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Séances 2017

28 janvier 2017 - Séance publique ordinaire

Discours Jacques Melin, fin de mandat présidentiel 2016

Sophie LUCAS (Institut de Duve - UCL), invitée.                 

Vingt ans après la découverte des antigènes reconnus par les lymphocytes T à la surface des cellules cancéreuses, les premières thérapies reposant sur la stimulation des réponses immunitaires anti-tumorales sont entrées dans la pratique clinique, et donnent des résultats impressionnants. Ces résultats suscitent un enthousiasme légitime dans le domaine, et l’immunothérapie est aujourd’hui considérée comme un pilier prometteur des thérapies du cancer. Ces thérapies ne font cependant preuve d’efficacité clinique que chez une minorité des patients atteints de cancer métastatique. L’influence immunosuppressive du microenvironnement tumoral représente un facteur limitant l’efficacité de ces approches. Mon équipe de recherche explore l’hypothèse que des cellules immunitaires connues sous le nom de lymphocytes T régulateurs, ou Tregs, contribuent significativement à l’immunosuppression des réponses immunitaires contre les tumeurs. Les Tregs sont une sous-population de lymphocytes T CD4+ spécialisés dans l’inhibition des réponses immunitaires. Ils sont indispensables au maintien de la tolérance immunitaire mais ils jouent un rôle délétère dans le cancer. Nous avons identifié un mécanisme moléculaire par lequel les Tregs suppriment les réponses immunitaires. Ce mécanisme implique la protéine membranaire GARP, qui présente le TGF-ß1, une cytokine puissamment immunosuppressive, à la surface des Tregs activés. Nous discuterons comment cibler les complexes GARP/TGF-ß1 avec des anticorps monoclonaux, et comment ceux-ci pourraient contribuer à l’arsenal thérapeutique de l’immunothérapie du cancer.

 (Ont pris part à la discussion : MM. les Prs J. Boniver, B. Lauwerys, J.-M. Kauffmann, B. Lauwerys, G. Casimir et G. Moonen).

Baudouin BYL (Hôpital Erasme - ULB), membre titulaire.

Les infections associées aux soins de santé représentent une des complications les plus fréquentes de ceux-ci, et compliquent 5 à 10% des séjours hospitaliers.  On estime leur nombre à environ 125.000 par an Belgique, responsables de près de 2500 décès attribuables, une morbidité importante et un surcout significatif. Si leur physiopathologie et les facteurs de risques qui y prédisposent ont largement été étudiés,  leur prévention a pendant longtemps souffert à la fois d’un manque d’intérêt et de l’application de pratiques ritualisées d’efficacité parfois discutable.

Les progrès de la médecine, les limites que lui imposent les complications infectieuses, la problématique de la résistance aux antibiotiques, et le légitime souhait de qualité et de sécurité dans les soins qu’exigent les patients sont autant d’éléments qui ont (re)mis à l’ordre du jour l’absolue nécessité de disposer de stratégies de prévention efficaces. Ces stratégies doivent mobiliser tant les autorités de santé, que les responsables de l’enseignement, les gestionnaires et prestataires de soins.

La prévention des infections associées aux soins est plus qu’une discipline médicale. Elle intègre en effet  plus que tout autre une dimension sociotechnique dont le champ couvre tant le patient que le système de délivrance des soins en ce y compris les nombreux acteurs impliqués.

Au-delà des progrès médicaux stricto sensu, seuls une plus grande pugnacité et l’appel à de techniques d’amélioration des pratiques et comportements pourront, peut-être, permettre de garantir le succès des stratégies de prévention dans l’univers impitoyable des bactéries et virus, et leur inouïe plasticité à l’émergence de résistance face à notre arsenal thérapeutique.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs B. Dan, M. Lamy, Mme Guha-Sapir, et J.-M. Foidart).

Monsieur le Président, Cher Gustave,

Monsieur le Secrétaire perpétuel, Cher Augustin,

Monsieur le nouveau Secrétaire perpétuel, Cher Jean-Michel,

Mesdames, Messieurs,

Chers Collègues, chers Amis,

Nous avons vécu une année faste, le 175e Anniversaire, et des personnalités nous ont fait l’honneur d’exprimer officiellement leur reconnaissance à l’Académie.  Nous avons eu la cérémonie officielle avec le Roi Philippe et la Ministre Maggie de Block et une excellente lecture de Jean-Christophe Ruffin nous a enchantés à cette occasion.

Le Ministre Rudy Demotte qui s’est excusé pour cette cérémonie du mois d’avril est venu au mois de décembre et a assisté à toute la séance en exprimant son intérêt pour tout ce qui a été présenté  ce jour-là. 

Pour rappel, le Ministre R. Demotte est notre Ministre de tutelle et il avait non seulement renouvelé et surtout pérennisé, mais aussi augmenté la location pour l’Académie jusqu’en 2018, et cela avait été fait grâce au précédent Président Jacques Brotchi. Nous avons eu l’occasion de le remercier pour cela.  Je pense que ces visites des Ministres et du Roi prouvent que l’Académie compte dans le paysage belge de la santé.

Alors maintenant, avec mes trois collègues, nous allons vous parler de ce rôle de l’Académie.

Le rôle exact de l’Académie et son impact ne sont pas si évidents.  On a entendu aujourd’hui un des tout premiers rôles qui est cette initiation scientifique à des domaines que l’on connait moins bien et vous avez entendu deux brillantes lectures.  Nous allons bien sûr continuer dans cette direction. 

Petit changement, nous allons entendre plus de lectures, puisqu’à partir du mois d’avril, trois lectures par séance seront présentées pour avoir tout le catalogue de ce qui se fait au sein de notre Communauté Française dans le domaine de la santé.

Le rôle sociétal de notre Académie doit être mieux exprimé et dans cet esprit-là, nous continuons à travailler sur les recommandations pour des ministres ou d’autres entités, particulièrement sur des matières controversées. Les matières de cette année pour lesquelles nous avons donné un avis sont toutes controversées et j’en profite pour remercier tous ceux qui ont présidé aux rapports. Ils sont tous présents aujourd’hui. Ces rapports concernaient l’assuétude, la psychothérapie, la médecine anti-vieillissement et l’ostéopathie.  Il y a eu une synthèse des avis qui ont été donnés par mail à Augustin Ferrant sur l’art. 78 ; l’art. 78 que la Ministre M. de Block est en train de vouloir réformer sur les professions des soins de santé et sur les différentes modalités de cette profession.

Les avis que nous ferons pour le Fédéral et les entités fédérées avec notre Académie-Sœur flamande auront plus d’impact. Un avis prochain se fera sur l’enseignement des soins palliatifs, c’est Marc de Broe de l’Académie flamande qui a stimulé cette initiative avec les doyens de faculté du pays. 

Le programme de cette année 2017 est riche. Il y a aura quatre symposiums dont deux pour la pharmacie et je remercie Jacques Crommen qui a été la cheville ouvrière pour l’organisation.  Il y en a trois organisés avec la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België », les deux de pharmacie sur le rôle du pharmacien dans les soins de santé en février et sur le dopage au mois d’avril. Il y aura aussi un symposium commun sur la bio-informatique au mois de novembre. Le quatrième symposium de cette année est sur la fin de vie. Il aura lieu au mois d’octobre avec des personnalités de tout haut plan et sera présidé par J. Brotchi.

Quelques réflexions sans découragement. Nous devons trouver un système pour traiter efficacement des matières comme le contingentement, la pénurie des médecins, la double cohorte et maintenant la réforme des réseaux hospitaliers de la Ministre M. de Block. Pour toutes ces thématiques éminemment politiques, il y a des décisions qu’il faut prendre et il faut être rapide en union avec les facultés et les universités.

Les syndicats n’hésitent pas à s’exprimer. Le rôle de l’Académie doit être plus franc. Ce n’est pas évident pour se positionner. Pour la future réforme des réseaux hospitaliers qui va aller vite, je pense que l’Académie a un rôle à jouer, main dans la main, avec les universités et avec les doyens.

Pour le contingentement, la pénurie, toutes les suggestions sont bonnes ; une suggestion réaliste et pratique d’un de nos membres, ancien Président J.-B. Otte, qui est ici présent, était d’organiser un  symposium sur cette pénurie de médecins. Chacun a sa définition de la pénurie et les différents aspects peuvent être abordés par notre compagnie.

Je veux à présent arriver aux remerciements et c’est le plus important.  Le Bureau travaille beaucoup, il essaye de s’inspirer et d’attirer les idées et nous vous demandons ici de donner des idées au Bureau pour essayer de voir comment améliorer notre système de fonctionnement.

Je remercie tous les membres de ce Bureau : Jacques Crommen que j’ai déjà cité pour les deux symposiums, Isabelle Salmon, Pierre Coulie, Benoît Lengelé, le petit nouveau, et Danielle Balériaux va devenir Présidente après Gustave Moonen.

Maintenant je passe aux anciens Présidents que je remercie aussi. Jacques Boniver continue d’être très actif ; il est devenu Président du Conseil Supérieur après avoir été au Conseil Supérieur des Médecins Spécialistes et Généralistes comme représentant de l’Académie. Il va y avoir un Institut du futur de la Santé qui va regrouper différentes entités et je le remercie d’avoir attiré l’attention du fait que les Académies devraient y être représentées.

Je remercie aussi Jacques Brotchi qui était aussi Président avant moi, pour son rôle politique important autour du problème du contingentement. Merci pour ton soutien auprès des étudiants dans les problématiques qu’ils ont connu et qu’ils connaitront encore.

Je vais maintenant céder la parole au futur Président M. Gustave Moonen. Nous avons vécu avec Jacques Brotchi la Commission de Recherche Clinique du FRSM ; c’est là qu’on a appris comment se réguler entre nous, être corrects entre les Institutions et apprécier d’être le plus objectif possible.

Je salue quelques-unes de tes qualités très sincèrement, ta verve, ton esprit aiguisé, ton humour dont tu a témoigné encore lors de la remise des Prix. En plus, tu es neurologue et cela résume le tout. Et donc les Neurosciences reviennent à la présidence et resteront encore plus tard avec Danielle Balériaux.

Jean-Michel Foidart va devenir Secrétaire perpétuel. Il l’est depuis aujourd’hui ; avec son expérience scientifique hors pair, académique clinique et du privé, il a toutes les qualités pour réaliser une très bonne mission de Secrétaire perpétuel.  Bonne chance Jean-Michel.

Je termine par Augustin, qui doit fermer ses oreilles car il déteste cela. Augustin a été la cheville ouvrière de ce Bureau. Je le connaissais déjà avant dans d’autres circonstances, au Département de Médecine interne, en Médecine nucléaire, mais ici j’ai vu ses capacités de leadership d’un petit groupe. On a beau dire qu’un Bureau est pluraliste et qu’on doit arrondir les angles, il faut aussi que le Secrétaire perpétuel sache faire parler les gens, les documenter et témoigne d’entregent.

Nous sommes plusieurs à avoir admiré ta probité, ta capacité à simplifier des problèmes complexes et ton intelligence fine pour dénouer des nœuds parfois importants.  Enfin, tu témoignes d’une très grande humanité. Merci Augustin, au nom du Bureau et au nom de l’Académie. Je vous remercie.                   

             

 

 

Chers Collègues et Confrères,

Mesdames et Messieurs,

L’Académie de Médecine est un cénacle unique à bien des égards. En particulier, pour remplir ses missions elle a  de nombreux atouts. Le premier, c’est un truisme, mais il est parfois utile de rappeler les évidences, est la compétence, les talents  et la diversité  de ses membres. Par diversité, j’entends plusieurs choses. Certes la diversité des compétences qu’objective en quelque sorte l’organisation en sections, diversité qui couvre tout le spectre biomédical, mais aussi  diversité des appartenances institutionnelles, diversité qui à la fois permet une réflexion pertinente, ancrée dans le concret mais qui aussi, parce que nous ne sommes pas ici en tant que  représentants de nos institutions d’origine mais en tant qu’individus, permet à la réflexion d’éviter le biais de la concurrence dont la réalité ne fait, en d’autres cénacles, aucun doute.

Mais il y a d’autres atouts. Dans un pays dont le fonctionnement est à ce point complexe qu’on a dit de lui : « si vous comprenez comment la Belgique fonctionne, c’est qu’on vous l’a mal expliqué », la proximité, je devrais dire la contiguïté, avec la KAGB doit être considérée comme un atout, probablement insuffisamment exploité. Nos réflexions doivent en effet aussi pouvoir s’inscrire dans le contexte national. Autre contiguïté insuffisamment exploitée, celle avec les autres Académies et en particulier l’Académie des Sciences. C’est ce dernier atout qui servira d’amorce à la réflexion brève et concise dont je voudrais faire état. En fait cette réflexion sera davantage interrogative qu’analytique.

Nous sommes tous issus du monde académique et les préoccupations qui sont les nôtres dans notre environnement d’origine ne sont pas très différentes de ce qu’elles sont ici. La différence c’est qu’ici, nous pouvons les envisager avec un point de vue moins ancré dans le quotidien, en quelque sorte, excusez le néologisme, désinstitutionnalisé. Je dirais volontiers « en prenant le point de vue de Sirius ».

Mon souci est de réfléchir à la médecine de demain car de l’idée que nous nous en ferons dépendra la façon dont nous organisons tant l’enseignement des sciences médicales que  la recherche et que la pratique médicale académique qui est aussi un laboratoire.

Première réflexion : entre recherche fondamentale ou biomédicale  et pratique clinique, il y a eu dans le passé – et nous pouvons remonter au moins jusqu’à Claude Bernard -  un va et vient permanent du questionnement et du savoir. Les malades sont aussi des expériences dont nous avons appris beaucoup.  La vingtaine de malades que voit un clinicien chaque jour sont autant de projets de recherches. Les questions que posent les maladies ont été une source constante d’inspiration pour les chercheurs et le médecin-chercheur était quasi le prototype du clinicien académique. Par ailleurs, les progrès du savoir ont bouleversé la pratique clinique.  Mais entre chercheurs et cliniciens se creuse progressivement un fossé qui lentement conduit à un dialogue de sourds : les deux ne parleront plus la même langue et dès lors ne se comprendront plus.  C’est cependant sur ce schéma qu’est construit le curriculum actuel des études qui va des sciences de base, aux sciences précliniques aux sciences cliniques et à la pratique clinique. Combien de temps ce schéma pourra-t-il tenir ? Y a-t-il encore un futur pour le clinicien-chercheur ? Comment organiser l’interface entre les mondes de la recherche et de la clinique sont les questions que soulève cette première réflexion.

Deuxième réflexion : les traitements qui résultent de l’application des nouveaux savoirs ont amélioré et continueront à améliorer le sort des patients.  Mais où allons-nous ?

Au mois de septembre, la FDA a approuvé l’eteplirsen, le traitement par saut d’exon de la myopathie de Duchenne de Boulogne. Cette thérapie par injection dans les muscles ne concerne que les patients dont la mutation se trouve sur l’exon 51 soit 13 % des petits malades. Ainsi est synthétisée par le muscle une forme tronquée de la dystrophine qui est fonctionnelle au moins en partie. On est en plein, vous en conviendrez, dans la médecine personnalisée. Cette approbation accélérée, contre l’avis du comité d’experts,  soulève deux questions, la première scientifique, la deuxième économique.

D’abord elle est fondée sur une seule étude de douze patients chez qui il a été démontré que la protéine tronquée était bien synthétisée dans les muscles  injectés mais – et ce n’était pas l’objectif de ce travail publié dans Annals of Neurology en 2016 -  n’a pas démontré ou pas encore d’efficacité  clinique. La pression des associations de patients a été déterminante et on peut certainement comprendre la souffrance et l’acharnement des familles. Toutefois si de telles exceptions se multiplient parce que les maladies sont graves, les dérives pointent.

La seconde question est que ce traitement coutera 300.000 $ par an. Combien de traitements de ce type nos états pourront-ils offrir ?

