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Membre

DE WEVER Alain

Membre belge associé

4e Section

Lieu de naissance : Liège
Date de naissance : 19/11/1946
Lieu de décès : Bruxelles
Date de décès : 08/05/2021
  • Spécialité : gestion hospitalière, Santé publique, économie de la santé
  • Election membre : 21/10/2017
Notice biographique :

Le professeur Alain De Wever, membre de la  4ème section, professeur émérite à l’ULB, ancien médecin directeur des hôpitaux Brugmann et Erasme

30 novembre 2019 - Séance spéciale L’Accessibilité aux traitements oncologiques innovants : rêve ou réalité ?

QUE SIGNIFIE L'ACCESSIBILITÉ EN SOINS DE SANTÉ ?

https://youtu.be/dBH-zCgsLGY

16 septembre 2017 - Séance spéciale. "Risk sharing: Une solution pour rembourser les médicaments innovants"

Présentation

La recherche de nouvelles solutions médicamenteuses et leur production pour enrayer et traiter des pathologies graves pour lesquelles aucune possibilité thérapeutique ne s’est révélée efficace  sont de plus en plus chères  et subissent une pression médiatique importante dès que des signes positifs révèlent une efficacité probable même sur des animaux ou des cultures cellulaires.

Cette situation incite les autorités et les firmes pharmaceutiques à obtenir le plus rapidement possible le remboursement des médicaments dont l’enregistrement et les phases de recherche cliniques sont en cours mais dont les premiers essais cliniques se sont révélés très concluants en matière d’efficacité et d’utilité.

Des remboursements provisoires sont obtenus au niveau de plusieurs pays européens et notre pays n’a pas échappé à ces améliorations en créant légalement de nouveaux systèmes de remboursement expérimentaux et temporaires avec l’approbation de l’Agence des Médicaments (AFMPS) et de l’INAMI.

La mise en fonction de l’article 81 et l’article 81 bis de l’arrêté royal du 21 décembre 2001 a constitué une impulsion importante au partage de risques permettant le remboursement temporaire de nouveaux médicaments dont l’efficacité en dehors des essais cliniques doit être confirmée et dont l’impact budgétaire sur le budget de l’assurance maladie n’est pas encore évident.

Par l’intermédiaire de négociations à l’initiative de la Commission de Remboursement des Médicaments, de la firme ou de la Ministre des Affaires Sociales, le remboursement d’un médicament peut être l’objet de discussions pendant trois mois entre la firme et des représentants du gouvernement et des mutuelles accompagnés de délégués de l’association professionnelle et du monde académique.

L’impact budgétaire est envisagé comprenant toutes les conséquences sur les recettes et dépenses de l’assurance maladie comparativement aux traitements ou tentatives de traitements existants mais aussi sur les résultats cliniques efficaces et utiles  potentiels.
Un protocole prévoit le remboursement des dépassements budgétaires  éventuels et les résultats cliniques potentiels ainsi que les pénalités éventuelles en cas de mauvais ou de moindres résultats.

Ce partage de risques met en évidence un partenariat public-privé en vue d’obtenir le meilleur support coût-efficacité.

L’avenir est certainement lié à ces tentatives de mieux utiliser l’argent public afin de mettre sur le marché des médicaments nouveaux dont les coûts sont programmés dans l’intérêt des patients et contrôlés par des protocoles clairs et garants d’utiliser au mieux l’argent de nos concitoyens. Cet exemple de partenariat devrait également être utilisé pour évaluer les nouveaux équipements médicaux ainsi que les nouvelles prothèses et dispositifs médicaux mis sur le marché sans véritable évaluation.

Pr Ém. Alain Dewever (ULB - Secrétaire, Fondation Médicaments et Société)

Eloge académique de feu le Pr Alain DE WEVER, membre associé, par le Pr Jean-Louis VANHERWEGHEM, membre honoraire

https://youtu.be/eIU-SEk4MqU

Membre associé de la quatrième Section de l’Académie depuis 2017, le Professeur Alain De Wever est décédé le 8 mai 2021. Il était né à Liège le 19 novembre 1946.

