Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Maya Hites (Service des maladies infectieuses et tropicales - Hôpital Erasme, ULB), invitée, et Emmanuel Bottieau (Institut de Médecine tropicale, Anvers), invité



(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs Cl. Saegerman, B. Dan, P. Coulie, M. Goldman, G. Moonen, St. Constantinescu, N. Clumeck, B. Byl, Mme D. Balériaux et M. G. Casimir).

DENGUE, CHIKUNGUNYA ET ZIKA : RECOMMANDATIONS POUR LES VOYAGEURS

par Maya HITES (Service des Maladies infectieuses et tropicales – Hôpital Erasme, ULB), invitée, et Emmanuel BOTTIEAU (Institut de Médecine tropicale, Anvers), invité.                 

Professeur Maya HITES :

Les infections dues aux virus dengue, chikungunya et zika sont des arboviroses transmises à l’être humain via des piqûres de moustique, dont les vecteurs incriminés sont principalement l’Aedes aegypti, et dans une moindre mesure, l’Aedes albopictus. L’Aedes aegypti, originaire des forêts tropicales de l’Afrique de l’Ouest s’est ensuite répandu dans la plupart des pays tropicaux, tandis que  l’Aedes albopictus, aussi connu comme le moustique-tigre asiatique est davantage invasif non seulement  dans les zones tropicales mais aussi tempérées. Dans ce papier, un résumé succinct de l’épidémiologie, la distribution géographique mondiale, et la présentation clinique de chacun de ces virus est présenté. Les recommandations actuelles de prévention pour les voyageurs sont aussi rappelées.

Dengue

La Dengue est l’arbovirose la plus répandue dans le monde, avec une estimation de 390 millions d’infections par an, dont +/- 100 millions sont  symptomatiques. La majorité de la population mondiale exposée à la dengue se trouve dans le sud-est asiatique (> 75%), mais le virus est malgré tout bien répandu dans toutes les autres zones tropicales et subtropicales du monde. Récemment, et de manière répétée, des cas autochtones et des micro-épidémies locales ont été décrits en France et en Croatie, et une grande épidemie de Dengue a eu lieu sur l’île de Madeire, Portugal du 2012-2013.

Cinq sérotypes (DENV-1 à DENV-5) sont transmis entre êtres humains via les moustique mentionnés ci-dessus, pour soit donner lieu à une infection asymptomatique (3/4 des cas), soit à un tableau clinique associant fièvre, céphalées, nausées, vomissements, et/ou une éruption cutanée maculo-papulaire diffuse. La guérison, sans traitement spécifique, est habituellement observée au bout de 7-10 jours. Plus rarement, dans 1-3% des individus infectés, la présentation peut être sévère (symptômes hémorragiques,  choc, ou des complications plus rares) avec un taux de mortalité de 1-5%. Ces présentations sévères sont rarement observées chez le voyageur.5-7.

Chikungunya

Le virus Chikungunya fut identifié pour la première fois en Tanzanie en 1953. Par la suite, on a observé une extension de ce virus en Asie du Sud, en Afrique, en Europe (Italie, France) et sur tout le continent américain, qui a été particulièrement touché au cours des dernières années. Le temps d’incubation de la maladie est relativement court (1-12 jours, avec une moyenne de 2-4 jours). Entre 3-25% des individus peuvent rester asymptomatiques. Pour les autres, la maladie est caractérisée par un début brutal des symptômes: fièvre, douleurs articulaires importantes et invalidantes, nausées, myalgies, et une éruption cutanée maculo-papulaire. Plus rarement, des formes sévères de la maladie, nécessitant des hospitalisations, peuvent aussi être observées. La guérison, sans traitement spécifique, est habituellement observée au bout de 7-10 jours. Néanmoins, certains patients peuvent présenter surtout des arthropathies, mais aussi de l’asthénie, et des myalgies, qui peuvent persister 3-5 ans après la phase aigüe de la maladie. Les patients à risque d’avoir une présentation sévère, ou de développer des manifestations chroniques de cette maladie sont ceux qui sont soit très jeunes (nouveaux-nés), ou plus âgés (> 65 ans), ceux qui souffrent déjà des polyarthralgies, et ceux avec des comorbidités telles que l’hypertension, une maladie cardiaque, ou le diabète. Le taux de mortalité due à la maladie est très faible.1-4 

Professeur Emmanuel BOTTIEAU :

