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Palmarès sixième section

Période 2017-2018 : Maxime Boutier

pour son travail "Développement d'un vaccin atténué recombinant contre l'herpèsvirus CYPRIN 3" remis en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches visant à identifier, détecter, prévenir ou traiter les pathologies infectieuses d’animaux à sang froid" 

DÉVELOPPEMENT D’UN VACCIN ATTÉNUÉ RECOMBINANT
CONTRE L’HERPESVIRUS CYPRIN 3

par M. le Dr Maxime BOUTIER (ULiège)

L’herpèsvirus cyprin 3 (CyHV-3, genre Cyprinivirus, famille Alloherpesviridae, ordre Herpesvirales) est l’agent étiologique d’une maladie hautement contagieuse et létale qui affecte les carpes communes et koï (Cyprinus carpio). La carpe commune est l’un des poissons les plus produits dans le monde. Un vaccin atténué sûr et efficace compatible avec la vaccination de masse est nécessaire pour lutter contre ce virus. Dans cette thèse, nous avons développé un candidat vaccinal recombinant atténué par double délétion des gènes ORF56 et ORF57 (Δ56-57) en utilisant la mutagenèse en système procaryote. L’innocuité de ce candidat vaccinal a été démontrée à l’aide de formes recombinantes du virus exprimant la luciférase de la luciole et l’imagerie in vivo (« in vivo bioluminescent imaging system » (IVIS)); ainsi que des approches classiques telles que la qPCR et l’analyse histopathologique. Les résultats obtenus démontrent qu’en comparaison avec la souche parentale sauvage, le candidat vaccinal se réplique moins, et se propage moins efficacement aux sites d’infection secondaires. Des expériences de transmission permettant la contamination via l’eau, avec ou sans contact physique additionnel entre les poissons, ont démontré que le candidat vaccinal a une capacité réduite de transmission des poissons vaccinés à des poissons cohabitants naïfs. Enfin, des expériences de protection ont démontré que le candidat vaccinal induit une réponse immunitaire mucosale à la porte d’entrée. La première partie de cette thèse a donc permis de développer un vaccin recombinant atténué sûr et efficace à l’encontre du CyHV-3.

Dans la seconde partie de cette thèse, les contributions relatives de l’ORF56 et de l’ORF57 quant à l’innocuité du candidat vaccinal ont été testées par étude de virus recombinants délétés pour l’un des deux gènes. L’inoculation de ces virus recombinants à des carpes a démontré que l’absence de l’ORF56 n’affecte pas significativement la virulence, tandis que la délétion de l’ORF57 induit une atténuation comparable, bien que légèrement plus faible à celle observée pour le candidat vaccinal Δ56-57. Pour confirmer le rôle de l’ORF57 en tant que facteur de virulence clé, un virus mutant incapable d’exprimer la protéine ORF57 a été produit en insérant plusieurs codons stop dans le cadre de lecture. Ce virus recombinant a révélé un profil d’innocuité et d’efficacité comparable au candidat vaccinal Δ56-57. Ces résultats démontrent que l’ORF57 code pour un facteur de virulence essentiel du CyHV-3.

Le CyHV-3 est considéré comme le prototype du genre Cyprinivirus, qui comporte une liste croissante de virus phylogéniquement apparentés et causant de lourdes pertes économiques en aquaculture. La réalisation de cette thèse de doctorat aura permis pour la première fois l’identification d’un facteur de virulence essentiel du CyHV-3 et la démonstration du potentiel de souches recombinantes délétées pour ce gène comme vaccins atténués. Les cyprinivirus connus à ce jour codant tous pour des orthologues du gène ORF57 du CyHV-3, ce travail de thèse ouvre de nouvelles perspectives pour la production de vaccins recombinants à l’encontre de ce genre viral économiquement important.

Période 2009-2010 : Claude Saegerman

pour son travail remis en réponse à la question "On demande des recherches sur la fièvre catarrhale ovine due au virus de sérotype 8"

PRÉSENTATION DE M. LE DR C. SAEGERMAN

par M. G. MEULEMANS, membre titulaire

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Monsieur le Président,

Chers Confrères, Mesdames, Messieurs,

Les membres de la sixième Section ont souhaité que des recherches soient entreprises sur la fièvre catarrhale ovine due au virus de sérotype 8.

