Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé Humbert Boisseaux (Médecin Général, Professeur agrégé du Val-de-Grâce - France)

LES URGENCES PSYCHIATRIQUES POST- attentatS

par Humbert BOISSEAUX (Médecin Général, Professeur agrégé du Val-de-Grâce - France), invité.  

Les années 2015 et 2016 ont été marquées en France et en Belgique par des attaques terroristes qui ont eu un impact majeur non seulement sur des personnes directement touchées dans leur corps comme dans leur être psychique mais aussi sur des populations ébranlées dans leur propre sentiment de sécurité.

Ces événements ont sollicité des capacités de réaction, mis à l’épreuve une organisation collective, des dispositifs sanitaires ou de défense, conduit à faire évoluer les savoirs faire face à l’épreuve. Or si l’on souhaite interroger les savoirs qui fondent actuellement nos orientations interventionnelles et soignantes, il n’est pas inutile d’en reprendre la genèse pour bien préciser de quoi l’on parle et quels en sont les enjeux.

On parle aujourd’hui du traumatisme pour évoquer indistinctement la cause comme la conséquence, un usage qui justifie d’une intervention sans délai auprès d’individus en souffrance mais aussi d’un corps social déstabilisé, l’un et l’autre apparaissant plus que jamais intimement liés. Mais l’aspect globalisant de cette sémantique n’est guère adéquate à la prise en compte différenciée des problématiques complexes que cela soulève.

Sans négliger les travaux des sciences sociales pour une meilleure compréhension de nos comportements individuels et collectifs, nous nous attachons ici à suivre une logique médicale. Être en mesure d'appréhender rapidement et le plus précisément possible l’impact psychique individuel immédiat d’un événement à potentialité traumatique est l’indispensable préalable à la mise en oeuvre d’une action pertinente. Ce travail se soutien aujourd’hui d’orientations théoriques diverses qui méritent d’être précisées si l’on veut apprécier la cohérence des démarches entreprises.

De même que l’événement ne décide pas en soi de l’effet produit sur un individu donné, sa portée ne se limite pas aux personnes directement impactées. L’impératif de soins adaptés à chacun peut cependant passer par le préalable d’une différenciation des victimes. Cela pose la question de la pertinence d’un triage psychique, de ses limites, des modalités de sa réalisation, mais aussi de l’orientation et de l’accompagnement ultérieur des individus.

Cela amène finalement à interroger le réel degré d’urgence d’une intervention médico-psychologique post attentat ainsi que la présence d’intervenants spécialisés, leur légitimité et leur rôle au sein d’un dispositif d’urgence pré hospitalière dont le formalisme interventionnel répond à une logique scientifique précise.

La bonne articulation des différents intervenants, notamment sanitaires, est essentielle en la circonstance. Le service de santé des armées prend, au décours des événements de 2015/16, une place toute particulière liée à une réactivité et un savoir faire spécifique acquis de longue date en situation d’exception, notamment sur les théâtres d’opération militaires.