Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport sur le mémoire de MM. R. Bourg et E. Spehl intitulé : " Etude histophysiologique des conséquences de la ligature des cornes utérines chez la rate adulte"

La Commission était composée de MM. P. Gérard, Rapporteur, et M. Cheval, Membres titulaires.

                  Le mémoire déposé par MM. R. Bourg et E. Spehl a trait à l’histophysiologie de l’ovaire du rat.

                Chez les rates tenues à l’écart du mâle, l’ovaire contient des corps jaunes périodiques à différents états de régression : celle-ci débute entre dix à quinze jours après leur formation et progresse rapidement.

                La ligature des cornes utérines un peu en amont de leur abouchement dans le vagin retentit à la fois sur l’ovaire et sur l’utérus. Dans l’ovaire examiné 21 jours après la ligature, on constate une persistance de l’activité lutéinique des corps jaunes récents, ainsi qu’une reviviscence des cellules lutéinique contenues dans les corps jaunes en voie d’atrésie.

                Comme l’établissent les mensurations faites par les auteurs ces corps jaunes sont de dimensions plus grandes que les corps jaunes périodiques.

                Enfin, les vestiges thécaux sont hypertrophiés. Malgré l’abondance du tissu lutéinique ainsi développé, l’utérus, fortement distendu par la sécrétion qui s’y est accumulée, possède un épithélium correspondant dans sa morphologie à celui des stades pro-œstrum ou œstrum, et ses glandes ont subi la transformation glandulo-kystique. L’épithélium vaginal, de son côté, est celui des stades précités.

                D’autre part, l’injection de benzoate d’œstradiol (10 injections de 0,25 mgr. tous les deux jours) provoque le maintien en activité des corps jaunes ayant opéré leur déhiscence pendant ou après les injections. Ceux-ci, moins nombreuses, sont plus volumineux et ressemblent aux corps jaunes gestatifs.

                Corrélativement, l’épithélium vaginal a pris la structure de la phase lutéinique. Par contre, l’épithélium utérin, moins sensible, reste du type de la phase folliculaire, avec réaction hypertrophique glandulo-kystique.

                Lorsqu’on associe ligature des cornes utérines et injections d’œstradiol, on observe une formation plus abondante de corps jaunes mais moins volumineux, et correspondant en volume aux corps jaunes pseudo-gestatifs.

                Les modifications corrélatives observées au niveau des épithéliums utérin et vaginal s’en déduisent très bien : l’épithélium utérin est en phase folliculaire (accompagnée d’H.G.K.) tandis que le vaginal, dans la moitié des cas, est celui de cette même phase, dans l’autre moitié, celui de la phase lutéinique.

                Un fait intéressant mis en évidence dans d’autres expériences des auteurs consiste en une hypertrophie glandulo-kystique des glandes utérines, tant au-dessus qu’en-dessous d’une ligature, chez des animaux préalablement châtrés, tandis que le vagin est à la période d’œstrus. La ligature des cornes utérines exécutée chez les castrats empêche donc le retour au repos sexuel des épithéliums utérin et vaginal dans les délais normaux, qui sont de 8 à 10 jours.

                Les auteurs en concluent, avec quelque raison, que ces modifications sont dues à la libération d’une substance à action œstrogène, par un organe non encore déterminé.

                L’injection d’œstradiol (seul accompagné de progestérone) à des animaux châtrés et ligaturés accentue les modifications œstrales mises en évidence dans l’expérience précédente.

                Cette libération d’un corps œstrogène d’origine non ovarienne s’effectue sans doute aussi chez les animaux non châtrés mais ligaturés ; malgré l’existence d’un tissu lutéinique abondant et vraisemblablement sécrétant, elle parvient à contrebalancer l’action de la progestérone, de telle sorte que seuls ses effets se manifestent toujours dans l’utérus et souvent dans le vagin.

                Par cette méthode, les auteurs mettent une fois de plus en évidence, la différence de sensibilité réactionnelle des épithéliums utérin et vaginal.

                La contribution apportée par MM. Bourg et Spehl à la connaissance de l’histophysiologie de l’ovaire et du tractus génital femelle est intéressante.

                Votre Commission propose l’impression de leur travail dans le Bulletin de l’Académie, et, vu la continuité de l’activité scientifique de M. Bourg, d’inscrire son nom sur la liste des aspirants au titre des Correspondants de la Compagnie.

                 Ces propositions sont adoptées.

Séance du 28 février 1948.