Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite par M. E. Derom, dans la séance du 31 janvier 1948 sous le titre : "Recherches expérimentales sur la régénération du système nerveux sympathique vaso-moteur"

M. Bacq. – Je suis d’accord sur les conclusions de son travail avec M. Derom. Toutefois je tiens à rappeler que quand on enlève les cellules ganglionnaires on risque de contrecarrer les résultats que l’on recherche à cause de la sensibilisation à l’adrénaline qui se développe rapidement.

                M. C. Heymans. – Je voudrais demander à M. Bacq s’il estime que la quantité d’adrénaline qui peut être sécrétée par les surrénales est suffisante pour déterminer un spasme des vaisseaux sensibilisés vis-à-vis de l’adrénaline après la section de fibres sympathiques post-sympathiques ?

                M. Bacq. – D’après moi, c’est suffisant dans de nombreux cas. Je puis en citer deux exemples cliniques. Quand on anesthésie à l’éther un malade présentant un syndrome de Claude Bernard-Horner unilatéral, on s’aperçoit que la pupille énervée du point de vue sympathique est beaucoup plus large que la pupille normale. L’éther excite la sécrétion d’adrénaline qui, par voie sanguine, dilate l’iris énervé.

                L’autre cas est le suivant que j’ai vécu il y a 3 ans à Havard : un chirurgien venait d’enlever le ganglion stellaire à une malade atteinte d’une maladie de Raynaud au début. Les résultats étaient remarquables et le chirurgien fit venir sa malade, 8 jours après l’intervention, devant un grand auditoire d’étudiants. L’émotion de l’opérée suffit à provoquer une excitation sympathique, une sécrétion d’adrénaline et l’on vit se reproduire dans le membre énervé tous les symptômes préexistants.

                M. C. Heymans. – Que la pupille, dont les fibres sympathiques qui proviennent du ganglion sympathique cervical supérieur ont été sectionnées, se dilate lors de stimulations d’origine centrale (émotion, anesthésie) ne permet pas d’attribuer cette mydriase à un mécanisme humoral adrénalinique. Des expériences récentes effectuées dans notre laboratoire montrèrent, en effet, que des fibres sympathiques innervent également la pupille à côté du sympathique à côté du sympathique cervical.

                M. Derom. – Je crois utile de vous signaler que, l’après-midi du jour où j’ai fait ma communication à l’Académie, mon confrère De Moor en a fait une à la Société Belge de Chirurgie, prouvant cliniquement, pour la première fois, qu’au cours d’une réintervention on a retrouvé une chaîne sympathique régénérée.

                En réalité, M. De Moor a cité deux cas, dont le premier n’est peut-être pas très démonstratif, parce que l’opération avait été faite par un autre praticien ; mais le deuxième cas était celui d’un malade opéré par lui-même : les troubles s’étant reproduits après quelques années, une nouvelle intervention chirurgicale eut lieu, et l’on constata une nouvelle chaîne lombaire, ce qui démontre nettement la régénération des fibres sympathiques.

                M. le Président. – Je remercie les Collègues qui ont pris part à cet échange de vues, qui a mis en relief tout l’intérêt qui s’attache à la question soulevée par M. Derom.

Séance du 20 mars 1948.