Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Florence Roufosse

IMMUNOLOGIE DES SYNDROMES HYPERÉOSINOPHILIQUES   

par Florence ROUFOSSE (Hôpital Erasme – ULB), invitée.

Les syndromes hyperéosinophiliques (SHE) sont un ensemble de maladies rares qui partagent comme caractéristique une importante élévation du taux sanguin et tissulaire d’éosinophiles, un type de globules blancs connus pour leur rôle dans la défense contre les vers (parasitoses) et dans l’allergie. Dans les SHE, les éosinophiles sont responsables d’altérations fonctionnelles et structurelles des tissus infiltrés, notamment le cœur, les poumons, l’intestin, la peau, et le système nerveux, à travers leur sécrétion de médiateurs toxiques. Ces altérations expliquent les nombreux symptômes invalidants, voire les complications mortelles, qui caractérisent le cours naturel de cette maladie inflammatoire chronique.

Le traitement des SHE repose le plus souvent sur l’administration au long cours de corticostéroïdes oraux, éventuellement en association avec des agents immuno-suppresseurs et/ou cytotoxiques, avec comme objectif la réduction du taux d’éosinophiles. En effet, parallèlement à la normalisation de l’éosinophilie sanguine avec ces traitements classiques peu ciblés, les dommages dus à l’inflammation éosinophilique régressent, supportant le concept selon lequel les éosinophiles représentent l’origine principale du dysfonctionnement immunologique qui caractérise ces maladies.

Récemment, des traitements hautement spécifiques ciblant un facteur de croissance des éosinophiles, appelé interleukine-5 (IL-5), ont été développés pour soigner des maladies impliquant les éosinophiles et ce dans l’espoir de réduire le recours aux traitements classiques mal tolérés telle que la cortisone. Ces anticorps monoclonaux anti-IL-5 et anti-IL-5-récepteur sont capables d’abolir l’éosinophilie sanguine de façon spectaculaire, et leur efficacité a été démontrée dans le traitement de l’asthme sévère et des SHE dans des essais cliniques, aboutissant à leur autorisation de mise sur le marché et leur prescription à plus grande échelle. Cependant, qu’il s’agisse d’asthme ou de SHE, l’utilisation de ces anticorps révèle la complexité des mécanismes immunologiques opérant dans ces maladies, à travers la persistance de certaines anomalies en dépit de la réduction des éosinophiles. Ces traitements ciblés constituent donc un nouvel atout pour mieux appréhender la part des lésions et des manifestations cliniques qui revient aux éosinophiles, et identifier de nouveaux mécanismes pathogènes à travers l’observation clinique rigoureuse des patients traités et la récolte de prélèvements sanguins et tissulaires à des fins de recherche. Des techniques d’analyse génétique à large échelle constituent un outil complémentaire permettant de générer de nouvelles hypothèses sur les mécanismes immunologiques sus-jacents, ouvrant des nouvelles voies de recherche fonctionnelle sur les prélèvements réalisés chez les patients atteints de ces maladies inflammatoires invalidantes et chroniques. Ces progrès feront l’objet de la présentation proposée ce 24 octobre 2020 dans le cadre de la conférence de l’Académie Royale de Médecine de Belgique.