Autre exemple, plus récent encore : La FDA vient d’approuver, il y a quelques jours, le nusinersen (Spinraza), un oligonucléotide antisens pour le traitement de l’atrophie musculaire spinale par mutation du gène SMA1. Ce traitement qui modifie le splicing du pré-mRNA d’un gène voisin, SMA2, s’administre par voie intrathécale.  L’efficacité est impressionnante : les enfants, condamnés à l’état grabataire, à la ventilation assistée et à la gastrostomie s’améliorent dès la première injection. C’est une victoire de la science mais le coût du traitement sera de l’ordre de  750.000$ la première année, 375.000 les années suivantes.

La pratique médicale ne peut plus faire l’impasse sur ses répercussions économiques. Il faudra traquer l’inutile qui  est quotidien il faut le reconnaître, et je le crains,  il faudra aussi faire des choix difficiles et douloureux. La prévalence de l’ensemble des maladies rares est de l’ordre de celle du diabète de type 2.

Ma troisième réflexion porte sur le futur de la médecine. Nous entrons progressivement dans l’ère du tout numérique et dans celle de l’intelligence artificielle. Les progrès de celle-ci et  des réseaux neuronaux seront tels, on ne peut plus en douter, que l’analyse d’image pourrait remplacer le radiologue ou le nucléariste dans leur  activité diagnostique et probablement aussi le pathologiste et d’autres encore.  Les diagnostics différentiels seront faits par des systèmes experts sur base d’informations biologiques et d’imagerie et loin de la sémiologie, les machines interpréteront des séquences ultrarapides de génomes de tumeurs avec une précision et une efficacité que ne pourra  concurrencer le plus encyclopédistes des oncologues et en outre fera des propositions de traitement personnalisé, individualisé qui tiendra compte du génome de la tumeur aussi bien que ce celui de l’hôte pour atteindre l’équilibre optimal entre efficacité et effets indésirables. Et je pourrais parler des neurosciences, de la neuroimagerie et du diagnostic psychiatrique puisque, c’est  ma conviction, tous nos comportements, notre pensée, ce que nous pouvons dire aussi bien que  ce que nous sommes incapables d’exprimer est le produit de l’activité de nos réseaux neuronaux.

Mon propos n’a rien de pessimiste : il s’agit de progrès indiscutables. Mais ils soulèvent plusieurs problèmes. Je n’en évoquerai que deux : où sera la place du médecin, de l’empathie, du colloque singulier, de l’humanisme? Et comment – et vous comprendrez pourquoi j’ai parlé des atouts de l’académie - comment et à quoi  devrons-nous former les futurs médecins ?

Ces bouleversements sont imminents : une trentaine d’année, c’est vite passé. Les médecins que nous avons diplômés cette année les connaîtront mais les y avons-nous préparés ? Les candidatures actuelles, devenues baccalauréats, puis blocs – mais la  cosmétique n’est pas un progrès – sont-elles encore ce dont nos étudiants ont besoin ? Ne faut-il pas être informaticien avant d’entamer des études de médecine ?

Ce sont des questions que l’Académie doit envisager si nous ne voulons pas que le débat échappe au monde médical.

Mes chers Collègues, je mesure l’honneur que vous me faites en me confiant cette année la charge de président de notre Compagnie, mais je mesure aussi la responsabilité sociétale de l’Académie.

Enfin, je ne peux pas terminer cette réflexion sans rendre un vibrant hommage à Jacques Melin mon prédécesseur et à Augustin Ferrant car le Secrétaire perpétuel est le cerveau et le cœur de l’Académie. Ce sont tous deux désormais des amis.

Je souhaite à un très vieil ami, Jean-Michel Foidart tout le succès possible pour relever le défi qu’il va affronter. Je le connais depuis très longtemps, nous étions aux NIH ensemble. Je connais ses talents et sa probité. Je lui souhaite plein succès et à vrai dire, n’en doute pas.

 

Monsieur le Président honoraire,

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire perpétuel élu,

Chères collègues, chers collègues,

D'abord, merci Messieurs les Présidents pour ces paroles élogieuses, exagérées, presque dithyrambiques.

Au bout de ce mandat de Secrétaire perpétuel, il me plaît de vous dire que j'ai fort apprécié d'avoir pu faire davantage connaissance avec vous collègues académiciens et avec d'autres personnes que je n'aurais jamais pu rencontrer si vous ne m'aviez pas élu à ce poste. Occuper ce lieu remarquable et rempli d'histoire fut aussi un élément de satisfaction.

Nonobstant, ces activités étaient un peu en parallèle à mon modèle de la profession.

J'ai été fort soutenu par les membres des Bureaux, et surtout par les Présidents, et beaucoup d'entre vous méritent plus de remerciements et de reconnaissance, mais il serait trop long de citer tous parmi vous qui avez contribué au fonctionnement de notre Académie durant ces dernières années. Je vous en suis très reconnaissant.

L'ambiance était largement constructive. Vos propositions ont été entendues, mais j'ai le regret de ne pas avoir pu les faire réaliser toutes.

Merci aussi à Mr Buchet et son équipe administrative pour son aide, mais je pense que devant mon manque d'adaptation aux situations locales, il doit être soulagé de me voir quitter.

Situons maintenant l'Académie de Médecine. Depuis 1841, plusieurs autres instances d'avis ont été  mises en place: le Conseil supérieur de la Santé, l'Institut de Santé publique, le KCE, sans oublier l'apparition des sociétés scientifiques.

Il faut avouer que nous ne sommes pas équipés pour concurrencer ces organisations, et que pour faire entendre notre voix, nous ne pouvons compter que sur une participation active de nos membres.

Nous représentons l'excellence en soins de santé et en sciences médicales, mais notre Académie capte trop peu l'intérêt de la société et de nos dirigeants. Nous sommes encore perçus comme un club de vieillards qui se rassemblent occasionnellement autour d'un café pour commenter des événements scientifiques ou autres.

Puis il y a l'assiduité médiocre de nos membres. Le peu d'enthousiasme à donner du temps à l'Académie pourrait être excusé par des activités professionnelles, scientifiques ou autres académiques très prenantes. Il est décevant que seulement  un tiers des membres se réserve régulièrement du temps et de l'énergie à l'Académie. L'absence de réactivité au projet de réforme de l'article 78, qui implique 3/4 des membres de notre Compagnie, est à ce propos exemplative et désolante.

Bien entendu, il est toujours de bon ton d'avoir été élu à l'Académie, mais nourrir son index H et d'autres occupations respectables semblent avoir la priorité pour beaucoup de collègues.

Pour terminer, l'ARMB est une institution publique, nous fonctionnons avec un budget public, nous occupons ce remarquable bâtiment public lui aussi, et le personnel administratif qui nous est confié est à charge de la collectivité.

Nous avons donc des devoirs envers la société et la Communauté française.

Tenant compte des activités des autres instances d'avis gouvernementales, un créneau d'intérêt pourrait être, par exemple, des matières où l'Académie serait à l'interface entre la société et les soins de santé.

Rappelons ici que la prévention est une compétence des communautés, et des initiatives dans ce domaine devraient aussi être envisagées.

Je suis heureux de passer le témoin à Jean-Michel Foidart, qui a une remarquable formation et expérience dans le domaine biomédical, et qui a cette large voilure, qui, avec votre souffle que j'espère puissant, permettra de faire progresser notre Compagnie à belle vitesse.

Sur ce, dans un autre ordre allégorique, je reprends l'écrit sur le bas relief  au fond de notre salle de réunion où figurent des anciens Secrétaires perpétuels de l'Académie de médecine: "Et quasi cursores, vitae lampada tradunt", citation qui est de Lucrèce, en traduction: "Et semblables aux coureurs, ils se transmettent le flambeau de la vie".

A mon tour, je transmets le flambeau, et la parole, à Jean-Michel Foidart.

Messieurs les Présidents,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers membres du Bureau de l’Académie royale de Médecine de Belgique,

Chères Consœurs et Confrères,

Mesdames et Messieurs, en vos titres, grades et qualités,

Je voudrais vous remercier de m’avoir accordé votre confiance pour cinq ans.

Jules Renard a écrit : « Quand un homme a prouvé qu’il a du talent, il lui reste à prouver qu’il sait s’en servir ». Je tenterai donc  de suivre au mieux la voie tracée par mes illustres prédécesseurs.

Je remercie  les membres du Bureau de m’assurer de leur indulgence, car la succession du Professeur Ferrant ne sera pas aisée. Il fut le véritable Gardien de ce Temple de 2011 à 2016. L’expression « gardien du temple » remonte au monde antique. Des hommes ou des femmes, déclarés prêtres et prêtresses du temple d'une divinité, juraient de l'entretenir et de le défendre, jusqu'à la mort. Les Dieux de la médecine ont été particulièrement bien servis pendant ces années. Notre Secrétaire perpétuel ne fut pas seulement, un excellent gardien du temple, il fut également un brillant capitaine, et un chef d’orchestre vigilant et éclairé coordonnant  les multiples activités de notre Académie.

Au cours de ces quelques semaines, il m’a guidé avec le sourire, et m’a initié aux rites et coutumes du service du Temple, qui est dans un ordre parfait. Il m’a fait découvrir les multiples richesses de notre Académie, les secrets de son administration et …quelques tables gastronomiques des environs. Son efficacité n’a d’égal que sa modestie. J’ai ainsi découvert l’amabilité d’un homme bienveillant, qui m’a transmis le flambeau en me faisant percevoir sa passion envers son Académie. Temple peut-être, notre Académie royale de Médecine de Belgique  n’est  certes  pas un fossile. Elle  est vivante et doit continuer à manifester publiquement  à nos responsables politiques, nos Universités,  nos étudiants, et la Société, ses expertises et sa crédibilité.

De grands chantiers bouleversent toutes les facettes du paysage médical. Qu’il s’agisse de réforme des soins de santé, du rôle des professionnels (médecins, vétérinaires, dentistes , pharmaciens…), de restructuration de la recherche fondamentale ou clinique, de réformes de l’enseignement, de considérations éthiques  (sur la fin de vie ou sur l’accouchement sous X), des projets ambitieux de bio-informatique (« les big data »), de thérapie cellulaire ou génomique,  notre Académie doit faire entendre sa voix .

L’Académie royale de Médecine de Belgique est composée d’élites. L’étymologie de ce terme vient de « eligere » signifiant « celui qui est choisi ». Les élites sont ainsi ceux qui sont choisis, pas pour se reposer sur leurs couronnes de lauriers mais pour agir de concert, témoigner, manifester leur expertise et influencer les débats qui concernent la santé,  et les sciences médicales. Vous êtes les élites. Nous vous solliciterons donc afin de vous exprimer et de faire entendre la voix de l’Académie.   Nombreux sont les  interlocuteurs impliqués dans la réflexion sur la médecine humaine ou animale : les universités, les étudiants, les associations professionnelles, les sociétés scientifiques, les décideurs politiques, les organisations parastatales, l’INAMI, le KCE….

Au-delà des particularismes, l’Académie doit s’exprimer avec indépendance, sereinement, objectivement, sans intérêt, ni parti pris. Ses avis, rapports et recommandations sont donc au-dessus de la mêlée, dépassent les clivages politiques, philosophiques, idéologiques pour veiller au bien, sans parti pris.

Afin d’intervenir de manière consensuelle et efficace au sein de l’Etat fédéral,  l’Académie royale de Médecine de Belgique doit en permanence harmoniser ses interventions et ses avis avec la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België ». Les interactions scientifiques nombreuses  exploitent les expertises les plus aiguisées au sein des deux Académies. Elles garantissent également la rédaction de rapports consensuels traduisant les conceptions médicales des deux grandes communautés de notre pays, dans le respect de nos différences culturelles et sociétales. Le partenariat avec la KAGB sera donc encouragé.

Le dialogue régulier avec l’Académie royale de Belgique qui concerne les domaines des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts est également, source d’enrichissement mutuel et doit être  privilégié.

Pour toutes ces missions, j’aurai l’immense plaisir et la chance d’œuvrer en synergie avec notre nouveau Président, le Professeur Gustave Moonen, ami de longue date, avec un autre sage Liégeois, qui souvent m’inspire, le Professeur Jacques Boniver. Je me réjouis de travailler régulièrement  avec les membres du Bureau,  avec notre coordinateur administratif,  Mr Buchet et le staff administratif de l’ARMB, qui travaille efficacement dans la discrétion et la bonne humeur. Rien ne sera cependant possible sans votre adhésion à la promotion de notre Institut. Merci de votre collaboration et de votre disponibilité.

Léonard De Vinci a écrit  « Savoir écouter, c’est posséder, outre le sien, le cerveau des autres ».  Je serai donc à votre écoute  et à votre service en méditant la citation de Ghandi « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle. Nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents ».

18 février 2017 - Séance conjointe avec la KAGB - Rôle du pharmacien dans les soins de santé publique

Jeanine FONTAINE (ULB), membre titulaire et Greet IEVEN (UZA), Présidentes de séance. 

Le rôle du pharmacien d’officine et du pharmacien clinicien dans les soins de santé en Belgique connaît de grands développements. Dans un système de soins de santé multidisciplinaire, le pharmacien est le spécialiste du médicament tant en première ligne que dans les hôpitaux. 

Ce symposium illustre l’importance des soins pharmaceutiques pour le patient. Les pratiques actuelles, les preuves scientifiques mais aussi les opportunités et les défis seront abordés dans ce symposium qui ne s’adresse pas uniquement aux pharmaciens mais aussi aux autres acteurs de la santé et aux décideurs politiques.    

 

25 mars 2017 - Séance publique ordinaire

29 avril 2017 - Séance conjointe avec la KAGB - Dopage dans le sport

Jacques CROMMEN (ULiège), Président

The use of performance-enhancing substances (PESs) and methods has unfortunately become a reality in numerous sports for many years. When athletes are asked to answer anonymous standardized questionnaires about the use of illicit substances, the rates of positive answers are usually higher than 5 %, which is in sharp contrast to the 0,8  % positive results from official doping tests conducted by the World Anti-Doping Agency (WADA). Moreover, particularly alarming is the fact that the usage rate of PESs seems to be even higher among amateur sportsmen. This growing prevalence of doping not only tarnishes the image of competitive sport but also poses a serious threat to the health of athletes.

Sophisticated approaches such as gene doping are usually more difficult to detect than doping with PESs. Beside classical direct detection methods, indirect methods will be needed, such as those monitoring differences in protein expression or changes in metabolism over time. Such proteomic and metabolomic data could be included in the Athlete Biological Passport (ABP).  

With the increasing variety and complexity of doping strategies, the sports medicine physicians will have to play an even more important role in protecting athletes from health damages due to doping by use of effective prevention programs.

Thierry ZINTZ (UCLouvain)  (Introduction)

 

 

 

Corinne CHARLIER (Département de Toxicologie – ULg), membre titulaire. 

Organized sport has a history dating back to ancient Greece, but in the early 20th century, pharmaceutical companies expanded the production of remedies offered to treat any health problem. Athletes were free to access whatever substance was available, since there was very little control in sport.

During the 50’s, use of anabolic steroids has started. In a paper published in 1973, Silvester proposed a survey of track and field athletes and showed than 68% had utilized anabolic steroids during the 1972 Olympic Games. In the 80’s, Ben Johnson was tested positive for stanozolol during the summer Olympics in Seoul, and this event showed that doping occurred at the highest level in sport.

Historians may come to view 1998 as a very special year in the story of drugs in sport. The scandal began in January when a Chinese swimmer was stopped at a routine custom check in Australia with hGH vials in her luggage. During the Tour de France, the Festina affair occurred with a car from the cycling team found full of doping products.  In September, the gold champion Florence Griffith Joyner died in her sleep. She was 38…The media reporting of this event asked the question of the responsibility of doping in the death of the athlete.

In 1999, the WADA (World antidoping agency) was initiated by the International Olympic Committee based in Canada to promote, coordinate and monitor the fight against drugs in sports. The agency's key activities include scientific research, education, development of anti-doping capacities. Since this period, the WADA has been working closely with international enforcement agencies to uncover doping activities.

