenir quand on est confronté à une observation clinique que l’on ne comprend pas. C’est aussi ainsi que l’on peut faire la part de ce qui est fondé sur la science et de ce qui est empirique. Car ne le nions pas, en raison même de notre ignorance, en quelque sorte du défaut de science, les médecins sont souvent contraints à l’empirisme. Tout professeur de médecine devrait faire sien l’adage classique : « La moitié de ce que je vous enseigne est fausse, ce n’est pas grave. Ce qui est grave, c’est que j’ignore quelle moitié ». L’empirisme n’est tolérable que s’il est lucide.

Je viens d’évoquer les vers antiques. Comment articuler les pensers nouveaux ?

A nouveau, je ne prendrai qu’un exemple tant le sujet est vaste et qu’après tout, vous n’êtes pas venus pour écouter une introduction.

Je ne suis pas, pas encore, convaincu que la numérisation de l’anamnèse c’est à dire pour l’essentiel le recueil des symptômes,  certes possible au vu des progrès de la numérisation du langage, soit imminente et surtout souhaitable car c’est bien à ce moment que la pratique médicale se confond avec l’humanisme et, devenant  colloque singulier, acquiert sa dimension relationnelle.

Mais en même temps, je ne doute pas que la sémiologie psychiatrique, le recueil des signes et des symptômes psychiatriques, ici les deux quasiment se confondent, ne profite considérablement de l’intelligence artificielle et des données massives. C’est en effet une sémiologie complexe qui actuellement encore, reste envahie par des théories largement dogmatiques.

Par contre, le recueil des signes va être bouleversé. On va vous en parler. Ce n’est à vrai dire plus le futur, nous sommes déjà passés  des vers antiques aux pensers nouveaux.

Donc, nous évoluerons vers une numérisation de pans entiers de la sémiologie qui sera plus objective, précise, portera sur des durées infiniment plus longues et alimentera l’étape suivante au cours de laquelle l’intelligence artificielle jouera aussi un rôle bientôt incontournable parce qu’alimentée par des bases de données gigantesques et organisée par les algorithmes auto-évolutifs. C’est l’étape qui profitera selon moi le plus de cette évolution de l’illettrisme vers le savoir numérique.

Dans une large mesure, l’étape suivante, objectiver et quantifier,  évoluera elle aussi considérablement car largement intégrée à la première. Ce sera le cas par exemple de la biologie, y compris la génétique notamment des facteurs de risque. Faut-il ajouter que les méthodes d’imagerie seront pour l’essentiel non irradiantes et plus accessibles car moins asservies à l’interprétation humaine qui restera incontournable.  Et, d’autres en parleront bien mieux que moi, ceci vaudra pour toutes les techniques fondées sur l’analyse et l’interprétation d’images.

Ainsi, le diagnostic sera-t-il personnalisé, préalable impérieux au traitement personnalisé. Bref, nous parlerons de malades plus que de maladies.
Les big data permettront de personnaliser le pronostic ce qui ne sera pas sans conséquences sur l’organisation de la sécurité sociale.  La « Vierge Noire  » comme disent ou disaient les patients, devra elle aussi s’adapter.

Mais probablement que  le plus profond bouleversement, celui qui affectera toutes les disciplines médicales actuelles et singulièrement la médecine générale et qui pourrait voir la scène des soins de santé se modifier – on ne manquera pas parler de révolution – sera l’évolution de la médecine préventive et la personnalisation de celle-ci. Comment gérer les informations qui prédiront le risque de développer une maladie ? Qui aura accès à l’information ?  Serons-nous effectivement capables de prévenir ou devrons-nous nous limiter à un diagnostic précoce c’est-à-dire à une expectative armée. Je pense que si le numérique bouleversera la pratique médicale, c’est parce qu’il bouleversera la prévention.