La fièvre catarrhale ovine est une maladie d’origine virale, vectorielle non contagieuse, qui résulte de l’infection des ruminants par un orbivirus appartenant à la famille des réoviridae et dont il existe au moins vingt-quatre sérotypes différents. La transmission du virus parmi les ruminants est assurée par des insectes hématophages. Les signes cliniques (œdèmes, jetage nasal, salivation, congestion et ulcérations de la muqueuse buccale, cyanose de la langue) sont généralement principalement observés chez les moutons et résultent de lésions des tissus endothéliaux vasculaires. Les bovidés, eux, développent généralement une maladie subclinique mais ils jouent le rôle de réservoir viral car ils développent une virémie qui peut persister durant plusieurs mois.Selon le sérotype viral incriminé, divers troubles de la reproduction peuvent également être observés tels des mortalités embryonnaires précoces, des avortements, la mise-bas
de veaux et d’agneaux malformés, de l’infertilité passagère chez les taureaux et béliers et l’excrétion du virus dans le sperme.En raison de son fort impact socio-économique et de son importance majeure au niveau du commerce international d’animaux, la fièvre catarrhale ovine est une maladie à déclaration obligatoire auprès de l’Organisation mondiale de la Santé animale.

Avant 1998, la fièvre catarrhale ovine était considérée comme une maladie exotique en Europe. Entre 1998 et 2005, au moins six souches virales appartenant à cinq sérotypes (BTV-1, 2, 4, 9 et 16) ont été continuellement présentes dans le bassin méditerranéen.

Depuis le mois d’août 2006, l’émergence inattendue du sérotype 8 (BTV-8) en Europe du Nord a été la cause d’une épizootie de fièvre catarrhale ovine sans précédent. Comparée aux autres souches virales, la souche de sérotype 8 se caractérise par des taux de morbidité élevés tant chez les bovidés que chez les moutons et des mortalités élevées chez les moutons. Cette souche peut également être transmise par voie verticale, de la mère au fœtus et elle provoque des taux élevés d’avortements et d’effets tératogènes chez les veaux et agneaux infectés par voie congénitale. Les pertes économiques dues à l’épizootie de virus de la fièvre catharrale ovine de sérotype 8 durant les années 2006-2007 aux Pays-Bas atteignaient 200 millions d’euros.

La fièvre catarrhale ovine due au virus de sérotype 8 peut donc être qualifiée de maladie émergente et son importance socio-économique justifie largement des recherches scientifiques demandées par les membres de la sixième Section et entreprises par le Professeur Claude Saegerman, responsable de l’Unité de Recherche en Epidémiologie et Analyse de risques appliquées aux sciences vétérinaires de l’Université de Liège.

Promoteur d’une dizaine de projets de recherche faisant appel à de nombreuses collaborations internationales et interdisciplinaires dans des domaines aussi variés que la virologie, l’entomologie, l’épidémiologie, l’analyse de risques, l’immunologie et le météorologie, le Professeur Saegerman a apporté une contribution majeure à la compréhension de la pathogénie, de l’épidémiologie et du contrôle de la fièvre catarrhale ovine due au virus de sérotype 8.

C’est à l’unanimité que le Jury de la sixième Section, composé des Professeurs Arsène Burny, Luc Willems et de moi-même, a décidé d’attribuer le Prix du concours ordinaire de la sixième Section au Professeur Claude Saegerman pour l’ensemble de ses travaux portant sur la fièvre catarrhale ovine due au virus de sérotype 8.

ÉMERGENCE DE LA FIÈVRE CATARRHALE OVINE DUE AU VIRUS DE SÉROTYPE 8 EN BELGIQUE

par Cl. SAEGERMAN

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Perpétuel,

Chers Collègues,

Je tiens à remercier particulièrement les membres du jury qui m’ont octroyé cette distinction.