Among the keys to an effective anti doping program, is the legal definition of doping, but also the publication of the Prohibited List of substances and methods. Of course, the Prohibited List must be an evolving document. According to WADA, the prohibited drugs can be divided into 3 major classes: drugs that are prohibited in and out of competition, drugs prohibited in competition only, and drugs prohibited only in particular sports. These 3 classes are divided into 11 categories, from S0 to S5 for drugs prohibited in and out of competition, S6 to S9 for drugs prohibited in competition and P1 and P2 for drugs prohibited only in particular sports.

All performance enhancing drugs are chemicals that promote in any way the athletic performances in humans. Major effects are the following: benefit for muscles, metabolic effects, anabolic effects, bronchodilatation, psychoanaleptic and behavioural effects, hemodilution and increased urinary excretion. But near to these performance enhancing effects, these chemicals also have side effects affecting the brain or the body.

Each category of drugs is presented and discussed. Each category is also illustrated by some famous examples.

Ref: Drugs in sport, ed.D.R.Mottram and N.Chester, 6th edition, Routledge, Taylor and Francis group.

Jean-Luc VEUTHEY (University of Geneva – Switzerland).    

The fight against doping in sports is governed since 1999 by the World Anti-Doping Agency (WADA), an independent institution behind the implementation of the World Anti-Doping Code (Code). To ensure optimal harmonization, five International Standards covering different technical aspects of the Code are also currently in force, among them the List of Prohibited Substances and Methods (List). Current doping control analysis includes the identification, and in some cases the quantification, of banned substances and methods included in the List from biological samples collected in-and out-of-competition. Compounds are divided into non-threshold substances, for which their simple identification could be considered an adverse analytical finding, and threshold substances (e.g., ephedrine and derivatives, salbutamol, and carboxy-THC), banned above a fixed level and for which quantitative determination in the biological sample is needed.

Urine and blood (whole blood, serum and plasma) are considered the matrices of choice for routine anti-doping analysis, but the majority of controls is still carried out on urine, even if the percentage of blood testing is continuously increasing. Therefore, determination of the presence and/or absence of a doping agent in urine is routinely carried out through a common workflow including an initial testing procedure (screening) followed by a confirmation procedure, if applicable. The screening step must be fast, selective and sensitive to limit the risk of false-negative and false-positive results. In the case of a suspicious result, the latter should be established with a confirmation procedure targeting the potentially incriminating substance(s), including possible metabolite(s). To achieve this, and considering the important chemical diversity and wide range of physicochemical properties of forbidden substances (approximately 250 compounds), anti-doping laboratories should use multiple analytical techniques, including immunological, biochemical and chromatography-mass spectrometry methods.

Today, both gas and liquid chromatography coupled to mass spectrometry are reference methods while other separation techniques are in development to improve the analytical performance. Liquid chromatography-mass spectrometry, which is considered as the Gold standard, has seen recent impressive technical improvements in terms of sensitivity, selectivity and rapidity to be able to detect the current very sophisticated doping practices including low concentrated doping substances as well as the use of endogenous substances with low and high molecular weight (eg. steroids and proteins). Therefore, the direct screening and confirmation procedures should be continuously updated, including monitoring additional substances with potential doping properties and/or new metabolites of already known compounds with increased detection windows.

In addition to chromatographic-based techniques, the implementation of indirect approaches such as the Athlete Biological Passport have equipped laboratories with very powerful and robust tools to catch doped athletes. Furthermore, retrospective analyses of anti-doping samples could be a possible solution to improve the fight against doping. Indeed, the collected urine and blood samples must be stored for up to ten years in the latest version of the Code. This storage time allows the analysis of samples collected from major sports competition events after a few years using newly available analytical technologies.

 

Peter VAN EENOO, DoColab (Department of Clinical Chemistry, Microbiology and Immunology, Faculty of Medicine and Health Sciences, Ghent University).                 

The World Anti-Doping Agency accredits laboratories world-wide, based upon compliance with WADA’s Anti-Doping Code, the International Standard for Laboratories and the associated technical documents. This framework of rules and regulation encompasses both technical, administrative and financial requirements. Additionally, WADA monitors the effective implementation of these regulations via the requirement for independent ISO170265 accreditation, audits by WADA and successful participation in the WADA External Quality Assessment Scheme (EQAS).

In practice, WADA accredited laboratories need to detect all prohibited compounds and methods by WADA for which there is a technical possibility. This requires that a WADA accredited laboratory these days possesses a wide-range of highly sophisticated technologies. Moreover, as WADA adheres to a zero-tolerance policy for most compounds, these methodologies need to be able to detect a comprehensive list of metabolites at low detection levels.

The current presentation will focus on the quality requirements by WADA, the EQAS program and the methodologies used to detect the currently prohibited substances, as well as the recent progress in science and the events leading to suspension of laboratories.

20 mai 2017 - Séance publique ordinaire

Olivier BRUYÈRE (Département des Sciences de la Motricité - ULg), membre associé.

Le terme sarcopénie a été introduit la première fois en 1989 par Irwin Rosenberg pour décrire une perte de masse musculaire squelettique avec l’avancée en âge. Depuis lors, plusieurs études longitudinales ont montré, avec l’avancée en âge, une dégradation de force musculaire accélérée par rapport à la perte de masse musculaire. Bien que la masse musculaire soit un déterminant important de la force musculaire, elle ne peut toutefois que partiellement expliquer cette perte de force musculaire. Ainsi, différentes définitions de la sarcopénie ont émergé, au gré des découvertes scientifiques, en intégrant progressivement à la notion de perte de masse musculaire, celles de perte de force et/ou de fonction musculaires. La sarcopénie peut, par certains aspects, être considérée comme un sujet de recherche important en Santé Publique. En effet sa prévalence actuelle et future est élevée et les conséquences cliniques, économiques et sociales qui y sont associées sont importantes. Il a été très récemment montré que la sarcopénie est associée à une augmentation substantielle du risque de décès, d’hospitalisations, de chutes et de déclin fonctionnel. On note également que la prise en charge actuelle de la sarcopénie est rendue compliquée par l’absence de traitement pharmacologique reconnu.  A l’heure actuelle, seule l’activité physique spécifique et adaptée semble être efficace lors de la prise en charge du patient sarcopénique. Depuis plusieurs années, des projets d’envergures sont développés par différentes équipes avec comme objectifs, notamment, d’affiner le diagnostic opérationnel de la sarcopénie, de développer des outils d’évaluation spécifiques de ce problème gériatrique ou encore de tester l’intérêt de marqueurs biologiques (l’irisine, l’activine A, la myostatine, …) dans diagnostic ou le suivi de patients. Enfin, différentes études de phase II sont en cours de finalisation et devraient permettre d’entrevoir des possibilités de prise en charge pharmacologiques. 

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs Th. Godfraind, J.-L. Vanherweghem, M. Goldman et A.  Albert).

 

 

 

 

Philippe ROMBAUX (Service d’oto-rhino-laryngologie – UCL), membre associé.

La perception chémosensitive est une terme général qui englobe les stimulis chimiques qui viennent exciter nos neurones olfactifs et gustatifs. Elle participe à notre perception du monde extérieur via la voie orthonasale et du monde intérieur via la voie rétronasale (flavor) et via la voie gustative pour les saveurs fondamentales. Tout comme pour l’audition et la vision, des tests cliniques se sont développés pour différencier normosmie (normogueusie), hyposmie (hypogueusie), anosmie(agueusie).

Les tests psychophysiques sont ainsi rentrés dans les services où l’intérêt pour la perception chémosensitive était présent. De plus, des épreuves électrophysiologiques grâce à la délivrance d’odeurs via un olfactomètre a permis d’étudier des potentiels évoqués et des réponses analysées en temps/fréquence en distinguant la voie olfactive pure de celle intranasale via le nerf trigéminal.

Enfin, l’imagerie par RMN et la volumétrie bulbaire du bulbe olfactif a réellement permis de poser des diagnostics tels que anosmie postraumatique, anosmie congénitale, voire d’établir des pronostics de récupération.

« Je ne sais plus me sentir », La prise  en charge de ces patients est ainsi devenue habituelle dans nos services, répondant à une attente bien fondée de ceux-ci et permettant des diagnostics et des pronostics de récupération, là où il y a quelques années seul un sourire gêné paraissait sur le visage du praticien.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs B. Dan, O. Bruyère, B. Van den Eynde et G. Moonen)

 

 

 

Laurence M. BOON (Laboratoire de Génétique Moléculaire Humaine, Institut de Duve - UCL), membre associée.        

Les malformations veineuses sont des lésions qui se caractérisent par des ectasies veineuses avec une déficience relative en muscle lisse. Leur incidence est estimée à 1 sur 5 à 10.000 nouveau-nés. Souvent diffuses, elles peuvent envahir n’importe quel tissu et organe. En fonction de leur localisation, elles peuvent être responsable e.g. de déformation, de douleur chronique, de saignements et d’une impotence fonctionnelle majeure. Les traitements conventionnels tels que la sclérothérapie et/ou la chirurgie sont curatifs seulement pour les lésions de petite taille et bien localisées.

Nous avons démontré que les malformations veineuses sont causées par une mutation somatique activatrice de TIE2 ou de PIK3CA dans respectivement 60 et 20% des patients. Ces mutations entraînent une activation de la voie de signalisation TIE2-PI3K-AKT-mTOR. En utilisant des cellules HUVEC porteuses de mutation TIE2 activatrice, nous avons créé le premier modèle murin pour les malformations veineuses. Ceci nous a permis de tester des inhibiteurs de la voie de signalisation activée, y compris la rapamycine, un inhibiteur de mTOR utilisé de longue date comme immunosuppresseur e.g. pour réduire les rejets de greffe. Nos études in vitro et in vivo ont montré que la rapamycine était capable d’arrêter la croissance des malformations veineuses dans notre modèle.

Fort de ces résultats positifs, nous avons débuté une étude phase II sur vingt patients atteints de malformations veineuses étendues et réfractaires aux traitements conventionnels. Les résultats furent spectaculaires car les patients ont vu leur saignement s’arrêter, leur douleur et impotence fonctionnelle fortement diminuer et leur qualité de vie augmenter de 30 à 90%. En janvier 2016, nous avons débuté une étude multicentrique européenne de Phase III (VASE) dont le but est d’enrôler 250 patients pour mieux quantifier les bénéfices et risques de cette thérapie. Actuellement, près de 50 patients ont déjà été inclus avec des résultats toujours aussi satisfaisants. Ainsi, la rapamycine a ouvert l’ère des thérapies ciblées pour les malformations vasculaires.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs J.-B. Otte, Mme D. Balériaux, Y. Carlier et J.-M. Foidart, Secrétaire perpétuel).

17 juin 2017 - Séance publique ordinaire

Le Docteur Robert Görtz, est né en terres Liégeoises, à Bressoux, le 15 décembre 1925. Il est décédé à Anderlecht, le 16 décembre 2016 à l'âge de 91 ans.

Ceux d’entre nous qui sont à la fois membres de l’Académie royale de Médecine de Belgique et de l’Académie Nationale de Médecine de France savent que nos Collègues Français cultivent l’humanisme et la connaissance des arts et des lettres. Les programmes de conférences  de l’Académie Nationale comportent non seulement des thèmes médicaux mais aussi des présentations historiques, littéraires et artistiques.

Le Professeur Robert Görtz éduqué dans cette culture deviendra un médecin humaniste, à la fois scientifique, mais aussi littéraire.

C’est en France à Montpellier qu’il obtient, à l’âge de 24 ans, en 1950 une Licence es-Lettres. C’est dans la même université qu’il obtient en 1953, son diplôme de docteur en médecine avec une thèse intitulée « Le traitement chirurgical des lombo-sciatiques (500 cas) ».

C’est là même année, qu’il satisfait à ses obligations militaires. Il épouse  Mademoiselle Marie-Claire de Longueval, issue d’une illustre famille française (Branche Longueval de Penin et La Vasserie),  dont les origines remontent à Guillaume de Longueval, en 1330.

De cette union naquirent  six enfants (Pierre-Philippe, Bruno†, Isabelle, Sophie†, Diane et Sabine  et quatorze petits-enfants (Audrey, Laureen, Charles, Alexandre, Astrid, Claire, Morgane, Karl, Cassandre, Alexia, François, Marie, Constantin et Gauthier).

C’est à l’hôpital Français Reine Elisabeth, que le Dr Görtz accomplit la majorité de sa vie professionnelle. Il y est assistant au service de Chirurgie dès 1954.

Il est agréé par le Ministère de la Santé Publique dans la spécialité de chirurgie générale en 1960 et dans celle de Chirurgie orthopédique en 1963. Il effectue sa formation chirurgicale au cours de stages auprès de maîtres illustres comme les professeurs Watson Jones, Merle d’Aubigné, Judet, Scaglietti, Seddan, Böhler, et Charnley.

En 1965, Il devient chef du service de Chirurgie Orthopédique et de Traumatologie. C’est par l’Arrêté royal du 05 juillet 1967, que son diplôme Français est reconnu équivalent au diplôme légal Belge de Docteur en Médecine, chirurgie et accouchements

Le Dr Görtz poursuit ses études à l’Université libre de Bruxelles, où il devient Agrégé en Sciences Médico-légales, en 1968. Sa thèse, publiée à Paris  est intitulée : « La recherche des antigènes GM dans les taches de sang pour leur identification médico-légale ».

En 1974, il est désigné comme titulaire du Centre des affections ostéo-articulaires et de réadaptation fonctionnelle, issu de la fusion des services d’orthopédie et de rhumatologie-physiothérapie.

Sur le plan de l’enseignement, le professeur Görtz est chargé de cours techniques à l’institut de Kinésithérapie et de Physio-technique de 1961 à 1978.

Il est nommé maître de stage de Chirurgie Orthopédique et Traumatologie à la Faculté de Médecine, à l’Hôpital français dès 1965 où il encadre les étudiants en médecine externes et internes de la Faculté de Médecine de l’ULB.

Son intérêt pour la Médecine légale ne faiblit pas. Il  est nommé chargé de cours à l’Université libre de Bruxelles dès 1972 et devient titulaire de la Chaire de Médecine légale à la Faculté de Droit et l’Ecole des Sciences Criminologiques Léon Cornil. Il en est le Secrétaire de 1974 à 1983. Il devient Président de cet Institut de 1983 à 1986. En 1981, il est Professeur invité au Collège de France. Il préside la Société clinique de l’Hôpital français.

Son œuvre scientifique est impressionnante, à la fois dans les domaines de la Médecine-légale et de la traumatologie. Il s’intéresse à l’histoire de la Médecine, à la morphologie et à l’identité de l’homme. Il devient en 1979, membre de la société française d’histoire de la Médecine. Sa passion pour l’histoire de la médecine l’amène tout naturellement à s’investir dans le Musée de la Médecine de l’ULB situé sur le site de l’hôpital Erasme. Il partage ainsi le rêve et la ténacité du rhumatologue Thierry Appelboom. Il y préside le centre de documentation médicale Robert Debré, logé au Musée de la Médecine.

En 1983, c’est la direction des services chirurgicaux de l’hôpital Français reine Elisabeth qui lui est confiée puis la Direction médicale de l’Hôpital français Reine Elisabeth et enfin en 1992, il devient Président du Comité exécutif.

Son activité pédagogique s’étend à la fondation Robert Debré, dont il est Secrétaire dès 1974 et le Président en 1992-1993. Il y organise un programme d’enseignement de haut niveau où il introduit, organise, anime plus de cinquante conférences-débats.

Sur le plan des titres honorifiques, le Professeur Robert Görtz accumule les distinctions. : Il est professeur honoraire à l’ULB;  membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine, membre honoraire de l’Académie Royale de Médecine de Belgique, membre de l’Académie des Sciences de N.Y. ; professeur Honorario de l’Université de la Paz.

