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Membre

LEJEUNE Georges

Membre belge honoraire

3e Section

Lieu de naissance : Forêt-Trooz
Date de naissance : 07/01/1927
Date de décès : 23/09/2015
  • Spécialité : chirurgie, microchirurgie.
  • Affiliation principale : Professeur à l'université de Liège;
  • Election membre : 26/05/1973
  • Titularisation : 25/05/1991
  • Honorariat : 13/06/2008
  • Fonction académique : Président-e / Année : 1998
Notice biographique :

(Nestor P. M.)

Éloge académique par le Professeur Alain CARLIER (ULg). https://youtu.be/DxK1U3OxZXg

Georges Lejeune est décédé le 23 septembre 2015 à l’âge de 88 ans, entouré de sa famille à Pellaines. Professeur émérite de chirurgie à l’Université de Liège, il a marqué de son empreinte la discipline chirurgicale liégeoise, belge et internationale. Avec cette disparition, l’Académie royale de Médecine de Belgique perd l’un de ses anciens présidents et membres les plus éminents.

Georges Lejeune était un visionnaire.

Il a fait bénéficier l’Université et les hôpitaux où il a exercé, notamment l’Hôpital de Bavière, de son intuition de l’avenir. Il avait un but dans la vie : se consacrer aux autres par sa profession.

Sa carrière a été d’une continuité remarquable. Il fut un grand médecin et un grand chirurgien, un homme passionné et d’une profonde humanité.

Georges Lejeune est né le 7 janvier 1927 à Forêt-lez-Liège. Il fait des humanités gréco-latines au collège Saint Stanislas à Mons-les-Liège et les termine en 1945 à l’âge de 19 ans. A 17 ans en effet, pendant ses humanités, il part à Londres et devient volontaire de guerre, ce qui lui vaudra de recevoir la médaille commémorative et celle de volontaire de guerre 1940-1945. Plus tard, il obtiendra la médaille de Commandeur de l’Ordre de Léopold.

Il commence des études de médecine à l’Université de Liège qu’il termine avec grande distinction en 1953. Au cours de ses études, de 1950 à 1953, il est chercheur libre au Laboratoire de Chimie Médicale où il étudie les œstrogènes, en clinique humaine, sous la direction du Professeur Camille Heusghem, récemment disparu. Son intention était à l’époque de faire la gynécologie et l’obstétrique et il fut d’ailleurs interne de 1952 à 1953 à la maternité de Bavière dans le service dirigé à l’époque par le Professeur Gosselin.

En 1953, Georges Lejeune devient, cependant, assistant au Service de Pathologie et Thérapeutique Chirurgicale et au Laboratoire de Chirurgie Expérimentale du Professeur Fritz Albert. Il se consacre, notamment, à mettre au point des techniques visant notamment à raccourcir la durée d’ischémie et à améliorer les conditions de préservation des organes avant transplantation. Il étudie, en particulier, la composition optimale des solutions de perfusion et de conservation et l’effet de la température. Il était surtout question de greffes cutanées, de greffe de moelle osseuse et, de transplantations rénales.

A l'époque, on croyait qu'une des raisons de l'échec des greffes d'organes était imputable à l’ischémie prolongée de l'organe transplanté et à la composition inappropriée du milieu de préservation.

Par ailleurs, Le Professeur Albert et Georges Lejeune étaient très fiers d'un coapteur, qu’ils avaient fabriqué et qui permettait les anastomoses vasculaires sous circulation continue. Dès 1956, il publie avec le Professeur Albert cette technique dans le Bulletin de l’Académie royale de Médecine de Belgique. Dans cet article, il parle des greffes rénales qu’il faisait au laboratoire.

Après avoir lu un article fondamental du Professeur Peter Medawar : « Actively acquired tolerance for foreign cells » et, suite à sa participation à l’un de ses cours, en 1955, à l’University College de Londres, il perçoit avec plus d’acuité encore le potentiel immense des transplantations d’organes. Il effectue ensuite plusieurs séjours chez lui à Londres. Le Professeur Medawar est codétenteur du prix Nobel de Médecine, avec Sir Franck Macfarlane Burnet en 1960, pour leurs travaux sur les problèmes immunologiques que posent les greffes de tissus. Ces travaux sont à la base des transplantations d’organes et, Georges Lejeune comprend cela.

C’est ainsi qu’il s’intéresse à l’immunologie et à l’allergie. Il s’initie alors aux techniques des anticorps marqués dans le service du Professeur Pressman au « Roswell Park Memorial Institute » à Buffalo (USA) en 1956. Il reçoit des cours d’allergologie chez le Professeur Radot à Paris en 1957.

