Aller au contenu principal

Présentation

2015 : Pauline Erpicum

"Rôles des  cellules stromales mésenchymateuses dans le préconditionnement ischtémique rénal"

LAURÉATE DE LA BOURSE DE L’ACADÉMIE    

Rôle des cellules stromales mésenchymateuses dans le préconditionnement ischémique rénal

par

Mme Pauline ERPICUM, candidate spécialiste doctorante

L’insuffisance rénale aigue (IRA) est un problème fréquent associé à une morbi-mortalité élevée. Actuellement, sa prévention et son traitement reposent essentiellement sur des manœuvres supportives vu l’absence de thérapie étiologique. La cause  majeure d’IRA est l’ischémie/reperfusion (I/R), c’est-à-dire l’interruption transitoire de la perfusion rénale. Ce phénomène d’I/R rénale se rencontre classiquement lors d’une chirurgie cardio-thoracique ou d’une transplantation rénale, mais également lors d’un sepsis sévère ou d’un choc. Le préconditionnement ischémique (PCI) vise à atténuer ces lésions d’I/R, et consiste à exposer l’organe à de multiples brefs et successifs épisodes d’I/R – de l’ordre de trois à cinq minutes – afin de la préparer à une ischémie prolongée. La réalisation d’un PCI chirurgical par clampages/déclampages itératifs du pédicule rénal risquerait d’endommager les structures vasculaires. Il est dès lors nécessaire de développer une approche pharmacologique alternative, tout aussi efficace mais moins  agressive.

Dans ce contexte, plusieurs travaux expérimentaux et de récentes études cliniques suggèrent que l’administration de cellules stromales mésenchymateuses (CSM) lors d’une I/R atténue le dommage ischémique. Brièvement, les CSM représentent une population de cellules multipotentes, caractérisée notamment par leur capacité à se différencier en adipocytes, chondrocytes et ostéocytes. Les CSM auraient un effet néphroprotecteur lors de phénomènes d’I/R rénale du fait de leurs propriétés anti inflammatoires, immunomodulatrices et de réparation tissulaire. Néanmoins, les paramètres d’administration des CSM, tels que le nombre, le site et le moment d’injection, restent largement débattus. Ainsi, les CSM seraient davantage bénéfiques lors d’une injection a priori par rapport à une administration a posteriori d’une I/R rénale.

Afin de préciser l’influence du timing d’administration des CSM, nous avons réparti des rats Lewis âgés de dix semaines en quatre groupes. Les groupes 1 (CSM J-7,n =10) et 2 (CSM J+1, n=10) ont reçu une injection intraveineuse de CSM (1,5x106 dans 1 mL de liquide physiologique), au niveau de la veine caudale, respectivement sept jours avant ou un jour après une I/R rénale. Les groupes 3 (LP J-7, n=6) et 4  (LP J+1, n=6) ont reçu un volume équivalent de liquide physiologique dans les mêmes délais. L’I/R rénale a été induite, après laparotomie médiane, par clampage du pédicule vasculaire rénal gauche durant 45 minutes. Une néphrectomie droite a été pratiquée simultanément. La reperfusion rénale a duré 48 heures. Un prélèvement sanguin a ensuite permis de mesurer la créatininémie (SCr), marqueur conventionnel d’IRA. Dans les groupes 1 et 3, les valeurs de SCr étaient respectivement de 1.4 ± 0,7 versus 2,4 ± 0,8 mg/dL (p<0.05). Dans les groupes 2 et 4, les valeurs de SCr étaient respectivement de  4,9 ± 0,7 versus 3,3 ± 0,9 mg/dL (p<0.001). Les valeurs de SCr étaient plus élevées de manière statistiquement significative lors de l’administration après l’I/R comparativement  à l’injection préalable.

Sur base de ces résultats préliminaires, l’administration de CSM sept jours avant un phénomène d’I/R rénale semble donc atténuer les lésions en comparaison à (i) l’injection de liquide physiologique ou (ii) l’injection de CSM un jour après l’agression. Le soutien de ces travaux par l’Académie royale de Médecine de Belgique au travers d’un mandat de clinicien/chercheur du FNRS permettra d’identifier et de caractériser les cibles tissulaires et cellulaires impliquées dans le PCI induit par les CSM.