Académie royale de Médecine de Belgique

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Communiqué de presse. Tri des patients: pas de soins disproportionnés, des critères éthiques et médicaux

Alors que la Belgique s’organise pour ne pas devoir faire face à une saturation des hôpitaux due à la pandémie de Covid-19, le corps médical se prépare à appliquer des choix cruciaux. En cas de saturation des services de soins intensifs, quels patients doivent bénéficier d’un accès prioritaire à ce type de mesures ? L’Académie royale de Médecine de Belgique recommande de suivre les règles d’éthique et les recommandations de la Société belge de Soins intensifs.

C’est une situation effroyable et inédite que redoute aujourd’hui le personnel hospitalier : celle de devoir peut-être faire face à un dépassement de la capacité aux soins intensifs et de ne pas pouvoir aider chaque patient. Actuellement, tout est mis en œuvre par le corps médical pour éviter cette situation : aussi bien dans les maisons de repos et pour les patients à domicile que dans les hôpitaux, en repoussant les interventions non-urgentes

En ce moment pénible sur le plan professionnel et humain, l’Académie royale de Médecine tient à assurer les médecins belges de tout son soutien. « Prendre ces décisions est lourd et pénible. En tant que médecins, nous sommes formés pour aider, pour soigner, explique le Pr. Jean-Michel Foidart, Secrétaire perpétuel de l’Académie de Médecine de Belgique. Les règles d’éthique sont, en cette période tout autant que d’ordinaire, les seules à devoir nous guider et protéger nos patients ».

Dans une première phase, il est possible de remédier à cette situation par la limitation des interventions électives, le transfert de patients vers des unités de soins intermédiaires, l’extension des places de traitement avec des possibilités de ventilation ainsi que le renoncement aux options de traitement qui requièrent des effectifs importants. Le rôle des médecins généralistes, a cet égard est crucial.

L’ARMB rappelle que les règles d’éthique et les recommandations émises par la Société belge de Soins intensifs (SBMI), disponibles sur son site (www.armb.be) doivent servir de base aux directives éthiques que doivent émettre les établissements hospitaliers à destination des soignants. Chaque médecin, qu’il soit à l’intérieur ou l’extérieur des hôpitaux, doit garder à l’esprit que les soins ne peuvent pas être disproportionnés. Le critère des soins non-disproportionnés dans le temps doit prévaloir. Les lits de soins intensifs doivent être réservés aux patients pour lesquels une issue positive ou au moins acceptable peut être attendue après la sortie de l’hôpital », explique Jean-Michel Foidart. « La règle du ‘Premier arrivé, premier servi’ est condamnée dans un article récent du New England Journal of Medicine (NEJM 24/03/202) et ne devrait intervenir que très exceptionnellement après évaluation de l’urgence, du besoin impérieux ou non de soins intensifs, du meilleur pronostic et de la chance de récupération.  

Seuls des critères objectifs et strictement médicaux peuvent être utilisés pour les décisions d’admission et de maintien en soins intensifs en période de saturation de la capacité hospitalière : « Pour les patients plus âgés, outre le critère des soins proportionnés, le Score de Fragilité clinique (CFS) est primordial pour déterminer leurs chances de survie. La population peut être rassurée sur le fait que l’âge à lui seul n’est pas un critère éthiquement acceptable. L’âge est couplé avec le CFS. », détaille le Secrétaire perpétuel de l’Académie de Médecine de Belgique.  Ces critères seront appliqués aux patients infectés par le Covid-19 et ceux qui ne le sont pas, aucune discrimination n’étant possible aux yeux du corps médical.

Comme le recommande la SBMI, l’Académie préconise que trois médecins expérimentés dans le traitement de l’insuffisance respiratoire en médecine intensive puissent se consulter lorsqu’une décision de refus ou d’accès prioritaire aux soins doit être prise. Enfin, l’Académie royale de Médecine de Belgique rappelle que le personnel soignant doit pouvoir poser les gestes nécessaires tels que la réanimation en toute sécurité : le port de masques, lunettes, gants et blouses sont une condition sine qua non dans et en-dehors de l’hôpital.