Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire soumis par M. G. De Muelenaere, de Roulers, sous le titre : "Les obstructions du gros intestin"

               La Commission était composée de MM. Debaisieux, rapporteur, et J. Verhoogen, Membres titulaires.

                Le travail présenté à l’Académie par M. le Dr De Muelenaere comporte, suivant les termes mêmes de l’auteur, un « résumé de dix-neuf observations de réaction du gros intestin en iléus, avec dix-huit guérisons opératoires ».

                Après résection de la portion sténosée, M. le Dr De Muelenaere rétablit le transit intestinal par une anastomose termino-terminale des deux segments extrêmes. Il décrit minutieusement sa technique opératoire, dont les particularités essentielles sont : l’abrasion des franges graisseuses et des appendices épiloïques sur une longueur de deux centimètres à partir du plan de section, la coupe oblique de l’anse distale et l’enfouissement de la suture totale sous un double sujet séro-séreux.

                Les résections segmentaires du gros intestin sont relativement plus graves que celle de l’iléon. Cette différence s’explique par l’existence d’une vascularisation plus pauvre et par la disposition moins favorable du revêtement séreux, au niveau du cadre colique. Le succès de la résection, en un temps, devient plus aléatoire encore dans les cas d’occlusion, non seulement à cause de la septicité accrue du contenu intestinale, mais surtout en raison de l’œdème du segment proximal dont les tuniques se déchirent sous la traction des sutures. Aussi, dans les cas d’occlusion, presque tous les chirurgiens ont adopté l’opération en deux temps, la première intervention ayant uniquement pour but d’assurer la vidange de l’intestin.

                M. De Muelenaere estime cette précaution superflue et les résultats remarquables qu’il enregistre semblent lui donner raison, à condition toutefois que ses patients aient été opérés en état d’occlusion.

                Parmi les observations très sommaires qu’il nous soumet, plusieurs manquent de précision et laissent planer un doute à cet égard.

                C’est ainsi que deux malades étaient porteurs de fistules stercorales ; trois autres, chez qui l’auteur a réséqué l’anse sigmoïde, étaient atteints d’un cancer sténosant, ce qui n’implique pas nécessairement un syndrome d’obstruction. Enfin, cinq malades ont subi une hémicolectomie droite. L’anastomose, dans ces cas, offre plus de granties du fait qu’elle est établie entre l’iléon terminal et une portion non dilatée du côlon transverse.

                Une méthode, qui va à l’encontre de l’expérience courante, ne doit pas être rejetée à priori, mais il faut l’étayer, nous semble-t-il, de documents convaincants. En approuvant, sans réserve, la publication dans notre Bulletin du mémoire de M. le Docteur De Muelenaere, votre Commission redoute d’accréditer l’opinion qu’on peut dorénavant réséquer, sans grand danger, un segment du gros intestin chez un malade en occlusion. Avant de faire sienne une semblable doctrine, elle désire être mieux renseignée et elle vous propose de renvoyer le travail à son auteur, en le priant de le compléter.

                Ces propositions sont adoptées.

                Séance du 29 mai 1948.