Les questions posées sont scientifiques, économiques, éthiques et relationnelles.
Michel  Serres a parlé à propos de la médecine de « chimérique bicéphalie : science et humanisme ». Cela restera plus vrai que jamais et s’il faudra intégrer et enseigner  cette nouvelle science – nous discuterons tout à l’heure quand et comment  –  ce ne pourra pas être aux dépens de l’humanisme. Une machine pourra mesurer la mémoire, mais il faudra encore savoir  recueillir les souvenirs, une machine pourra mesurer la douleur mais il faudra encore percevoir la souffrance, et pour évoquer la communication non verbale, une machine détectera le rire mais quid du bonheur ou l’akinésie mais quid de la tristesse.

Ma conclusion : l’avènement du numérique sera un progrès s’il augmente le temps disponible pour s’étonner, comprendre et critiquer : il restera  essentiel d’enseigner la science, il sera plus essentiel encore de former à la réflexion et à la pensée critique.

L’avènement du numérique sera un progrès s’il augmente le temps disponible pour former les étudiants à l’humanisme et l’humanité, en particulier à la compréhension empathique des expériences humaines ce qui impose la participation à l’enseignement de philosophes, de sociologues, de psychologues. La médecine n’est pas qu’une science dure, et, o tempora o mores,  je suis contraint d’ajouter qu’elle n’est que très marginalement une science économique.

Les universités ont un rôle majeur à jouer. Elles doivent rester le socle de la formation. Elles ne peuvent se soustraire à ce devoir. Elles forment et éduquent.

Mais permettez-moi de rappeler aussi qu’il y a des savoirs que l’on ne peut enseigner que par l’exemple, non par le discours, fût-il un MOOC ou un webinar, ou les livres, fussent-ils numériques.

C’est aussi le sens et le message de ce symposium.

Guillaume SMITS et Ing. Dr. Sci. Claudio REGGIANI (Centre de Génétique Humaine de l’ULB). 

La mission de la médecine est l’application des “connaissances scientifiques et des moyens de tous ordres mis en œuvre pour la prévention, la guérison ou le soulagement des maladies, blessures ou infirmités”1. Aujourd’hui, cette application est freinée par plusieurs obstacles: disponibilité limitée des experts médicaux et techniques, accumulations de machines spécialisées fracturant l’information, mesures obtenues seulement pendant la consultation, expertise de plus en plus restreinte à un domaine spécifique. Dans une médecine utopique, l’expertise médicale est illimitée, l’utilisation de dispositifs physiquement (ou digitalement) liés aux individus permet l’enregistrement de tous les signaux physiologiques de manière continue, les informations complémentaires au patient sont intégrées (e.g., son environnement à tout moment), et l’analyse des données se fait en temps réel. Le futur de la médecine aura un caractère continu et préventif.

Un grand pas vers la médecine du futur a été l’avancée technologique et computationnelle de la dernière décennie: le développement d’appareils mobiles et portables (‘wearable devices’ et miniaturisation) comme les téléphones intelligents et montres connectées; l’évolution de système de stockage de données digitales à haute densité (‘data centers’ et ‘cloud’); l’augmentation de bande passante (e.g. fibre optique, 4G/5G) ; la création de nouveaux paradigmes computationnels, comme le ‘big data’ (capacité de diviser les tâches computationnelles en de nombreux calculs parallélisés) et le ‘deep learning’ (méthode d’apprentissage computationnel nécessitant l’accès à une grande quantité de données).

L’ensemble des données qu’il est aujourd’hui possible de stocker, transmettre et analyser a permis le développement de ces nouveaux modèles d’apprentissages. Nous sommes passés d’une intelligence artificielle encodée exclusivement par l’humain (1997, Garry Kasparov contre IBM DeepBlue), à une intelligence artificielle que l’humain nourrit d’une base de connaissances pointues et puis qui apprend par elle-même à chaque fois qu’elle expérimente ou a accès à de nouvelles données à haute valeur ajoutée (2017, AlphaGo de DeepMind, devenu le meilleur joueur de Go au monde).