L’histoire de la recherche sur la fièvre catarrhale ovine (FCO) ou « Bluetongue » est intéressante à plus d’un titre :

1)  au plan géographique, puisqu’elle débute en Afrique du Sud au début du XXe siècle, s’est poursuivie aux Etats-Unis, puis en Australie et connaît une recrudescence de nos jours en Europe,

2)  au plan des thématiques qui ont traduit au fil du temps et traduisent encore les préoccupations majeures des services en charge de son contrôle et

3)  au plan des techniques enfin, puisque retracer l’histoire de la FCO revient à retracer l’histoire des techniques qui ont permis des avancées significatives (1).

L’émergence de la FCO due au virus de sérotype 8 fut un événement inattendu en Belgique. Cet exemple illustre parfaitement le problème d’épidémiovigilance lié à une maladie émergente pour laquelle un réseau d’épidémiosurveillance passive (clinique ou également appelée événementielle) n’était pas préparé.

Comme pour toutes les maladies à transmission vectorielle, l’épidémiologie de la FCOest particulièrement complexe puisqu’elle fait intervenir de nombreux facteurs qui interagissent entre eux : l’hôte sensible bien entendu, souvent révélateur d’une infection qui évolue à bas bruit chez un hôte réservoir, le virus, le ou les vecteurs (parfois unique, mais souvent multiples) et le milieu. Les recherches sur la FCO sous-entendent la collaboration de spécialistes de nombreuses disciplines comme, par exemple, la virologie, l’entomologie, l’épidémiologie, l’analyse des risques, l’immunologie, l’écologie et la météorologie.

L’agent responsable de la fièvre catarrhale ovine est un virus appartenant à la famille des Reoviridae, genre Orbivirus qui comprend 26 sérotypes (2). Son génome est composé de dix fragments d’ARN bicaténaire, chaque fragment codant spécifiquement pour une protéine. Cette structure particulière est propice aux échanges de segments entre sérotypes différents en cas de co-infection d’un vecteur (culicoïdes) ou d’un hôte (ruminants).

En raison de son fort impact socio-économique et de son importance majeure au niveau du commerce international d’animaux et de produits animaux, la fièvre catarrhale ovine (FCO) est une maladie notifiable à l’Organisation mondiale de la Santé animale (OIE) (3).

Avant 1998,  la  FCO  était  considérée  comme  une  maladie  exotique  en  Europe.  Entre 1998 et 2005, au moins six souches virales (bluetongue virus, BTV) appartenant à cinq sérotypes (BTV1, 2, 4, 9 et 16) ont été continuellement présentes dans le bassin méditerranéen. Depuis le mois d’août 2006, l’émergence inattendue du sérotype 8(BTV-8) en Europe du nord et en Europe centrale a été à l’origine d’une épizootie de FCO sans précédent et qui a affecté davantage les bovins qu’auparavant (4). Cette émergence s’est donc accompagnée d’un profil pathologique original chez les bovins (population naïve) et soulève la question d’un nouveau rôle que pourrait jouer cette espèce dans l’épidémiologie de la FCO (4).

La contribution de l’UREAR a consisté en la description, la compréhension et l’analyse du profil particulier qui a été observé lors de cette émergence. Cette compréhension passe par des études sur le terrain couplées à une série d’infections expérimentales en station sécurisée.

