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L’Académie royale de Médecine a tenu sa séance mensuelle en date du samedi 12 juillet 2008, sous la présidence du Prof. A. Dresse, entouré au Bureau du Secrétaire perpétuel Prof. J. Frühling, et du premier vice-président Mme le Prof. J. Stiennon-Heuson. * La partie scientifique de la réunion est consacrée à deux lectures, l’une par le Prof. S. Laureys (Centre de Recherches de Cyclontron – U.Lg.), invité, sous le titre : « Révélations de l’inconscient : études du fonctionnement cérébral des comas », et l’autre par le Prof. Ph. Lefèbvre (U.Lg.), invité, sous le titre : « La régénération des structures neurosensorielles de l’oreille interne ». L’exposé de M. S. Laureys, se résume ainsi : « Comment l’activité neuronale est-elle capable de produire la conscience ? Quelle conscience durant le coma ? L’objectif de nos recherches est d’accroître notre connaissance du fonctionnement cérébral résiduel des patients qui survivent à une atteinte traumatique ou hypoxique-ischémique sévère du cerveau mais restent en coma, en état végétatif, en état de conscience minimale ou en « locked-in » syndrome. Ces patients posent en effet des problèmes diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques majeurs. L'étude de tels patients est aussi susceptible d’améliorer notre connaissance de la conscience humaine. Nous revoyons ici nos travaux sur l’évaluation comportementale de la conscience, et les études électrophysiologiques et de neuroimagerie fonctionnelle que nous avons réalisés chez ces patients. Au terme de cette présentation, nous discutons les aspects méthodologiques et éthiques et les concepts de niveaux de soins et de qualité de vie de ces patients non-communicants ». M. S. Laureys est félicité pour sa présentation laquelle suscite les interventions de MM. P. Vanderhoeft, M. Lamy, J.-L. Vanherweghem, J.-J. Vanderhaeghen et G. Franck.* Le second orateur (Prof. Ph. Lefèbvre), résume son exposé comme suit : « La plupart des surdités ont une origine neuro-sensorielle et sont caractérisées par une perte de cellules ciliées et de neurones auditifs du ganglion spiral. A l’heure actuelle, la prothèse auditive est le seul traitement disponible. Pour restaurer l’audition chez un patient atteint de surdité, il est nécessaire d’étudier les mécanismes susceptibles d’induire une régénération des structures neurosensorielles de l’oreille interne. La régénération neuronale : l’étude du développement de l’oreille, les cultures de neurones et l’analyse d’animaux invalidés pour des gênes spécifiques révèlent qu’un certain nombre de facteurs de croissance sont importants pour le maintien et la réparation des neurones auditifs dans l’oreille interne. Ces molécules induisent la survie des neurones auditifs in vitro et in vivo. Les voies de signalisation intra-cellulaire sont analysées dans la perspective d’une meilleure compréhension des mécanismes qui conduisent à la survie ou à la mort des neurones auditifs d’une part, mais aussi de l’identification de nouveaux agents pharmacologiques susceptibles de favoriser la survie des neurones auditifs dans des maladies de l’oreille interne. Ces molécules peuvent être administrées localement à l’oreille interne par une perfusion directe périlymphatique ou au travers de la membrane de la fenêtre ronde. La régénération des cellules ciliées : la production des cellules ciliées et des cellules de soutien s’arrête au cours du développement embryonnaire de la cochlée des mammifères. Cependant, de nombreux arguments récents suggèrent que de nouvelles cellules ciliées peuvent être produites par l’épithélium sensoriel des mammifères. Nous avons dans un premier temps identifié la présence de progéniteurs de cellules ciliées dans l’organe de Corti. Dans une seconde approche, les mécanismes moléculaires à la base de la production de nouvelles cellules ciliées ont été étudiés. En conclusion, les études récentes sur la régénération des structures neurosensorielles de l’oreille interne suggèrent qu’à terme, il sera possible de remplacer les cellules ciliées de la cochlée des mammifères et de réinnerver ces dernières par des neurones auditifs du ganglion spiral permettant une restauration de l’audition chez le patient atteint de surdité. L’exposé de M. Ph. Lefèbvre est suivi d’une discussion à laquelle prennent part MM. A. Burny, B. Van den Eynde, M. Lamy, et A. Dresse. * Le Secrétaire perpétuel annonce que la liste des communications du Bureau sera adressée par courrier à tous les membres. * L’Académie se forme ensuite en « Comité secret », et le Président donne la parole à Mme le Prof. J. Stiennon-Heuson, Président de la Commission « Ethique et Déontologie ». Après un bref débat et hormis quelques amendements minimes destinés à apporter des améliorations nuancées au texte, ledit rapport est approuvé à l’unanimité des membres présents. * La parole est ensuite donnée à M. le Prof. A. Albert, Président de la Commission « e-Health », chargé de donner un avis sur le projet de plate-forme « e-Health ». AVIS ET RECOMMANDATIONS SUR LE PROJET DE PLATE-FORME e-HEALTH L’Académie royale de Médecine de Belgique a formulé en 2006 des recommandations précises dans le cadre du projet télématique d’échange de données de santé BeHealth (Bulletin et Mémoires de l’Académie royale de Médecine de Belgique, volume 161, 2006, 10-12, pp 524-526). Elle constate avec grande préoccupation et inquiétude que celles-ci n’ont pas été rencontrées et prises en compte dans le projet de loi créant la plate-forme e-Health. L’Académie rappelle qu’elle soutient toute initiative fédérale ou régionale visant à améliorer la qualité et la gestion des soins de santé ainsi que la sécurité des patients grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. La plate-forme e-Health paraît s’inscrire dans cette perspective d’évolution technologique. Toutefois, l’Académie tient à rappeler avec force que, dans le domaine particulier de la santé, le bénéfice apporté au patient et à la collectivité par l’informatisation des services ne peut en aucun cas mettre en péril le respect de la vie privée et davantage encore le caractère intime et unique du colloque singulier médecin-patient. Le projet de création de la plate-forme e-Health, dans sa forme actuelle, ouvre une brèche dans ce qu’il y a de plus profond et de plus précieux dans la relation médecin-patient : le secret professionnel et la liberté de chacun. Les conséquences de cette situation peuvent être imprévisibles et incontrôlables. L’utilisation du numéro d’identification du registre national comme seul identifiant des patients dans le réseau augmente le risque d’accès à des données médicales personnalisées en dehors de toute relation de soins et ce, en dépit de toutes les mesures de sécurisation qui pourraient être prises. L’Académie rappelle à cet effet sa recommandation émise précédemment de garantir une étanchéité parfaite entre, d’une part, les données personnelles des patients recueillies par les professionnels de la santé dans le cadre des activités de soins, et d’autre part, les données collectives codifiées rendues anonymes et impersonnelles par regroupement de données individuelles collectées à des fins d’études ou d’évaluation pour divers organismes et institutions. Cette étanchéité doit être telle qu’il soit impossible, sauf circonstances exceptionnelles et dûment approuvées par l’autorité compétente, de remonter des données collectives aux dossiers des patients, et d’ainsi stigmatiser un individu ou un groupe de sujets particuliers. Confier la gestion et la gouvernance de la plate-forme e-Health à la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale (BCSS) concomitamment à la réalisation de ses activités propres est une initiative louable mais qui confère à la BCSS à la fois le rôle de juge et partie. Même si la plate-forme e-Health ne sert que de structure d’échanges de données et s’interdit de construire des banques de données, cette façon de procéder n’est acceptable que s’il existe une tierce personnalité juridique (tiers de confiance), indépendante à la fois des professionnels de la santé et des gestionnaires de la Santé publique et de la sécurité sociale, capable de garantir les droits des uns et des autres, d’assurer une imperméabilité parfaite entre les données individuelles et collectives évoquées ci-dessus et d’éviter toute dérive malveillante ou non. Directement concernés, les professionnels de la santé et les patients eux-mêmes doivent être mieux représentés au sein des instances de gestion et de contrôle des activités de la plate-forme e-Health. En effet, l’échange et la collecte de données médicales, dans le but d’une simplification administrative et d’une promotion de la qualité de la pratique médicale, ne