Académie royale de Médecine de Belgique

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Allocution d'entrée en fonction

28 janvier 2006.

Monsieur le Président,
Messieurs les Vice-présidents,
Chers Collègues,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers amis.

Afin de débuter mon discours, permettez-moi de retourner l'horloge de l'histoire.

Nous sommes le 29 octobre 1973. Le Professeur Albert Dalcq, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Médecine de Belgique et Professeur honoraire d'anatomie à la Faculté de Médecine de l'Université Libre de Bruxelles, quitte ses laboratoires vers 19 heures et, en descendant les escaliers du Bâtiment "B", emprunte un petit bout de la rue aux Laines en vue de déposer son courrier du jour dans la boîte postale fixée tout près de la porte d'entrée des ambulances de l'Institut BORDET et, y arrivant, s'écroule foudroyé par un accident cardio-vasculaire mortel. C'est le soir et on mobilise le résident de garde senior de l'Institut BORDET qui accourt, hélas pour constater le décès. C’est ce résident de garde de l'époque qui se présente aujourd'hui devant vous en tant que Secrétaire perpétuel de notre Compagnie.

Je ne crois pas aux mythes, encore moins au destin prédéterminé mais cette succession d'événements pourrait être considérée comme curieuse, voire troublante et je relève avec intérêt que, par un mouvement brownien mystique, trente deux ans plus tard, c'est donc celui qui a constaté la fin de ce grand serviteur de l'Académie qui lui succède. Est-ce le destin ou le hasard ?

Relevons encore comme signe prémonitoire ou excursion parascientifique que l’intérim après le Professeur Dalcq a été assuré en 1973-1974 également par un nucléariste, le Professeur M. Devischer de l’U.C.L. et que le meilleur ami, compagnon de route de mon beau-père de l’école primaire jusqu’au diplôme universitaire, le Professeur P . Bordet, a failli devenir Secrétaire perpétuel de la Compagnie lors des élections de 1974 à une voix près. Enfin, le Professeur A. Simonart, oncle par alliance de mon épouse, fut membre de notre compagnie à partir de 1948.

Après avoir été désigné à la date du 1er janvier 2005 comme Secrétaire perpétuel ad interim pour succéder au Professeur A. de Scoville qui a dirigé notre Compagnie après le Professeur Dalcq pendant trente ans, vous m'avez élu à ce poste le 26 février 2005, choix confirmé par le Gouvernement de la Communauté française de Belgique le 23 septembre 2005. Pour faire connaissance, voyons maintenant brièvement quelques faits caractéristiques de ma vie, peut-être inédits parmi les titulaires prestigieux de ce poste que vous m'avez confié.

Je suis né en Hongrie, à Budapest précisément, en 1937, dans ce petit pays de l'Europe centrale qui fait partie depuis mille cents ans de l'espace culturel de l'Europe chrétienne occidentale de souche romaine et dont l'histoire dramatique et saccagée oscille éternellement d'un extrême à l'autre et qui est resté entre 1526 et 1699 le dernier bastion de l'Europe chrétienne contre l'envahisseur ottoman. Notre histoire ressemble ainsi, depuis toujours, au troisième acte d'un opéra de Verdi : brillant, flamboyant, héroïque, noyé dans le sang ; présentant plusieurs fois par siècle les actes de bravoure que tout le monde a applaudis, mais la cause de la nation était perdue autant de fois.

Malgré tout, ce peuple a produit par rapport à sa surface et à sa population actuelle de dix millions d'habitants, proportionnellement le plus grand nombre de Prix Nobel, de physiciens et de mathématiciens géniaux ainsi que de champions olympiques, tous sports confondus.

Issue de la période bénie de Marie-Thérèse, l'école médicale hongroise, fondée comme celle de l'Autriche et celle de Bohème par le Brabançon Gérard Van Swieten, a donné une contribution significative à la science médicale européenne et mondiale, à partir de l’œuvre de SEMMELWEIS, à travers la boîte de PETRI et la griffe de JENDRASSIK, jusqu'à la notion de stress de SELYE et aux découvertes d'un SZENTGYÖRGYI, prix Nobel de la médecine 1937.

Je suis donc né dans ce petit pays original et suis issu d'une famille d'artistes, de juristes et de commerçants, grossistes « capitalistes ». Mon prénom Jànos (= Jean ou surtout Johann) fut choisi par ma mère violoniste en l'honneur du grand Johann Sebastian Bach, compositeur des six sonates et partitas pour violon seul, les sommets de l'art pour cet instrument. Fait saillant de mon enfance : j'ai décidé définitivement, à l'âge de sept ans déjà de devenir médecin après la lecture de "Chasseur de microbes" de P. De Kruif.