Ainsi, la virulence du BTV-8 était exacerbée chez les bovins et s’est exprimée par l’apparition de signes cliniques sévères et des troubles reproducteurs (5). Lors de cette épizootie, des vecteurs très inféodés à nos régions (notamment le complexe Culicoïdes obsoletus, ainsi que Culicoïdes dewulfi et Culicoïdes chiopterus) ont été impliqués mais pas Culicoïdes imicola (Photo 1) (4). La recrudescence et l’extension de l’infection à BTV-8 en Europe durant l’année 2007 et l’année 2008 suggèrent que les critères pour l’établissement à l’état enzootique de la FCO semblent rencontrés dans cette région. En outre, l’extension radiale inexorable du BTV-8 à travers l’Europe, couplée à la progression du BTV-1 dans le sud-ouest de la France à partir de foyers espagnols, augmente le risque de rencontre entre ces deux sérotypes mais également entre ces sérotypes et d’autres, en particulier ceux qui sévissent dans le bassin méditerranéen. Il n’est pas exclu non plus que ces sérotypes quittent le strict espace méditerranéen pour remonter vers des latitudes plus septentrionales. Cette progression augmente aussi le risque que le BTV-8 arrive dans une zone géographique où le vecteur Culicoïdes imicolaest présent et actif plus longtemps dans l’année (5). Ces conditions augmentent le risque de réassortiment de différents segments génomiques individuels. Une possible émergence d’un réassortant pourrait s’accompagner d’une modification de la virulence de la nouvelle souche virale incriminée. Face à une situation où la FCO deviendrait enzootique, deux mesures ont été privilégiées : la vaccination stratégique (basée sur les acquis scientifiques) à l’aide d’un vaccin inactivé et la réduction du nombre de contacts entre les vecteurs et les animaux sensibles et/ou réceptifs (3). L’épidémiologie de la FCO est intimement liée à la compréhension détaillée de l’écologie, l’entomologie, de la virologie, de la pathogénie et de l’immunologie. Une veille scientifique est indispensable. En plus de la transmission vectorielle prédominante, des modes de transmission additionnels ont été récemment documentés chez les bovins pour le BTV-8tels qu’une transmission transplacentaire en l’absence d’activité vectorielle (6) et, dans une moindre importance, une transmission horizontale (orale) (7). Ces modes sont aussi à prendre en compte dans la stratégie de lutte à plus long terme car ils favorisent l’endémicité de la maladie en Europe. En outre, un avis a été récemment rendu par l’European Food Safety Authority (8). Celui-ci fait usage de médecine factuelle (9) pour évaluer le risque que comportent plusieurs voies additionnelles d’infection (passage transplacentaire, usage de la semence et des embryons et transmission par la voie orale, notamment via le colostrum).

 

Photo 1

Femelle gravide de Culicoïdes dewulfi capturée en 2006 près d’un foyer de fièvre catarrhale ovine en Belgique (Photographie : Reginald De Deken et Maxime Madder, Institut de Médecine Tropicale d’Anvers) (4).

Concernant spécifiquement les recherches initiées par l’UREAR, dans un premier temps, celles-ci ont visé des synthèses bibliographiques au sujet d’une maladie méconnue dans nos contrées et la description clinique de la fièvre catarrhale ovine chez les ruminants (3, 4). Actuellement des travaux sont en cours de finalisation avec des scientifiques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (ANSES, France) en vue de modéliser la présentation cliniq  ue de la FCO chez l’espèce bovine par le biais d’arbres de régression et de classification ainsi que la durée de détection de l’ARNémie après infection naturelle en recourant à une courbe de survie.

Dans  un  deuxième  temps,  sur  base  d’enquêtes  épidémiologiques  portant  sur  4745 élevages bovins, 499 élevages ovins et la participation de 758 médecins vétérinaires, une première étude quantitative des pertes économiques directes et indirectes subies par les éleveurs dans le cadre de la FCO a été menée en Région wallonne (modèles déterministe et probabiliste). Celle-ci a permis d’estimer des pertes de 205€ par bovin allaitant, 233€ par bovin laitier et 53€ par ovin allaitant. Ces pertes sont importantes. Actuellement des travaux se poursuivent en vue de soumettre une série de publications dans des revues internationales.

Dans  un  troisième  temps,  l’UREAR  a  développé  des  recherches  sur  les  aspects  épidémiologiques de la FCO. L’étude de l’épidémiologie de l’émergence de la FCO en Europe a permis de lister les changements importants survenus (à titre d’exemples, vecteurs inféodés à nos contrées et mode de transmission transplacentaire) et les risques que ceux-ci peuvent engendrer. Les efforts de recherche se sont concentrés sur la validité (pertinence) du recours à des animaux sentinelles en vue d’une détection précoce de la FCO et sur la détermination du moment et de l’endroit les plus probables d’émergence de la FCO en Belgique (10).