Zika

Le virus Zika a été isolé pour la première fois chez le primate en Ouganda en 1947 et chez un être humain au Nigéria en 1954. Il est également transmis par les mêmes moustiques à activité diurne du genre Aedes. Après une longue période « silencieuse », où il a été responsable de cas sporadiques en Afrique et en Asie, il est apparu dans les médias suite aux épidémies massives d’abord en Polynésie française en 2013 et puis sur l’ensemble du continent américain de 2015 à 2017. Le nombre de cas a brusquement diminué en Amérique depuis mai 2017, mais des cas sporadiques et des micro-épidémies sont rapportés sur tous les continents actuellement, vu l’attention accrue. Le virus Zika provoque chez la majorité des voyageurs un état grippal transitoire assez bénin, quasiment toujours accompagné d’une éruption cutanée discrète. Il est parfois compliqué par une polyradiculonévrite de type Guillain-Barré. Il est par contre responsable, si une femme enceinte est infectée (et quel que soit le trimestre), d’un syndrome congénital très sévère chez le fœtus d’expression essentiellement neurologique (microcéphalie) ou oculaire, dont la fréquence est actuellement estimée à 5-10%. En parallèle avec la transmission vectorielle prédominante en pays tropicaux, d’autres voies d’infection ont été identifiées via le sang (transfusion), les contacts étroits et les liquides génitaux, en particulier le sperme (persistance d’ADN du virus exceptionnellement jusqu’à 6 mois). Une transmission sexuelle n’a toutefois été rapportée que jusqu’à maximum sept semaines après un rapport avec un partenaire infecté.

Recommandations pour les voyageurs

Avant tout voyage sous les tropiques, une visite médicale chez votre médecin traitant, ou dans une clinique du voyage est recommandée.

Actuellement, il n’existe pas de vaccin ni de traitement antiviral efficaces contre la dengue, le Chikungunya, et le Zika. La meilleure approche est donc préventive et commune aux 3 maladies, en essayant d’éviter d’être piqué par les moustiques. Pour éviter des piqûres de moustique, il est suggéré de porter des vêtements à manches longues et des pantalons longs, de préférence de couleur claire. Il faut aussi enduire les parties découvertes du corps avec un insectifuge à base de DEET à la concentration de 20-30% pour les enfants et les femmes enceintes, ou de 50% pour les autres. Cette application est à répéter régulièrement (chaque 4-6 heures) et plus fréquemment en cas de transpiration excessive. A noter que l’efficacité d’une crème solaire diminue fortement en cas d’usage simultané avec un répulsif à base de DEET. Par contre, la crème solaire n’a pas d’influence négative sur l’efficacité du DEET. Les produits à base d’IR3535 et d’extrait citrodiol d’huile d’eucalyptus sont efficaces moins longtemps que des produits à base de DEET, et ne sont pas recommandés. Les bracelets avec insectifuge ne sont pas efficaces. Finalement, il est recommandé de passer de préférence la nuit dans des chambres avec climatisation ou tout au moins de dormir sous une moustiquaire imprégnée.

En ce qui concerne le virus Zika, les recommandations sont plus complexes, vu le risque spécifique de transmission sexuelle et verticale (mère-enfant) :

- Les rapports sexuels si l’un des deux partenaires a été exposé en zone endémique (et ce même s’il est asymptomatique) devrait être protégés pendant au moins deux mois (si le partenaire exposé est une femme), ou pendant au moins six mois (si le partenaire qui a voyagé est un homme). C’est particulièrement important si la partenaire est enceinte.  S’il existe un désir urgent de grossesse, il est possible toutefois d’effectuer un screening sérologique (détermination de la présence d’anticorps) environ 3 à 4 semaines après l’exposition (fin du voyage), qui permet d’exclure avec beaucoup de précision une infection récente éventuelle. Il faut alors en parler avec son médecin traitant, ou un spécialiste en maladies infectieuses. ,

- Pour une femme enceinte, vu le risque substantiel de conséquences délétères pour le fœtus, il est très fortement déconseillé de voyager durant toute sa grossesse dans une zone avec transmission active du virus (des sites spécialisés comme ceux du CDC or de l’ECDC publient à ce sujet régulièrement des données actualisées). Si un voyage est absolument nécessaire (raisons professionnelles,…) des mesures maximales de protection anti-moustique doivent être observées (voir ci-dessus). 

Finalement, pour tout voyageur, si  une fièvre se développe pendant ou au retour d’un voyage tropical, il est indispensable de toujours consulter rapidement un médecin et de bien l’informer du séjour récent. Une prise en charge spécifique est possible, notamment en ce qui concerne les complications aiguës ou chroniques, après avoir exclu d’autres maladies tropicales potentiellement sévères comme la malaria. Après avoir contracté le chikungunya ou le zika, on est probablement immunisé à vie, ce qui n’est pas le cas pour la dengue.