Il est Officier de l’Ordre de Léopold II, officier de la Légion d’Honneur.  La Légion d’Honneur est la plus élevée des distinctions nationales Françaises. Elle est la récompense de mérites éminents acquis au service de la nation soit à titre civil, soit sous les armes.

Il est Commandeur des Arts et des Lettres. L’Ordre des Arts et des Lettres est destiné à récompenser les personnes qui en France,  se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde.

Il est Commandeur de l’Ordre National du Mérite. L’Ordre national du Mérite est le second ordre national Français. À côté de la Légion d’honneur, il récompense des mérites distingués acquis soit dans une fonction publique, civile ou militaire, soit dans l’exercice d’une activité privée.

Après cette carrière de médecin humaniste, à la fois riche et féconde, il aura la joie de partager pendant 25 ans encore,  avec son épouse une vie d’époux, de père et de grand-père.

A sa famille, son épouse et leurs enfants et petits-enfants l’Académie royale de Médecine de Belgique présente ses condoléances et les assure que la mémoire du professeur Görtz restera vivante dans les annales de notre prestigieuse institution autant que dans vos cœurs.

Yves BEGUIN (Service d’Hématologie Clinique – CHU de Liège), membre associé.                

Notre connaissance du métabolisme du fer a été révolutionnée par l'identification en 2001 de l'hepcidine, hormone responsable de l'homéostasie du fer. L'hepcidine se lie à la ferroportine, la protéine de membrane permettant l’exportation du fer par une cellule, induisant sa dégradation et empêchant la libération du fer dans le flux sanguin par les cellules duodénales, les macrophages et les hépatocytes: l'absorption du fer et la mobilisation du fer de réserve sont donc limitées. Les principaux facteurs régulant la production de l'hepcidine par les hépatocytes sont l'activité érythropoïétique (feedback négatif), la quantité de fer de réserve et l'inflammation (régulation positive).

Les voies de signalisation médiant les effets de ces différents phénomènes physiopathologiques sur la synthèse de l’hepcidine sont complexes et seront présentés en détail. De plus, l’implication de l’hepcidine en pathologie humaine et les méthodes thérapeutiques interférant avec son action seront discutées.

(Ont pris part à la discussion : Mmele Pr N. Delzenne, les Prs E. Van Schaftingen et B. Van den Eynde).

 

Bernard LAUWERYS (Service de Rhumatologie – UCL), membre associé.                

C’est sur les mécanismes autoimmunitaires systémique menant à la néphrite lupique que l’intérêt de notre communauté s’est porté durant les trente dernières années : production d’autoantigènes d’origine nucléaire par apoptose ou netose, rupture de la tolérance aux autoantigènes, production d’anticorps antinucléaires et amplification de cette réponse par des cytokines, en particulier les interférons de type 1. Au fait, les interférons de type 1 sont devenus une cible thérapeutique très prometteuse dans la maladie, ce que nous illustrerons par notre propre contribution au développement de l’interféron-kinoïde, un vaccin thérapeutique menant à la production d’anticorps inhibiteurs anti-interféron alpha.

Il apparaît cependant que le rein n’est pas uniquement une cible de l’autoimmunité systémique dans la maladie lupique, mais héberge également des effecteurs immunitaires, organisés localement dans une réponse spécifique d’antigène(s). Nous montrerons que cette autoimmunité locale contribue de manière indépendante au pronostic rénal. L’hypothèse actuelle est que la « première vague » de dépôts d’autoanticorps dans la membrane basale glomérulaire induit une réaction inflammatoire qui, chez certains patients, recrute localement une « deuxième vague » d’effecteurs adaptatifs, dont les effets sur l’intégrité des structures tubulaires rénales conditionnent le pronostic rénal. La glomérulonéphrite lupique est plutôt une pan-néphrite, et une meilleure appréhension de cette réalité conduira à une prise en charge optimale de cette maladie, dont l’évolution reste problématique chez un nombre significatif de patient(e)s.

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs A. Scheen, St. Constantinescu, F. Houssiau, J.-L. Balligand, J. Boniver et J.-M. Kauffmann).

Philippe DE WALS (Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec – Université Laval1,4 ), membre étranger, Yann LE BODO1,2 et Marie-Claude Paquette3, collaborateurs.                   

Devant la progression des maladies chroniques à travers le monde, les appels se multiplient pour inciter l’ensemble des acteurs de la société à créer des environnements de vie plus favorables à la santé. Entre autres mesures, des taxes sur les boissons sucrées ont été adoptées dans un nombre croissant de juridictions. Dans une perspective de santé publique, différents objectifs peuvent y être associés : 1) provoquer une hausse de prix afin d’abaisser les niveaux de consommation de ces boissons ; 2) générer des recettes fiscales pouvant être allouées au financement d’initiatives sociales ou sanitaires ; 3) alerter les consommateurs et 4) encourager les fabricants à reformuler leurs produits. Alors que la pertinence de ces taxes est questionnée par certains, l’évaluation de leur impact à grande échelle demeure limitée. Cette lecture propose de faire le point sur les recherches évaluatives publiées à l’heure actuelle (ex. au Mexique, en Californie, en France) et d’illustrer l’importance d’évaluer les différents effets de ces taxes pour développer les connaissances à l’échelle internationale, mesurer le degré d’atteinte des objectifs qui ont été fixés et ajuster, si besoin, la mise en œuvre des politiques au fil du temps.    

 1 Plateforme d’évaluation en prévention de l’obésité (PEPO), Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec - Université Laval (CRIUCPQ-UL), Québec (QC), Canada.

2 Programme de doctorat en santé communautaire, Faculté des Sciences infirmières, Université Laval, Québec (QC), Canada.

3 Département de nutrition, Faculté de médecine, Université de Montréal, Montréal (QC), Canada.

4 Département de médecine sociale et préventive, Faculté de médecine, Université Laval, Québec (QC), Canada.  

 

9 septembre 2017 - Séance solennelle de remise des Prix (période 2016)

Abou

FONDATIONS ACADÉMIQUES

 PRIX ALVARENGA DE PIAUHY 2016

PRÉSENTATION DE Mme le Dr G. LALOUX

LAURÉATE DU PRIX ALVARENGA DE PIAUHY 2016

 par

 M.  D. CATALDO, membre associé

Licenciée en sciences Biologiques 2005 UNamur (PGD+F)

Docteur en sciences 2009 (UNamur)

Post-Doc à Yale (C. Jacobs-Wagner) (2010-2013)

Chargée de recherches FNRS – Institut de Duve (2013-…)

Candidature à un poste de chercheur qualifié en 2018.

Prix scientifiques et bourses:

Prix Adrien Bauchau (2005)

Prix du meilleur poster 2008 (SBBCD), 2011 (Yale), 2012 (Yale)

Bourse de la Belgian American Educational Fundation (B.A.E.F.) 2011-2012            

Howard Hughes Medical Institute Post- doctoral Associate (2013)

Onze publications dont mBio (2016), Nature Communication, EMBO, …

Sujet de la dissertation: « Nouveau rôle d’un système de gestion du stress de l’enveloppe bactérienne dans l’homéostasie de la paroi d’Escherichia coli »

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 Nouveau rôle d’un système de gestion du stress de l’enveloppe bactérienne dans l’homéostasie de la paroi d’Escherichia coli

 par Mme le Dr Géraldine LALOUX, PhD (UNAMUR, UCL)

L’enveloppe bactérienne est un compartiment complexe qui est essentiel à la survie de la cellule. Composée chez les bactéries à Gram négatif de deux membranes délimitant un espace périplasmique, l’enveloppe constitue en effet la première ligne de défense contre les composés toxiques, y compris les antibiotiques, présents dans l’environnement. De plus, l’enveloppe est garnie d’un grand nombre d’appendices, protéines, lipides et sucres dont certains agissent comme facteurs de virulence. Dans le périplasme se trouve une fine couche continue d’un polymère nommé peptidoglycane (PG) qui constitue la paroi bactérienne. Le PG étant relativement rigide, il confère à la cellule bactérienne sa morphologie et fournit une protection mécanique contre le choc osmotique. Ces fonctions critiques du PG impliquent un remaniement drastique mais parfaitement régulé de ce polymère tout au long du cycle de vie de la bactérie. En effet, cette paroi doit non seulement grandir mais aussi se diviser de manière parfaitement synchronisée avec la cellule bactérienne, sans perdre sa continuité. Il n’est donc pas surprenant que la synthèse et le remodelage du PG soient contrôlés par de très nombreuses protéines, y compris des éléments de cytosquelette bactérien, qui fonctionnent de manière strictement coordonnée grâce à divers niveaux de régulation. De manière importante, les protéines qui assurent la croissance et les modifications de la paroi sont des cibles pour de nombreux antibiotiques utilisés pour traiter les infections bactériennes chez l’humain. Or, ces dernières décennies ont été le témoin d’une augmentation exponentielle des cas de résistance de bactéries pathogènes aux antibiotiques, et aucune nouvelle classe d’antibiotique dirigé contre les bacilles à Gram négatif n’a été mise sur le marché depuis plus de quarante ans. Il est donc important d’étudier les mécanismes complexes qui gouvernent la biogenèse de l’enveloppe bactérienne, mais également ceux qui permettent aux bactéries de maintenir l’intégrité physique et fonctionnelle des différents éléments de leur enveloppe malgré des conditions de vie rudes et changeantes.

Au cours de l’évolution, les bactéries ont élaboré des systèmes de réponse au stress qui leur permettent de détecter des atteintes portées à l’enveloppe par différents facteurs internes ou environnementaux, et d’y répondre en renforçant les protections de l’enveloppe et en réparant les dommages. C’est un système majeur de réponse au stress chez la bactérie Escherichia coli, nommé le système Cpx, qui a fait l’objet de ce mémoire. Paradoxalement, très peu d’études se sont penchées sur le rôle des systèmes de gardiennage de l’enveloppe, tels que le système Cpx, dans le contrôle de la synthèse et du remodelage de la paroi de PG. Nous avons donc investigué la connexion potentielle entre le système Cpx et la paroi de PG. Nous montrons que le Cpx, un système traditionnellement considéré comme assurant l’homéostasie protéique dans l’enveloppe, est aussi intimement connecté à l’assemblage du PG. En effet, des antibiotiques qui ciblent spécifiquement les machineries d’élongation, de division, ou de contrôle de la morphologie de la paroi, induisent la réponse Cpx. Il s’agit d’une réponse bénéfique pour ces bactéries car nous montrons que l’activation du Cpx diminue leur sensibilité aux antibiotiques de la classe des β-lactames. De manière importante, nous démontrons qu’un réglage fin du degré d’activation du Cpx est critique pour maintenir l’intégrité de la paroi, qui a des conséquences sur la croissance, la morphologie et la division bactériennes, ainsi que sur la résistance à une classe d’antibiotiques très communément utilisée chez l’homme. De plus, nous identifions LdtD, une transpeptidase catalysant la formation de ponts peptidiques non classiques dans le polymère de PG, comme lien fonctionnel majeur entre l’homéostasie du PG et le système Cpx. Enfin, nous montrons que le système Cpx répond massivement à la délocalisation de la lipoprotéine NlpE, une propriété qui peut être utilisée pour régler les niveaux d’activation de la voie Cpx. Les travaux inédits rapportés dans ce mémoire ont permis de découvrir l’importance du Cpx, alors connu principalement pour son rôle de « contrôle qualité » des protéines de l’enveloppe, dans l’homéostasie de la paroi d’E. coli. Cette étude contribue donc significativement à la compréhension des mécanismes complexes qui permettent aux bactéries de se défendre contre les antibiotiques.

FONDATIONS  ACADÉMIQUES

PRIX HENRI FAUCONNIER (2014-2016)   

 PRÉSENTATION DE M. le Dr  P. JACQUEMIN

LAURÉAT DU PRIX HENRI FAUCONNIER (2014-2016)

 par  C. BLANPAIN, membre associé  

(Voir vidéo)

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 Identification de mécanismes moléculaires opérant lors de la tumorigenèse pancréatique

par M. le Dr Patrick JACQUEMIN (UCL)

Sur base d’une expertise acquise dans l’analyse des processus de différenciation cellulaire au cours de l’embryogenèse, j’ai développé ces dernières années des travaux liées aux perturbations de la différenciation acinaire lors de l’initiation de la tumorigenèse pancréatique. Ce type cellulaire est plus que probablement à l'origine de l'adénocarcinome canalaire du pancréas (ACCP). Dans des conditions inflammatoires, les cellules acinaires subissent en effet un processus métaplasique qui les transforme en cellules pseudo-canalaires. Ces lésions métaplasiques, en présence de mutations oncogéniques, évoluent en lésions néoplasiques pouvant donner naissance à une tumeur maligne. Ces lésions métaplasiques et néoplasiques apparaissent donc comme des lésions précurseurs de l'ACCP. Une meilleure connaissance des mécanismes contrôlant leur développement devrait permettre d'améliorer le traitement de ce cancer.

Avec mon équipe, nous avons caractérisé différents mécanismes impliqués dans le développement de la métaplasie et des lésions néoplasiques. Nous avons ainsi montré que deux microRNAs, let-7b et miR-495, sont requis pour maintenir l'état différencié des cellules acinaires, empêchant de ce fait le développement d'un processus métaplasique touchant les cellules acinaires. Nous avons par ailleurs trouvé que deux facteurs de transcription canalaires, HNF6 et Sox9, contrôlent la mise en place d'un programme métaplasique au sein des cellules acinaires. Enfin, nous avons découvert que Sox9 était également important pour l'initiation des PanIN et qu'il assure cette fonction en contrôlant la voie de signalisation EGFR/ERbB.

Nos études ont ainsi identifié différents acteurs intervenant dans des processus liés à l'initiation de l'ACCP, et leurs mécanismes d'action sous-jacents. Elles ont de plus permis de découvrir de nouveaux biomarqueurs du cancer du pancréas et suggèrent de nouvelles voies thérapeutiques possibles.

FONDATIONS ACADÉMIQUES

 PRIX DU DOCTEUR FRANS JONCKHEERE SUR L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE

(PÉRIODE 2014-2016)

PRÉSENTATION DE M. le Dr Ph. PAULET

PRIX DU DOCTEUR FRANS JONCKHEERE SUR L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE (2014-2016)

 par  P. LEFEBVRE, membre honoraire  

(Voir vidéo)

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 GRANDE ET PETITE HISTOIRE DE LA PROCTOLOGIE

par

 M. le Dr Philippe PAULET (ULB)

L’ouvrage s’applique à rassembler les données éparses de la littérature, tant médicale qu’historique, se référant à l’histoire de la proctologie au cours des siècles et dans diverses régions du monde.

Le premier chapitre réunit, à travers les grandes étapes de l’histoire  de la médecine, les premiers écrits et retrace la biographie de tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à l’histoire des maladies anales. La plupart d’entre eux sont des figures connues, d’autres sont d’obscurs sans grade mais qui ont eu le précieux souci de coucher sur papier le résultat de leur expérience.

Les trois longs chapitres suivant rassemblent la grande majorité des maladies qui justifient une consultation en proctologie : les hémorroïdes, les fissures et les fistules anales. La grande richesse de la littérature, justifiée par la fréquence de ces affections, méritait de colliger les données éparses et parfois des anecdotes aussi farfelues que croustillantes. L’histoire de la fistule de Louis XIV est un grand moment d’Histoire mais c’est loin d’être le seul.

La suite détaille, maladie par maladie, les soubresauts que l’histoire leur a imposés, avec les fausses certitudes, les égarements, les découvertes parfois fortuites, les traitements audacieux, les échecs et les rebondissements qui ont conduit aux connaissances actuelles. On y découvre curieusement que ceux qui ont laissé leur nom à une affection ne sont par toujours les premiers à les avoir décrit !

On ne pouvait conclure sans évoquer l’évolution du matériel et des techniques qui ont permis des diagnostics de plus en plus précis, apportant au praticien l’aide précieuse qui a conduit à des traitements de plus en plus performants.

