Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Serge Uzan

LA MÉDECINE DU FUTUR : QUELLE FORMATION ?

par Serge UZAN (Directeur de l’Institut Universitaire de Cancérologie – Sorbonne Université, Paris),  invité.

Préambule

La médecine sera multifactorielle, prédictive, personnalisée et de précision et ce sera une médecine des usages et des usagers utilisant largement les techniques du numérique et de l’intelligence Artificielle.

La médecine du futur devra conserver son objectif d’humanisme au service des patients et des usagers mais connaitra de nombreuses évolutions auxquelles il faut préparer non seulement les futurs acteurs de santé mais également les usagers, les tutelles et l’environnement réglementaire.

Quoiqu’il en soit la formation initiale et la formation tout au long de la vie seront les clés de la mise en œuvre du progrès

Nos objectifs en termes de formation sont résumés dans ces trois phrases !

Deux confusions doivent être évitées doivent être évitées :

imaginer que l’e-médecine va remplacer la médecine alors qu’il ne s’agira que d’une e-gestion de la médecine;

imaginer que l’objectif est celui d’une intelligence artificielle réellement capable d’emmagasiner toutes les connaissances, toutes les compétences, et à travers des algorithmes de décider et mettre en œuvre de façon autonome le traitement. Il s’agira en fait et pour longtemps de logiciels de plus en plus sophistiqués d’aide à la décision qui  reviendra in fine au couple soignant soigné.

Par contre, de profondes évolutions techniques et conceptuelles doivent être intégrées à la formation des futurs acteurs de santé :

Création de nouveaux champs de connaissances et des compétences faisant interférer sur de nouveaux modèles des disciplines qui jusque là ne dialoguaient pas.

L’exercice de la médecine sera multidisciplinaire et multifactoriel. Une première étape a été franchie en regroupant formation des acteurs médicaux et paramédicaux. Une étape ultérieure doit être rapidement franchie en associant d’autres composantes de l’Université, mais aussi des écoles d’ingénieurs et des écoles de formation des personnels administratifs.

Les acteurs de santé doivent dès leurs études apprendre à connaitre tous les parcours et modalités de soins possibles. Jusqu’à présent la formation initiale était largement réalisée à l’Hôpital. Désormais la dimension ambulatoire et surtout la dimension de parcours de soins mêlant hôpital et ville (domicile en particulier)  doit être enseignée dès la formation initiale.

L’innovation se passera autour du patient et comme on disait, from bench to bed, on dira from start up to patient. Le caractère intégrateur de la conception de dispositifs médicaux jouera le rôle de catalyseur de la relation entre des mondes habituellement séparés.

De nouveaux métiers sont indispensables, répondant à des besoins spécifiques et interdisciplinaires. Ils combleront le vide entre niveau Bac + 3 et Bac + 12 et seront donc essentiellement constitués d’un secteur qui est celui des masters santé.

La formation aux compétences reposera sur une première étape quasi obligatoire de simulation appliquant le principe : « jamais la première fois sur un malade ». La simulation nécessitera une recherche et des évolutions de plus en plus sophistiquées qui bénéficieront également à la chirurgie et à la médecine interventionnelle.

La réponse à de nombreux problèmes nécessitera des masses importantes de données et leur gestion par des algorithmes de plus en plus sophistiqués. L’amélioration de ces algorithmes au fil de l’eau et grâce aux données accumulées constituant le Deep learning. C’est cet aspect qui fait craindre aux médecins la disparition de leur rôle alors que ce risque est réduit si les médecins accompagnent cette évolution en rapprochant leur formation de celle des sciences de l’ingénieur avec de doubles cursus médecine sciences, médecine ingénierie, etc… et que de véritables équipes multidisciplinaires soient constituées

Le patient/usager sera intégré à un nouvel écosystème de démocratie sanitaire.

La diffusion de ces innovations aux acteurs déjà formés reposera sur un aspect qui deviendra crucial qui est celui de la formation continue et de la recertification même si ce terme doit être amélioré. La Mission interministérielle que nous dirigeons propose le terme de Certification et valorisation périodique. Pour la formation des acteurs à de nouvelles techniques des modèles pragmatiques nouveaux de diffusion de la connaissance seront mis en place. Ils reposeront sur la coopération entre ceux qui connaissent déjà une technique et ceux qui veulent la connaître.