Après avoir survécu par miracle au déferlement de la deuxième guerre mondiale sur la Hongrie en 1944-45, j'ai pu mener mes études secondaires en vue de présenter mon examen d'admission à l'Université Médicale de Budapest. Je dois ici rendre hommage à la qualité exceptionnelle du système d’enseignement secondaire en Hongrie dont j’ai bénéficié entre 1947 et 1955 ; mélange séculaire entre l’esprit humaniste latin et la discipline prussienne : sévère, exigeant, compétitif, mais profondément humain. Etant qualifié comme ennemi de classe, malgré mes excellents résultats scolaires, le régime communiste, dans un premier temps, m'a refusé l'inscription à la Faculté de Médecine et j'ai dû donc commencer ma carrière médicale comme brancardier à la Clinique Universitaire de Chirurgie cardio-vasculaire de Budapest, pour rejoindre quand même la Faculté de Médecine fin 1955, avec un retard considérable comme élève de la première année.

Vint 1956 et le soulèvement des étudiants hongrois auquel j'ai participé avec plusieurs dizaines de milliers de mes camarades. Suite à notre modeste démonstration spontanée de 15.000 personnes le 23 octobre 1956, devenant un soulèvement populaire massif du pays entier en huit heures, un régime communiste fut renversé pour la première fois depuis 1945 voire depuis 1917, ne serait-ce que pour onze jours. On peut dire que nous avons détruit les premiers le mur de Berlin, cinq ans avant sa construction.

Après l'écrasement de ce mouvement populaire, j'ai profité de la suppression partielle transitoire du rideau de fer et j'ai transféré le siège de mes activités à Vienne (Autriche) où, en tant que réfugié politique, à l'aide d'une bourse ROCKEFELLER, j'ai recommencé mes études de médecine à l'université de Vienne en 1957 pour obtenir mon diplôme de Docteur en médecine avec la plus grande distinction en 1963.

Comme élève assistant j'ai pu déjà m'initier à la recherche scientifique à l'Institut d'Histologie de la même Faculté à partir de 1958.

Petit intermède : après ma fuite, comme à peu près 15.000 de mes camarades étudiants hongrois réfugiés, j’ai été, à la date du 31 mars 1957, condamné collectivement à mort par balle « in contumace » comme déserteur militaire, (nous étions tous, dès l’inscription universitaire, candidats officiers de réserve de l'armée "populaire"). Soyez rassurés, le régime de KÁDÁR ramolli de « communisme de gulyàs » nous a amnistié plus tard.

Ayant épousé à Vienne une étudiante belge bruxelloise, inscrite à la faculté de philosophie et lettres lorsque j'étais en troisième doctorat et avec qui j'ai fêté déjà 44 ans de mariage ; suivant une proposition de feu mon beau-père, lui-même médecin ORL sorti de l'Université Libre de Bruxelles, nous avons décidé de nous fixer en Belgique, pays traditionnellement démocratique, ouvert, libéral et stable.

Ainsi, trois semaines après avoir reçu en juillet 63 mon diplôme à Vienne à l'Alma Mater Rudolphina, j'ai pu commencer mon activité comme chercheur EURATOM au Laboratoire des Radio-isotopes de l'Institut BORDET, institution que je ne quitterai plus professionnellement, sous la direction d'un jeune adjoint nommé Jacques Henry, Président de notre Compagnie pendant l'exercice 1995.

Ensuite (1966-1969), j'ai passé trois ans dans le Laboratoire du Professeur Albert Claude dont j'ai été le dernier assistant et qui m'a appris la pensée, l'esprit ainsi que la méthodologie scientifique et surtout une attitude critique vis-à-vis de moi-même.

C'est lui qui m'a dit, jeune chercheur impatient, lors d'une discussion nocturne : "Frühling laissez tomber les affaires secondaires. Vous ne devez vous occuper chez moi que de la recherche. Travaillez plus et mieux que les autres, les résultats viendront". Finalement, je n'ai fait que suivre le précepte claudien dans le cadre de toutes mes activités médicales ou paramédicales, associé à une pensée shakespearienne : "This above all : to shine own self be true" (Reste fidèle à toi-même partout et toujours). (Hamlet, Act. I, Sc. 3).