Une bibliographie importante mais non exhaustive clôture l’ouvrage.

 

FONDATIONS ACADÉMIQUES

PRIX SUZANNE ET LILIANE CHERMANNE

 (PÉRIODE 2014-2016)

 PRÉSENTATION DE M. le Dr P. DUREZ

LAURÉAT DU PRIX SUZANNE ET LILIANE CHERMANNE (2014-2016)

par  G. MOONEN, Président 

En 2002, une convention est signée entre Mesdemoiselles Suzanne et Liliane Chermanne d'une part et l'Académie royale de Médecine de Belgique d'autre part permettant la création d’un "Prix Suzanne et Liliane Chermanne". Ce prix triennal d’un montant de 15 000 € récompense la meilleure étude consacrée à la pathologie ostéo-articulaire qu’elle soit inflammatoire, dégénérative, ou tumorale. Il est destiné à un/des candidat(s) de nationalité belge, attaché(s) à un centre de recherche de la « Communauté française de Belgique ». Il a été attribué pour la première fois en 2004.

Le jury  constitué des Professeurs Benoît Boland (UCL), Valérie Gangji (ULB) et présidé par le Professeur Albert Dresse a attribué le prix au Professeur Patrick Durez qui a déposé un mémoire intitulé : « La Polyarthrite Rhumatoïde : vingt ans de progrès dans la prise en charge thérapeutique ».

Ce mémoire fait la synthèse de la contribution expérimentale, diagnostique et clinique du Pr Durez visant à optimaliser la prise en charge et le traitement de cette pathologie rhumatismale invalidante.

Dans des travaux publiés dans des revues internationales, il a notamment montré l’importance régulatrice de l’Interleukine-10 dans les phénomènes inflammatoires de l’arthrite. Dans des études cliniques randomisées, il a également contribué à quantifier et valider des critères diagnostiques précoces permettant une prise en charge thérapeutique rapide pour éviter autant que possible l’évolution des symptômes cliniques vers une destruction articulaire et améliorer la qualité de vie de ces patients.  

Sur le plan thérapeutique il envisage et discute les différentes modalités de traitement allant des « disease modifying antirheumatic drugs » tels le méthotrexate et les corticoïdes, aux traitements biologiques plus récents visant le TNF, l’IL-6 et les lymphocytes T, notamment en utilisant la résonance magnétique nucléaire comme outil d’évaluation. 

Le Professeur Durez est diplômé docteur en médecine de l’ULB en 1988. Il entame alors une  spécialisation en Médecine Interne à l’hôpital Erasme.  Et d’emblée, s’intéresse aux maladies inflammatoires,  à la transplantation et  à l’immunologie. Il a été lauréat de la fondation Erasme grâce à laquelle il a pu effectuer un an de recherche en immunologie expérimentale dans le laboratoire du Professeur Michel Goldman. Ses recherches portent alors sur le rôle de l’IL-10 dans un modèle murin inflammatoire. Il s’intéresse ensuite, grâce à la collaboration du Professeur Wim van Den Berg de  Nijmegen, à l’arthrite au collagène. Après avoir achevé sa spécialisation en rhumatologie en 1993 et terminé sa spécialisation  en revalidation en 1995, Le Professeur Durez a organisé la prise en charge de la Polyarthrite Rhumatoïde au sein de l’hôpital Erasme, en structurant l’évaluation clinique du patient, en développant des protocoles thérapeutiques et en s’entourant d’une équipe pluridisciplinaire.

Au début de l’année 2000, il a rejoint au titre de  Chef de clinique, le Service de Rhumatologie des Cliniques universitaires Saint Luc où, outre une activité clinique, il effectue des recherches sur la PR débutante et la PR réfractaire et particulièrement sur les biomarqueurs synoviaux.

C’est unanime que le jury a proposé à l’Académie royale de médecine de lui attribuer le prix Suzanne et Liliane Chermanne 2017.

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 La Polyarthrite Rhumatoïde : vingt ans de progrès dans la prise en charge Thérapeutique

par M. le Dr Patrick DUREZ (UCL)

Résumé

Les travaux pour lesquels je postule le Prix Suzanne et Liliane Chermanne, décrits ci-dessous, visent à optimaliser la prise en charge et le traitement de la Polyarthrite Rhumatoïde (PR). Mes contributions au cours de ces 25 années ont porté sur des sujets immunologiques, pharmacologiques et cliniques de la PR, une maladie autoimmune complexe et sévère caractérisée par une polysynovite chronique destructive, des manifestations extra-articulaires et un handicap progressif. Mon travail a débuté en immunologie sur des modèles animaux pour se poursuivre en clinique où j’ai eu la possibilité de participer à de nombreux essais thérapeutiques dans la PR débutante et réfractaire. Plus récemment, grâce à l’apport de notre laboratoire en rhumatologie et l’utilisation de techniques mini-invasives de biopsies synoviales, nous avons réalisé de nombreux travaux de recherche translationnelle afin d’identifier des marqueurs synoviaux de sévérité et de réponse aux traitements. Cette recherche permettra dans le futur de développer des recherches cliniques basées sur la découverte de nouveaux biomarqueurs permettant à titre individuel de mieux sélectionner les traitements.

Summary

The work described in this application for the Liliane and Suzanne Chermanne Prize aims at optimize the treatment of patients suffering from Rheumatoid Arthritis (RA). My research activities during these past 25 years were dedicated to immunology, pharmacology and clinical studies in RA, a complex autoimmune disease characterized by destructive arthritis, extraarticular manifestations and progressive disability. This work started in immunology in animal models of inflammation to continue in the clinic with many trials in early and refractory RA patients. More recently, we have developed in our team a specific expertise, using a minimally invasive synovial biopsy procedure, aiming to analyze molecular signatures of RA synovial for severity and clinical response. This research will accelerate a novel approach of clinical trials with the identification of new biomarkers that improve the performances of therapeutic decisions based on individual molecular characteristics of the patients.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FONDATIONS  PARA-ACADÉMIQUES

PRIX DUBOIS-BRIGUÉ POUR LA PATHOLOGIE TROPICALE    

 PRÉSENTATION DE M. le Dr   J. van GRIENSVEN

LAURÉAT DU PRIX DUBOIS-BRIGUÉ POUR LA PATHOLOGIE TROPICALE  

par N. CLUMECK, membre titulaire 

L’Académie royale de Médecine de Belgique a reçu cinq candidatures de haut niveau pour le Prix Dubois-Brigué pour la pathologie Tropicale 2014-2016.

A l’unanimité, le Jury a proposé d’attribuer ce prix au Dr Johan Van Griensven de la KUL pour l’ensemble de sa carrière illustré par le travail « Clinical research in hard to reach contexts ; from Leishmaniasis in HIV patients to Ebola ».

Le Dr Van Griensven a obtenu son PhD au Rega Institut à Leuven pour un travail sur l’approche génomique du traitement du SIDA. Il a également obtenu un master en épidémiologie à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Lauréat d’un fellow-ship post-doctoral Baillet-Latour, il a travaillé de nombreuses années en Afrique où il a contribué, par une approche multidisciplinaire, à établir un réseau de recherche clinique avec des plateformes laboratoires, à identifier les besoins en recherche opérationnelles de terrain dans le domaine du HIV, en particulier chez le patients exposés à la Leishmaniose.

Enfin, durant l’épidémie d’Ebola en 2014-2016, par son expérience et leadership il a coordonnés un consortium prestigieux de recherche clinique en Afrique de l’Ouest, évaluant l’utilisation de plasma de convalescents comme traitement d’Ebola en Guinée.

C’est l’Académie Néerlandophone de Médecine qui remettra le Prix Dubois au Dr Van Griensven.

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 ­­­­­­­­­­­­­­­­­­­ Clinical research in hard to reach contexts: from leishmaniasis in HIV patients to Ebola

par M. le Dr Johan van GRIENSVEN (Tropical Medicine Antwerp, KUL)  

Visceral leishmaniasis (VL) is a vector-born disease caused by a protozoan infection with the Leishmania donovani species complex. The anthroponotic form is caused by Leishmania donovani and is prevalent in the Indian subcontinent (300,000 cases/year) and East Africa (30,000 cases/year), mainly Sudan and Ethiopia. Untreated, overt disease is universally lethal. HIV has been identified as one of the emerging challenges for VL control. This problem is now especially severe in Ethiopia, where close to 40% of patients with VL are co-infected with HIV. Clinical management of VL-HIV coinfection remains unsatisfactory, especially in East-Africa. Despite increased availability of antiretroviral therapy and VL treatment, the case-fatality rate remains high (reaching 25%). Up to 50% of patients fail to clear parasites from infected tissues and recurrent relapse is frequent (up to 60%).

Increasingly, basic and laboratory research is conducted on neglected tropical diseases, including VL. However, what is currently lacking is patient-centered clinical research that can directly benefit patients affected by VL, and particularly VL-HIV co-infection. This gap exists due to a combination of scientific and operational challenges that few have managed to surmount.

Over the last eight years, a number of achievements have been made. First, we established a clinical research network in Ethiopia, with laboratory platforms and associated funding. This network brings together the required complementary expertise to conduct clinical trials in complex, remote settings and targeting hard to reach populations, including DNDi (a non-profit R&D organization), Médecins Sans Frontières (field operational partner) and two Ethiopian universities. Second, we identified key research gaps and documented the operational reality of VL management in the field. This includes three publications in the Lancet Infectious Diseases journal (van Griensven et al. 2010, van Griensven et al. 2013, Diro et al. 2015). Importantly, we have led a pivotal trial on secondary prophylaxis to prevent VL relapse in HIV infected patients (Diro et al. 2015). We identified monthly administration of pentamidine infusions as a safe, feasible and effective intervention to reduce the relapse rate within a setting with weak public health structures. Additionally, we contributed to a randomized clinical trial comparing high dose AmBisome treatment with AmBisome combination therapy, with the latter achieving very good cure rates (>90%) in preliminary analysis. These interventions are major improvements for VL-HIV patient management. Both interventions are expected to be integrated in the revised World Health Organization (WHO) guidelines to be issued in 2017.

Preventive strategies constitute a complementary approach to reduce morbidity and mortality of VL-HIV co-infection. As the first ever, we have started an innovative research line aiming to tackle VL at the early stages by preventing the onset of the disease in Leishmania exposed/infected HIV patients. Within our study area, we have identified two HIV clinical cohorts, with a total of over 3000 HIV-infected patients in follow-up in VL endemic areas. A multi-site longitudinal follow-up study is ongoing to evaluate the evolution of Leishmania markers over time and the associated risk of developing disease (VL). This study could lay the foundation of a screen & treat strategy, by providing risk estimates and a clinical prediction tool to identify those at highest risk. This subgroup will then qualify for an interventional study.

We have leveraged our experience with clinical research in challenging conditions to take up the role as leader and coordinating investigator of a prestigious clinical research consortium during the 2014-2016 Ebola outbreak in West-Africa, evaluating the use of convalescent plasma as a treatment against Ebola in Guinea. The intervention was found safe and feasible to organize in the middle of an overwhelming outbreak. Although the use of plasma as per WHO guidelines did not lead to a clear survival benefit, this remains a pivotal finding, as it will completely alter WHO guidance. In addition, via dose-response studies integrating the level of anti-Ebola antibodies present in the plasma, we identified ways to enhance the efficacy of this intervention, to be explored further in animal studies. The findings have been published in the New England Journal of Medicine in two linked manuscripts (van Griensven et al. 2016, van Griensven et al. 2016).

In conclusion, responding to the observation that too little field clinical research is done for neglected tropical diseases that occur in complex and resource constrained settings such as VL-HIV co-infection, the work performed over an eight year period demonstrates that it is feasible to conduct high quality clinical research on neglected tropical diseases in very complex setting, if bringing together all the required complementary expertise. We now aim to leverage the acquired experience to tackle the clinical research gap for cutaneous leishmaniasis and other neglected diseases, and to rapidly respond to clinical research needs for emerging infectious disease outbreaks.

 

FONDATIONS PARA-ACADÉMIQUES

BOURSE DUBOIS-BRIGUÉ 2016 POUR UNE DERNIÈRE ANNÉE DE DOCTORAT (PhD) 

 PRÉSENTATION DE Mme le Dr S. THYS

LAURÉATE DE LA BOURSE DUBOIS-BRIGUÉ 2016

par  N. CLUMECK, membre titulaire  

La Fondation Dr Albert Dubois pour la pathologie Tropicale distribue cette année une bourse pour une dernière année de doctorat (PhD) et un prix pour un travail de haut niveau dans le domaine des pathologies tropicales.

Le jury, que j’ai eu l’honneur de présider, était constitué pour la partie néerlandophone des Professeurs Stany Geerts, Greet Ieven et Jozef Vercruysse, et pour la partie francophone des Professeurs Yves Carlier et Françoise Portaels.

L’Académie royale de Médecine de Belgique a reçu cinq candidatures pour la bourse Dubois-Brigué 2016.

A l’unanimité, le jury a considéré que la bourse devait être attribuée au Dr Séverine Thys de l’Université de Gand pour la poursuite de son travail doctoral sur la « perception de zoonoses négligées chez les éleveurs dans les tropiques et de l’apport de l’anthropologie pour une approche intégrée du contrôle de ces zoonoses ».

Séverine Thys a été diplômée en 2004 à l’ULB en anthropologie et a obtenu un master complémentaire en Public Health à l’ULB en 2009. Depuis 2012, elle est assistante académique à l’Institut de Médecine Tropical où elle coordonnée le réseau stratégique sur les zoonoses négligées, projet financé par la coopération belge. Depuis 2014, elle a entamé un travail de thèse doctoral à l’UZ Gent pour laquelle elle reçoit aujourd’hui la bourse de la Fondation Dubois.

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 Perception of neglected zoonotic diseases among livestock owners in the tropics: The added value of Anthropology to the One Health approach for integrated control

 par Mme le Dr Séverine THYS (Tropical Medicine Antwerp, ULB, UGent)

Livestock owners in developing countries are most vulnerable to Neglected Zoonotic Diseases (NZD) and their risk behavior leads to more intense and complex transmission patterns. We hypothesize that innovative NZD control strategies can be developed via a bottom-up culture-sensitive approach, leading to interventions that are better adapted to the local reality and more sustainable than current ones. This doctoral project assesses cultural, cognitive and social drivers explaining people’s behavior with regard to animal husbandry, zoonoses and their control in their specific ecosystem. Through a ‘One Health’ inter-sectoral approach the project documents the extent of human-animal-ecosystem interface of four NZDs (echinococcosis, taeniasis-cysticercosis, rabies and Ebola) and examines the “when”, “how”, “where” and “why” of exposure from a socio-anthropological perspective. The underlying hypothesis of this work is that an integrated control “toolbox” for NZDs should include an inter-sectoral and transdisciplinary approach including the socio-anthropological perspective. Therefore, this doctoral project sets out to explore in particular the possible contribution of the social sciences to better control NZDs with the aim to break the vicious cycle of poverty and poor health among livestock owners in endemic and epidemic areas in developing countries.

So far the candidate’s studies focused mostly on the role of anthropology within the framework of inter-sectoral collaborations between animal and human health (Thys et al., 2016). The Dubois-Brigué scholarship will allow her to study more in-depth the environmental dimension, which is the third main pillar of the One Health concept (Zinsstag, 2012). This additional PhD year granted by the Dubois-Brigué Foundation will offer the doctoral candidate the opportunity to learn and adopt a socio-ecosystem approach for zoonotic health problems which is an approach well developed and supported by the South-East Asian One Health movement in general (Roger et al., 2016). Hosted during her scholarship in Indonesia at the One Health/EcoHealth Resource Center of the Universitas Gadjah Mada in Yogyakarta, the grantee will also strengthen her career development towards an overseas post-doc position. Based on the findings generated for Indonesia from her previous multi-country One Health research activity on zoonoses research prioritization and One Health curriculum (see www.snndz.net/research-collaborations/snndz-research-activities/one-health-methods-research/), she will start elaborating a research proposal in the framework of a socio-ecological approach together with Indonesian One Health experts and identified stakeholders. A long term collaborative project in the field of One Health and Anthropology is very relevant and in very high demand among disease control managers and researchers in this particular region of the world where increased zoonotic disease transmission is strongly associated with agricultural expansion, cultural practices and a rapidly increasing livestock trade due to a fast economic growth (Vandersmissen and Welburn, 2014). Moreover, far-reaching environmental challenges (endangered species conservation, air pollution, destruction of coral reefs, deforestation, water security, increased urbanization,…) are emerging in Indonesia which should be addressed from a multisectoral and multi-disciplinary approach at various levels (Bordier and Roger, 2013). A socio-ecological analysis framework such as the one proposed by the PhD candidate seems a useful contribution, both scientifically and operationally.