devraient pas se faire au détriment de la protection de la vie privée et de la qualité des soins individuels, risques que les utilisateurs sont le mieux à même d’apprécier. L’Académie estime que le choix entre une éthique fonctionnelle (l’efficacité administrative prime sur la protection de la vie privée) et une éthique rigoureuse (la protection de la vie privée prime sur les objectifs) posé par la mise en place de la plate-forme e-Health relève d’un consensus au sein de la société et devrait dès lors faire l’objet d’un vaste débat public. En conclusion, l’Académie royale de Médecine de Belgique, inquiète des dangers et dérives aux conséquences imprévisibles pouvant résulter de la mise en place de la plate-forme e-Health, recommande avec fermeté que toutes les dispositions techniques, juridiques et éthiques soient prises pour garantir le secret du colloque singulier médecin-patient. Cette relation, fondement même de la médecine, doit rester un souci constant et une priorité inaltérable. Après un échange de vues, ledit rapport est adopté à l’unanimité des membres présents. Il sera transmis aux décideurs politiques de haut niveau du pays. * M. le Président donne ensuite la parole à M. le Prof. P. Van Houtte, co-Président francophone de la Commission « Hadronthérapie », afin de présenter le rapport à ce sujet. Ce texte a été rédigé en anglais, qui a suscité la réaction de quelques membres de la Compagnie, et qui ont exprimé le vœu que le texte définitif, qui sera transmis à Mme la Ministre L. Onkelinx, soit rédigé dans les deux langues nationales. Cette proposition a été acceptée à l’unanimité des membres présents. Quant au fond du texte, après discussion, il a été décidé que le rapport sera distribué parmi les membres qui transmettront au Secrétaire perpétuel leurs éventuelles remarques, suggestions ou questions endéans les dix jours. Le texte éventuellement amendé sera transmis au Bureau début septembre et repassera devant la Compagnie le 27 septembre 2008. * La séance est levée à 13h.00.
L’Académie royale de Médecine a tenu sa séance mensuelle en date du samedi 27 septembre 2008, sous la présidence du Prof. A. Dresse, entouré, au Bureau, du Secrétaire perpétuel Prof. J. Frühling, et des vice-présidents les Professeurs Mme J. Stiennon-Heuson et M. L. Hue. En ouvrant la séance, le Président et le Secrétaire perpétuel accueillent la famille de feu le Prof. R. Lambotte, membre titulaire, décédé à Liège, le 31 mars 2008, à l’âge de 76 ans. Elu correspondant le 27 juin 1970, il avait été promu membre titulaire le 26 novembre 1977. L’éloge académique est prononcé par le Prof. J.-M. Foidart, membre titulaire. Une minute de silence est observée à la mémoire de notre regretté confrère disparu. A l’interruption de séance, la famille est raccompagnée par le Président, la première vice-Présidente et le Secrétaire perpétuel. * La partie scientifique de la séance est consacrée à deux lectures, l’une par M. le Prof. D. Sicard (Paris), Président du Comité consultatif national d’Ethique, sous le titre : « La fin de la parole et la relégation du corps en médecine et ses conséquences sur la formation universitaire », et l’autre par MM. les Professeurs D. Pestiaux (U.C.L.), D. Giet (U.Lg.) et M. Schetgen (U.L.B.), invités, sous le titre : « La Médecine générale du 21ème Siècle ». Le premier orateur résume son exposé comme suit : « La médecine se fonde sur une exigence scientifique croissante. Or la parole du malade s'adapte mal à la rationalité contemporaine souhaitée et l'examen clinique se distingue de plus en plus par son errance ou son imprécision. Peu à peu une autocensure du langage se profile. L'offrande du corps devient inutile, sinon suspecte. La technique médicale se substitue à la subjectivité ressentie. Le "dit" de la médecine remplace le "su" du corps. La parole fait place à "l'écho" dans un étrange renversement. Le risque d'une médecine autiste se profile. L'enseignement universitaire doit en prendre conscience car cette évidence d'une mise en distance de la parole et du corps fait non seulement l'économie de la rencontre éthique mais encore fait perdre paradoxalement à la médecine une part de sa rigueur scientifique ». L’exposé de M. D. Sicard est suivi avec attention et une discussion s’ensuit à laquelle prennent part MM. P. Vanderhoeft, J.-J. Vanderhaeghen et Mme D. Balériaux. * Les seconds orateurs présentent ainsi le résumé de leur lecture : « Aujourd’hui en mutation importante, la médecine générale doit faire face à des responsabilités importantes qui se sont accrues en raison du vieillissement de la population, de l’augmentation des maladies chroniques et la prise en compte de la complexité de la prise en charge des problèmes de santé des patients.Médecine de premier contact, assurant la continuité et la coordination des soins pour les individus mais aussi pour une population définie sans distinction d’âge, de genre de maladie ou de systèmes d’organes, elle est devenue discipline académique avec une volonté claire de développer une recherche spécifique. Trois facettes sont à considérer dans cette mutation : la prévention, le travail en réseau et la recherche. Contextualisée et nécessitant un dossier médical global et informatisé, la prévention a une dimension individuelle et collective. Basée sur la connaissance des facteurs héréditaires, familiaux, psychologiques, sociaux et environnementaux, elle prévient de nombreuses affections chroniques et réduit la morbi-/mortalité en constituant une tâche essentielle de la première ligne. Le travail en réseau est reconnu aujourd’hui comme indispensable pour s’adapter à la complexité de la prise en charge des patients et du contexte professionnel dont la charge administrative s’est alourdie. La recherche en médecine générale a une spécificité qui lui est propre et sera un indicateur majeur de la qualité de notre pratique. Gageons que ce métier reconnu aussi bien par les patients que par le système de santé continuera son développement dans un contexte d’augmentation rapide des connaissances et en conséquence d’une efficacité plus importante des soins délivrés aux patients ». MM. D. Pestiaux, D. Giet et M. Schetgen sont vivement félicités et répondent entre autres, dans le cadre d’une discussion consensuelle, aux interventions de Mme la Sénatrice D. Tilmans et M. le Dr. P. Vollemaere. * Aux communications du Bureau, le Secrétaire perpétuel mentionne que les P.V. des séances des mois de janvier – février 2008 (numéro 1-2 du volume 163 du Bulletin) sont soumis à l’approbation de l’assemblée. Aucune observation n’est formulée, et lesdits textes sont approuvés. Il signale ensuite que le Prof. J.-C. Henquin, Directeur de Recherches honoraire à la Faculté de Médecine de l’U.C.L., a reçu cette année le prix Albert Renold de l’ « European Association for the Study of Diabetes (EASD) », prix qui lui a été remis à l’occasion du 44ème congrès annuel de l’Association qui s’est tenu à Rome durant la deuxième semaine de septembre.Le Secrétaire perpétuel annonce de la part de M. le Prof. J.-D. Picard, Radiologue et membre honoraire étranger de notre Compagnie, la parution récente du livre intitulé : « Panorama des Prix Nobel de Pensée française » où l’auteur a inclus entre autres neuf lauréats belges. Un bulletin de souscription de ce livre peut être demandé au secrétariat de l’Académie pour les membres qui le souhaiteraient. Il communique l’annonce de Mme la Secrétaire perpétuelle D. Swinne, de l’Académie royale des Sciences d’Outre-Mer, pour le Prix du Fonds Lucien Cahen pour couronner un travail dans le domaine de la géologie. Les mémoires présentés pour le prix 2009 devront parvenir au secrétariat de l’Académie en quatre exemplaires avant le 1er février 2009. Prix d’un montant de 2.500 euros. Le règlement du Prix est disponible au secrétariat de l’Académie. * La parole est ensuite donnée à Mme le Prof. J. Stiennon-Heuson pour une présentation d’ouvrage. Elle s’exprime en ces termes : « Permettez-moi de vous présenter un ouvrage intitulé « Cellules souches et Santé des femmes », qui rassemble neuf rapports présentés lors du symposium organisé par la « Medical Woman's Association of Belgium », le 15 novembre 2007 et qui constituent les neuf chapitres du recueil. L'objectif du symposium était d'examiner l'impact de la recherche sur les cellules souches et les perspectives qu'ouvrent les progrès techniques qui s'y rapportent, en particulier sur la santé et le vécu des femmes. La réflexion éthique et l'approche légale en la matière sont-elles les mêmes pour les hommes et les femmes ? Les cellules souches embryonnaires humaines peuvent-elles faire l'objet de brevets ? Ces questions et bien d'autres sont traitées dans ce recueil. L'ouvrage est introduit par le Dr. Agnès Vermeulen qui