Après avoir poursuivi ses études secondaires à l’Athénée royal d’Ixelles, Alain De Wever obtiendra son diplôme de docteur en médecine à l’Université libre de Bruxelles (ULB) en 1971. Etudiant, il connaîtra les événements de mai 68 et en sera un turbulent acteur. Présent dans les conseils de réforme, il militera pour que l’université réclame, auprès des pouvoirs publics, un hôpital académique dont elle serait le gestionnaire. A son grand étonnement, il aura gain de cause. Il deviendra ainsi un membre actif des commissions de planification du futur hôpital.

A l’issue de ses études médicales, Alain Dewever entreprend une spécialisation en médecine interne dans le service du Professeur Pierre-Paul Lambert à l’hôpital universitaire Brugmann.  Pierre-Paul Lambert, dont on se souviendra de la capacité critique à jauger les individus, détecte chez ce jeune assistant-candidat-spécialiste dynamique l’inclination naturelle à la participation active à la gestion. Il le soutient dans cette voie. C’est ainsi qu’à l’âge de 25 ans, Alain De Wever est nommé adjoint à la direction médicale de l’hôpital universitaire Brugmann.

Alain De Wever mène de front ses fonctions administratives et ses spécialisations professionnelles. Il est reconnu spécialiste en médecine interne en 1979 et licencié en gestion hospitalière en 1983. La vision qu’il donne dans son mémoire du rôle du Conseil médical conduira à ce qui est aujourd’hui inséré dans la loi sur les hôpitaux.

Sa carrière à la direction des hôpitaux est fulgurante : 1972, adjoint à la direction médicale de l’hôpital universitaire Brugmann ; 1973 : directeur adjoint du service médico-administratif de l’Union professionnelle des médecins des hôpitaux universitaires de Bruxelles qui regroupait à l’époque les hôpitaux universitaires de la ville de Bruxelles : Saint-Pierre, Brugmann et Bordet; 1974 : médecin directeur de l’hôpital universitaire Brugmann ; 1976 :  coordinateur médical de l’hôpital académique de l’ULB en construction à Anderlecht. Le 1er juillet 1977, l’ULB le nomme médecin directeur du nouvel hôpital académique, l’hôpital Erasme.  Alain De Wever avait 30 ans. Il pilote l’ouverture de l’hôpital le 1er octobre 1977. Il y lance le concept d’unités médico-chirurgicales spécialisées et instaure une médecine au service du patient.

Il guide ensuite la croissance de l’institution. Sa politique est axée sur le talent des acteurs. Il attire à l’hôpital les compétences les plus pointues – notre collègue Jacques Brotchi en est l’illustration - et favorise l’éclosion des jeunes les plus prometteurs. A l’écoute de tous, c’était « un homme dont la porte était toujours ouverte ».  

En 1993, alors que l’hôpital a acquis sa pleine maturité, d’une manière inattendue, Alain De Wever démissionne pour accepter le poste d’administrateur-délégué de la firme Glaxo. Il quittera cependant l’industrie en 1999 pour créer sa propre société de consultance spécialisée dans la gestion des soins de santé. Chargé de cours temps-partiel à l’Ecole de santé publique depuis 1982, il choisit aussi de se consacrer plus intensément aux activités académiques : chargé de cours plein-temps en 2001, Professeur en 2003 et Professeur ordinaire en 2006. Ses enseignements portent sur l’organisation, l’économie et le financement de la sécurité sociale, des soins de santé et des hôpitaux ainsi que sur l’actualisation des méthodes de soins. Ils sont délivrés aux étudiants de l’ULB en médecine, pharmacie, sciences de la motricité, sciences sociales et politiques, à l’Ecole de santé publique et à la Solvay Business School of Economics and Management. Alain De Wever enseigne également dans les certificats interuniversitaires en management médical et en économie de la santé.