En biologie et médecine, ces nouvelles méthodes computationnelles permettent d’identifier des patterns complexes et cachés à l’œil humain. En effet, si l’humain saisit les patterns dans un modèle de basse dimension (e.g. les données représentées dans un graphique 2D/3D), l’intelligence artificielle les saisit en haute dimension. Une photographie en couleur possède environ 30 millions de pixels invisibles à l ‘œil humain, analyser une RMN du corps entier ou un ECG de 365 jours est ingérable pour un humain en un temps raisonnable, et un génome humain possède 3 millions de variants que la machine doit réduire à quelques variants pertinents ou à des scores simplifiés pour que le bioanalyste puisse les interpréter médicalement.

L’intégration massive de données à haute valeur ajoutée et son analyse statistique rigoureuse par des humains assistés de modèles computationnels pointus, permettent chaque jour de nouvelles découvertes en médecine et biologie. Le séquençage systématique de génomes de tumeurs a permis de redécouvrir, par simple puissance statistique, tous les oncogènes et gènes suppresseurs de tumeurs découverts au 20ème siècle, et d’en découvrir autant de nouveaux en quelques mois. Les microbiomes, les données non invasives, les données physiologiques continues, et toutes les données pangénomiques nous feront passer de la lunette de Galilée à la voûte céleste des Hubble modernes. Il ne restera plus qu’à l’humain d’y mettre du sens, du soulagement, de la guérison, et, si possible et surtout, de la prévention. 

1http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/m%C3%A9decine/50082

 

Dipak KALRA (University College London – President of the European Institute for Innovation through Health Data), invité.   

Our medical students need to be equipped to respond innovatively to the challenges of delivering future healthcare. The population is ageing and accumulating multiple (interacting) chronic diseases. The funding of public health systems is falling behind population demand and the rising costs of novel treatments and procedures. The resource that is surprisingly under exploited within our health system is the patient himself or herself, as an active member of the healthcare team, contributing positively to their own health care and prevention. There is a growing body of evidence that patients can play a valuable role in managing their own health care and can - in partnership with clinicians - achieve better outcomes at lower cost.

The practical challenges of enabling patients to be active players in their own healthcare are vanishing through the proliferation and sophistication of mobile technologies: portable and wearable devices, remote sensors, cloud computing and the promise of artificial intelligence. This, combined with better access to online health information and to their own medical records, creates the concept of the Digital Patient. Mobile technologies already play important roles in healthcare delivery and prevention: telemedicine was just an early example.

However, we are still training our healthcare professionals in how to operate within traditional health service models and they mostly learn by observation to propagate a patronage rather than empowerment model of patient engagement. The challenge facing the next era of education is how to train our clinicians to be ready to work more as partners with Digital Patients, and how to support patients in using that empowerment.

The next generation of clinicians need to leverage the potential of the Digital Patient. This means they will need to learn:

How to be more transparent with patients about their health status, findings, prognosis, risks, alternatives and about areas of clinician uncertainty.

How to educate patients so that they are empowered to understand care decisions and the possible risks and outcomes of treatment options.

How to educate and support patients with monitoring their long-term conditions, how to equip them to fine tune treatments as needed, how to handle deteriorations and how to use mobile technologies to help detect early signs of relapse.

About trusting patient generated data: not treating data from patients as a second-class citizen, but also how to assess its accuracy and trustworthiness.

How to undertake shared decision-making: inviting patients to weigh up the options and make their own final decision.

How to respect that patients may wish to make personal choices about health goals and trajectories, when to treat aggressively and when to adopt a gentle approach, how strongly to prevent a complication, to respect different definitions of quality of life.

How to undertake safe and supportive remote mentoring: how to help patients to care for themselves rather than to provide that care directly.

Ultimately, how to provide patients with computerized decision support so the patient and computer manage most care delivery actions, and to be the “just in time” clinician that responds to difficulties, or provides confirmation and reassurance that the computer and patient have got things right.