présente une synthèse claire des buts poursuivis et des différents rapports présentés. Une première partie du livre s'intéresse aux aspects techniques de la question et la seconde partie en examine les aspects éthiques, sociologiques, psychologiques et juridiques. Chaque chapitre est traité par une/un éminent spécialiste belge du domaine. Dans le premier chapitre intitulé « Les cellules souches embryonnaires », le Dr. Fabienne Liebens décrit les différentes catégories de cellules souches, les méthodes d'obtention des cellules souche embryonnaires , les risques médicaux à court et long terme, et, les problèmes techniques ,éthiques, religieux et juridiques qu'elles posent. Le débat éthique prend en compte l'attention accordée à l'embryon humain et le droit des malades à être soignés. Un troisième axe de réflexion concerne la santé des femmes participantes et exposées aux dérives commerciales liées aux dons d'ovocytes. Les « cellules souches du sang de cordon ombilical » font l'objet du chapitre traité par le Dr. Inge Van Haute. L'auteur décrit les spécificités des cellules, s'intéresse aux applications thérapeutiques et analyse les transplantations de sang de cordon entre donneurs apparentés ou non, adultes et enfants, tant au niveau des promesses qu'elles suscitent que des difficultés et embûches rencontrées. Les banques de sang de cordon ombilical sont décrites de même que sont analysés leur statut actuel, leur régulations et leur développement futur. L'auteur conclut sur l'importance thérapeutique actuelle des cellules souches hématopoïétiques dont toutes les potentialités ne sont pas encore connues. Par ailleurs, le débat éthique est ouvert à propos de la propriété du sang de cordon ombilical (mère, enfant, père ?). Les cellules souches adultes (Adult stem cells) sont analysées dans le chapitre suivant par le Dr. Catherine Verfaillie. Elle fut la première à démontrer que la moelle osseuse contient des cellules susceptibles, dans certaines conditions, de devenir ou de redevenir multipotentes (les MAPC, the Multipotent Adult Progenitor Cells). L'auteur décrit dans un premier temps en détail les caractéristiques des cellules souches hématopoïétiques et non hématopoïétiques. Elle s'intéresse ensuite très précisément aux processus moléculaires qui influencent ou déterminent leurs potentialités de renouvellement et de différenciation. Le chapitre suivant est consacré à la problématique du « Don d'ovocyte ». Le Dr. Annick Delvigne y décrit de manière exhaustive la méthodologie de la fécondation in Vitro, les indications du don d'ovocytes, physiologiques et génétiques. La réflexion se poursuit sur le recrutement des donneuses, les différents types de dons, les conditions à remplir, les risques encourus et les complications qui peuvent se produire. Les résultats actuels des traitements et les perspectives d'avenir sont analysées avec en toile de fond, la disponibilité des gamètes, les complications et astreintes liées aux stimulations, le peu d'efficacité de la congélation des ovocytes et les aspects éthiques du don de ces ovocytes, de même que les risques encourus pour autrui. La seconde partie de l'ouvrage s'intéresse aux aspects éthiques, sociologiques psychologiques et juridiques. Le Prof. Michel Dupuis traite des « questions éthiques » et développe l'originalité et l'exigence d'un regard éthique sur les problèmes posés par les recherches sur les cellules souches et la santé des femmes. Après avoir envisagé la méthode, le contenu et le contexte de la problématique, il identifie des questions éthiques spécifiques qu'il présente à la lumière des « avis » et « guidelines » déjà émis. Il insiste particulièrement sur les questions psychosociales de pression financière sur le « consentement » et sur la question de la proportionnalité des dons. Une régulation juridique claire serait très utile pour assurer le respect des personnes et des valeurs éthiques. Mme Françoise Cailleau est l'auteur du chapitre intitulé " Du don d'ovocyte à l'enfant imaginaire, la réalité psychique des couples infertiles". Elle y développe le point de vue d'une psychothérapeute de terrain, qui retranscrit pour le lecteur le langage des affects et des émotions ressenties par les couples infertiles, les futurs parents, les mamans en attente d'un enfant. « Rêver et fantasmer son bébé imaginaire », analyse l'attente, pendant laquelle la mère, l'homme, le couple se responsabilisent ou s'approprient subjectivement une réalité- le projet d'enfant et l'enfant à naître. Suit une réflexion concernant les embryons surnuméraires et l'impossible choix entre détruire et donner. L'Embryon, « Etre à part entière », est unité mystérieuse entre l'imaginaire des couples et le réel de la science. La réflexion déborde sur l'analyse multiple de la pratique du don « un cadeau qui a beaucoup de valeur, mais pas de prix ». Au chapitre suivant intitulé « De vrouw als embryodonor en eiceldonor met het oog op stamcelonderzoek, le Prof. Therry Vanweetvelt traite dans le détail, en Droit médical, des problèmes liés à la santé des femmes donneuses d'ovules, dans le cadre de la recherche et du statut de l'embryon sur le plan juridique, éthique et religieux. S'agissant de la femme donneuse et de la création d'embryons pour la recherche, l'instrumentalisation de la procédure, les pressions sociales ou les appâts financiers sont analysés. L’auteur met l’accent sur l'importance du consentement éclairé à propos du don et des risques inhérents aux stimulations ovariennes , de même que les limitations légales relatives au don d'ovules : l'âge (majorité), l'accord écrit, l'opportunité scientifique et le nombre de stimulations par sujet. Il décrit le rôle des Comités d'éthiques locaux et de la Commission Fédérale « Embryon » dans les procédures. Il compare ensuite de manière très analytique la situation belge régie par la Loi, à celle des autres pays et développe les principes juridiques actuels concernant les embryons et les cellules souches embryonnaires. Différents aspects sont considérés à cet égard dont l’autorisation de prélèvement de cellules souches sur les embryons en vue de la recherche et la propriété juridique du matériel prélevé à partir du corps humain. Enfin, l’auteur décrit la problématique de la commercialisation des ovocytes, des gamètes masculins et des cellules souches. Pour clôturer l'ouvrage, le dernier chapitre « Patents and Venus », rédigé par les Prof. Geertrui Van Overwalle et Nele Berthels traitent de la question des brevets relatifs au matériel biologique humain. S'agissant de cellules germinales, notamment des ovules, les demandes de brevet sont exceptionnelles en Europe. Le plus souvent, les ovules sont fécondés ou énucléés. Les brevets accordés tant aux Etats-Unis qu'en Europe excluent généralement les ovules du champ qu'ils couvrent. Aux Etats-Unis, de nombreux brevets ont été décernés couvrant les technologies des cellules souches, mais l'Europe est réticente à cet égard. Il serait nécessaire de clarifier la situation en la matière en maintenant un équilibre entre couverture par un brevet et liberté d'utilisation en matière de recherche-innovation. Les bénéfices attendus des cellules souches sont importants, notamment en matière de prévention et de médicaments. Une législation globale en la matière serait nécessaire, prenant en compte les aspects éthiques sans toutefois empêcher la recherche. Nul doute, la cohabitation entre les brevets et Venus est loin d’être harmonieuse. L’ensemble de l’ouvrage reflète de manière remarquable la complexité du domaine abordé et ses interrogations. Je vous remercie de votre attention ». * L’Académie se forme ensuite en « Comité secret », et le Président donne la parole à M. le Prof. P. Van Houtte, co-Président de la Commission « Hadronthérapie », chargée de donner un avis sur : « Quelle est l’opportunité d’un centre d’Hadronthérapie en Belgique ? ». Après un bref débat, il est décidé que la discussion dudit rapport sera reportée à une séance ultérieure. * La séance est levée à 12h.45.