Successivement spécialiste reconnu en médecine nucléaire et en radiothérapie-oncologie, j'ai défendu ma thèse d'agrégation en 1977 et j'ai reçu ma première nomination d'enseignant universitaire comme chargé de cours en 1984. La même année, on m'a nommé Médecin Directeur, puis Médecin Directeur général de l'Institut BORDET, fonction que j'ai remplie jusqu'à ma retraite en 2002. Anecdote, mais significative, pendant ces 18 ans, BORDET, institution de soins avec vocation de recherche et d'enseignement, ne se trouva jamais en fin d'année budgétaire, dans les chiffres rouges.

De 1991 à 2000, je faisais partie du Conseil Supérieur des Spécialistes et Généralistes et j’ai été également membre de la section "rayonnements ionisants" du Conseil Supérieur d'Hygiène de 1991 à 1997 où je présidais notamment la commission ayant légiféré au sujet de la iodoprophylaxie en cas d’accident nucléaire. Je fus nommé ensuite Professeur ordinaire en 1993. J'ai donné des cours de radioprotection, de radiobiologie, de médecine nucléaire et de radio-immunologie à la Faculté de médecine, à la Faculté des sciences et à l’Institut de Pharmacie de l’U.L.B. à raison de 109 heures/an. Pendant toute cette période, j'ai maintenu mon activité clinique sans discontinuité dans mes spécialités.

Notre Compagnie m'a élu membre correspondant en 1995 et membre titulaire en 2001. Je faisais partie du Bureau comme délégué des correspondants en 1996 et 1997 et comme assesseur en 2003 et 2004. L’Académie des Sciences de Hongrie m’a élu membre étranger en 2001, reconnaissant ainsi implicitement mon appartenance à la Belgique.

Enfin, entre mai 2000 et mai 2006, j'ai été vice-président puis Président de l'Ordre des Médecins, Conseil du Brabant d'expression française.

Comme vous pouvez le constater, ma carrière est assez polymorphe, mise à part une activité clinique constante que je maintiens encore comme consultant honoraire à l'Institut BORDET.

Je ne suis pas un spécialiste pointu de réputation mondiale d'un chapitre circonscrit de recherche fondamentale ni un représentant exceptionnel d'une discipline chirurgicale exigeant des qualités d'un PAGANINI du bistouri. Comme métaphore, je compare ma carrière avec celle d'un sportif, champion de pentathlon moderne. Il s'agit d'un sport créé par Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux Olympiques modernes, qui rassemble en une épreuve cinq branches sportives fort différentes à accomplir en une journée : saut d'obstacles à cheval, escrime (épée, assauts à une touche où tout le monde rencontre tout le monde), tir au pistolet rapide (vingt balles), trois cents mètres de nage libre et un cross de quatre kilomètres. Pour gagner un concours, il ne faut pas être un champion exceptionnel dans toutes les disciplines individuelles mais un sportif complet et constant de haut de gamme dans l'ensemble des branches.

Si l'on considère les cinq branches médicales que j'ai pratiquées, en partie parallèlement, pendant les différentes périodes de ma carrière : la médecine clinique, la recherche fondamentale, l'enseignement universitaire, la gestion hospitalière – administration médicale et, enfin, l'activité ordinale, je n'étais peut-être pas le champion de chaque discipline mais j'ai essayé d'atteindre le plus haut niveau que je me suis imposé concernant l'ensemble de ces disciplines.

C'est donc un spécialiste du pentathlon moderne médical que vous avez élu Secrétaire Perpétuel et qui se présente aujourd'hui devant vous. Je suis pleinement conscient de ma tâche ardue et de mes responsabilités à ramifications multiples.

Une commission spéciale est en train de réécrire les statuts de notre Compagnie et désormais, le mandat de Secrétaire Perpétuel sera limité à deux fois cinq ans maximum avec la restriction que ce mandat ne pourra pas être exercé au-delà de 75 ans. Ces statuts ne sont pas encore approuvés par vous-même ou par les autorités de tutelle. Néanmoins, je m'engage ici aujourd'hui solennellement et sur mon honneur, à ne remplir qu'un mandat de cinq ans sous réserve que ma santé me le permette et, à la date du 1er octobre 2010, soit à l'âge de 73 ans et demi, de mettre à la disposition de l'Académie, le poste de Secrétaire perpétuel.

Cinq ans est peut-être un mandat limité mais sans être présomptueux, on peut créer des choses significatives en cinq ans, comme l'a fait par exemple la figure la plus marquante pour moi parmi les papes du XXe siècle, Jean XXIII, qui n'a régné que de 1958 à 1963 mais qui a induit de façon décisive et humaine un mouvement de modernisation et de renaissance de l'Eglise catholique.