Most doctors do not get taught didactically about good doctor patient relationships. They learn this by observation from their seniors. This challenges all of us because it means the real paradigm shifts in medical education, such as to engage positively with digitally empowered patients, cannot be taught. It has to be demonstrated by role models.

This evolution from the passive patient to the informed patient to the empowered patient to the digital patient also raises challenges about what professionalism means, and what the future identify of the doctor should be.

If every patient could become a doctor, what then is a doctor?

 

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Serge UZAN (Directeur de l’Institut Universitaire de Cancérologie – Sorbonne Université, Paris),  invité.

Préambule

La médecine sera multifactorielle, prédictive, personnalisée et de précision et ce sera une médecine des usages et des usagers utilisant largement les techniques du numérique et de l’intelligence Artificielle.

La médecine du futur devra conserver son objectif d’humanisme au service des patients et des usagers mais connaitra de nombreuses évolutions auxquelles il faut préparer non seulement les futurs acteurs de santé mais également les usagers, les tutelles et l’environnement réglementaire.

Quoiqu’il en soit la formation initiale et la formation tout au long de la vie seront les clés de la mise en œuvre du progrès

Nos objectifs en termes de formation sont résumés dans ces trois phrases !

Deux confusions doivent être évitées doivent être évitées :

imaginer que l’e-médecine va remplacer la médecine alors qu’il ne s’agira que d’une e-gestion de la médecine;

imaginer que l’objectif est celui d’une intelligence artificielle réellement capable d’emmagasiner toutes les connaissances, toutes les compétences, et à travers des algorithmes de décider et mettre en œuvre de façon autonome le traitement. Il s’agira en fait et pour longtemps de logiciels de plus en plus sophistiqués d’aide à la décision qui  reviendra in fine au couple soignant soigné.

Par contre, de profondes évolutions techniques et conceptuelles doivent être intégrées à la formation des futurs acteurs de santé :

Création de nouveaux champs de connaissances et des compétences faisant interférer sur de nouveaux modèles des disciplines qui jusque là ne dialoguaient pas.

L’exercice de la médecine sera multidisciplinaire et multifactoriel. Une première étape a été franchie en regroupant formation des acteurs médicaux et paramédicaux. Une étape ultérieure doit être rapidement franchie en associant d’autres composantes de l’Université, mais aussi des écoles d’ingénieurs et des écoles de formation des personnels administratifs.

Les acteurs de santé doivent dès leurs études apprendre à connaitre tous les parcours et modalités de soins possibles. Jusqu’à présent la formation initiale était largement réalisée à l’Hôpital. Désormais la dimension ambulatoire et surtout la dimension de parcours de soins mêlant hôpital et ville (domicile en particulier)  doit être enseignée dès la formation initiale.

L’innovation se passera autour du patient et comme on disait, from bench to bed, on dira from start up to patient. Le caractère intégrateur de la conception de dispositifs médicaux jouera le rôle de catalyseur de la relation entre des mondes habituellement séparés.

De nouveaux métiers sont indispensables, répondant à des besoins spécifiques et interdisciplinaires. Ils combleront le vide entre niveau Bac + 3 et Bac + 12 et seront donc essentiellement constitués d’un secteur qui est celui des masters santé.

La formation aux compétences reposera sur une première étape quasi obligatoire de simulation appliquant le principe : « jamais la première fois sur un malade ». La simulation nécessitera une recherche et des évolutions de plus en plus sophistiquées qui bénéficieront également à la chirurgie et à la médecine interventionnelle.

La réponse à de nombreux problèmes nécessitera des masses importantes de données et leur gestion par des algorithmes de plus en plus sophistiqués. L’amélioration de ces algorithmes au fil de l’eau et grâce aux données accumulées constituant le Deep learning. C’est cet aspect qui fait craindre aux médecins la disparition de leur rôle alors que ce risque est réduit si les médecins accompagnent cette évolution en rapprochant leur formation de celle des sciences de l’ingénieur avec de doubles cursus médecine sciences, médecine ingénierie, etc… et que de véritables équipes multidisciplinaires soient constituées

Le patient/usager sera intégré à un nouvel écosystème de démocratie sanitaire.