Dans un quatrième temps, l’UREAR a prêté son expertise en collaborant avec l’unité d’entomologie fonctionnelle et évolutive de la Faculté de Gembloux Agro Bio Tech de l’Université de Liège, en vue de mieux comprendre la biologie des vecteurs inféodés à nos régions. Un point critique vient d’être franchi et consiste en la découverte de sites d’émergence de culicoïdes au sein même des étables en hiver (11). Ce mécanisme pourrait intervenir dans l’entretien de l’infection (phénomène dit d’overwintering). Des études sont nécessaires en vue de permettre une meilleure compréhension de la biologie des vecteurs. Celles-ci résident notamment dans la mise en élevage des culicoïdes inféodés à nos régions, ce qui permettrait d’entrevoir des infections expérimentales de culicoïdes en vue de mieux investiguer les mécanismes potentiels d’overwintering.

Dans un cinquième temps, des études expérimentales sur le terrain ont été conduites en vue de mieux décrire le profil clinique de la FCO chez les espèces sensibles. Ces recherches ont permis, à titre d’exemple, de décrire pour la première fois un cas de FCO chez un Yak (Bos grunniens grunniens) en captivité (12). En outre, grâce à une collaboration avec le service de Physiologie animale du Département de médecine vétérinaire des FUNDP, un suivi longitudinal d’un troupeau d’ovins ayant subi un épisode de FCO a été réalisé. Ce suivi a permis d’investiguer en détail l’impact de la FCO sur la qualité de la semence (13) mais également l’impact de l’occurrence naturelle du passage transplacentaire du BTV-8 (14)

Enfin, dans un sixième temps, un modèle expérimental a été construit et validé dans une étude de la pathogénie de l’infection du BTV-8 chez les bovins, afin de mieux définir les caractéristiques de virulence de la souche virale impliquée dans l’épizootie de FCO en Europe (15). Grâce à ce modèle, une série de quatre infections expérimentales de veaux et génisses gestantes ont été conduites. La première avait pour objectif de tester la capacité à reproduire la sévérité clinique de l’infection par le BTV-8 au départ de deux inocula différents obtenus après un faible passage du virus en cultures cellulaires (expérience une réalisée sur des veaux) (16). Deux autres expériences ont eu pour objectif de tester l’efficacité protectrice de la vaccination à l’aide d’un vaccin inactivé après inoculation d’épreuves successives tant chez des veaux que chez des génisses gestantes (expériences deux et trois – rédaction des articles en cours). Enfin, une dernière expérience a été réalisée sur fonds propres et visait, à titre exploratoire, la coinfection de veaux à l’aide des sérotypes 1 et 8 en vue d’étudier la pathogénie afférente (UREAR) et les phénomènes de réassortiments génétiques en collaboration, pour ce dernier point, avec le Laboratoire de Virologie du Département des Maladies infectieuses et parasitaires de la Faculté de médecine vétérinaire de l’U.Lg.

L’ensemble des résultats qui ont été générés par les recherches reprises ci-dessus permettra d’alimenter des modèles épidémiologiques qui devraient autoriser des prédictions de la dynamique d’infection et orienter plus adéquatement les moyens de contrôle et de prévention de la fièvre catarrhale ovine en Europe.

En outre, l’UREAR, en collaboration avec le Centre d’Etude et de Recherches Vétérinaires et Agrochimiques (CERVA), a également initié de nouvelles recherches consistant en des co-infections, surinfections de veaux avec différents sérotypes exotiques du virus de la FCO dont la survenue est probable en Belgique (Europe) et ceci en vue, d’une part, d’anticiper la compréhension de la pathogénie de ces infections mixtes et, d’autre part, de nouveaux outils de diagnostic différentiel.

