Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. Léo Dejardin sous le titre : " Pseudo-Kyste hémorragique surrénalien associé à une sciatique rebelle"

                  La Commission était composée de MM. J. Verhoogen, R. Danis et F. Albert, Rapporteur.

                Dans le travail qu’il présente à l’Académie, le Dr L. Dejardin fait une étude fort intéressante d’un cas plutôt rare, un pseudo-kyste hémorragique surrénalien qui, comme dit l’auteur, présente le caractère original, sinon unique, d’avoir été la cause déterminante d’une sciatique rebelle.

                En fait, il s’agit d’un malade qui, quatre ans après une chute grave, développe d’abord des douleurs lombo-sacrées de plus en plus importantes et de plus en plus persistantes qui se compliquent finalement d’une sciatique droite réfractaire à toute thérapeutique médicale.

                Au moment où l’auteur voit pour la première fois ce malade, le tableau clinique est dominé par cette sciatique violente. En plus des symptômes habituels, parmi lesquels on relève une altération du réflexe achilléen du côté droit, il existe un œdème important des deux jambes, un peu plus marqué du côté droit où il dépasse le genou.

                L’examen clinique ne révèle rien d’anormal dans l’abdomen, ni dans la région rénale, malgré une certaine déficience de la fonction rénale.

                L’étude radiologique de la colonne montre l’existence  de poussées ostéophytiques assez importantes au niveau de la colonne lombaire, mais il n’existe aucune déformation des corps, ni des disques, pas de spondylolyse, ni de spondylolisthesis. Mais sur les radiographies apparaît, dans la région sous-diaphragmatique postérieure droite, une ombre arrondie de 12 cm. de diamètre, à bord inférieur calcifié, refoulant le rein droit, mais ne dépassant pas le bord inférieur du corps de la vertèbre L. 2.

                L’auteur discute à ce moment les relations de cause à effet possibles entre cette tumeur probablement kystique et la sciatique de son malade.

                La tumeur située au-dessus de L. 2 ne peut évidemment avoir aucune influence directe sur la sciatique. Et pourtant, sur les radiographies de la colonne, on ne parvient à relever aucune lésion, dont la localisation puisse expliquer cette sciatique rebelle, tout au plus une altération très discrète de l’articulation intervertébrale L.5-S.1.

                Mais il existe chez ce malade un œdème important et chronique des deux membres inférieurs, presque sûrement attribuable à une compression lente et progressive de la veine cave inférieure. La vase veineuse et l’œdème pourraient jouer aussi au niveau des trous de conjugaison. Sans doute, les ligatures chirurgicales thérapeutiques de la veine cave inférieure, même lorsqu’elles se compliquent d’un œdème plus ou moins prolongé, ne donnent jamais de sciatique. Mais, dans le cas présent, une stase veineuse agissant au niveau d’un canal intervertébral L.5-S.1. déjà lui-même légèrement pathologique, pourrait peut-être entraîner un trouble circulatoire suffisant de la racine correspondante pour déclencher la sciatique.

                C’est sur ce raisonnement que l’auteur base son diagnostic, son indication opératoire et son intervention qu’il fait porter non pas sur la colonne, mais sur le kyste.

                A l’opération, dès qu’il aborde la tumeur, le Dr Dejardin découvre une forte compression de la veine cave au-dessus des veines rénales, avec une grosse distension de tout le système veineux en amont de l’obstacle. Le clivage et l’extirpation du kyste se font sans difficulté. A la fin de l’intervention, le système veineux a repris son aspect normal.

                Les suites opératoires sont simples. Dès le réveil, le malade signale la disparition de ses douleurs, l’œdème des membres fortement diminué le lendemain, disparaît en 48 heures.

                Après deux mois, l’examen neurologique est devenu normal et on observe une amélioration manifeste de la fonction rénale.

                Les constatations opératoires et les résultats de l’intervention ont ainsi entièrement confirmé les conclusions de l’auteur.

                La suite du travail n’est pas moins intéressante.

                L’examen de la pièce opératoire montre qu’il s’agit bien d’un pseudo-kyste surrénalien. L’auteur joint à son travail de très belles microphotographies montrant la couche externe cellulaire, correspondant à du tissu cortico-surrénalien relativement peu modifié. Les couches sous-jacentes, beaucoup plus altérées, sont formées de tissu fibreux hyalinisé, avec d’assez nombreux dépôts calcaires.

                Enfin, vient une étude anatomo-pathologique et pathogénique détaillée des pseudo-kystes hémorragiques surrénaliens, lésion rare, dont il n’existe guère que 14 cas publiés dans la littérature chirurgicale auxquels il faut ajouter quelques rares trouvailles d’autopsie. Ces tumeurs semblent se former par l’enkystement de foyers d’hémorragies de la médullaire, probablement répétés à intervalles plus ou moins éloignés. La paroi s’épaissit progressivement et peut se calcifier. Quelques auteurs ont signalé des accidents douloureux cycliques correspondant peut-être aux rechutes des hémorragies.

                Dans le cas présent, les phénomènes douloureux locaux ont totalement fait défaut et les répercussions douloureuses lointaines n’ont apparu  que par l’intermédiaire de la stase veineuse entraînant des troubles circulatoires au niveau d’un trou de conjugaison lui-même légèrement pathologique. C’est ce qui faisait la complexité, mais aussi le réel intérêt du cas que nous présente le Dr Dejardin.

                L’auteur envisage, enfin, le rôle des traumatismes dans le problème pathogénique et la responsabilité éventuelle d’un accident.

                Le travail, par son ensemble, ne manque ni d’intérêt, ni d’originalité. Votre Commission vous propose de remercier l’auteur, de publier son travail dans le Bulletin de l’Académie et d’inscrire le nom du Dr Dejardin sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de l’Académie.

-   Ces conclusions sont adoptées.

(Pendant la lecture du rapport par M. Albert, M. Danis a projeté plusieurs clichés démonstratifs illustrant les constatations de M. Dejardin.)

Séance du 24 avril 1948.