La diffusion de ces innovations aux acteurs déjà formés reposera sur un aspect qui deviendra crucial qui est celui de la formation continue et de la recertification même si ce terme doit être amélioré. La Mission interministérielle que nous dirigeons propose le terme de Certification et valorisation périodique. Pour la formation des acteurs à de nouvelles techniques des modèles pragmatiques nouveaux de diffusion de la connaissance seront mis en place. Ils reposeront sur la coopération entre ceux qui connaissent déjà une technique et ceux qui veulent la connaître.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 novembre 2018 - Séance publique ordinaire

Benoit VAN DEN EYNDE (Institut de Duve – UCL), membre titulaire.

L’arsenal thérapeutique des oncologues s’est récemment enrichi d’une nouvelle approche qui donne des résultats remarquables chez des patients atteints de cancers avancés. Certains des patients traités par immunothérapie bénéficient de régressions tumorales complètes et durables, qui s’accompagnent du maintien d’une excellente qualité de vie et s’apparentent à des guérisons. Actuellement, les principales indications de l'immunothérapie sont les cancers du poumon, les mélanomes métastatiques, les cancers du rein, de la vessie, de la sphère ORL, et les lymphomes de Hodgkin.  Cette liste s'allonge régulièrement, à mesure que tombent les résultats des essais cliniques en cours. 

L’immunothérapie est basée sur le fait que les cellules cancéreuses expriment des marqueurs antigéniques qui permettent au système immunitaire de les reconnaître et de les détruire. Les traitements actuellement disponibles agissent en renforçant les défenses immunitaires anti-cancéreuses. Il s'agit d'anticorps nonoclonaux qui vont bloquer les molécules CTLA4 et PD1 qui sont présentes à la surface des lymphocytes et limitent leur activité. Ces molécules, également appelées "immune checkpoints", agissent comme des freins visant à éviter une activation excessive des lymphocytes. En bloquant ces freins, les anticorps anti-CTLA4 ou anti-PD1 prolongent et renforcent l'activité des lymphocytes anti-cancéreux.   

Seulement 20 à 40% des patients traités répondent bien à l’immunothérapie. Les défis actuels sont d’identifier ces patients au moyen de biomarqueurs et surtout de comprendre les mécanismes de résistance afin de mettre au point des stratégies thérapeutiques combinatoires permettant d’augmenter ce taux de réponse. Ces notions seront discutées et illustrées au moyen d'exemples issus de notre recherche. 

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs J.-L. Balligand et J.E. Dumont).

 

 

 

 

Isabelle SALMON (Service d'Anatomie pathologique - Hôpital Erasme), membre titulaire. 

L’Anatomie pathologique a toujours été un pont entre la recherche et la médecine clinique.

C’est encore plus évident, au 21ème siècle, à l’époque du digital et de l’automatisation technique.

La pratique de cette spécialité médicale s’est modifiée en profondeur au cours du temps, intégrant le pathologiste en tant qu’acteur participant activement aux décisions au sein des équipes médicales. Les avancées techniques et les découvertes ont conduit aux développements de l’immunohistochime et ensuite de la pathologie moléculaire. Ces analyses diagnostiques, plus qu’un substitut, représentent une approche complémentaire pour l’obtention d’un diagnostic fiable et adéquat.

Ce diagnostic comprenant outre une évaluation pronostique, une aide au choix thérapeutique pour la médecine personnalisée.