Plus  globalement,  les  maladies  animales  émergentes  ont  pris  une  importance  particulière ces dernières années. En témoignent, par exemple, l’influenza aviaire, la fièvre catarrhale ovine, la fièvre du Nil Occidental, la fièvre de la vallée du Rift, les formes atypiques des encéphalopathies spongiformes transmissibles, la fièvre de Crimée-Congo, la peste porcine africaine, la besnoitiose bovine, la parafilariose bovine, la fièvre Q, la piroplasmose bovine, l’anaplasmose, la leptospirose et les hantaviroses. Par ailleurs, de nouveaux agents zoonotiques ont également été identifiés très récemment en Belgique chez des tiques (Babesia microti et Babesia EU-1). Certaines de ces infections peuvent avoir un berceau tropical d’où elles menacent ou atteignent les pays occidentaux (17).

Les maladies émergentes représentent des défis sanitaires sans précédent, économiques et sociaux, financiers, internationaux, biologiques, partenariaux et médiatiques.

Elles constituent aussi des opportunités pour améliorer la nécessaire solidarité entre les pays du Nord et les pays du Sud, renforcer la présence des services vétérinaires, développer de nouveaux thèmes et disciplines de recherche, revoir l’enseignement en infectiologie et épidémiologie, créer de nouveaux moyens de diffusion des informations et proposer de nouvelles options de gestion. Les savoir-faire vétérinaire, agronomique et médical constituent des ressources et des atouts nécessaires pour relever ces défis.

RÉSUMÉ

L’émergence de la fièvre catarrhale ovine ou Bluetongue, due au virus de sérotype 8, (BTV-8) fut un événement inattendu en Belgique. Cette maladie vectorielle est due à un virus qui appartient à la famille des Reoviridae, genre Orbivirus, dont le génome est composé de dix fragments d’ARN bicaténaire. Lors de cette émergence, la virulence du BTV-8 a été exacerbée chez les bovins et s’est exprimée par l’apparition de signes cliniques sévères et des troubles reproducteurs. La contribution de l’Unité de recherche en épidémiologie et analyse de risques appliquées aux sciences vétérinaires (UREAR-U.Lg.) a consisté en la description, la compréhension et l’analyse du profil particulier qui a été observé lors de cette émergence. Cette compréhension a nécessité des études sur le terrain couplées à une série d’infections expérimentales en station sécurisée. Plus globalement, les maladies animales émergentes ont pris une importance particulière ces dernières années et représentent des défis sanitaires sans précédent, économiques et sociaux, financiers, internationaux, biologiques, partenariaux et médiatiques.

SUMMARY

The emergence of Bluetongue, due to the virus of serotype 8 (BTV-8) was an unexpected event in Belgium. This vector-borne disease is caused by a virus belonging to the family of Reoviridae, genus Orbivirus whose genome consists of 10 double-stranded RNA segments. During this emergence, the virulence of the BTV-8was exacerbated in bovines and was expressed by the appearance of severe clinical signs and reproductive disorders. The contribution of the Unit of research in epidemiology and risk analysis applied to veterinary sciences (UREAR-U.Lg.) consisted of the description, the understanding and the analysis of the particular profile which was observed during this emergence. This understanding required both field studies and a series of experimental infections in high containment facilities. Overall, emergent animal diseases have been of particular importance these last few years and represent unprecedented health, socio-economic, international, biological, partnership and media challenges.L’auteur  souhaite  remercier  l’ensemble  des  co-auteurs  des  articles  scientifiques  repris  dans  la  bibliographie pour leur participation volontariste aux recherches interdisciplinaires menées. Il souhaite également remercier son épouse Florence et son fils Sylvain pour leur soutien.

BIBLIOGRAPHIE

1.    LEFÈVRE P.-C., MELLOR P.S., SAEGERMAN C., Chapter 58 : Bluetongue. In :Infectious and Parasitic Disease of Livestock : Lavoisier et Commonwealth Agricultural Bureau – International, 663-88, 2010.

2.    MAAN S., MAAN N.S., NOMIKOU K., BATTEN C., ANTONY F., BELAGANAHALLI M.N., SAMY A.M., REDA A.A., AL-RASHID S.A., BATEL M.L., OURA C.A.L., MERTENS P.P.C., Novel Bluetongue virus serotype from Kuwait, Emerging Infectious Diseases 17(5) : 886-889, 2011.