BORDIER M., ROGER F., Zoonoses in South-East Asia: a regional burden, a global threat, Anim. Health. Res.Rev., 1–28 (2013).

ROGER F., CARON A., MORAND S., PEDRONO M., de GARINE-WICHATITSKY M., CHEVALIER V., TRAN A., GAIDET N., FIGUIÉ M., de VISSCHER M.-N., BINOT A., One Health and EcoHealth: the same wine in different bottles?, Infect. Ecol. Epidemiol., 6, 30978. doi:10.3402/iee.v6.30978 (2016).

THYS S., MWAPE K.E., LEFÈVRE P., DORNY P., PHIRI A.M., MARCOTTY T., PHIRI I.K., GABRIËL S., Why pigs are free-roaming: Communities’ perceptions, knowledge and practices regarding pig management and taeniosis/cysticercosis in a Taenia solium endemic rural area in Eastern ZambiaVet. Parasitol., 225, 33–42 (2016).

VANDERSMISSEN A., WELBURN S.C., Current initiatives in One Health: consolidating the One Health Global Network, Rev. Sci. Tech., 33, 421–32 (2014).

ZINSSTAG J., Convergence of EcoHealth and One Health, Ecohealth, 9, 371–3. doi:10.1007/s10393-013-0812-z (2012).

 

PRIX DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2017

PRÉSENTATION DE M. le Dr B. STAMATOPOULOS

LAURÉAT DU PRIX DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2017

par Mme D. BRON, membre titulaire, et M. G. MOONEN, Président 

La Fondation Bekales soutient la recherche par l'attribution annuelle d'un prix et d’un crédit de recherche, alternativement dans les domaines de la cardiologie et de la leucémie.
Le prix d’un montant 10.000 € est attribué à un chercheur de 40 ans maximum lors du dépôt de la candidature, qui s'est particulièrement distingué par ses travaux. Le crédit de recherches (au maximum 25000 €) est  attribué à un ou des chercheurs (trois au maximum) qui se sont distingués par leurs contributions marquantes dans le domaine concerné. Les candidats poursuivent leurs activités en Belgique dans un hôpital, un laboratoire universitaire ou assimilé depuis au moins cinq ans.
Le jury est choisi par la Fondation; ses décisions sont sans appel. Le montant du prix et des crédits est essentiellement destiné à financer la poursuite des activités de recherche.

En 2017, le prix et le crédit étaient destinés à soutenir des chercheurs dans le domaine du cancer. Le jury était constitué  des professeurs Beguin, Ferrant et Parmentier. Les obligations de leurs charges ne leur permettent pas d’être présents ce matin et c’est pourquoi c’est au Président de l’Académie qu’incombe le privilège d’introduire les lauréats.  Le prix et le crédit seront dans un instant remis par la présidente de la fondation Bekales la professeure Bron et par son administrateur Monsieur Schaller que je remercie d’être présent et d’avoir fait le déplacement de Suisse. Ils parleront plus avant de la fondation Bekales dans un moment.

Le Lauréat du prix est le docteur Basile Stamatopoulos qui a soumis un travail publié dans Leukemia et  fait en collaboration avec l’Université d’Oxford. Cette recherche poursuit l’objectif d’améliorer la prédiction du pronostic des patients atteints de Leucémie Lymphoïde Chronique. Dans ce travail est démontrée  l’existence chez le même patient et dans plus de 25% des cas, de sous-clones portant des réarrangements d’immunoglobuline différents. La présence de ces populations différentes influence le pronostic du patient mais aussi soulève de nouvelles questions quant à l’origine de la leucémie à un stade précoce du développement par exemple celui de  la cellule souche. Ce travail démontre et c’est selon moi sa plus grande originalité, que, dans le LLC, la population des lymphocytes tumoraux n’est pas toujours une population monoclonale mais que plusieurs clones leucémiques peuvent coexister et influencer l’agressivité de la maladie et donc l’évolution du patient.

Basile Stamatopoulos est docteur en sciences et attaché au Laboratoire de Thérapie Cellulaire Clinique à l’ Université libre de Bruxelles  et à l’ULB Research Cancer Center.

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 Targeted deep sequencing reveals clinically relevant subclonal IgHV rearrangements in chronic lymphocytic leukemia

 par M. le Dr Basile STAMATOPOULOS (ULB)

Introduction

La leucémie lymphoïde chronique (LLC) est la plus fréquente des leucémies qui touchent le monde occidental. Cette pathologie résulte de l’accumulation progressive de lymphocytes B CD5+. La LLC est toujours incurable jusqu’à présent avec les traitements classiques et bien que son évolution puisse être lente chez certains patients, les traitements actuels permettent généralement de contrôler la maladie pendant quelques temps mais le clone leucémique n’est jamais éradiqué.

Une des principales caractéristiques de cette pathologie réside dans l’hétérogénéité de son évolution qui peut être prédite par le statut mutationnel de la région variable des chaines lourdes des immunoglobulines (IgHV), véritable « carte d’identité » du clone leucémique. Celui-ci est déterminé par séquençage de la région variable des immunoglobulines et par alignement de cette séquence avec la lignée germinale la plus proche : les patients ayant plus de 2% de mutations sont considérés comme « hypermutés » (M) et ont un pronostic plus favorable tandis qu’un statut « non-hypermuté » (NM) est quant à lui associé à une LLC beaucoup plus agressive. Jusqu’à présent, les anciennes techniques de séquençage ne permettaient de distinguer qu’un seul clone leucémique par patient car le séquençage selon Sanger n’analyse que le clone majoritaire. Ainsi, si plusieurs clones sont présents, ils interfèrent les uns avec les autres et provoquent un résultat non-interprétable du séquençage dans 9 à 18% des cas. Le séquençage selon Sanger ne permet donc pas de tenir compte de plusieurs sous-clones et de leur impact pronostique.

En nous basant sur deux populations de patients atteints de LLC  (une population A de 270 patients au diagnostic et une population B de 226 patients inclus dans deux études cliniques au Royaume-Uni), nous avons investigué les IgHV par Next-Generation Sequencing (NGS) en utilisant la technologie Illumina. Cette technologie nous permet de séquencer en profondeur et avec une grande précision l’ensemble des différentes séquences IgHV qui seraient présentes chez un même patient et ainsi de détecter la présence de plusieurs clones.

Nous avons ainsi démontré la présence de plusieurs clones leucémiques au sein d’un même patient dans 25% des cas si l’on considère les séquences dites productives. Ceci représente une importante avancée suggérant que plusieurs clones leucémiques peuvent coexister au sein d’une maladie dite monoclonale.

Etant donné que plusieurs clones peuvent être mis en évidence, nous pouvons dès lors établir le statut mutationnel pour chaque clone. Nous avons ainsi pu créer cinq catégories de patients (contrairement au séquençage Sanger qui n’en comporte que 2): des patients avec plusieurs clones M, 1 seul clone M, un mixe de clone M-NM, 1 seul clone NM et plusieurs clones NM.

Ce nouvel outil pronostique permet de classer les patients en cinq groupes de pronostique différents en termes de survie sans traitement et de survie globale. De plus, alors que le séquençage Sanger présente un taux d’échec d’environ 10% dans notre population, nous sommes capables avec cette nouvelle technique de donner un résultat pour chaque patient sans exception.

En conclusion, nous avons démontré sur base du séquençage de près de 500 patients que la population leucémique au sein d’un même patient peut être hétérogène, oligoclonale et comprendre plusieurs clones de statut mutationnel différent ayant un impact direct sur le pronostic du patient. Cette nouvelle classification basée sur séquençage de dernière génération permet de raffiner la classification précédente basée sur deux  groupes (M ou NM) en cinq groupes (multiple M, 1M, mixe M-NM, 1NM, multiple NM). La découverte de plusieurs clones leucémiques coexistant est la première preuve indirecte que l’évènement déclencheur de la leucémie a lieu à un stade précoce du développement du lymphocyte B, avant même son réarrangement VDJ d’immunoglobuline, probablement au stade de cellule souche.

 

 

FONDATIONS PARA-ACADÉMIQUES

PRIX ET CRÉDITS DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2017

PRÉSENTATION DE M. le Dr L. DANG

LAURÉAT DU CRÉDIT DE RECHERCHE DE LA FONDATION BEKALES 2017

 par G. MOONEN, Président

Le Lauréat du crédit est le docteur Luan Dang Chi Vu qui a soumis un projet dans lequel il étudiera les effets de l’âge sur l’expression de différents gènes par des lymphocytes de type B provenant de donneurs sains et de patients atteints de leucémie lymphoïde chronique.

Le docteur Luan Dang est attaché aux laboratoires d’hématologie expérimentale et d’immunologie moléculaire de l’ULB.

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 Expression des gènes BACH2 ET PRDM1 dans les sous-groupes majeurs de lymphocytes selon l’âge chez des donneurs sains et des patients atteints de Leucémie Lymphoïde Chronique à cellules B

par  M. le Dr Luan DANG (ULB)

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16 septembre 2017 - Séance spéciale. "Risk sharing: Une solution pour rembourser les médicaments innovants"

La recherche de nouvelles solutions médicamenteuses et leur production pour enrayer et traiter des pathologies graves pour lesquelles aucune possibilité thérapeutique ne s’est révélée efficace  sont de plus en plus chères  et subissent une pression médiatique importante dès que des signes positifs révèlent une efficacité probable même sur des animaux ou des cultures cellulaires.

Cette situation incite les autorités et les firmes pharmaceutiques à obtenir le plus rapidement possible le remboursement des médicaments dont l’enregistrement et les phases de recherche cliniques sont en cours mais dont les premiers essais cliniques se sont révélés très concluants en matière d’efficacité et d’utilité.

Des remboursements provisoires sont obtenus au niveau de plusieurs pays européens et notre pays n’a pas échappé à ces améliorations en créant légalement de nouveaux systèmes de remboursement expérimentaux et temporaires avec l’approbation de l’Agence des Médicaments (AFMPS) et de l’INAMI.

La mise en fonction de l’article 81 et l’article 81 bis de l’arrêté royal du 21 décembre 2001 a constitué une impulsion importante au partage de risques permettant le remboursement temporaire de nouveaux médicaments dont l’efficacité en dehors des essais cliniques doit être confirmée et dont l’impact budgétaire sur le budget de l’assurance maladie n’est pas encore évident.

Par l’intermédiaire de négociations à l’initiative de la Commission de Remboursement des Médicaments, de la firme ou de la Ministre des Affaires Sociales, le remboursement d’un médicament peut être l’objet de discussions pendant trois mois entre la firme et des représentants du gouvernement et des mutuelles accompagnés de délégués de l’association professionnelle et du monde académique.

L’impact budgétaire est envisagé comprenant toutes les conséquences sur les recettes et dépenses de l’assurance maladie comparativement aux traitements ou tentatives de traitements existants mais aussi sur les résultats cliniques efficaces et utiles  potentiels.
Un protocole prévoit le remboursement des dépassements budgétaires  éventuels et les résultats cliniques potentiels ainsi que les pénalités éventuelles en cas de mauvais ou de moindres résultats.

Ce partage de risques met en évidence un partenariat public-privé en vue d’obtenir le meilleur support coût-efficacité.

L’avenir est certainement lié à ces tentatives de mieux utiliser l’argent public afin de mettre sur le marché des médicaments nouveaux dont les coûts sont programmés dans l’intérêt des patients et contrôlés par des protocoles clairs et garants d’utiliser au mieux l’argent de nos concitoyens. Cet exemple de partenariat devrait également être utilisé pour évaluer les nouveaux équipements médicaux ainsi que les nouvelles prothèses et dispositifs médicaux mis sur le marché sans véritable évaluation.

Pr Ém. Alain De Wever (ULB - Secrétaire, Fondation Médicaments et Société)

 

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Anne HENDRICKX 

COMMENT LIER LES ASPECTS SCIENTIFIQUES, CLINIQUES ET FINANCIERS POUR RÉALISER LES CHOIX INNOVANTS POUR LES PATIENTS ?

 

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Docteur Kristel DE  GAUQUIER

Favoriser l’accès à l’innovation en partageant les risques

Sept ans après l’introduction des premières conventions « article 81 » qui rendent possible le remboursement temporaire de médicaments innovatifs, pharma.be tire un bilan globalement positif.

Malgré la prolongation des procédures de remboursement de quatre mois et les efforts supplémentaires pour la collecte de données par les entreprises, la procédure a permis aux patients dans notre pays d’accéder de manière effective aux traitements les plus récents.

Le partage des risques budgétaires via les conventions Article 81 n’est qu’une partie d’un partage beaucoup plus large des responsabilités par l’industrie pharmaceutique avec l’assurance maladie.

Le secteur pharmaceutique est largement responsabilisé pour le budget des médicaments et il existe plusieurs mécanismes pour contrôler les dépenses en médicaments qui se situent tant au niveau du budget global des médicaments qu’au niveau des produits individuels.

Au niveau du budget global, il y a le système de récupération qui est déclenché chaque fois qu’il y a un dépassement du budget médicaments et qui enchaîne une restitution du secteur pharmaceutique jusqu’à un maximum d’environ 100 millions d’euros.

En plus, si les dépenses prévues dépassent le budget disponible, l’INAMI prend des mesures d'économies afin d’éliminer la différence. En 2016, par exemple, le secteur pharmaceutique a supporté des économies de 452 millions d’euros qui représentaient la moitié des économies totales dans les soins de santé.

Dans le Pacte pour l’Avenir conclu entre la Ministre De Block et l’industrie pharmaceutique, un cadre budgétaire clair sur quatre ans, jusqu’à 2018, a été établi. Ce cadre pluriannuel autorise une croissance moyenne d’à peine 0,5 % par an pour le budget des médicaments, ce qui est beaucoup plus bas que la norme de croissance pour le budget des soins de santé qui s’élève à 1,5 %.

Ensuite il y a des mécanismes au niveau du produit individuel.

Les entreprises ne peuvent demander n’importe quel prix pour leurs médicaments remboursables. Le prix est soumis à un double contrôle : en première instance par le Ministre des Affaires Économiques, ensuite par le ministre des Affaires Sociales. Le prix est déterminé en tenant compte de plusieurs facteurs, dont les coûts de développement, production et distribution du médicament, les prix dans les autres pays européens, le prix des médicaments comparables et la valeur ajoutée du médicament en comparaison avec les traitements existants.

Pour les médicaments dont l’impact budgétaire est difficile à estimer ou pour lesquels il y a une incertitude quant à l’efficacité du produit, les contrats « article 81 » sont utilisés. Le médicament est alors remboursé temporairement, et une partie des ventes réalisées est reversée par les firmes à l’INAMI.

Lorsqu’un médicament est sur le marché depuis quelques années, et en particulier lorsque son brevet expire, son prix diminue d’une part, suite à des baisses de prix obligatoires, et d’autre part par l’effet de la concurrence croissante. En plus, depuis plusieurs années, il y a un blocage des prix des médicaments remboursables, et les hausses de prix ne sont autorisées qu’à titre exceptionnel.