Alain De Wever a dirigé le « Centre de recherche en économie de santé » de l’Ecole de santé publique de l‘ULB. Son activité scientifique s’illustre par plus de 200 conférences, communications et publications dans des revues nationales et internationales. Les sujets principaux de ses travaux portent notamment sur l’organisation et le financement de la sécurité sociale et des hôpitaux, la gestion globale de la maladie, le recueil des données diagnostiques et thérapeutiques en Belgique, la planification de l’offre médicale, le cadastre des professionnels de la santé, la féminisation de la profession médicale en Europe, les soins complexes à domicile.

Son expertise dans les soins de santé, reconnue de tous, l’a amené à être chargé de mission auprès de deux ministres des affaires sociales, Philippe Busquin et Philippe Moureaux, de 1988 à 1993, et à siéger dans divers Conseils ou Commissions de l’INAMI et de la Santé publique. Citons notamment le Conseil national des établissements de soins – sa section de programmation et agrément et sa commission universitaire -, la Commission technique de l’hospitalisation, la Commission budgétaire de l’INAMI, la Commission de liaison du Ministère de la santé publique avec l’Industrie pharmaceutique. Il siégeait toujours à la Commission fédérale de la planification de l’offre médicale. Il fut représentant des facultés de médecine au Conseil des Communautés Européennes pour la formation médicale, secrétaire général de l’Association belge des hôpitaux, rédacteur en chef de l’Hôpital Belge et membre du Comité de direction de la Fédération internationale des hôpitaux. Il reviendra aussi à l’hôpital Erasme, de 2015 à 2017, pour en présider le Conseil de gestion.

Au moment de son décès, Il était toujours un membre associé très actif de l’Académie royale de Médecine de Belgique, siégeait au conseil d’administration du Centre Hospitalo-universitaire de Tivoli à La Louvière et présidait le conseil d’administration du Centre antipoison et celui de la Ligue cardiologique belge.

Fortement engagé dans le service à la société, il présidait aux destinées de diverses ASBL : J. Vivès (habitations protégées en psychiatrie), l’Equipe (secteur psychiatrique ambulatoire à Bruxelles), l’APAM (Atelier protégé pour handicapés mentaux). Il était membre du Conseil d’administration de la Haute Ecole de Bruxelles-Ilya Prigogine, de la Fondation « Médicaments et Société » et du Fonds Erasme pour la recherche médicale. Ses avis éclairés y étaient très appréciés.

Alain Dewever laissera le souvenir d’une personnalité tournée vers l’action, intuitive des opportunités à saisir, imaginative pour les solutions concrètes, animée du sens des responsabilités et du bien public. Tous furent admiratifs de cette audace qui l’avait poussé à ouvrir en 1977, sous sa responsabilité, un hôpital inachevé, situé au milieu de nulle part, où rien n’était vraiment prêt. C’était dans sa nature de relever les défis avec optimisme et confiance dans les acteurs.  

Il aimait la vivacité des débats. Fier de ses idées, il les affichait haut et clair, mais les éventuelles divergences de vue n’affectaient pas ses relations d’estime ou d’amitié. Il conquérait ses collègues, ses amis, sa famille par sa convivialité et son enthousiasme à « refaire le monde », surtout celui des soins de santé. Il les impressionnait aussi par sa passion pour « Ferrari » et son obstination à rassembler la collection sans doute la plus riche du monde de milliers de modèles réduits qu’il nettoyait au plumeau avec le plus grand soin.  

Sa fin fut à son image. Il a affronté la maladie en protégeant ses proches par une discrétion pudique, taisant ses souffrances et le pronostic sombre qu’il n’ignorait pas. Il savait qu’il ne pourrait gagner ce dernier combat.

A l’Académie, Il a été un membre très actif, apprécié de tous. Il y a fait partager les grands combats de sa vie professionnelle si bien exprimés dans sa lettre de candidature, à savoir « assurer à tous une accessibilité optimale aux soins de santé ». Son dernier livre, La Santé des Belges en 25 questions, publié chez Luc Pire quelques semaines avant son décès, en témoigne. L’Académie gardera vivace le souvenir d’Alain De Wever et adresse à son épouse Dominique et à sa famille l’expression de toute sa sympathie.

 

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