3.    SAEGERMAN C., HUBAUX M., URBAIN B., LENGELE L. BERKVENS D., Regulatory aspects concerning temporary authorisation of animal vaccination in case of anemergency situation : example of bluetongue in Europe, Rev. sc. tech. OIE 26 (2) : 395-14, 2007.

4.    SAEGERMAN C., REVIERIEGO-GORDEJO F., PASTORET P-P., Bluetongue innorthern Europe, Paris : World Organization for Animal Health and University of Liege, 87 p., 2008.

5.    SAEGERMAN C., BERKVENS D., MELLOR P.S., Bluetongue Epidemiology in the European Union, Emerging Infectious Diseases 14(4) : 539-44, 2008.

6.    DE CLERCQ K., DE LEEUW I., VERHEYDEN B., VANDEMEULEBROUCKE E., VANBINST T., HERR C., MÉROC E., BERTELS G., STEURBAUT N., MIRY C., DE BLEECKER K., MAQUET G., BUGHIN J., SAULMONTM., LEBRUN M., SUSTRONCK B., DE DEKEN R., HOOYBERGHS J., HOUDART P., RAEMAEKERS M., MINTIENS K., KERKHOFS P., GORIS N., VANDENBUSSCHE F., Transplacental infection and apparently immunotolerance induced by a wild-type bluetongue virus serotype 8natural infection, Transbound. Emerg. Dis. 55 (8) : 352-359, 2008.

7.    MENZIES F.D., MCCULLOUGH S.J., MCKEOWN I.M., FORSTER J.L., JESS S., BATTEN C., MURCHIE A.K., GLOSTER J., FALLOWS J.G., PELGRIM W., MELLOR P.S., OURA C.A., Evidence for transplacental and contact transmission of bluetongue virus incattle, Vet. Rec. 163 : 203-09, 2008.

8.    European Food Safety Authority., Panel on Animal Health and Welfare (AHAW) ;Scientific Opinion on bluetongue serotype 8, EFSA Journal 9 : 51 pp., 2011.

9.    VANDEWEERD J.-M., SAEGERMAN C., Guide pratique de médecine factuellevétérinaire, Les Editions du Point Vétérinaire, Paris, France, 193 pages, 2009. [Prix Bernard Fiocre décerné par l’Académie Vétérinaire de France en 2010].

10.  SAEGERMAN C., MELLOR P.S., UYTTENHOEF A, HANON J.-B., KIRSCHVINK N., HAUBRUGE E., DELCROIX P., HOUTAIN J.-Y., POURQUIER P., VANDENBUSSCHE F., VERHEYDEN B., DE CLERCQ K., CZAPLICKI G., The most likely time and place ofintroduction of BTV8 into Belgian ruminants, PloS ONE, 5(2) :e9405, 2010.

11.  ZIMMER J.-Y., SAEGERMAN C., LOSSON B., HAUBRUGE E., Breeding sites ofbluetongue virus vectors, Belgium, Emerging Infectious Diseases 16(3) : 575-76, 2010.

12.  MAUROY A., GUYOT H., DE CLERCQ K., CASSART D., THIRY E., SAEGERMAN C., Bluetongue in captive yaks (Bos Grunniens Grunniens), Emerging Infectious Diseases, 14(4) : 675-76, 2008.

13.  KIRSCHVINK N., RAES M., SAEGERMAN C., Impact of a natural bluetongue serotype 8 infection on semen quality of Belgian rams in 2007, Vet. J. 182 : 244-51, 2009.

14.  SAEGERMAN C., BOLKAERTS B., BARICALLA C., RAES M., WIGGERS L., DE LEEUW I., VANDENBUSSCHE F., ZIMMER J.-Y., HAUBRUGE E., CASSART D., DE CLERCQ K., KIRSCHVINK N., The impact of naturally-occurring, trans-placental bluetongue virusserotype-8 infection on reproductive performance in sheep, Vet. J. 187 : 72–80, 2011.

