Académie royale de Médecine de Belgique

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Discours du Pr. G. FRANCK

Discours du Pr. G. FRANCK, Président de l'Académie pour l'année 2004, lors de la manifestation d'hommage du 17 décembre 2004

Un hommage a été rendu au Professeur Albert de SCOVILLE, le 17 décembre 2004, au Palais des Académies, à l'occasion du trentième anniversaire de ses fonctions de Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de médecine de Belgique. La manifestation s'est déroulée en présence des membres de la famille du Professeur A. de SCOVILLE, et d'une assistance nombreuse, parmi laquelle on comptait de nombreuses personnalités.

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Trente ans se sont déjà écoulés, depuis qu’il a plu à sa Majesté le Roi, de vous confier, le 1er juin 1974, le Secrétariat perpétuel de notre Académie royale de Médecine. Vous succédiez au professeur Albert Dalcq, professeur émérite à l’Université libre de Bruxelles, décédé le 29 octobre 1973, à l’age de 80 ans, après avoir assuré cette fonction pendant 16 ans, de 1957 à 1973.

Comme le soulignait, le professeur Rijlant, Président en 1974, en vous accueillant dans vos nouvelles fonctions :  « Très jeune encore – il n’a que 52 ans – le Docteur Albert de Scoville eut une vie cependant très remplie dans laquelle deux étapes, plus ou moins, interdépendantes, peuvent être distinguées : une évolution logique qui a imprimé à son activité d’abord essentiellement chirurgicale, une inflexion décisive vers l’Anatomie ».

Aujourd’hui, en décembre 2004, l’Académie royale de Médecine a souhaité organiser cette cérémonie en témoignage de reconnaissance et de respect pour l’activité inestimable que vous avez consacré à cette Institution, lui donnant un lustre reconnu par tous sur le plan national et international.

Je ne pourrai retracer en détail toutes les étapes de cette longue et brillante carrière au cours de laquelle vous avez modelé cette Académie à votre image. Il suffit de lire les remerciements qui vous ont été adressés par les Présidents qui se sont succédés pendant ces 3 dernières décennies. Les mêmes qualités se retrouvent inlassablement : diplomatie, sagesse, disponibilité, dévouement, civilité, politesse, courtoisie.

En relisant ces dernières qualités, je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait de synonymes utilisés par diffèrent Présidents soucieux de ne pas répéter ce que les précédents Présidents avaient écrit. Mais connaissant les subtilités de la langue française, je me suis demandé si ces différentes qualités ne renfermaient pas des nuances très précises.

Que nous enseigne le Littré ?

La civilité, peut-on lire, est ce qui préside aux relations civiles c’est-à-dire entre concitoyens. On peut la définir comme un ensemble de bonnes manières à l’égard d’autrui, en d’autres termes comme un usage du monde.

La politesse est quelque chose de plus ; elle ajoute à l’idée de civilité, des manières et une façon de s’exprimer qui ont quelque chose de noble, de fin, de délicat. Pour pratiquer la civilité, il faut connaître les usages ; pour avoir de la politesse, la connaissance des usages n’est pas absolument nécessaire et l’homme distingué d’esprit et d’éducation à une politesse naturelle.

La courtoisie implique en plus des sentiments chevaleresques et, en particulier, la générosité envers les adversaires et les ennemis, sentiments que ne renferment ni la civilité ou la politesse.

Ces qualités bien spécifiques, Monsieur le Secrétaire perpétuel, vous ont permis d’imposer à ces lieux solennels et un peu austères, une atmosphère de convivialité et de dialogue qui n’a laissé aucun membre insensible qu’il soit belge ou étranger.

Reprenons brièvement les grandes étapes de votre carrière. Je ne ferai qu’évoquer vos Maîtres, Jean Firket qui vous initia à l’Anatomo-pathologie, puis Louis Christophe, Fernand Orban et Paul Desaive qui vous formèrent à la Chirurgie et vous préparèrent aux fonctions importantes de Professeur ordinaire de Clinique et de Pathologie chirurgicales dont vous fûtes chargé dès l’âge de 37 ans en 1959. Vous aviez crée le Service de Chirurgie de la jeune Université officielle du Congo belge à Elisabethville.

Je rappellerai également que vous aviez parfait votre formation par un séjour d’un an en 1957-1958, à l’Université de Harvard, comme « Advanced Fellow » au Peter Bent Brigham Hospital de Boston.