La même année, Georges Lejeune devient chef de travaux au Laboratoire de Chirurgie Expérimentale du Professeur Fritz Albert, ce qui lui permet d’être associé au FNRS de 1959 à 1962.

En 1959, il organise à l’Université de Liège avec le Professeur Medawar un congrès international sur les problèmes de rejet sous les auspices conjoints de l’UNESCO et de l’Organisation Mondiale de la Santé (W.H.O.). Ce séminaire, intitulé : « Biological Problems of Grafting », marque « le début de l'épopée liégeoise dans la course au greffon salvateur » selon l’expression de son successeur le Professeur Michel Meurisse.

Avec le Professeur André Castermans, il établit les prémices du laboratoire d’Immunologie à l’Hôpital de Bavière et, publie différents travaux sur l’immunologie et les greffes rénales de 1961 à 1970.

Monsieur Lejeune présente une thèse d’agrégation en 1962, intitulée : « Contribution à l’étude des réponses de l’hôte à l’homogreffe cutanée ».

En 1962, il obtient le Prix Léon Fredericq. Plus Tard, il bénéficiera du Prix de l’Association « les Amis de l’Université ».

Toujours désireux de réaliser des greffes de reins chez l’homme, Georges Lejeune  travaille aussi avec le Professeur Jean Carlier sur l’hémodynamique. Ils ont publié  ensemble plus de vingt articles sur ce sujet. Par ailleurs, il passe plusieurs séjours chez les Professeurs Hamburger, Voisin, Mathé, Antoine, Legrain et Traeger. En effet, la première transplantation rénale à partir d'un donneur vivant apparenté avait eu lieu dans la nuit du 24 au 25 décembre 1952 par le Professeur Jean Hamburger de l'équipe du Professeur Louis Michon, à l’hôpital Necker à Paris.

En 1963, Georges Lejeune est nommé chargé de cours associé au Service du Professeur Honoré qui a pris la succession du Professeur Fritz Albert.

Il réalise, alors enfin, la première greffe de rein le 1er juillet 1965 avec le Professeur André Castermans et le Professeur Marcel Hanquet, anesthésiste, sous la direction du Professeur David Honoré. Il aura passé douze années à se consacrer à ce but, en analysant toutes les facettes pour les faire : hémodynamique, immunologie, laboratoires,…

Comme l’a rappelé  le Professeur Meurisse, qui lui a succédé en particulier sur les greffes rénales et qui est Professeur de Chirurgie digestive à l’Université de Liège : « Certains des premiers patients greffés par le Professeur Lejeune ont bénéficié de plus de trente années de survie avec un greffon fonctionnel ».

Aujourd’hui, ce secteur, qu’il a développé en réalisant la première greffe, totalise plus de 1200 greffes de rein et, la mise au point de plusieurs nouvelles techniques.

Ce que nous devons au Professeur Lejeune, c’est d’avoir été le pionnier de ces greffes d’organes et surtout, d’avoir pu s’entourer de compétences humaines en faisant confiance à ceux qu’il avait choisis. Il a ainsi créé un esprit d’équipe orienté vers un objectif précis.

En 1964, il est fasciné par les travaux de Malt et McKhann, aux Etats Unis, qui réalisent la première réimplantation d’un membre supérieur. Fort de cette actualité, Georges Lejeune effectue la première réimplantation d’un membre supérieur, au niveau du coude, le 4 mars 1971 à l’hôpital de Bavière chez un ouvrier de scierie âgé de 24 ans.

C’est la première greffe de ce type réalisée en Belgique et, la seconde réalisée en Europe. Cette intervention sera suivie d’une deuxième, en 1972. Ces patients ont toujours leurs membres supérieurs à l’heure actuelle et, sont très heureux d’avoir eu cette réimplantation faite par le Professeur Lejeune.

En 1973, il est élu membre régnicole à l’Académie royale de Médecine de Belgique, devient  membre titulaire en 1991 et honoraire en 2008. Il assurera la présidence de la Compagnie en 1998. Au total, il aura fait, dans cette Académie, huit présentations.

En 1974, Georges Lejeune est nommé Professeur ordinaire succédant au Professeur Orban. Il enseigne la Clinique et la Séméiologie Chirurgicale et les problèmes biologiques de la transplantation.