15.  DAL POZZO F., DE CLERCQ K., GUYOT H., VANDEMEULEBROUCKE E., SARRADIN P., VANDENBUSSCHE F., THIRY E., SAEGERMAN C., Experimental reproduction ofbluetongue virus serotype 8 clinical disease in calves, Vet. Microbiol. 136(3-4) : 352-58, 2009.

16.  MARTINELLE L., DAL POZZO F., SARRADIN P., DE LEEUW I., DE CLERCQ K., THYS C., ZIANT D., THIRY E., SAEGERMAN C., Two inocula alternative to wild typeinfectious blood able to reproduce bluetongue virus serotype 8 disease in calves, Vaccine, 29(19) : 3600-609, 2011.

17.  SAEGERMAN C., LANCELOT R., HUMBLET M.-F., THIRY E., SEEGERS H., Renewed veterinary education is needed to improve the surveillance and control of OIE-listed diseases, diseases of wildlife and rare events, In : Proceedings of the First OIE Global Conference on Evolving Veterinary Education for a Safer World, 12-14 October 2009, Paris, France, 63-77, 2009.

(Unité de recherche en épidémiologie et analyse de risques appliquée aux sciences vétérinaires (UREAR) – Département des maladies infectieuses et parasitaires – Faculté de médecine vétérinaire, U.Lg.).

Période 2006-2007 : Fabrice Bureau

"Mécanismes d'activation et effets de l'inhibition sélective du facteur nucléaire KB dans l'inflammation allergique des voies respiratoires, contribution à l'étude de la pathophysiologie et à l'amélioration du traitement de la pousse équine", présenté en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches sur la modulation du transport de l'oxygène par l'hémoglobine chez les bovins et son implication thérapeutique"

Période 1997-1998 : Christophe Manteca, Georges Daube et Jacques Mainil

"Etude du rôle de Clostridium perfrigens dans l'entérotoxémie bovine", présenté en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches sur l'entérotoxémie des bovidés"

Période 1994-1995 : Fabien Ectors

"Le clonage par transfert de noyau dans l'espèce bovine: résultats et perspectives", présenté en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches sur la maturation ovocytaire et le clonage chez les bovins"

Période 1986-1987 : Jean-François Beckers

"Mise en évidence et isolement d'une hormone chorionique gonadotrope chez les bovins", présenté en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches sur l'endocrinologie placentaire chez les ruminants"

Période 1982-1983 : Jacques Mainil

pour sa contribution importante dans le cadre des études moléculaires et épidémiologiques sur les Escherichia coli pathogènes, présenté en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches sur les colibacilloses et les plasmides"

Période 1978-1979 CONCOURS ORDINAIRE SUPPLÉMENTAIRE : Paul-Pierre Pastoret

pour son mémoire traitant de la rhinotrachéite infectieuse bovine, présenté en réponse à la question "On demande de nouvelles recherches sur les maladies respiratoires virales des bovins"

Période 1919-1921 : Scholl

"Recherches sur l'avortement épizootique chez la jument", en réponse à la demande portant sur le sujet suivant: "Faire l'étude de l'étiologie et de la pathogénie de l'avortement épizootique chez la jument, en se basant autant que possible sur des recherches personnelles "

Période 1908-1910 : Basset

"Anatomie pathologique de l'ostéomalacie spontanée et expérimentale", en réponse à la demande portant sur le sujet suivant: "Faire l'étude comparative du rachitisme et de l'ostéomalacie chez les animaux domestiques, au double point de vue étiologique et anatomo-pathologique, en se basant autant que possible sur des observations et des expériences personnelles"

Période 1897-1898

pour son travail présenté en réponse à la demande suivante: "Démontrer par des faits nouveaux, puisés dans des observations cliniques et dans des recherches expérimentales, la nature et la pathogénie de la fièvre vitulaire"

Période 1895-1896 : Louis Querton

pour son travail présenté en réponse à la demande suivante: "Concours portant sur le rôle des cellules migratrices provenant du sang et de la lymphe dans l'organisation des tissus chez les animaux à sang chaud"