Les remous et soubresauts de l’indépendance du Congo vous ont incité, en 1968, à rentrer en Belgique, et à réintégrer l’Université de Liège. En 1971, vous êtes nommé Professeur ordinaire, titulaire de la Chaire d’Anatomie humaine topographique et de Splanchnologie, charge que vous assumerez jusqu’à votre Eméritat en 1987.

Sur le plan de la Recherche, parmi plus de 100 publications scientifiques, je soulignerai vos travaux consacrés à l’étude de la pathologie rénale et digestive, à la cancérologie, à la pathologie chirurgicale tropicale et plus particulièrement, vos contributions originales, à la fois expérimentales et cliniques, dans le domaine radio chirurgical de l’axe splénoportal.

Monsieur le Secrétaire perpétuel, votre réelle histoire commence pour nous en juin 1974, lors de votre nomination de Secrétaire perpétuel de cette Institution. Celle-ci ne vous était pas étrangère. Vous aviez été élu Correspondant régnicole en juin 1969 et Membre titulaire de la 3ème Section en juin 1972. Vous aviez déjà longuement participé aux travaux du Bureau de l’Académie comme suppléant d’abord puis comme délégué des correspondants.

Dans votre discours de prise de fonction, vous rendiez hommage au Professeur Dalcq, en soulignant l’atmosphère accueillante et le climat de confiance crées par ce dernier, envers les plus jeunes.

L’élève, ici une fois de plus, a dépassé le maître. L’Académie devenait pour vous, non seulement une nouvelle fonction mais aussi une passion. Les passions, écrivait Honoré de Balzac, ne pardonnent pas plus que les lois humaines et elles raisonnent plus juste : ne s’appuient-elles pas sur une conscience à elles, infaillible, comme l’est un instinct.

Cette conscience, cet instinct, vous le portiez en vous, dans vos gènes dirait-on aujourd’hui.

Dans ce magnifique discours prononcé en 1991, lors du 150ème anniversaire de l’Académie, devant sa Majesté la Reine Fabiola et devant un parterre des plus hautes personnalités belges et étrangères, vous exprimiez avec force les ambitions qui ont toujours dirigé votre action.

Notre vœux le plus cher, disiez-vous, pourrait s’exprimer comme suit : « Que nos gouvernements et nos hommes politiques, que nos hauts fonctionnaires et responsables administratifs, que les milieux médicaux veuillent bien comprendre ce message. Si la mission de notre Académie reste aujourd’hui dans la ligne que lui a tracée son passé, si elle est, sans doute, gardienne de la tradition, elle entend bien être – et rester – avant tout jeune, informée au jour le jour, des moindres progrès et découvertes scientifiques ».

Vous ajoutiez « Tradition ne signifie pas routine……La tradition n’est valable que dans l’adaptation continue et le progrès ». Vous poursuiviez : « Que chacun veuille donc bien réaliser que notre Institution n’est pas – ce que d’aucuns semblent imaginer – un agréable cénacle, un tant soit peu suranné dont les membres se rencontrent à date fixe pour deviser – courtoisement – mais qu’elle est avant tout et surtout un centre de travail, de réflexion, d’échange d’idées ; qu’elle est aussi une tribune de la pensée scientifique médicale la plus actuelle. Elle justifie ainsi la qualification d’association de capitaux intellectuels que lui attribuait son Président, le Docteur Gallez, le 12 décembre 1891, à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation ». Vous poursuiviez : «  Cette sorte de banque de ressources et de compétences me paraît être le véritable organe consultatif auquel Gouvernement national et Instances communautaires, chaque fois que les circonstances l’exigent, peuvent, et doivent – je n’ai pas dit : devraient – se référer ».

Quel chemin parcouru pendant ces trente années ! Il suffit de relire les comptes rendus des activités académiques que vous présentiez chaque année à notre tribune, pour se rendre compte du travail important réalisé par notre Institution, sous votre impulsion. Ne parlons pas seulement des prix souvent prestigieux régulièrement octroyés par les Fondations académiques et para-académiques. Mais insistons aussi sur la qualité extraordinaire des présentations scientifiques et des colloques nationaux et internationaux organisés sur des thèmes précis. Remémorons-nous un instant, les multiples avis et réflexions donnés par notre Institution sur les nombreuses questions posées par le développement de la médecine, son coût, son éthique, ses aspects juridiques ou philosophiques.