La base du diagnostic des tumeurs est rapportée au sein des classifications internationales éditées par l’OMS et régulièrement mises à jour. Ces classifications regroupent des entités anatomo-cliniques qui sont constituées de tumeurs ayant des caractéristiques cliniques, radiologiques, morphologiques, protéiques et moléculaires similaires, mais surtout qui confèrent au patient un pronostic similaire. Ces classifications sont dynamiques, en fonction des avancées scientifiques, certaines entités disparaissent ou sont modifiées et de nouvelles entités sont découvertes.

La nouvelle classification des tumeurs du système nerveux central a été publiée en 2016 et intègre pour la première fois des marqueurs moléculaires. Cette classification comprend 150 entités, ceci est certainement à mettre en rapport avec la complexité du développement du cerveau. Une originalité de la classification des tumeurs du système nerveux central, par rapport à celles des autres organes, est le grade de malignité, attribué transversalement à chacune des entités et variant de I à IV en fonction de l’agressivité tumorale.

Il faut faire la distinction entre la pathologie moléculaire théranostique et la pathologie moléculaire diagnostique. L’approche théranostique consiste à confirmer la présence d’une cible activable au sein du tissu tumoral et donc à justifier la prescription d’une thérapie ciblée. Malheureusement, les thérapies ciblées sont actuellement peu utiles pour la prise en charge des patients porteurs de gliomes. L’approche diagnostique consiste à analyser une anomalie moléculaire pour permettre un diagnostic précis. C’est cette approche qui permet de diminuer la subjectivité du diagnostic, tout particulièrement pour les gliomes, tumeurs les plus fréquentes du système nerveux central. L’approche de la signature moléculaire des gliomes n’est pas intégrée dans la classification.

Se posent alors les questions de la pratique quotidienne : de la quantité et de la qualité du tissu tumoral disponible, questions évidentes pour de nombreuses tumeurs mais cruciales pour le neurochirurgien ! Quid aussi de la survie de la morphologie face au séquençage complet des tumeurs ? Quelles technologies intégrer dans les classifications à venir ?

(A pris part à la discussion : Pr E. Salmon).

Hugues DUFFAU (Département de neurochirurgie, CHU de Montpellier et INSERM U1051), invité.   

La meilleure compréhension de l’histoire naturelle des gliomes diffus de bas grade et de leur relation étroite avec les mécanismes de neuroplasticité réactionnelle a débouché sur une attitude résolument interventionniste et non plus attentiste. De plus, les progrès des méthodes de cartographie fonctionnelle tant péri-opératoire (neuroimagerie) que per-opératoire, dans le cadre d'une neurochirurgie éveillée avec stimulation électrique directe à la fois du cortex et des fibres blanches, ont bouleversé la vision statique et localisationniste classique de l’organisation cérébrale, pour évoluer vers une vision hodotopique - i.e. en réseaux cortico-sous-corticaux parallèles distribués et dynamiques, capables de se compenser. De fait, la chirurgie éveillée d’exérèse, maximaliste et précoce, représente désormais la première option thérapeutique dans les gliomes de bas grade, puisqu’elle permet à la fois de retarder la transformation maligne et donc d’augmenter significativement les médianes de survie, mais aussi de préserver voire d’optimiser la qualité de vie, y compris pour les gliomes infiltrant les régions dites « éloquentes » jusqu’à lors considérées comme non opérables (par exemple l'aire de Broca). Il est par conséquent temps d'évoluer vers une chirurgie neurooncologique fonctionnelle, basée sur l'étude du connectome individuel.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs B. Dan, J. Brotchi, G. Moonen, E. Salmon et Mme D. Balériaux).

15 décembre 2018 - Séance thématique consacrée à la Neuradiologie

Ugo SALVOLINI (Service de Neuroradiologie – Hôpital Universitaire Umberto 1er d’Ancona, Italie), membre étranger.

La Neuroradiologie a été la première sous-spécialisation de la Radiologie. Cette radiologie du cerveau et de la moelle est techniquement très exigeante car elle cherche à explorer des organes complexes enfermés dans des structures osseuses qui les cachent: c’est pour cela que la neuroradiologie est la sous-spécialisation de la radiologie qui a le plus évolué au fil des ans, profitant des progrès technologiques. L'évolution a traversé de nombreuses phases.