Ce partage des responsabilités a permis de maintenir le budget des médicaments sous contrôle. Si nous regardons le résultat de toutes les mesures d’économies, les taxes sur le chiffre d’affaires des spécialités remboursables, le système de clawback et les remises dans le cadres des contrats de l’article 81, le coût net des médicaments pour l’INAMI n’a guère changé au cours des six dernières années. Ceci explique pourquoi la part des médicaments dans le budget des soins de santé diminue depuis 2012 et est limitée à 12% en 2017.

Dans l’avenir, nous souhaitons poursuivre ce partenariat dans le contrôle des dépenses, tout en laissant une place à la croissance du budget des médicaments. L’accès aux molécules innovantes devrait être accéléré en raccourcissant la procédure de remboursement. Les contrats devraient être réservés aux incertitudes majeures et avoir une durée suffisamment longue pour éviter une surcharge de travail. Leur confidentialité doit être garantie. Les contrats futurs seront probablement plus souvent basés sur le résultat de santé réel pour le patient (« Pay for Performance »), ce qui nécessitera un renforcement de l’infrastructure pour la collecte et l’analyse de données cliniques.

Philippe Van WILDER 

L'INTÊRET DU HTA DANS L'ACCÈS À L'INNOVATION 

Le ‘health technology assessment’ (HTA) ou ‘évaluation des technologies de la santé’ (ETS)  se base sur une évaluation systématique des effets d’une technologie de la santé, incluant les effets intentionnels (p.e. l’efficacité) ainsi que les effets non intentionnels (p.e. les effets indésirables), de cette technologie.            

Pour les médicaments, l’ETS s’est surtout développée lors du processus d’accès (= prix et remboursement) au médicament, qui suit le processus d’autorisation de mise sur le marché (AMM). L’intérêt pour l’ETS se comprend vu les incertitudes importantes auxquelles fait face le payeur post-AMM.

Au niveau thérapeutique, le rapport bénéfices/risques positif de l’AMM ne se prononce pas sur la plus-value thérapeutique éventuelle par rapport aux alternatives existantes. Cette plus-value thérapeutique a pourtant un intérêt particulier car elle permet de classer les technologies selon leur mérite thérapeutique ; différents états-membres (France, Belgique, Pays-Bas …) refusent un prix supérieur aux alternatives s’il n’y a pas de plus-value. Une deuxième incertitude concerne l’évaluation de la performance d’un médicament en pratique réelle : l’efficacité peut être réduite auprès de patients à multiples comorbidités ou des effets indésirables rares peuvent survenir. Des schémas d’accès adaptés (Managed Entry Schemes), comme le remboursement temporaire par l’article 81, permettent au patient d’accéder à l’innovation tout en recueillant des données concernant la valeur thérapeutique du médicament en pratique réelle.

Au niveau des coûts, suite au prix proposé par le fabricant, il y a lieu de déterminer l’impact budgétaire pour l’assurance et pour le patient, ainsi que de se pencher sur l’efficience en faisant des analyses pharmaco-économiques. Il serait judicieux de réaliser l’évaluation du médicament selon les méthodes de l’ETS avant de se prononcer sur le prix applicable (comme c’est le cas p.e. en France).

L’évaluation des technologies de la santé est particulièrement utile au payeur/décideur car elle permet d’obtenir une vue globale des caractéristiques thérapeutiques, financiers et économiques d’un médicament innovant par rapport aux alternatives existantes. Elle permet d’objectiver la prise de décision du remboursement et facilite la sélection de produits efficients.

L’évaluation des technologies de la santé est dépendante de la disponibilité d’une expertise spécifique et multidisciplinaire : recherche clinique, économie de la santé, cliniciens, biostatisticiens... Elle nécessite donc de nombreuses ressources mais peut profiter de synergies qui se développent entre états-membre (Joint Action européen).

L’évaluation des technologies de la santé doit se faire de façon équilibrée : à charge et à décharge. Elle doit utiliser des procédures transparentes, incluant des possibilités de contrôle de la qualité internes et externes. Ceci nécessite une gouvernance permettant une évaluation indépendante et performante ; in fine, l’évaluation devrait être indépendante de celui ou celle qui réalise l’évaluation.

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[1]International Network of Agencies for Health Technology Assessment (INAHTA).

URL: www.inahta.org

 

30 septembre 2017 - Séance publique ordinaire

Chère Madame Firket,

Chers membres de la famille,

Monsieur le Président,

Chers Consœurs et Confrères,

Mesdames, Messieurs,

C’est avec une grande émotion, chargée de souvenirs, que je prends, ce matin, la parole pour évoquer la mémoire du Professeur Henri Firket.

Henri Firket est né le 31 mars 1922. Elu membre honoraire régnicole de notre Compagnie, le 27 novembre 1999, il  est décédé, le 27 février 2017.

Il fut diplômé Docteur en Médecine, par l’Université de Liège en 1947 et Agrégé de l’enseignement supérieur en 1958. Il enseigne à l’Université d’Elisabethville de 1957à 1961. Il perpétue ainsi une tradition familiale. Son grand-père, Charles Firket fut en effet chargé par Léopold II de participer à la création d’un enseignement, en Belgique,  des pathologies tropicales. Son père Jean Firket, Professeur à l’Université de Liège fut chargé de choisir l’emplacement de la future Université Officielle de la Belgique au Congo. Il décida de la créer à Elisabethville. Il en fut administrateur. Henri Firket devint un des jeunes professeurs à la Faculté de Médecine d'Elisabethville où son enseignement fut hautement apprécié.

A son retour en Belgique en 1962, il est nommé Agrégé de Faculté, à l’Université de Liège,  jusqu’en 1966.  Il devient ensuite  Chargé de Cours puis Professeur Associé. Il est promu Professeur puis Professeur ordinaire en 1975. Il est admis à la retraite en 1987. J’ai eu l’honneur de prendre sa succession à la chaire de biologie cellulaire de l’Université de Liège.

Pour l’exercice de son métier d’universitaire,  le Professeur Firket, possédait un double talent. Le premier– est celui d’enseignant, celui de captiver un auditoire parce que son discours était clair et structuré, parce que la matière enseignée était vivante, appréciée, par de jeunes étudiants de première candidature. La découverte de la biologie des cellules, des organismes et des populations était infiniment plus attrayante que les concepts abstraits de la chimie ou de la physique.

Son deuxième talent était celui de chercheur. C’est au contact du Professeur Marcel Florkin qu’il s’initie pendant ses études aux mécanismes moléculaires associés aux grandes fonctions cellulaires.  Mais c’est dans le laboratoire du Professeur Maurice Chèvremont, qu’il fait ses premières armes de chercheur.  Son œuvre scientifique trouve son inspiration du côtoiement de ses deux  maîtres. Elle  concerne les relations entre morphologie, composition et activités cellulaires. Il étudie la mitose et exploite les poisons mitotiques pour en caractériser le mode d’action et les phases de la mitose.

Il est un des premiers, à introduire avec W. Verly,  l’usage de la thymidine tritiée pour étudier la mitose et développer la cinétique cellulaire. Il étudie également l’impact des radiations sur la cinétique cellulaire. Ces travaux auront une influence considérable sur son activité lors de son admission à la retraite.  Ces articles pionniers sont publiés quatre fois dans la revue  «  Nature », et dans « Journal of Cell Biology ». 

A partir de 1962, il développe à Liège, la microscopie électronique appliquée à la pathologie et aux cellules in vitro. Il étudie particulièrement, les réactions lymphocytaires aux cellules cancéreuses.

Il effectua de nombreux séjours de longue durée dans des laboratoires étrangers de biologie cellulaire, d’histologie endocrine, et de microscopie électronique.

Citons les services du Professeur Danielli à Londres en 1950, du Professeur Aron à Strasbourg en 1952, du Professeur Leuchtenberger, à Cleveland Ohio, en 1953-54, et Bernhard à Paris en 1961-62.

Son œuvre scientifique compte 130 publications, une vingtaine de rapports à des congrès internationaux et un livre intitulé « La cellule vivante » publié aux éditions « Que sais-je » qui connut un grand succès et 10 éditions périodiquement mises à jour. Ce livre a été traduit en Japonais, Espagnol, Portugais, Vietnamien et Italien.

Ces double talents,  de chercheur et d’enseignant ne sont pas génétiques pas plus qu’ils ne se reçoivent. Au contraire, ils s’acquièrent, se cultivent, s’entretiennent par l’exercice  de la critique, par le travail, par la lecture, par l’écriture, le raisonnement. Henri Firket continua donc longtemps, après sa retraite en 1987, à s’investir dans la philosophie de l’enseignement, l’histoire des sciences et surtout le désarmement nucléaire.

Impressionné par ses travaux de radiobiologie et l’impact des rayonnements,  Il devient un membre actif de l’Association Médicale pour la Prévention de la Guerre Nucléaire et de l’ « International Physicians for the Prevention of Nuclear  War ». Il en préside sa section francophone. Cette association qui a été couronnée par le prix Nobel de la paix tient à sa spécificité médicale et c'est en cette qualité qu'elle est la mieux placée pour dénoncer les effets particulièrement néfastes sur la santé des gens qui ont survécu aux effets de l'explosion et de la chaleur.

Il faut rappeler que les Etats-Unis ont nié l'existence des effets mortels des radiations et des anomalies génétiques frappant la descendance des femmes enceintes pendant l'explosion. Toute publication sur ce sujet a été sciemment censurée pendant les années qui ont suivi l'explosion de crainte que la thèse du "mal nécessaire" ou de "la bombe pacificatrice permettant la survie des 500.000 à 1.000.000 de combattants américains" ne soit remise en question par l'opinion publique.

Parcourant le monde pour plaider la cause de l’humanité, le leitmotiv du Professeur Firket fut désormais la construction d’un monde de paix débarrassé des menaces nucléaires engendrées par les guerres et les détériorations de notre planète par les hommes inconscients de la fragilité de notre monde.

Il présentait à notre Compagnie, le 24 avril 1999, une communication intitulée : « Danger des armes nucléaires et responsabilité des médecins ».  Sous son impulsion, le 29 mai 1999, notre Compagnie approuvait à l’unanimité une motion qui stipulait :

« L’Académie royale de Médecine de Belgique s’associe à la résolution de la World Medical Association formalisée à l’unanimité à l’occasion de la réunion d’Ottawa, du 14 au 18 octobre 1998. En conséquence, elle condamne le développement, les essais, la production, le déploiement, la menace et l’usage des armes nucléaires. Elle demande aux gouvernements de s’abstenir de ces activités et de s’atteler de bonne foi à leur élimination ».

C’est cette action dans le cadre du désarmement nucléaire qui est remarquée par notre Académie qui  nomme en 1999, le Professeur Firket, membre honoraire régnicole.

Me limiter  à  énoncer  la liste de ses talents serait bien réducteur et indigne d’une telle personnalité. Parce qu’au-delà de l’enseignant, du chercheur, il y avait l’Homme, avec son humanité, son humanisme et sa lutte contre l’armement nucléaire.

Tout au long de ces nombreuses années, de ses déplacements nombreux à l’étranger, il fut accompagné et soutenu dans son œuvre par son épouse. Les liens d’amitié tissés au cours de cette longue carrière sont indéfectibles. En témoignent les lettres de soutien et d’affection adressés depuis Elisabethville, à l’occasion de son décès, plus de 65 ans après son séjour au Congo.

C’est avec une  grande admiration, et au nom de notre Compagnie, dont il fut un membre éminent, que je vous adresse Madame ainsi qu’à vos filles, les condoléances et les remerciements de l’Académie.

 

 

Jamila HAMDANI (Faculté de Pharmacie - ULB), membre associée.

Le risque est inhérent à toute activité humaine, son niveau d’acceptation dépend de facteurs individuels, sociétaux et culturels. La pharmacovigilance étant la discipline qui évalue les risques liés aux médicaments, elle doit composer avec les outils scientifiques pour l’établissement du lien de causalité entre un évènement indésirable observé et le ou les médicament(s) suspecté(s), mais elle doit également prendre en considération la perception du risque par le public en général et les patients en particulier.

Lorsqu’un médicament obtient son Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), les connaissances sur les risques qu’il présente sont fragmentaires. Les essais cliniques s’attachent davantage à démontrer l’efficacité d’un médicament en termes de signification statistique. Cependant, en termes de données sur le profil de sécurité du médicament, elles présentent des faiblesses indubitables :  nombre restreint de patients enrôlés (quelques milliers), durée limitée (quelques mois) et patients étroitement surveillés. Il en résulte que les patients sélectionnés ne sont pas nécessairement représentatifs de la population qui utilisera le médicament après sa commercialisation. Dès lors, des effets indésirables rares, inattendus, feront très probablement leur apparition et leur notification par les professionnels de la santé aux autorités nationales est un processus parmi d’autres qui permettra de générer des signaux de pharmacovigilance. L’évaluation de ceux-ci par les autorités de santé permet d’améliorer le niveau de connaissance du profil de sécurité des médicaments. Ce processus de notification spontanée des effets indésirables des médicaments est à renforcer en Belgique où le taux de notification à l’autorité compétente, à savoir l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), est très faible. La pharmacovigilance s’appuie  également sur les données provenant  d’études pharmaco-épidémiologiques : études observationnelles, études prospectives, registres, enquêtes d’utilisation des médicaments, etc. Ces études permettent de compléter le niveau de connaissance sur les risques liés aux médicaments.

A côté de ces aspects purement scientifiques, la pharmacovigilance est une discipline qui doit continuellement composer avec la perception du risque par le public et avec la médiatisation de celui-ci. De nombreux désastres sanitaires ont conduit les autorités de santé et l’industrie pharmaceutique à renforcer leurs activités de pharmacovigilance. Mais il n’en reste pas moins que chaque cas médiatisé plonge les acteurs des soins de santé et les patients dans un état de questionnement auquel les autorités doivent répondre avec mesure, en utilisant les outils réglementaires et scientifiques disponibles. Il est important de tenir compte de cet aspect émotionnel du public tout en évitant de réagir soi-même sous le coup de l’émotion.

Les deux défis  majeurs pour cette discipline sont : la sensibilisation des professionnels de la santé à l’importance de la pharmacovigilance pour qu’elle intègre leur pratique clinique ; la communication adéquate aux patients  des risques liés aux médicaments  pour qu’ils ne perdent pas confiance en leur traitement.

Philippe Boxho (Président du Département de Crimunologie), membre associé.

Le droit médical a connu de nombreuses évolutions au cours de son histoire, témoins des évolutions de la pensée sociale au cours des siècles.

Depuis la fin du 20ème siècle, le droit médical belge a connu sa plus profonde mutation au contact du droit anglo-saxon dominant les structures européennes de la pensée sociale, consacrant une idéologie à caractère libérale, parfois mal vécue par notre société de droit napoléonien.

Cette évolution se marque par une modification de la place du patient au sein du système de soins puisque le droit voudrait lui conférer une place plus active dans les processus décisionnels qui le concernent.

 

Thierry VAN HEES (Service de Pharmacie clinique – ULg), membre associé.                  

La rhinite allergique (RA) est une maladie inflammatoire de la muqueuse nasale, caractérisée par des épisodes d’éternuements, de rhinorrhée et d’obstruction nasale, souvent accompagnés de démangeaisons des yeux, du nez et du palais. De la toux, de l’irritabilité, de la fatigue et un malaise général sont d’autres symptômes fréquemment rencontrés. La RA est une maladie fréquente (la prévalence chez les adultes est d’environ 25%), peu grave, mais qui affecte la qualité de vie des patients (sommeil perturbé, mauvais résultats scolaires, diminution de la productivité).

Les sprays nasaux à base de corticostéroïdes (INCS) sont le traitement de première ligne pour les formes modérées à sévères de RA. Les INCS doivent être administrés quotidiennement, mais ils ne sont pleinement efficaces qu’après une à deux semaines. Une étude réalisée en 2012 par les universités de Gand et de Liège, menée auprès de 181 pharmacies et incluant 895 patients, a montré qu’environ 40% des patients avec un diagnostic de RA utilisent des INCS. Par contre, environ 60% utilisent des sprays nasaux décongestionnants, dont la moitié le font de manière excessive.