Mais a côté de ce talent d’organisateur et de coordinateur, vous avez ajouté votre volonté de représenter une Institution s’ouvrant sur le monde scientifique, médical et politique.

Vous êtes membre de nombreuses Académies étrangères qu’il s’agisse, entre autres, de l’Académie nationale de Médecine de France, d’Argentine, des Académies royales de Médecine d’Espagne, ou encore de Royal Society of Médecine de Londres où de la New york Academy of Sciences. Dans la même foulée, vous participiez à la création de la Fédération des Académies Nationales de Médecine – et des institutions similaires – de l’Union européenne dont vous deveniez le Secrétaire général en 1995, Fédération dont le siège central est établi dans ce Palais des Académies.

Votre expérience du monde scientifique vous faisait entrer au Fonds National de la Recherche Scientifique (F.N.R.S.) comme membre du Conseil d’Administration et au Fonds de la Recherche Scientifique Médicale (F.R.S.M.) comme membre du Conseil de gestion et membre de la Commission d’Ethique médicale.

Votre autorité morale vous introduisait à l’époque à la chambre d’expression française du « Collège des Médecins » du Ministère de la Santé publique, au Conseil supérieur des médecins spécialistes et généralistes du même ministère, comme Vice-président, et Président de la chambre d’appel. Vous avez également présidé la Commission dite de l’article 49ter de la loi sur l’art de guérir. Enfin, vous n’avez jamais oublié que l’Académie royale de Médecine avait été fondée par le Roi Léopold Ier , le 19 septembre 1841, que Sa Majesté, le Roi Albert II en est le Haut Protecteur et que la Reine Fabiola en est le seul Membre d’Honneur, titre qui lui fut solennellement conféré le 23 octobre 1976. Eu égard aux services exceptionnels rendus, Sa Majesté, le Roi Baudouin vous octroyait le 21 juillet 1984, une Concession de noblesse avec le titre de Baron.

Ces mérites peu ordinaires furent reconnus unanimement comme en témoignent les distinctions honorifiques prestigieuses que vous furent remises : Grand Officier des Ordres de Léopold et de la Couronne, Chevalier de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’Ordre national du Mérite de France, Grand Officier de l’Ordre du Chêne du Grand Duché de Luxembourg, Commandeur de l’Ordre civil d’Alphonse X d’Espagne.

J’ajouterais que vous avez reçu la médaille de la Résistance et que vous avez été promu Chevalier de l’Ordre de Léopold à titre militaire.

Monsieur le Secrétaire perpétuel, aux qualités qui vous sont reconnues, j’en ajouterais une dernière qui me paraît mieux cerner encore votre personnalité. Vous êtes un « homme distingué ». Le dictionnaire dit le « Petit Robert » en donne une très bonne définition : « Remarquable par son rang, son mérite » et il ajoute :   « voir brillant, célèbre, éminent, supérieur ».

Et je terminerai sur cette phrase d’Esprit Fléchier, homme d’Église et prédicateur du 17ème siècle, parlant du Duc de Montansier : « Il me suffit de vous faire souvenir qu’il se distingua dans une compagnie si distinguée ».

 

 

Madame la Baronne de Scoville,

Être l’épouse d’un homme brillant que des fonctions importantes et contraignantes obligent à être souvent absent, demande une grande faculté d’adaptation et d’abnégation.

Vous étiez heureusement préparée à cet état. Faut-il rappeler que vous avez été élevée dans un monde où la Science régnait en maître. Votre père, André Gratia, Professeur de Bactériologie et de Parasitologie à l’université de Liège, fut un des grands pionniers des antibiotiques et de la découverte de la pénicilline, ce qui est trop souvent ignoré.

Nous avons tous apprécié votre présence attentive mais toujours discrète. L’Académie est votre Maison et lors des dîners et réceptions, vous receviez avec grande attention envers vos hôtes, veillant à ce que tout se déroule parfaitement, avec goût mais aussi sens du protocole. Votre époux n’avait-il pas l’habitude de dire, lorsqu’il parlait de vous « mon Chef de Corps ». Ceci illustre bien cette qualité de conseillère, très écoutée par le Secrétaire perpétuel, rôle que nous avons pu maintes fois remarquer.

Madame, nous avons demandé à Madame ter Heijden, une des anciennes collaboratrices administratives du Secrétaire perpétuel, actuellement retraitée en Hollande et qui nous a fait la plaisir de venir aujourd’hui, de vous remettre ce bouquet de fleurs, en témoignage de notre affectueuse admiration.