L’Académie royale de Médecine a tenu sa séance mensuelle en date du samedi 25 octobre 2008, sous la présidence du Prof. A. Dresse, entouré au Bureau du Secrétaire perpétuel Prof. J. Frühling et des vice-présidents les Professeurs Mme J. Stiennon-Heuson et M. L. Hue. En ouvrant la séance, M. le Président désigne trois scrutateurs pour le dépouillement des votes concernant le nouveau Bureau pour l’année 2009. * La partie scientifique de la réunion est consacrée à deux lectures, la première par M. le Prof. P. Carmeliet (K.U.L.), invité, et l’autre par le Prof. M. Parizel, Chef de service de Radiologie de l’Hôpital Universitaire d’Anvers, invité. Le premier exposé, par le Prof. P. Carmeliet, s’intitule : « The neuro-vascular link : from genetic insights to therapeutic perspectives ». L’orateur présente ainsi sa lecture : « Understanding the molecular basis of the formation of blood vessels (angiogenesis) and nerves (neurogenesis) is of great medical relevance. It is well known that disregulation of angiogenesis leads to tissue ischemia, cancer, inflammation and other disorders, while a dysfunction of the nerve system contributes to motorneuron disorders like amyotrophic lateral sclerosis (ALS) and other neurodegenerative diseases. The observations of Andreas Vesalius - Belgian anatomist of the 16th century - that patterning of vessels and nerves show more than remarkable similarities, are currently revisited in exciting studies. Indeed, often, vessels and nerves even track alongside each other. Recent genetic studies revealed that vessels and nerves share many more common principles and signals for navigation, proliferation and survival than previously suspected. For instance, gene inactivation studies in mice and zebrafish showed that axon guidance signals regulate vessel navigation. Conversely, prototypic angiogenic factors such as VEGF control neurogenesis and regulate axon and neuron guidance, independently of their angiogenic activity. The next coming years promise to become an exciting journey to further unravel the molecular basis and explore the therapeutic potential of the neuro-vascular link ». L’exposé de P. Carmeliet est suivi avec attention et l’orateur répond aux interventions de MM. A. Burny, Th. Godfraind, O. Devuyst, J.E. Dumont, J.-J. Vanderhaeghen et L. Hue. * Le second exposé, par M. le Prof. P. M. Parizel, est intitulé : « Place actuelle de la radiologie dans l’univers médical : une analyse SWOT ». Cette lecture se résume ainsi : « Il est indéniable que la radiologie, ou l’imagerie médicale au sens large du terme, est une discipline médicale qui a connu un développement spectaculaire depuis quelques décennies et dont le rythme de croissance est toujours en accélération. La radiologie réclame une place de plus en plus importante dans le diagnostic et le suivi de nos patients, et grâce au développement des techniques interventionelles, la radiologie joue également un rôle dans le traitement de certaines maladies. Le but de cette présentation est de passer en revue le rôle actuel de la radiologie dans l’univers médical du 21ième siècle. Pour ce faire, nous utilisons un outil de stratégie d’entreprise: l’analyse SWOT (de l'anglais : Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats). Cette méthode d’analyse permet, sous forme d’une matrice, d’inventorier les caractéristiques de la radiologie, c’est à dire les atouts (forces), faiblesses, opportunités et menaces (on utilise d’ailleurs parfois l’acronyme analyse “AFOM”). Un diagnostic “interne” permet d’identifier les forces et les faiblesses de la radiologie et d’un service de radiologie. Par contre, un diagnostic “externe” est nécessaire pour identifier les opportunités et les menaces, qui sont influencés par des facteurs dans l’environnement, tels quels: l’apparition de nouvelles technologies ou logiciels, l'irruption de nouveaux concurrents (entreprises de téléradiologie en Europe ou en Inde, activités dites “connexistes”, les “turf battles” avec d’autres disciplines médicales), etc… La confrontation entre les résultats du diagnostic externe et ceux du diagnostic interne permettra de formuler des options stratégiques pour la radiologie et de définir la place de notre discipline dans le monde de la médecine actuelle ». L’exposé de M. P. M. Parizel est suivi d’une discussion à laquelle prennent part MM. A. Dresse, J.-L. Vanherweghem, J.-B. Otte et J. Frühling. * Le Président donne la parole à M. le Prof. Ch. van Ypersele de Strihou, Président de la Commission de l’ « Art de guérir – Article 49 bis », qui expose le dossier d’un médecin étranger sollicitant l’autorisation de pratiquer l’art de guérir en Belgique. La Commission s’est réunie le 27 septembre 2008. Elle était constituée par MM. les Professeurs J.-M. Boeynaems, Th. Godfraind, G. Rorive, S. Louryan et Ch. van Ypersele ; le Prof. A. Scheen ayant été excusé. En l’absence de raisons humanitaires, politiques ou de qualifications exceptionnelles, la Commission rejette la demande du docteur K. Tribak. * Le Secrétaire perpétuel donne ensuite les communications du Bureau. Il signale qu’une invitation a été envoyée à tout le monde, de la part de M. le Prof. M. Goldman, pour une séance intitulée : « Integrating Transplantation Research in Europe : perspectives for public-private partnerschips », qui se tiendra le 3 novembre 2008, à la Bibliothèque Solvay. Il attire ensuite l’attention sur la longue liste des différents Prix attribués par notre Compagnie et qui arriveront à échéance le 10 janvier 2009. Il signale ensuite la disparition de deux Collègues étrangers, notamment : - du Prof. J. Kohl, décédé le 13 juin 2008, au Grand Duché de Luxembourg, à l’âge de 82 ans, Phtysiologiste, spécialiste de Santé publique et Directeur honoraire de la Santé du Grand Duché de Luxembourg, il avait été élu d’emblée membre honoraire étranger de notre Compagnie, le 19 mai 1990. - du Prof. G. Palade, né le 19 novembre 1912, nous a quitté au seuil de ses 95 ans le 7 octobre 2008. Personnalité exceptionnelle, le Prof. G. Palade était fort lié à la culture francophone, à la culture française et à la Belgique. Il a partagé le Prix Nobel de Physiologie et de Médecine avec Albert Claude et Christian de Duve en 1974. (Un éloge plus substantiel lui sera consacré dans le Bulletin et Mémoires de l’Académie). Il avait été élu correspondant étranger le 28 juin 1969 et promu membre honoraire étranger le 26 novembre 1977. L’Assemblée, debout, se recueille en la mémoire de ces deux éminentes personnalités. * L’Académie se forme en « Comité secret », et prend connaissance du résultat des votes intervenus pour le renouvellement du Bureau pour l’exercice 2009. Président : Mme STIENNON Jeanine-Anne, Professeur honoraire de l’Université d’Etat de Mons ; Premier vice-président : M. HUE Louis, Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain ; Second vice-président : M. PASTORET Paul-Pierre, Professeur émérite à l’Université de Liège ; Premier assesseur du Secrétaire perpétuel : M. OTTE Jean-Bernard, Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain ; Second assesseur du Secrétaire perpétuel : M. BONIVER Jacques, Professeur ordinaire à la Faculté de Médecine de l’Université de Liège ; Délégué des Correspondants : Mme MEUNIER Françoise, Professeur à l’Université libre de Bruxelles ; Suppléant du Délégué des Correspondants : M. LENGELE Benoît, Professeur ordinaire à l’Université catholique de Louvain. Fait partie du Bureau comme Secrétaire perpétuel : M. FRÜHLING Janos, Professeur honoraire de l’Université libre de Bruxelles. * Le Président rappelle ensuite que le rapport concernant l’ « Hadronthérapie » a été discuté lors de la séance du 27 septembre 2008, et qu’après quelques remarques et critiques, a été revu de façon assez approfondie par le Prof. P. Van Houtte, co-Président de la Commission « Hadronthérapie », absent en ce jour. Le Président tient à remercier tous les intervenants qui ont contribué à l’amélioration du texte, et en particulier, le Prof. J. Boniver. Le rapport est approuvé à l’unanimité des membres présents. Le Président tient à souligner que ce rapport sera envoyé à Mme la Ministre L. Onkelinx en même temps que le rapport néerlandophone. Pour lire le rapport, cliquez ici * La séance est levée à 12h.20.