Il est difficile de prédire si la mesure annoncée pour le début de l’année 2017 du déremboursement des INCS associé à leur mise à disposition en délivrance libre allait faciliter ou limiter l’accès à ces médicaments. Depuis le 1er avril 2017, la plupart des INCS nécessitent encore une prescription, leur prix n’a pratiquement pas baissé, mais leur remboursement est passé de 75% à 20%.

Le coût socio-économique de la RA est important. Les trajets de soins intégrés (ICP for MASK-Rhinitis) placent le pharmacien en première ligne de la prise en charge de la RA. L’implication des pharmaciens est essentielle si l’on veut s’assurer que les traitements de la RA sont conformes aux directives et que leur administration est optimale. Une étude réalisée par l’UGent, la VUB et l’ULiège est en cours pour vérifier s’il existe un lien entre le contrôle de la rhinite, l’observance thérapeutique et la technique d’utilisation des sprays nasaux. Les résultats préliminaires seront présentés.

 

7 octobre 2017 - Symposium sur "La fonction hospitalière académique dans une organisation de la santé en mutation"

En Belgique, à chaque université disposant d’une formation à part entière de médecine sont reliés un hôpital académique (HA)– dont l’université peut mais ne doit pas être son propriétaire – et des lits universitaires supplémentaires répartis dans des services d’hôpitaux ‘affiliés’. Un HA est dirigé en partie par l’université, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour les hôpitaux ‘affiliés’.
Un HA doit satisfaire aux critères légaux d’un hôpital général, mais en plus, il est aussi garant de sa mission académique liée à son université.
La fonction académique d’un HA consiste en:

  1. la formation clinique des médecins de base/médecins spécialistes en formation et des para-médicaux ;
  2. la recherche clinique et translationnelle (surtout à vocation académique)
  3. l’innovation dans la technologie et les traitements médicaux

Le financement de la fonction académique est lié à la législation hospitalière actuelle et la ‘convention’ avec l’université. Une étude menée par Antares démontre que les HA reçoivent en moyenne 4,7% de leur budget total pour cette mission, tandis que dans d’autres pays européens, cette partie du budget peut se monter jusqu’à 20%.
La fonction hospitalière académique des HA est sous pression en raison de la concurrence avec d’autres acteurs comme les hôpitaux généraux ou la médecine de première ligne et du statut exigent mais peu rémunéré du médecin académique.
Une nouvelle organisation et un nouveau système de financement hospitaliers seront bientôt introduits. Ils sont basés, d’une part, sur la formation de réseaux régionaux entre hôpitaux généraux, dont les HA, et d’autre part, sur des réseaux d’expertise suprarégionaux pour des soins complexes de haute qualité. Cette formation de réseaux vise non seulement une augmentation de l’efficience des soins médicaux, mais aussi une augmentation d’échelle économique.
Jusqu’à présent, dans les propositions actuelles d’organisation en réseaux, la fonction spécifique des HA n’est pas prise en considération.
Dans son rôle, l’HA fera partie, en tant qu’hôpital général, d’un réseau/une offre de soins à multiples composantes. Aujourd’hui, on ne sait pas encore clairement comment la fonction hospitalière académique sera intégrée au sein de la formation de réseaux visée pour satisfaire aux besoins de la formation (para)médicale académique ainsi que de la recherche ou de l’innovation médicale pilotée au niveau académique.
Ce symposium a pour but d’évaluer la fonction hospitalière académique et de discuter de son intégration éventuelle dans les réseaux hospitaliers.

21 octobre 2017 - Séance thématique sur les problèmes de fin de vie : modérateur Pr Jacques BROTCHI

Éric SALMON  (Neurologue, GIGA-CRC in vivo imaging – ULg), membre associé.

Les caractéristiques de la mort cérébrale qui signe la fin de vie d’un individu ont été établies de longue date. Elles comportent la notion d’absence d’activité cérébrale sur un enregistrement électroencéphalographique, ce qui correspond à une absence de perfusion sanguine du cerveau en neuroimagerie.

La décision autonome de mettre fin à sa vie a fait l’objet d’une loi qui dépénalise et qui conditionne l’euthanasie en Belgique. Le coma, situation clinique d’abolition de la vigilance et de la conscience avec une absence totale de réactivité d’un individu vis-à-vis de son environnement, a été inclus parmi les conditions légales qui dépénalisent la décision de mettre un terme à l’existence d’une personne s’il en a exprimé la volonté dans une déclaration anticipée et si la perte de conscience est irréversible. Les recherches en neuroscience ont pu caractériser des états de conscience modifiée qui permettent de prévoir l’évolution d’un patient vers un état de conscience compatible avec une vie de qualité acceptable pour la personne et ses proches.

La question de l’extension des conditions d’euthanasie à des personnes démentes fait l’objet de controverses. La première avancée des neurosciences vient des nouveaux critères de diagnostic des pathologies démentielles, en particulier de la maladie d’Alzheimer. L’utilisation de biomarqueurs permet maintenant de spécifier du vivant du patient la présence lésions cérébrales caractéristiques de la maladie. Les stades précoces d’une maladie démentielle de type Alzheimer dans lesquels le patient est capable d’exprimer sa volonté sous forme de déclaration anticipée rentrent dans le cadre de la loi si l’euthanasie se passe lorsque la personne est encore capable d’en faire la demande de façon « éclairée ». Dans les formes modérées, si on considère que le patient n’est plus « capable » de gérer sa vie (de prendre des décisions de gestion de ses biens et de sa santé), il n’est plus légalement apte à compléter le processus d’une euthanasie (il n’est plus capable et « conscient »).

Dans les formes sévères, la difficulté vient de la variabilité symptomatique des pathologies démentielles et par exemple de la maladie d’Alzheimer. Certains soignants (proches ou professionnels) voient dans une forme grabataire de maladie de type Alzheimer une absence de conscience de soi et de l’environnement qui se rapproche de la condition de coma. D’autres en revanche voient toujours la personne derrière le patient dément sévère, désorienté, mais éveillé et présent dans certains contacts.

L’apport des neurosciences vient alors de l’étude de la conscience. Les patients déments présentent des phases de sommeil et d’éveil (consciousness), mais leur conscience d’eux-mêmes et de l’environnement (awareness) peut être perturbée. Ainsi, la démence est fréquemment caractérisée par une diminution de la qualité autonoétique de la mémoire (le souvenir de détails précis concernant des événements personnellement vécus). Assez souvent, la démence s’accompagne également d’une anosognosie de l’importance des changements cognitifs et comportementaux (unawareness of cognitive and behavioral impairment). En revanche, les quelques études réalisée dans des stades sévères de l’affection montrent qu’il persiste une forme de connaissance de soi « présent » comme acteur (d’un choix alimentaire par exemple) ou comme « objet » (d’un soin ou d’une attention par exemple).

Il semble donc persister dans la démence une conscience présente, élémentaire de soi qui la différencie de la condition du coma.

 

Laurent KNOOPS (Service de cancérologie et Hématologie - UCL), invité.                  

Clinicien, chercheur et enseignant en hématologie aux cliniques universitaires Saint-Luc et à l’UCL, j’ai décidé de réorienter ma carrière pour me tourner vers la pratique de la médecine palliative. Ce changement fait sens tout d’abord d’un point de vue personnel, puisqu’il répond à mon besoin de vivre une médecine d’une temporalité différente, une médecine de la présence, de la relation, de la communication, partagée avec d’autres soignants enthousiastes. Ce changement fait également sens parce qu’il peut témoigner de la nécessaire complémentarité des médecines curatives et palliatives dans le parcours de soins des grands malades. En effet, l’onco-hématologie, que j’ai exercé passionnément jusqu’à l’année passée, peut être considérée comme un paradigme techno scientifique de la médecine moderne. L’amélioration de notre espérance de vie augmente le risque de développer des hémopathies malignes. Les importants progrès thérapeutiques effectués ces dernières décennies permettent de transformer toute une série de ces cancers en maladies chroniques, le plus souvent suite à l’utilisation de multiples lignes de traitements. Le corolaire de ces progrès, corolaire qui peut être élargi à beaucoup de branches médicales,  est que cette médecine moderne engendre de la fragilité, engendre de plus en plus de malades âgés, poly-pathologiques, poly-médiqués et poly-traités. L’intégration de la médecine palliative précocement dans le parcours de soins de ces patients est une nécessité. Elle permet d’éclairer soignants et patients sur les limites de la médecine, elle met l’accent sur la qualité de vie plutôt que sur la quantité de celle-ci, elle prône une présence thérapeutique au cœur de l’impuissance médicale, elle permet aux patients de faire des choix plus éclairés en saisissant mieux les enjeux des traitements proposés et elle offre une alternative éthique et humaniste avant que des limites à la puissance médicale ne soient imposées de l’extérieur par les contraintes démographiques et budgétaires inhérentes à nos sociétés. La création d’une chaire en soins palliatifs à l’UCL et des premiers cours de soins palliatifs intégrés dans le cursus de tous les médecins sortant de l’UCL participent au projet de propager la culture palliative dans le monde médical pour promouvoir cette complémentarité entre médecine curative et palliative.

Jean-Louis VINCENT (Service des Soins Intensifs), membre associé.

Les progrès de la médecine permettent souvent de prolonger la vie à tout prix, amenant automatiquement les questions d’acharnement (ou d’obstination) thérapeutique déraisonnable. Nous devons toujours garder à l’esprit les quatre grands principes de bioéthique d’autonomie, de bienfaisance, de non-malfaisance et de justice distributive. Le but de la médecine, tel que défini par l’Organisation Mondiale de la Santé, est de promouvoir la santé, définie par le bien-être physique, mental et social de l’individu. Il ne s’agit donc pas de défendre la vie à tout prix.

Comme nous le savons tous, où commence l’acharnement thérapeutique est souvent une question subjective, impliquant l’opinion de la personne concernée. La notion de proportionnalité des soins est importante car elle individualise les décisions en fonction des interventions et de leur succès possible. Les directives anticipées ne sont pas la solution, compte tenu de quatre éléments : l’inutilité d’une simple opposition à l’acharnement thérapeutique, l’impossibilité d’envisager toutes les situations possibles, l’évolution des préférences au fur et à mesure de l’évolution de l’affection, et le risque d’acharnement thérapeutique en l’absence de directives. En cas d’impossibilité du malade de s’exprimer valablement, l’avis des proches est primordial. Toutefois, ces discussions apportent souvent des informations disparates. Nous devons plutôt promouvoir l’identification d’une personne de confiance (‘proxy’), de préférence médecin, pour pouvoir exprimer les souhaits de la personne malade de manière professionnelle et humaine.

En cas d’arrêt thérapeutique, l’administration de quantités importantes de calmants est couramment pratiquée en Belgique, avec l’assentiment des proches. Lorsque la situation le permet, le don d’organes à cœur arrêté est considéré et discuté. 

Gabriel RINGLET (Professeur émérite - UCL), invité.                

De plus en plus de médecins, d’infirmières, de bénévoles le disent : l’accompagnement d’une personne en demande d’euthanasie doit pouvoir intégrer la dimension spirituelle. Et pas que pour le patient. Les proches et l’équipe soignante sont aussi en attente d’un soin spirituel « jusque là ». L’occasion d’honorer la grande aventure des soins palliatifs.

Gabriel Ringlet, dans son livre Vous me coucherez nu sur la terre nue (Albin Michel, 2015) tente d’aborder avec nuance et respect cette question difficile et délicate.

Engagé depuis longtemps sur le terrain des soins palliatifs, le conférencier dira pourquoi il est important d’accompagner l’euthanasie spirituellement et même rituellement, et cela aussi bien dans une perspective chrétienne que dans un regard laïque au sens philosophique.

Guy HAARSCHER (ULB - Professeur au Collège d’Europe, Bruges), invité.                   

Parler de la fin de vie, c’est traiter de la perte, progressive ou brutale, des capacités de vie bonne (et non simplement de survie).

Sartre et Heidegger se sont opposés sur ce point de façon très intéressante, l’un défendant une philosophie de l’être-en-sursis, l’autre de l’être-pour-la-mort, notions qui demanderont à être explicitées.

Pour un athée, il n’y a rien « après », sauf le prolongement (au travers de ses enfants, de ses œuvres) d’une Histoire qui se fera sans lui mais conservera peut-être quelque chose de sa contribution (sont-ce des paroles trop lénifiantes ? Est-ce la langue de bois face à un phénomène si difficile à approcher ?). Quelle sagesse pour la fin de vie, pour qu’elle puisse ne pas se réduire à un  naufrage, selon le mot de de Gaulle ?

La peur, la dégénérescence, la peurdedégénérer : récemment, Philippe Moureaux, homme politique belge à la retraite et malade, répondait à la question «Vous redoutez la mort ? » par ces mots : « Non, pas la mort, mais la déchéance qui la précède. »[1]

Et effectivement, la vie se révèle tragique au sens où elle semble nécessairement devoir mal finir : vieillesse, souffrance, disparition. De plus, dans la société jeuniste d’aujourd’hui, l’inutilité des vieux est flagrante : on les parque quelque part, et parfois longtemps, la science ayant permis de prolonger la vie. On vit plus longtemps, mais le respect de la sagesse et de l’expérience, le pouvoir des anciens, « l’autorité de l’éternel hier », comme disait Max Weber, ont disparu. Dans les entreprises, les jeunes, digital natives, prennent le pouvoir sur des anciens expérimentés mais mal à l’aise avec le numérique et l’informatique.

Je parlerai des transhumanistes, qui voudraient prolonger encore plus la vie, voire satisfaire le vieux rêve d’immortalité (l’athée pouvant alors retrouver les « bénéfices » de la religion ?). Mais allonger quelle vie ? Celle d’une jeunesse en pleine possession de ses moyens ou celle d’un vieillard épuisé ? On pense aux tableaux montrant la résurrection des morts (le retable de l’Agneau mystique de Van Eyck à Gand) : comment, dans quel état,  reviennent-ils à la vie? Mais les transhumanistes prétendent tout réparer. Ere des pièces de rechange et des cyborgs...

Une réflexion sur la fin de vie ne peut bien sûr éviter la question brûlante de l’euthanasie.

Enfin, je parlerai brièvement de mon expérience personnelle : ma mère est morte à presque 96 ans, et je l’ai longuement accompagnée. C’est une expérience dont on sort profondément transformé.

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[1] La Libre Belgique, 7/10/2017.

 


 

13 novembre 2017 (Lundi) - Remise des Prix quinquennaux des Sciences médicales (2011-2015), en présence de Mme Maggy De Block, Ministre de la Santé publique

14 novembre 2017 (Mardi) - Remise du Prix AstraZeneca Foundation 2016

Sandrine VERMEIRE 

 

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24 novembre 2017 - Award Ceremony Bioinformatics Prizes Symposium "Pushing the Frontiers of Huge Patient's Data in Life Sciences"

25 novembre 2017 - Bioinformatics and Computational Science 2017: Joint session with the KAGB and the FBBF (Fonds de Biotechnologie - Biotechnologie Fonds)

Johan DECRUYENAERE et  Frederic LEMAIGRE 

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Pierre DUPONT (ICTEAM Institute – INGI Dept. – Louvain School of Engineering).               

Machine learning (ML) is the science of getting computers to act without being explicitly programmed.

ML typically follows a data-driven methodology where models are built from observed data before making predictions on new data.

This talk will present several ML applications to precision medicine, an area of medicine

where decisions, treatment and follow-up are aimed to be tailored to each individual patient.

We present prototypical examples including breast cancer prognosis, early diagnosis

of undifferentiated arthritis or treatment response prediction of an immunotherapy against melanoma.

Such examples illustrate core ML concepts including multi-class prediction, multitask or transfer learning, robustness, feature selection and stability.

At times where big data is ubiquitous, we discuss briefly in such a context why scarce data

can sometimes be even more challenging.

 

 

Pieter MESTDAGH (UGent).

 

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