Je devins son premier assistant dès 1975. Monsieur Lejeune veut que je réalise des  transplantations rénales de fœtus, par des techniques microchirurgicales. Il me pousse donc à apprendre la microchirurgie, l’ayant déjà apprise lui-même.

Se rendant compte de la nécessité de faire un seul service de chirurgie plutôt que deux à l’Hôpital de Bavière, Georges Lejeune réalise, avec le Professeur Honoré, la fusion des services. Il obtient les disciplines orthopédiques, mais aussi les greffes rénales et la chirurgie de la dialyse. Par ailleurs, il s’oriente vers la chirurgie endocrine et, devient un précurseur en se consacrant très tôt à un domaine aussi précis. Il deviendra, dans cette chirurgie, une sommité en acquérant une très grande renommée dans le traitement des lésions fonctionnelles ou tumorales de la glande thyroïde.

N’étant pas réellement un orthopédiste, Georges Lejeune comprend l’intérêt de la microchirurgie et, veut l’appliquer aux techniques de chirurgie de la main.

C’est ainsi qu’en décembre 1976, nous présentons ensemble un exposé à l’Académie nationale de Paris sur « La place de la microchirurgie dans le cadre de la chirurgie réparatrice de l’appareil locomoteur ».

Il est, par la même, à nouveau un visionnaire, car il a su anticiper l’avenir de la microchirurgie et des possibilités qu’elle ouvre pour la chirurgie reconstructrice.

En 1977, il réalise, avec le Professeur Yoshimura, un double transfert d’orteils pour asseoir la chirurgie de la main à Liège. Ce patient est devenu chirurgien orthopédiste.

En 1978, il présente à l’Académie royale de Médecine de Belgique, un exposé intitulé « Néo-pouce par transplantation microchirurgicale du second orteil ».

Il décide de créer un service de chirurgie de la main et des nerfs périphériques, en constituant une équipe pour faire face aux traumatismes de la main. Ce service doit être opérationnel 24h/24 et 365 jours par an et, il s’associe avec Paris, Nancy et Strasbourg, en 1978, en fondant le « SOS Main Liège ».

Il devient le représentant de la Belgique auprès du Centre Européen des Services Urgences Main (FESUM), jusqu’en 1992.

La chirurgie de la main est une spécialité difficile, exigeante en disponibilité et méticulosité. Il enseigne ceci, dans son cours sur la chirurgie de la main et sur les interventions microchirurgicales des lésions nerveuses périphériques. Georges Lejeune s’est consacré à cela dès la fin de sa vie chirurgicale et, il l’a fait en communiquant sa passion à d’autres. Il a formé plusieurs assistants qui s’y consacrent essentiellement.

Président de la Société Royale Belge de Chirurgie de 1990 à 1992, et membre de nombreuses sociétés savantes nationales et internationales (par exemple : La Société Française d’Allergologie, la New York Academy of Sciences, la Royal Society of Medecine, le GEM,…).  Georges Lejeune s’est aussi considérablement investi dans les années 80 en qualité de Président du Comité de Gestion dans le transfert de l’Hôpital de Bavière sur le site du Sart Tilman.  Il accède à l’éméritat en 1992 et  renonce à la pratique chirurgicale.

En 1993, il organisera encore le premier congrès de la « Fédération Européenne des Sociétés de Chirurgie de la Main (FESSH) » auquel participeront plus de 600 chirurgiens et rééducateurs. Ce congrès sera la consécration de ses vingt années de travaux pionniers et la reconnaissance de ses pairs dans le domaine.

Tout au long de sa carrière, Georges Lejeune a été à l’écoute de ses patients avec une empathie exemplaire, mais aussi de ses élèves et de ses collègues. Merci à lui pour la simplicité et la gentillesse avec laquelle il accueillait, écoutait et conseillait les plus (ou moins) jeunes. Il a toujours orienté sa carrière clinique en se basant sur la recherche théorique et pratique et, il a communiqué cela à tous ses assistants. Il a été modeste et très diplomate. Il a réalisé plus de cent articles de renommées nationales ou internationales.

A titre personnel, permettez-moi de répéter la  profonde reconnaissance que j’éprouve pour ses précieux enseignements et la fierté d’avoir été un de ses élèves. J’ai énormément appris de lui et avec lui. Il laisse un héritage professionnel et humain d’envergure. Un grand Monsieur s’en est allé.

An nom de tous ses élèves, je présente à  ses enfants Françoise, Pierre, Jean, et Anne, à ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, nos vives condoléances et notre immense reconnaissance.

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