L’Académie royale de Médecine a tenu sa séance mensuelle en date du samedi 29 novembre 2008, sous la présidence du Prof. A. Dresse, entouré au Bureau du Secrétaire perpétuel Prof. J. Frühling, et des vice-présidents les Professeurs Mme J. Stiennon-Heuson et M. L. Hue. * La partie scientifique de la réunion est consacrée à deux lectures, l’une par M. le Prof. Y. Jongen, Ingénieur civil en électronique ( Administrateur Délégué IBA) et le Prof. W. de Nève (Service de Radiothérapie – UZ – Gent), invités, sous le titre : « Les systèmes de radiothérapie par faisceaux de protons et carbones », et l’autre par Mme le Prof. S. Costagliola (U.L.B.), invitée, sous le titre : « Mécanismes moléculaires sélectionnés par l’évolution chez les primates pour se protéger vis-à-vis de l’hormone chorio-gonadotrophique ». L’exposé de MM. Y. Jongen et W. de Nève se résume ainsi : « La radiothérapie par faisceaux de protons, ou protonthérapie prend rapidement une place croissante dans l’arsenal des techniques utilisées en radiothérapie du cancer. Fin 2007, 65.000 patients avaient étés traités par faisceaux de protons dans l’une des trente-quatre installations de protonthérapie dans le monde. Si on la compare à l’IMRT, la protonthérapie offre l’avantage que l’intégrale de la dose donnée aux tissus sains est réduite. On admet généralement que la réduction de la dose aux tissus sains réduit la probabilité de complications associées à ce type de traitement. L’équipement de protonthérapie classique est aujourd’hui disponible auprès de grandes compagnies comme Varian, Hitachi ou Mitsubishi. La société belge IBA est leader sur ce marché, avec plus de 55 % des installations construites dans le monde entier. A côté des équipements classiques, basés sur des cyclotrons ou des synchrotrons, des équipements plus compacts et moins chers sont proposés, en se basant sur des concepts techniques innovants. Une petite société américaine propose un synchrocyclotron supraconducteur de très petite taille, monté sur une tête isocentrique. La société américaine Tomotherapy travaille avec le laboratoire de Lawrence Livermore National Laboratory sur le concept d’un accélérateur linéaire tout à fait nouveau : le Dielectric Wall Accelerator. A côté des protons qui commencent à rentrer dans la routine clinique, un intérêt croissant se développe pour la thérapie par des ions plus lourds que les protons, comme les ions de carbone. Les ions de carbone possèdent la précision balistique des protons, mais en plus le très haut Transfert d’Energie Linéique (TEL) leur donne une efficacité biologique accrue (RBE). Ceci leur permet de traiter effectivement des tumeurs radiorésistantes, difficiles à traiter par des photons ou par les protons. La plus grande partie de l’expérience clinique accumulée avec des ion carbone nous vient du Japon, et plus spécialement du National Institute for Radiological Sciences (NIRS) où plus de 7000 patients ont déjà été traités avec des faisceau de carbone. En Europe, la radiothérapie par faisceau de carbone a été essayée sur un nombre limité de patients au laboratoire de GSI à Darmstadt. Quatre systèmes de radiothérapie par faisceaux de carbone sont aujourd’hui en construction en Europe. Un centre clinique a été construit par le laboratoire GSI à l’Institut de Recherche cancérologique de Heidelberg. Ce centre est en voie d’achèvement, et devrait traiter des patients en 2009. Un autre centre est en cours de construction à Pavie en Italie, et est développé par un consortium de laboratoires italiens. La société Siemens a repris les droits intellectuels du système de GSI à Heidelberg, et a vendu deux autres centres en Allemagne, à Marburg et à Kiel. Toutefois la société Siemens a annoncé qu’elle suspendait la vente de systèmes de thérapie carbone. Tous les systèmes existants utilisent des synchrotrons pour accélérer les ions carbones. La société IBA a introduit l’usage d’un cyclotron supraconducteur pour l’accélération des ions carbone pour la thérapie. La technologie du cyclotron supraconducteur devrait permettre de réduire la taille et le coût des systèmes de thérapie par faisceaux de carbone ». La lecture de M. Y. Jongen et W. de Nève est écoutée avec attention et est suivie d’une discussion à laquelle prennent part MM. J.-C. Pector, L. Hue, J. Frühling, et Mme Fr. Meunier. * La conférence du second orateur Mme S. Costagliola, peut être résumée comme suit : « Les Récepteurs aux hormones glycoproteiques (rTSH, rLH et rFSH) proviennent de la duplication d’un gène ancestral. Ils présentent une large homologie dans la région responsable de la liaison spécifique de l’hormone. De même les hormones proviennent elles aussi de la duplication de gènes ancestraux. Elles sont formées de deux sous-unités. Une sous-unité alpha commune aux trois hormones et une sous-unité bêta spécifique de chaque hormone mais présentant néanmoins aussi 40 % d’homologie. On peut ainsi déduire que le risque existe d’avoir des phénomènes d’activation «Illégitime » d’un récepteur par une autre hormone que celle, qui lui est accouplée. Néanmoins, en moyenne le système reste bien étanche et chaque couple hormone-récepteur fonctionne sans interférer avec un autre. Mais le plus grand risque d’activation illégitime se situe lors du premier trimestre de la grossesse chez les primates. En effet, chez les primates supérieurs uniquement, une quatrième hormone apparaît formée d’une nouvelle sous-unité bêta : l’hCG. L’ hCG provient d’une duplication du gène de la LH avec laquelle elle partage environ 80 % d’homologie. Elle est produite par le placenta et son pic de concentration se situe vers la dixième semaine de grossesse, en concentration molaire 1000 fois supérieure aux taux de LH. Lors du premier trimestre de la grossesse, l’hCG est produite pour stimuler le rLH, et une activation illégitime du rFSH par des taux trop élévés d’hCG (comme dans les grossesses gémellaires) conduit à une hyperstimulation de l’ovaire et éventuellement un phénomène inflammatoire, délétère, tant pur la mère, que pour le fœtus. L’hCG apparaît chez les primates supérieurs et jusqu’alors, les mammifères non primates n’avaient pas reçu de pression sélective visant à protéger leur rFSH de l’hCG. Ainsi le rFSH de Rat peut être stimulé par de hautes concentrations en hCG. L’hCG apparaissant, qui plus est en concentrations très élevées, les primates ont du modifier la structure moléculaire de leur rFSH pour le protéger. Nos travaux ont permis de retrouver et de suivre jusqu’à l’homme la trace moléculaire de l’évolution de ce récepteur des primates inférieurs. Mme S. Costagliola est félicitée pour sa présentation et répond aux interventions de MM. T. Godfraind, J.E. Dumont, L. Hue, J.-F. Beckers, et W.J. Malaisse. * Le Président donne ensuite la parole au Prof. J.-D. Picard, membre honoraire étranger, pour une présentation d’ouvrage. Il s’exprime comme suit : « L’intervention que j’ai tenue à faire à l’Académie royale de médecine de Belgique ne correspond pas à la présentation de notre livre « Les Prix Nobel de Pensée Française ». La réelle présentation sera faite ultérieurement et je le souhaite vivement, par un collègue belge de notre Académie. Nous voulons, uniquement, expliquer le titre choisi car nombre de personnes ont contesté, sinon critiqué le choix des 74 biographies présentes dans ce livre. En effet parmi ces 74 lauréats, certains Français d’origine ont émigré. Mais c’est surtout dans le sens contraire que vous rencontrerez des " étrangers " qui ont quitté leur pays d’origine pour travailler et vivre en France, en ayant comme moyen d’expression la plus fréquente, la langue française. Citons par exemple, Maeterlinck, Metchnikoff, Beckett. La France fut pour eux une terre d’accueil. Nous aurions, ainsi, pu utiliser d’autres titres, telles culture, influence, expression, langue, voire même naissance. Un Lauréat aurait même proposé la notion de nationalité active. Vous constaterez, vous mêmes belges, que je me suis autorisé à introduire dans ce livre les biographies de neuf de vos concitoyens. La première fois que je fus « agressé », ce fut à l’occasion d’une rencontre avec une suédoise, d’origine polonaise et ayant ainsi une double nationalité. Je la sollicitais dans le dessein d’obtenir des documents photographiques pour illustrer la vie de quelques Lauréats. Elle n’admetta point que j’ose introduire la biographie de Marie Curie. Certes, il est normal, de la part d’une polonaise, de critiquer mon choix. Mais dans ce cas particulier, la notion de française ne peut se discuter. Marie Curie se voulait, elle même, française, tant par son mariage que par ses travaux et sa formation scientifique. Afin de nous départagez, je sollicitais l’avis de l’épouse de l’Ambassadeur de Pologne en France et sa réponse fut la suivante : Marie Curie est française, mais elle est d’âme polonaise. Ayant dédié notre livre à Marie Curie et aux 74 Lauréats, je me suis permis de citer cette merveilleuse réponse en première page. Par cette brève intervention, je souhaite avoir tranquillisé les lecteurs belges. Maurice Maeterlinck a toujours refusé la nationalité française. Et un écrivain belge dans un livre intitulé : « Les Lauréats de Prix Nobel de Belgique a bien introduit Ilya Prigogine ». Vous voyez, en conclusion, que la nationalité est quelque chose de difficile à définir. Dans ce livre, certains lauréats ont eu successivement jusqu’à trois et même quatre nationalités. Albert Schweitzer, né en Alsace, à une époque où elle était allemande, se voulait citoyen du monde. Et moi-même, née d’un père alsacien (allemand), se réclamant de la nationalité française et ayant émigré en Suisse où je suis né, ma mère étant parisienne, je ne me suis jamais posé la question de ma nationalité. * Le Président donne ensuite la parole au Prof. P.-P. Pastoret, membre titulaire, pour trois présentations d’ouvrages. Le premier ouvrage s’intitule : « A vian Immunology » - Elsevier Academic Press, 2008, édité par Fred Davison, Bernd Kaspers et Karel A. Schat. Le Prof. P.