Nous vivons actuellement dans une société en transformation permanente et dont l'évolution quasi imprévisible pour les dix ans à venir va en s'accélérant. Le principe d'un matérialisme de bas étage et le pouvoir absolu de l'argent ont fait éclater les structures de la société, ont balayé la notion de sacré, démantelé la structure familiale classique et supprimé les valeurs de référence traditionnelles remplaçant celles-ci par la réalité virtuelle des fausses valeurs créées de toutes pièces, portées par les ailes des médias et de la publicité. La profession médicale et notre Académie doivent s'adapter à cette société post-moderne qui cherche ses marques car c'est dans ce bouillon de culture infecté que nous exerçons notre métier et c'est dans ces structures que notre Compagnie doit contribuer à l'évolution permanente des sciences médicales.

Nous devons tous ensemble créer une nouvelle culture de recherche scientifique biomédicale adaptée à l'évolution des autres sciences et aux transformations de l'environnement sociétal, qui sera à même d'aborder et de résoudre les problèmes nombreux ou inédits posés au sujet des soins de santé et des questions éthiques.

Je ne peux pas ici dépeindre tous les problèmes actuels et tensions permanentes entre le monde médical et la société civile au niveau belgo-européen. J'essayerai tout au plus d'esquisser quelques traits en relation avec l'activité de notre institution pour les années à venir.

Après cette année de transition de 2005 qui a été consacrée à la reconstitution d’une activité de routine plus ou moins acceptable de la Compagnie, il faut, parallèlement avec la création de nouveaux statuts et du règlement d'ordre intérieur, remettre le fonctionnement de l'administration à un niveau digne de l'Académie et qui rejoint les anciennes références. A cet égard, nous comptons également sur l'appui de notre gouvernement de tutelle, celui de la Communauté française.

Ceci touche les problèmes à première vue aussi fondamentaux que celui de l’archivage ou de la gestion des différents procès-verbaux, des locaux et des assurances. Les moyens techniques de bureautique et de communication de l'Académie doivent être étoffés, modernisés et leur emploi devrait être généralisé. Parmi les choses essentielles pour notre compagnie, nous devons augmenter par une extériorisation saine, moderne et résolue, la visibilité et l'impact de l'Académie. Il faut que les avis de notre Compagnie soient sollicités et deviennent publics, utilisant tous les moyens modernes de communication et qu'ils soient transmis à temps aux différents décideurs politiques, économiques et médiatiques.

Il faut maintenir l'équilibre sain des finances de l'Institution, y compris la gestion du budget communautaire et du patrimoine, tout en participant au soutien de la recherche, entre autres , par la dotation des divers prix scientifiques.

Nous devons procéder à un rajeunissement continu de nos cadres, parallèlement avec l'introduction de plus en plus de représentantes de nos nombreuses et brillantes collègues femmes.

En ce qui concerne les problèmes qui sont liés à l'exercice de la profession médicale, notre place est en amont par rapport aux mutuelles, aux administrations des hôpitaux, aux groupements professionnels ou aux syndicats médicaux, évidemment à la même hauteur que les universités et facultés de médecine afin que nous puissions agir main dans la main avec les Recteurs et les Doyens pour préserver la qualité de l'une des meilleures pratiques médicales qui existent encore au monde et dont bénéficient les couches les plus larges de notre société belge à un prix démocratique. D’ailleurs, l’Académie doit intervenir à un très haut niveau dans le problème aigu constitué actuellement par les séquelles imprévues par les créateurs d’un numerus clausus de mauvais aloi qui diminue l'offre médicale belge de qualité et qui ouvre parallèlement le champ aux médecins bénéficiaires d'une qualification douteuse et inégale, issus de certains pays de la communauté européenne. A ce sujet, la commission 49 ter a un rôle potentiel crucial à jouer. Rappelons à cet égard également, dans le même domaine les travaux en cours de la Commission dite "numerus clausus", officiellement dénommée Commission "Médecine et société".

Notre champ d'activités ne doit pas s'étendre uniquement sur les sujets scientifiques où nous devons constituer la référence nationale absolue, mais en même temps toucher aux problèmes, à l'interface des sciences et des structures sociétales.

Nous devons définir les valeurs des sciences pures et devons être les chantres de la vocation des chercheurs et, en même temps, les défenseurs de la dignité de la profession médicale.

En outre, une collaboration sincère et fructueuse avec nos collègues de la KAGB fait partie de mon programme de base afin que l'esprit scientifique et confraternel médical se perpétue  comme les derniers composants rares du cytosquelette de la Belgique unie et fédérale âgée de 175 ans.