Au début, il y a eu la période au cours de laquelle nous avons essayé de tirer le meilleur parti des résultats de l'étude des structures osseuses et des radio-opacités (calcifications): contextuellement, à la demande de radiologues, l'industrie a produit des appareils spécifiques pour faciliter l'étude du crâne en particulier. Mais dès le début, nous avons essayé de visualiser les structures anatomiques à l’intérieur du crâne et du canal rachidien, en profitant d’événements aléatoires qui nous ont donné des idées pour visualiser les structures dans lesquelles insérer des substances radio-opaques ou radio-transparentes: d’où la mise au point de techniques d’angiographie, d’encéphalographie, ventriculographie… A la demande des radiologues, l’industrie a produit d’une part, des appareils facilitant les analyses et d’autre part des produits radio-opaques à injecter avec un minimum de risques. De là découle la deuxième période de développement de la Neuroradiologie liée aux « contrastographies »: procédures para-chirurgicales.

Dans les années soixante-dix, l’application dans le domaine médical des progrès de l’informatique (essentiellement d’origine militaires) a conduit à la mise en œuvre de méthodes d'analyse quantitative des « densités » (coefficient d’absorption des rayons X): la tomodensitométrie (TDM). Ceci marque le début de la troisième période au cours de laquelle les radiologues disposaient de matériels construits non à la suite de leurs demandes, mais qu'ils ont par après, utilisés et améliorés en étroite coopération avec l’industrie. Ceci s’applique tant à la TDM qu’à l’imagerie par Résonance Magnétique (IRM). L'utilisation de ces nouvelles technologies a déterminé l'explosion des applications, au-delà de ce qui était le champ d'étude précédent, en tenant compte de la moindre invasivité des nouvelles méthodes et de l'élargissement des champs d'application, liées au passage de l'imagerie analogique au numérique, du mono-paramétrique (densité = RX et TDM) au multi-paramétrique (IRM).

Les Neuroradiologues ont profité largement de l’évolution technologique en tirant parti des nouvelles possibilités offertes tout comme le marin utilise le vent et les vagues pour avancer dans la direction souhaitée. Tout cela a été possible en conservant la base culturelle de l'anatomie normale et pathologique, de la physiologie et de la clinique, ce qui a permis à la Neuroradiologie de progresser dans des domaines impensables au début, tels que les études fonctionnelles du cerveau.

 

 

Emmanuel CABANIS (Vice-Président de l’Académie Nationale de Médecine – Paris), invité.  

Lorsque notre Présidente, Mme le Pr Danièle Balériaux, ce jeudi 6 septembre 2018, bien proche amie, au XXème Siècle, dans le trio européen que nous formions avec le cher Pr Ugo Salvolini (Ancona), et en sa qualité de Présidente de l'Académie royale de Médecine de Belgique, me téléphone, elle m'invite à parler en sa séance solennelle, premier honneur. Gardant vive la mémoire du cher Baron Albert de Scoville, votre brillant Secrétaire perpétuel hélas disparu le 18 mars 2010, alors qu'il m'avait accueilli en 1984, en compagnie de mon cher Maître en neuro-ophtalmologie, le Pr Paul Brégeat pour une première présentation en IRM du nerf optique, puis ayant retrouvé le Palais des Académies dans une séance de « European Academy of sciences », je réponds  presque instantanément un titre de présentation « les puissances de 10, images et imageries du corps humain ». Trois raisons expliquent ce réflexe.

D'abord, première raison, celle de la nécessité impérieuse : les échelles de la connaissance biologique du monde organisent et gouvernent notre savoir, de la recherche à la sémiologie clinique au lit du malade, aux outils que nous manipulons pour l'intérêt du patient, donc à la thérapeutique.