-P. Pastoret s’exprime en ces termes : « Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire perpétuel, chers Confrères, Les poules ne sont pas des souris avec des plumes. En d’autres termes, l’immunologie ne se réduit pas à l’étude des systèmes immunitaires de l’homme et de la souris. Les oiseaux ont eux aussi énormément contribué à notre compréhension des mécanismes immuns. Les oiseaux partagent de nombreux mécanismes immuns avec les mammifères mais ont cependant développé, au cours de l’évolution, un grand nombre de particularités et de stratégies distinctes ; ils parviennent aux mêmes résultats que les mammifères, mais à l’aide d’autres moyens. Certaines de leurs caractéristiques physiologiques, comme le fonctionnement de leur système respiratoire, qui diffère significativement de celui des mammifères, ont conduit à l’évolution de mécanismes distincts. La disponibilité de la séquence complète du génôme du poulet (Gallus gallus) a récemment permis des avancées très significatives dans la connaissances des stratégies immunes développées par les oiseaux. Comme vous le savez, les oiseaux sont très vraisemblablement les dinosaures actuels, comme l’ont démontré la découverte, notamment en Chine, des empreintes de ce qu’il est convenu d’appeler les « Dinobirds ». Cette parenté avec les dinosaures a été plus récemment confirmée par l’analyse de tissus mous de Tyrannosaure (Tyrannosaurus rex) et le séquençage partiel de son collagène I, proche du collagène du poulet.L’ouvrage que je vous présente, et que j’ai eu le plaisir de préfacer, nous offre le panorama le plus complet et le plus actuel du système immunitaire aviaire. Il vient à point nommé au moment de la crise de l’influenza aviaire hautement pathogène et au début d’un siècle ou le poulet devient une source majeure de protéines animales dans le monde ». * Le second ouvrage s’intitule : « Bluetongue in Northen Europe », World Organisation for Animal Health, édité par C. Saegerman, F. Reviriego-Gordejo et P.-P. Pastoret et se rapporte à un problème aigu vétérinaire de ces dernières années. Le Prof. P.-P. Pastoret s’exprime comme suit : « La fièvre catarrhale ovine, Bluetongue en anglais, est brusquement apparue en Europe du Nord en 2006, alors que jusqu’alors elle était cantonnée en Europe à la bordure de Méditerranée. Qui plus est, elle était provoquée par le sérotype 8 du virus, un parmi les 24 sérotypes connus, d’origine Sub-saharienne. On ne connaîtra sans doute jamais l’origine de ce brusque saut de répartition. L’infection par le sérotype 8 se caractérise par une gravité exceptionnelle chez les bovins, alors que les moutons sont normalement ses cibles de prédilection. Une autre particularité biologique de cette infection est sa transmission par des moucherons culicoïdes ; à l’occasion de cette récente épizootie, ce sérotype du virus de la fièvre catarrhale ovine a démontré que des espèces de culicoïdes du Nord de l’Europe comme Culicoïdes dewulfi dont on ignorait jusqu’alors la capacité vectorielle, était parfaitement compétent, ce qui a permis à l’infection de s’installer de manière pérenne dans le Nord de l’Europe, en Belgique, en Allemagne, en France, aux Pays-bas, au grand duché de Luxembourg et au Royaume-uni. Ceci amène à penser que le réchauffement climatique n’y est pour rien. L’impact de ce qui est devenu une enzootie a été désastreux pour l’élevage, notamment en Belgique, car l’épicentre de l’épizootie débutante se situait en région liégeoise. C’est pourquoi la Faculté de Médecine vétérinaire de l’Université de Liège s’est associée à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) pour produire cette brève monographie, décrivant principalement la biologie de l’infection et les signes cliniques rencontrés chez les bovins et le mouton ; elle décrit également les mesures prophylactiques à mettre en œuvre. Elle est l’œuvre du Professeur Claude Saegerman, du docteur Reviriego-Cordejo de la Commission européenne et de moi-même en tant qu’éditeurs ». * Cet ouvrage a été édité par Marie-Hélène Pinard de l’INRA, Cyril Gay de l’USDA, Betty Dodet de l’IABS et moi-même. Je vous remercie pour votre attention ». * Aux communications du Bureau, le Secrétaire perpétuel rappelle la liste des différents Prix de notre Compagnie qui arriveront à échéance le 12 janvier 2009 et demande aux membres présents de faire circuler ce message aux collaborateurs. Il signale ensuite que le Prix Dautrebande sera également attribué en 2009 dont l’échéance est fixée au 31 mars 2009. Il communique, à la demande du F.N.R.S., l’existence du « Prix Centre d’Etude Princesse Joséphine-Charlotte 2009 » qui couronnera « un travail original faisant apparaître l’intérêt pour la santé humaine des recherches contribuant à la lutte contre les infections virales », aussi bien dans le domaine clinique que recherches fondamentales. Le Prix est d’un montant de 12.500 euros. Les candidatures doivent parvenir au F.N.R.S. pour le 2 février 2009. * Le Président présente ensuite le rapport de la Commission « Drogues douces » rappelant qu’en mars 2006, le Bureau s’était posé la question : « Est-il souhaitable de libérer l’accès au cannabis ? », question soulevée au niveau publique par certains politiciens. EST-IL SOUHAITABLE DE LIBERALISER L’ACCES AU CANNABIS ? L’augmentation de la consommation de cannabis par les adolescents et les jeunes adultes constitue un phénomène de société qui interpelle beaucoup de parents et les responsables de la santé 1. Les modalités d’accès à cette drogue illicite représentent un des aspects du problème. L’acquisition de cannabis passe par des canaux obscurs et illégaux, parfois mafieux. Certains se demandent s’il ne serait pas préférable de les rendre plus transparents et, par conséquent, plus facilement contrôlables. Sans s’immiscer dans le débat législatif ou politique, le Bureau de l’Académie a estimé, lors de la séance du 11 mars 2006, qu’il serait utile de formuler un avis sur cette question de manière à contribuer à une prise de position scientifique. Il a chargé la Commission permanente « Toxicomanies » d’élaborer un projet d’avis en s’entourant d’experts extérieurs compétents dans le domaine. La Commission « Cannabis » ainsi constituée comprenait les Professeurs J.-L. BALLIGAND, L. CASSIERS, A. DRESSE (Président), L. MOLLE et J. NEVE (membres de la Commission « Toxicomanies ») et M. ANSSEAU, V. DUBOIS et I. PELC (experts externes). Elle s’est réunie en avril et mai 2006 et le 20 septembre 2007. Elle a déposé un rapport qui fut présenté et discuté d’abord le 15 juillet 2006 puis le 24 novembre 2007. Tout en approuvant l’analyse de la commission, la Compagnie a souhaité que les conclusions en soient explicitées de façon plus directe. Le présent rapport est destiné à répondre à cette demande de manière à clôturer le dossier. De nombreuses instances nationales et internationales se sont préoccupées de l’usage abusif du cannabis et des modalités d’accès. Leurs travaux ont fait l’objet de publications dont une partie est reprise en annexe. Le projet d’avis présenté s’inspire de ces documents et résulte des échanges de vue entre les membres de la commission. Il est important de noter que la question de la « libéralisation d’accès » est différente de celle de la « dépénalisation » qui porte sur les aspects juridiques de possession et de consommation de cannabis 2. 1. Usage du Cannabis et données épidémiologiques Originaire d’Asie centrale, le chanvre (Cannabis sativa) est utilisé depuis des millénaires pour ses fibres (cordages et voilures) et pour ses propriétés psychoactives. Un usage médicinal est signalé dans les médecines traditionnelles chinoise, indienne et arabe. Les Grecs et les Romains ne semblent pas l’avoir utilisé pour ses propriétés pharmacologiques. L’introduction en Occident est relativement tardive. Un usage médicinal est signalé au Moyen Age. Les troupes de Napoléon ont été en contact avec le « haschisch » lors de la campagne d’Egypte et l’ont ramené en France. Son usage fut d’abord répandu parmi les écrivains et les artistes. Plus tard, la « marijuana » fut popularisée par les hippies. Les enquêtes épidémiologiques réalisées dans différents pays de l’Union européenne s’accordent pour signaler une utilisation importante de cannabis par les jeunes adultes et les adolescents 3 - 5 . Etant donné les différences méthodologiques, il est difficile d’obtenir des chiffres précis et fiables. On peut cependant affirmer que : a) le cannabis est la drogue illicite la plus utilisée dans les pays de l’Union européenne. Quarante cinq millions de citoyens l’ont consommée au moins une fois dans leur vie et trois millions en consomment quotidiennement. Elle l’est cependant moins que l’alcool et le tabac. L’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) estime