Arrêtons-nous à ce chiffre symbolique et chargé de tension de 175 ans pour une dernière réflexion personnelle. Le nouvel ordre mondial qui règne actuellement peut anéantir l'univers qui fut le mien, qui a vu ma naissance et dans lequel j'ai passé mon existence. Les forces bouillonnantes et agressives auraient pu jadis m'occire, puis m'enlever ma liberté, mon sens de vie. Cependant tout ceci me demeurait indifférent, car je refusais et refuserai toujours tout compromis avec une société et avec un monde qui m'est étranger.

A la fin de mon existence – j'ai accompli déjà 69 ans moins deux semaines – vous m'avez offert, avec le titre de Secrétaire perpétuel, vraisemblablement la dernière "grande distinction" (chargée du travail) de ma vie – donc à ce moment crucial, lorsque presque tout devient passé, l'homme doit répondre à la question : qu'as-tu fait déjà de ta vie ?

On répond à cette interrogation avec l'entièreté de sa vie, avec les faits, les pensées, les émotions, la création, les doutes, en somme avec le sens de son existence – s'il y en avait un. A ce moment on saura qui vous êtes, que vouliez-vous de la vie, qu'est-ce que vous saviez en faire ; à qui et à quoi vous restiez fidèle ou infidèle et, si vous étiez courageux ou lâche.

Aujourd'hui, et conscient de mes responsabilités en tant que Secrétaire perpétuel de notre Compagnie, j'essaierai d'apporter mes meilleures forces et un travail assidu à l'Académie comme j'ai toujours tenté de le faire dans toutes les fonctions de ma carrière selon l'adage latin : "Quid, quid agis, prudenter agas et respice finem".

Last but not least, en guise de clôture, permettez-moi de remercier le past-président Louis Jeanmart pour son amitié et son soutien pendant cette première année cruciale de mon activité comme secrétaire perpétuel a.i.

Je vous rappelle que notre amitié et collaboration date déjà de 1978/79 lorsque nous avons dirigé, via le conseil médical, l'Institut J. BORDET, respectivement Louis Jeanmart comme président et moi-même comme secrétaire.

Les deux vice-présidents et les membres du Bureau 2005 ainsi que les deux anciens présidents Ch. van Ypersele et G. Franck m'ont soutenu sans réserve et/ou m'ont fait bénéficier de leur riche expérience dans les divers domaines de l'administration scientifique.

Pour mon passé, je rends hommage à mon grand-père maternel Doctor juris ROTH Dezső, avocat, érudit et humaniste à qui je dois pendant mes premières 19 années d'existence mon initiation à la culture générale dans le sens gréco-latin, occidental et humaniste.

Ma mère, âgée actuellement de 91 ans ½, vivant à Budapest en pleine fraîcheur spirituelle, a accompagné chaque pas de ma vie d'enfant et adolescent, notamment dans la structure, jadis inhabituelle, d'une famille monoparentale, entre 1939 et 1950. En particulier, pendant les deux années (1944-45) de la guerre aiguë, elle a protégé et préservé, avec l'énergie d'une lionne, sa descendance unique sur les routes et dans les camps, quelque part en Europe centrale ; dans l'ombre des barbelés, écrasée par les panzers des SS, sous le feu des katjuscha soviétiques et chassé paradoxalement par les bombes des alliés libérateurs.

Enfin, pendant toute mon existence belge et dès notre mariage à Vienne en 1961, ma femme Arlette a assuré la stabilité de la structure familiale, essentielle à la réussite d'une soi-disant carrière. De l'intendance jusqu'au rôle de banquière, se chargeant de l'éducation de notre fils Pierre, elle a maintenu le cadre de vie et l'atmosphère afin que je puisse me consacrer aux diverses étapes de mon pentathlon médical. Avec notre fils, aujourd'hui avocat au barreau de Bruxelles et avec les derniers maillons de la famille, nos deux petits-enfants, Florence (8 ans ½) et Quentin (5 ans ½), elle préserve cette base stratégique spirituelle qui me permettra – j'espère – d'accomplir ce dernier challenge de ma vie, le secrétariat perpétuel de notre Compagnie.

Comme dernière pensée, je souhaite vous remercier vous tous qui avez bien voulu prêter attention à ce discours d'installation subjectif et insolite, sortant de l'ordinaire et constituant un message polymorphe de l'esprit de l'Europe centrale, de l'éternel "Mitteleuropa", où la Culture a pris toujours en charge la tension entre la vie et la mort, entre l'Ordre et le chaos, entre l'existence et le nirvana. 

(Applaudissements)