Ensuite, mon passé immergé dans le monde de la vision complétant celui consacré à la mesure corporelle (biométrie humaine anatomique), puis aux fréquences des antennes d'IRM, m'amenait à celles de la vision colorée, dans le spectre des longueurs d'ondes.

Enfin, la chance m'a servi. Au moment même où je prépare mon exposé, la presse scientifique nous apprend, avec un retentissement mondial justifié, la tenue, à Versailles, le 19 novembre 2018, de la 26ème Conférence Générale des Poids et Mesures (CGPM), la première, révolutionnaire, s'étant réunie le 7 avril 1795 (cfr l'étalon du mètre en platine iridié). Trois Constantes physiques fondamentale, en plus de la Gravitation (h), interviennent désormais : la Constante de Planck pour le Kilogramme (K), la Vitesse de la Lumière (C) pour le Mètre (M) et la Constante de Boltzmann pour le Kelvin en température.  Le Nombre d'Avogadro référence la Mole, la seconde se cale sur la fréquence du Césium 133, l'Ampère se fonde sur la charge d'un électron et le Candela, à partir de l'Efficacité Lumineuse Maximale. Tel est le nouveau S.I.

Et si quelque esprit chagrin considère cet exposé comme aride, qu'il se rapporte alors à la disparition de la sonde « Mars Orbiter » par erreur de calcul altimétrique, dans la conversion des mètres en Yards, Feet, Inches, Coudées ou Lieues ! Et j'en exclus les dilutions centésimales de l'Homéopathe Allemand, Hanemann, trop célébré en France.

Georges RODESCH, MD PhD (Service de Neuroradiologie diagnostique et Thérapeutique – Hôpital Foch, Suresnes - France), invité.

La neuroradiologie interventionnelle (NRI) ou thérapeutique est une spécialité qui a débuté dans les années 1960 et qui s’est intéressée au traitement endovasculaire des malformations vasculaires du cerveau et de la moelle, ainsi que de la tête et du cou. Développée initialement par des pionniers issus de milieux neuroscientifiques divers (neurologie, neurochirurgie, radiologie), elle s’est développée rapidement pour s’intéresser à tout type de pathologie vasculaire et tumorale de ces régions anatomiques. Si elle utilise une salle d’angiographie et les rayons X pour ses interventions, considérer la NRI comme une discipline purement radiologique ne peut être que réducteur. C’est également se fourvoyer que faire de la NRI une technique de cathétérisme sélectif dans des vaisseaux du système nerveux central ou d’utilisation endovasculaire de matériels sophistiqués prothétiques. La NRI a développé au fil de sa maturation des règles de prise en charge clinique précises, elle nécessite des connaissances anatomiques, biologiques, physiologiques et génétiques particulières qu’ il faut prendre en compte avant chaque décision thérapeutique . Chaque indication doit considérer ainsi l’environnement dans lequel se situe la malformation vasculaire, réfléchir aux liens entre la cellule endothéliale et le parenchyme avoisinant, et la biologie voire la génétique propre de ce dernier. Les indications de traitement « à tout prix » se réduisent actuellement au profit d’une meilleure compréhension des maladies (qui pour certaines d’entre elles, bien qu’illustrées par des images radiologiques parfois impressionnantes, ne doivent parfois pas être traitées « mécaniquement » par la NRI, la neurochirurgie ou la radiothérapie). La prise en charge de certaines lésions deviendra certainement à moyen terme de plus en plus centrée sur la biologie. Les connaissances actuelles démontrent en effet que les malformations vasculaires sont en réalité des expressions phénotypiques de désordres biologiques et génétiques. Ainsi la NRI et les neurosciences s’enrichissent mutuellement de leurs connaissances spécifiques pour mieux appréhender des pathologies vasculaires complexes. Cela n’est possible qu’à partir du moment où la NRI parle le langage des neurosciences, en utilisant dans son cas un alphabet radiologique.