qu’il y avait en France métropolitaine en 2003, parmi les 18 - 75 ans, 12,9 millions de consommateurs réguliers d’alcool, 11,9 de tabac et 0,6 de cannabis. b) Il est important de distinguer la consommation occasionnelle (moins d’un gramme de résine sur la même journée et total mensuel inférieur à 2 grammes), la consommation régulière (3 à 4 joints par jour soit environ 14 grammes de résine par mois) et la consommation importante (plus de 2,5 grammes de résine par jour et plus de 56 grammes par mois). Dans cette dernière catégorie, l’utilisateur est en permanence sous l’influence de la drogue (‘stoned’). L’utilisateur occasionnel est le plus souvent un adulte jeune ou un adolescent. La première expérience est habituellement réalisée par un jeune de 14 à 16 ans, lors d’une soirée, par curiosité ou recherche du plaisir. Plus de 90 % des consommateurs resteront dans les limites d’une consommation occasionnelle, ludique et maîtrisée. Certains deviendront des utilisateurs réguliers ou de gros consommateurs avec toutes les conséquences médico-sociales que cela entraîne. c) La consommation de cannabis constitue-t-elle une porte d’entrée vers l’utilisation de drogues « dures » comme l’héroïne et la cocaïne ? Une relation causale directe entre la prise de cannabis et d’autres drogues n’a pu être établie. Il semble plutôt qu’il s’agisse d’un ensemble de facteurs psychologiques, affectifs, éducatifs et sociaux qui favorisent la consommation multiple de drogues. Il a été démontré expérimentalement que toutes les substances susceptibles de donner lieu à une assuétude ont en commun une mise en jeu du système dopaminergique mésolimbique de récompense. Un sujet ayant utilisé régulièrement du cannabis se trouvera en risque de consommer plus facilement d’autres drogues 6. 2. Propriétés pharmacologiques et toxiques du cannabis. Parmi les 61 cannabinoïdes identifiés dans la fumée de cannabis, le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) est responsable de la plupart des effets pharmacologiques observés. Le THC est une substance visqueuse, neutre, lipophile, très peu soluble dans l’eau. La concentration en THC des préparations à base de Cannabis sativa varie fortement suivant le mode de préparation. La préparation courante, ‘herbe’ ou ‘marijuana’ est un mélange de feuilles et de têtes séchées et contient 1 à 3 % de THC. Le ‘haschisch’ ou ‘barrette de shit’ ou encore le ‘pollen’ de fleurs sont plus concentrés (10 à 15 %). Des extraits alcooliques de résine peuvent être très concentrés (20 à 60 %). Ces grandes différences de concentration posent des problèmes aux consommateurs peu informés. Le cannabis est habituellement fumé pur ou mélangé à du tabac (joint). Ses effets sont alors rapides et de courte durée. Il peut également être administré par voie orale. Dans ce cas, la résorption est plus lente et plus variable. Le THC s’accumule dans les graisses où il persiste pendant des périodes prolongées. Au niveau cellulaire, un récepteur CB1 a été identifié et cloné dans le cerveau des mammifères et de l’homme. Il appartient à la superfamille des récepteurs couplés aux protéines G et se trouve principalement dans les ganglions de la base et le système limbique. Un récepteur périphérique (CB 2) est exprimé principalement dans les cellules T du système immunitaire. Il existe encore d’autres récepteurs CB. Les effets pharmacologiques du cannabis varient en fonction de la dose, de la voie d’administration, du contexte social, de l’expérience du consommateur et de sa vulnérabilité aux effets psychoactifs. Ils se développent en 3 phases1, 7-9. Dans une première phase, l’individu ressent généralement une sensation de bien-être et un sentiment d’euphorie qui facilite les contacts sociaux et la communication. Les perceptions visuelles, sensitives et auditives sont amplifiées et peuvent conduire à des hallucinations. Lors de la deuxième phase, l’individu devient atone, « stoned », dans un état de relaxation, de perte de conscience du temps, de repli sur soi. Simultanément on observe une perturbation de la mémoire de travail, des fonctions cognitives et des possibilités d’apprentissage. Ces troubles sont corrélés à des perturbations importantes du sommeil dont on vient encore de démontrer l’importance dans la consolidation de la trace mnésique 10,11. D’autres effets pharmacologiques sont également observables : vasodilatation accompagnée d’hypotension, de tachycardie et de rougeoiement des yeux. Sous l’influence du cannabis, les réflexes sont également diminués. Ceci peut entraîner des conséquences dramatiques lors de la conduite d’un véhicule, surtout en association avec l’alcool ou d’autres substances psychotropes ce qui se produit souvent lors des soirées de week-end. Lors d’un colloque intitulé « Cannabis et sécurité routière » organisé par l’Académie nationale de Pharmacie (Paris) en novembre 2005, il a été montré que le risque d’accident grave est multiplié par 2,5 lors de la conduite automobile sous influence de cannabis. Ce risque est doublé lors de la prise simultanée d’alcool et de cannabis 12, 13. Des complications dépressives et psychotiques sont de plus en plus fréquemment mises en évidence 14, 15. Ces effets sont modulés par une composante génétique 16 . Dans la troisième phase, les effets se dissipent et l’individu devient « down ». C’est la descente, souvent accompagnée d’une fringale pour les boissons sucrées. Des sensations désagréables peuvent être observées: nausées, céphalées, vertiges, angoisse. Etant donné la sélectivité d’action sur les récepteurs cannabinoïdes, la toxicité aiguë du cannabis est faible. En chronique, chez le fumeur de « joints », la toxicité pulmonaire est bien démontrée, surtout en association avec le tabac (bronchite chronique et cancer pulmonaire). 3. Dépendance physique et psychique. Chez les consommateurs occasionnels il n’y pas de dépendance. Une dépendance psychique faible est observée chez les utilisateurs modérés. En revanche, il existe une dépendance physique et psychique importante chez les gros consommateurs. 4. Usage médical du cannabis. Divers usages médicaux ont été préconisés pour la marijuana, en particulier en cas de douleurs et de vomissements provoqués par les chimiothérapies. La FDA estime que ces effets n’ont pas été démontrés dans des essais cliniques contrôlés17. L’Académie de Médecine de France souligne que « parmi les nombreuses indications thérapeutiques alléguées pour le cannabis, beaucoup sont anecdotiques et peu ont fait l’objet d’essais cliniques en double-aveugle, comparativement à un traitement de référence18. Une présentation intéressante et plus détaillée des conséquences de la consommation de cannabis a été publiée récemment 19 et a fait l’objet d’une lecture 20 . 5. Est-il souhaitable de libéraliser l’accès au cannabis ? Une proposition de loi avait été déposée au Parlement en 2006 sur la gestion des drogues2. Les auteurs préconisaient « une décriminalisation de la détention et de l’acquisition de cannabis pour usage personnel pour les personnes âgées de plus de 16 ans » pour une quantité maximale de cinq grammes. Ils espéraient décourager la consommation et renforcer la protection de la société tout en respectant le choix individuel des personnes. Une mise à disposition officielle et transparente de cannabis aurait permis un contrôle de la qualité et de la concentration des extraits en cannabinoïdes et éviterait un contact des jeunes avec les réseaux clandestins distributeurs de drogues dures. Cette proposition n’a pas été finalisée et est devenue caduque le 2 mai 2007. La revue réalisée par la commission montre clairement que les effets néfastes du cannabis sont nombreux sur les plans physiques, cognitifs, comportementaux et sociétaux. La prise de conscience de ces effets délétères augmente avec la publication des études récentes sur la question. Il est donc important de ne pas favoriser l’utilisation de cette drogue. Les expériences de libéralisation réalisées dans les pays voisins, notamment en Hollande et en Suisse montrent que les résultats sont loin d’être probants. La libéralisation d’accès semble poser plus de problèmes qu’elle n’en résout. Par ailleurs, les jeunes utilisateurs occasionnels risquent de devenir plus facilement des utilisateurs réguliers par un accès facilité à la drogue. Le passage du cannabis à des drogues plus dures n’est pas exclu. Plutôt que d’envisager une libéralisation de l’accès il serait préférable de développer des mesures d’accompagnement des utilisateurs réguliers ou des gros consommateurs de cannabis. Résumé et Conclusions Le cannabis est une drogue fréquemment utilisée dans les pays de l’Union européenne, principalement par les adultes jeunes et les adolescents. Deux types de consommation sont observées, l’une est occasionnelle, ludique et maîtrisée, l’autre régulière modérée ou importante. Dans la consommation régulière, les effets délétères sur la santé physique et psychique des individus sont indéniables et bien démontrés. En outre, les utilisateurs de cannabis font courir des risques non négligeables à autrui par le fait que leurs réflexes sont altérés lors de la conduite automobile, surtout lorsqu’ils associent cette drogue à l’alcool. Il apparaît dès lors de plus en plus clairement que la consommation régulière de cannabis doit être évitée dans l’intérêt de la santé publique et de la sécurité des citoyens. L’expérience des pays voisins montre qu’une libéralisation contrôlée de l’accès au cannabis irait à l’encontre de ce souhait. Même si la facilitation de l’accès au cannabis procède d’une intention louable, cette attitude n’est nullement défendable par des arguments scientifiques et doit donc être rejetée. BIBLIOGRAPHIE 1. Génération Cannabis. Paroles de jeunes, Paroles d’experts. Luc Descamps et Cécile Hayez. L’Harmattan Ed. 2005. 