Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'étudier le mémoire présenté par M. J.-L. Veckmans, de Bruxelles, sous le titre :"Technique pratique d'insonorisation"

La Commission était composée de MM. H. De Stella, rapporteur, et L. Van den Wildenberg, Membres titulaires.

                La méthode d’examen audiométrique à la voix haute, proposée en septembre dernier par M. Veckmans, devait dans notre esprit se compléter d’une technique pratique d’insonorisation. C’est le sujet qu’aborde cette fois M. Veckmans en se plaçant au point de vue de l’otologiste praticien qui peut difficilement faire face aux frais considérables d’une chambre insonore. L’auteur fait la critique de ces installations et constate que si, du point de vue physique, on y trouve un avantage considérable parce que le silence y est parfait, du point de vue physiologique on y rencontre, dit l’auteur, un désavantage, constitué  par l’énervement et l’anxiété du sujet qui y est placé. Nous estimons que ce facteur psychique ne peut intervenir d’une façon appréciable.

                Prenant alors en considération le casque audiométrique, l’écouteur isolé acoustiquement le casque audiométrique, l’écouteur isolé acoustiquement par du caoutchouc, il montre que l’assourdissement obtenu est faible et que la pression exercée par l’oreille sur l’écouteur met trop facilement en jeu la conduction osseuse lors des épreuves par voie aérienne.

                L’otologiste praticien se trouve alors devant deux solutions : l’une physiquement parfaite mais par trop coûteuse, l’autre bon marché, mais susceptible de donner des erreurs. La solution qu’il préconise offre les avantages d’un silence qu’il appelle le silence clinique et dont il démontre qu’il est suffisant et d’un prix incomparablement moindre que celui d’une chambre insonore.

                L’installation comporte : 1) une petite chambre du type « annexe » dont le mur et les plafonds sont assourdis à l’aide de tissus de molleton et de rideaux épais et dont le parquet est recouvert de liège et de tapis ; les tissus doivent être écartés des parois et flotter librement ; 2) une caisse insonorisée, dans laquelle est placé le haut-parleur.  Cette caisse est une grande boîte de bois léger, à parois épaisses, dans laquelle est placée une seconde caisse de carton imprimé. Les parois sont recouvertes de molleton à l’intérieur et, sauf en avant, le haut-parleur est noyé dans la laine. En avant du haut-parleur se trouve un prolongement de la caisse en forme de cône afin que le patient, assis à côté de la caisse, puisse placer l’oreille au sommet du cône et loger l’épaule sous celui-ci. Le maintien de la double paroi à ce niveau a été obtenu par la mise en place d’un double cône également doublé de molleton. L’ouverture pour l’oreille peut être lavée et désinfectée.

                Les résultats donnent un isolement acoustique vis-à-vis de bruits de 70 dbs en moyenne. La mesure en a été faite en recherchant à partir de quel niveau sonore des oreilles normales perçoivent les sons à côté de la caisse, celle-ci étant fermée par la tête d’une personne s’appuyant contre l’ouverture. La valeur moyenne obtenue entre 100 et 8000 cps est de 70 dbs absolus (ref. 10-10 μ W = zéro acoustique).

                L’auteur a pu démontrer par la même expérience, l’observateur étant cette fois la personne qui applique la tête contre l’ouverture, qu’avant d’atteindre cette valeur de 70 dbs, les sons sont perçus d’une oreille à l’autre par conduction osseuse : l’observateur, dont le crâne est en contact avec l’ouverture, perçoit les sons avant la personne située à côté de lui. C’est ce qui a mené M. Veckmans à cette notion de silence clinique, au-dessus duquel l’insonorisation devient un luxe, puisque l’autre oreille perçoit le son par conduction osseuse.

                En pratique, ce silence est entièrement suffisant, car il met les oreilles normales à l’abri de bruits de 70 dbs, et cette limite se relève avec les seuils dans les cas de surdité.

                D’autre part, le dispositif préconisé évite les inconvénients psychologiques de la chambre insonore, parce qu’il n’y a aucun inconvénient à placer auprès du malade un aide qui peut le rassurer, sans gêner l’examen.

Séance du 31 janvier 1948