299p. 2. Proposition de loi visant à consacrer une nouvelle politique de gestion des drogues, à prévenir leurs effets néfastes et à lutter contre leur commerce illicite. Thierry Giet, Marie-Claire Lambert, Yvan Mayeur, Valérie Deom, Patrick Moriau et Karine Lalieux. (Déposée le 23 mars 2006, Caduque le 2 mai 2007).3. Cannabis 2002 Report. A joint international effort at the initiative of the Ministers of Public Health of Belgium, France, Germany, The Netherlands, Switzerland. Technical report of the International Scientific Conference Brussels, Belgium, 25/2/2002. 4. Consommations de substances psyc hoactives des élèves de 12 à 18 ans. Evolution entre 1993 et 2003. Premiers résultats de l'enquête ESPAD en France. INSERM et Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT). 14/04/2004.5. First cannabis use : does onset shift to younger ages ? Findings from 1988 to 2003 from the Dutch National School Survey on Substance Use. Karin Monshouwer, Filip Smit, Ron de Graaf, Jim van Os and Wilma Volleberg. Addiction 2005, 100, 963-970.6. Behavioural sensitization after repeated exposure to Delta 9-tetrahydrocannabinol and cross-sensitization with morphine. C. Cadoni, A. Pisanu, M. Solinas, E. Acquas et G. Di Chiara. Psychopharmacology. 2001, 158(3):259-66.7. Méta-analyse concernant les recherches de l'efficacité et l'utilisation de l'usage médicinal du cannabis. Projet de recherche. Prof. Dr. Bernard Sabbe. 8. Cannabis : Quels effets sur le comportement et la santé ? Une expertise collective de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). 22/12/2001. 9. Cannabis : Quels effets sur le comportement et la santé ? 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Huizink, F. Verhulst, Cannabis use predicts future psychotic symptoms, and vice versa. Addiction, 2005, 100, 612-618.16. A. Caspi, T.E. Moffitt, M. , J. McClay , R. Murray, H. Harrington , A. Taylor, L. Arseneault, B. Williams, A. Braithwaite, R. Poulton, IW Craig, Moderation of the effect of adolescent-onset cannabis use on adult psychosis by a functional polymorphism in the catechol-O-methyltransferase gene: longitudinal evidence of a gene X environment interaction. Biol Psychiatry. 2005, 57(10),1117-27.17. L'usage médical de la marijuana n'est pas justifié scientifiquement. FDA. 21/04/2006. 18. Le cannabis a-t-il un intérêt thérapeutique ? P. Lechat, Bull. Acad. Nat. Méd. 2002 (2) 331-338, Séance du 19 févr. 2002. 19. La consommation de cannabis. De l’information à la prise en charge clinique. E. Streel et P. Verbanck, 82p. Ed De Boeck et Larcier, 2007. 20. De l’usage dur des drogues douces. I. Pelc et P. Verbanck, Bull. Acad. Royale Méd. 2006, 161 (7,8,9), 450 - 458.
Après un court échange de vues, ledit rapport est approuvé à l’unanimité des membres présents. * La séance est levée à 12h.15.
L’Académie royale de Médecine a tenu sa dernière séance de l’année en date du samedi 20 décembre 2008, sous la présidence du Prof. A. Dresse, entouré au Bureau du Secrétaire perpétuel Prof. J. Frühling, et du vice-président Mme J. Stiennon-Heuson. Dans l’assistance, on remarquait, notamment, la présence de personnalités politiques et académiques. * Après un discours d’accueil du Président, Prof. A. Dresse, la partie scientifique de la séance fut consacrée à deux lectures : la première par M. I. De Leeuw (University of Antwerpen), invité, qui s’intitule : « Histoire médicale d’une dynastie florentine : les Medici », et dont voici le résumé : « La famille des Médicis a dominé Florence du 15ème au 18ème siècle. Grâce aux richesses accumulées par leur banque, leur commerce et leur industrie elle a fait de cette ville la capitale européenne de la Renaissance et un centre mondial de la culture. Les Médicis n’ont pourtant pas été épargnés par des problèmes de santé, qui ont souvent influencé le destin de la ville et de ses habitants. Au 15ème siècle Cosme l’Ancien et ses descendants (branche Cafaggiolo) étaient les maîtres de Florence. Tous avaient des « ennuis rhumatismaux » qui les clouaient au lit régulièrement et interdisaient une activité professionnelle normale. La tradition veut que ce soit la goutte qui était responsable de cet état. Le fils de Cosme a même reçu le nom « Pierre le Goutteux ». L’examen anatomopathologique des squelettes, l’étude de documents et lettres de témoins oculaires contemporains et l’analyse iconopathologique de tableaux et dessins de la famille ne peuvent néanmoins pas confirmer ce diagnostic. Au contraire deux autres syndromes ostéo-articulaires semblent exister dans la famille. Au 16ème siècle, les Médicis s’installent confortablement comme Grand ducs de Toscane et règnent comme des princes classiques abandonnant leur rôle de banquiers et de commerçants. Le faste, la gastronomie et la luxure entraînent pourtant le déclin progressif qui sera encore accéléré par la maladie. La malaria, la peste, la syphilis, la folie et les atteintes cardiovasculaires font des ravages sans parler des meurtres, empoisonnements et autres actes criminels. De plus, la résistance physique de la famille est diminuée par quelques pathologies héréditaires de découverte récente. En 1737, le dernier Grand duc s’éteint dans un marasme total et Florence tombe dans les mains de la maison de Lorraine ». * La seconde lecture, par M. J-P. van Ypersele (U.C.L.), vice-président du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), invité : « Répercussions des changements climatiques globaux sur la santé humaine et animale », peut être résumé comme suit : « Les activités humaines sont à l'origine de dégagements importants de gaz dits "à effet de serre" qui piègent la chaleur terrestre au voisinage de la surface et intensifient donc l'effet de serre naturel. Cela va s'accompagner au cours des décennies à venir d'un réchauffement du climat global et de modifications importantes dans le régime des pluies. Les modèles les plus récents évalués par le GIEC[1] indiquent qu’en l’absence de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la température globale de l'air en surface augmenterait probablement d'ici 2100 de 1.1 à 6.4°C, et le niveau moyen des mers d’au moins 18 à 59 cm. Selon les projections, les changements climatiques auront une incidence sur l’état sanitaire de millions de personnes, du fait notamment de l’intensification de la malnutrition, de l’augmentation du nombre des décès, des maladies et des accidents dus à des phénomènes météorologiques extrêmes, de l’aggravation des conséquences des maladies diarrhéiques, de la multiplication des affections cardiorespiratoires liées aux fortes concentrations d’ozone troposphérique dans les zones urbaines en raison du changement climatique et des modifications de la distribution géographique de certaines maladies infectieuses. Les changements climatiques auront quelques incidences favorables dans les zones tempérées, notamment une diminution des décès liés à l’exposition au froid, ainsi que quelques effets mitigés, notamment une modification de la diffusion et du potentiel de transmission du paludisme en Afrique. Dans l’ensemble, on s’attend que ces effets sanitaires favorables du réchauffement soient contrebalancés par ses effets négatifs, en particulier dans les pays en développement. L’exposé fera le point également sur les effets attendus sur la santé animale. Il montrera enfin l’ampleur des réductions d’émissions nécessaires si l’on veut éviter au moins une part de ces changements ». * La séance fut clôturée par une réception qui se déroula ensuite à partir de 12h.20. [1] GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (en anglais : IPCC / Intergovernmental Panel on Climate Change). Site : www.ipcc.ch.
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