Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge académique de feu le Pr Roland Bernard, membre honoraire, par le Pr Marc Renard (Hôpital Erasme - ULB)


Le Professeur Roland Bernard est né à Saint-Gilles le 2 mars 1929 et il est décédé le 18 juin 2017 à Anderlecht à l’âge de 88 ans.

Il est diplômé docteur en médecine en juin 1954 à l’ULB et il se destine d’emblée à l’étude de la Cardiologie. Il s’inscrit au post-graduat de Cardiologie créé par le Professeur Jean Lequime en 1952 à l’Hôpital Saint-Pierre.

Il termine cet enseignement de troisième cycle en 1957 avec grande distinction et décide de poursuivre ses études à l’Institut National de Cardiologie de Mexico où il obtient le diplôme de Radiologie cardio-vasculaire, Electrocardiographie clinique et Electrocardiographie supérieure. Sa formation se poursuit en 1958 aux USA successivement trois mois à la Mayo Clinic puis trois mois à la Harvard Medical School. A leur retour, le Professeur et Madame Bernard sont accueillis par leur famille et le Professeur Jean Lequime à l’aéroport comme de véritables stars. Il est engagé dans le service de Cardiologie de l’Hôpital Saint-Pierre où il va mener une brillante carrière académique, terminant celle-ci comme chef de service en 1994.

La carrière scientifique

Le Professeur Bernard manifeste très tôt un intérêt majeur pour la recherche scientifique et il publie son premier article scientifique comme co-auteur avec le Professeur Marcel Vastesaeger en 1957 dans la revue Acta Cardiologica.

Il se consacre avec passion à l’étude de la maladie coronaire qui à l’époque est un véritable fléau, responsable d’une importante morbi-mortalité. La mort subite par fibrillation ventriculaire (FV) est d’autant plus regrettable qu’il existe un nouveau traitement, le choc électrique externe mais il doit être pratiqué le plus vite possible.

Il consacre alors une énergie considérable pour créer une Unité coronaire modèle à l’Hôpital Saint-Pierre et développer un système de détection précoce de la FV.

« La surveillance en temps réel par ordinateur des troubles du rythme cardiaque » est le sujet de sa thèse d’agrégation à l’enseignement supérieur qu’il défend publiquement en mars 1974 à l’ULB et présente une leçon intitulée « La mort subite ».

Les travaux scientifiques du Professeur Bernard comportent plus de 150 publications et quatre livres concernant des domaines tels que les troubles du rythme cardiaque, les facteurs pronostiques de l’infarctus myocardique, la tolérance hémodynamique des antiarythmiques, le traitement de l’infarctus myocardique aigu et de l’insuffisance cardiaque. La plupart sont publiés dans des journaux prestigieux tels que le Lancet, British Heart J., Eur. Heart J., J. of Cardiovascular Pharmacology, Chest, etc.

1.  Les troubles du rythme cardiaque

Ces travaux se concentrent sur la reconnaissance précoce de la FV primaire à la phase aiguë de l’infarctus myocardique permettant une réduction importante de la mortalité précoce et un bon pronostic à long terme.

2.  Facteurs pronostiques de l’infarctus myocardique

Le Prof. Bernard contribue à un important travail collectif qui révèle les facteurs prédictifs précoces de mortalité à deux mois (Eur Heart J 1986) et à un an (Br Heart J 1988). Ces travaux soulignent l’importance de la taille de l’infarctus comme élément pronostique majeur.

3.  La tolérance hémodynamique des antiarythmiques de classe I

    Le Professeur Bernard est reconnu comme un spécialiste de ce domaine et en particulier de drogues telles que la xylocaïne, l’ajmaline, la méxiletine, le lorcaïnide, l’indecaïnide et le tocaïnide.

4.  Le traitement de l’infarctus myocardique aigu

Dès la fin des années septante, le traitement de l’infarctus myocardique connaît une évolution extrêmement rapide et le Professeur Bernard y contribue modestement par ses travaux. En particulier dans le domaine de la reperfusion coronaire par fibrinolyse (Lancet 1985), le choc cardiogénique et la contrepulsion intra-aortique, la dobutamine dans l’insuffisance cardiaque, etc.

5.  L’insuffisance cardiaque

L’Unité coronaire est un véritable laboratoire d’étude de l’hémodynamique de l’insuffisance cardiaque aiguë et chronique. Le Prof. Bernard contribue par ses travaux à l’amélioration de la compréhension des mécanismes physiopathologiques et du traitement. Il étudie tout particulièrement des drogues inotropes telles que la dobutamine, l’enoximone, le pimobendane, etc.

L’enseignement

Le Professeur Bernard enseigne au post-graduat de Cardiologie l’électrocardiographie, les techniques de réanimation cardiaque et la pharmacologie clinique ; de même au graduat, le certificat d’électrocardiograpie. Il faut également souligner ses qualités exceptionnelles de pédagogue dans l’enseignement au lit du malade.

Ses réalisations

1.  L’Unité coronaire

En 1974, le Professeur Bernard inaugure l’Unité coronaire de l’Hôpital Saint-Pierre. Cette unité est  un modèle d’innovation (surveillance par ordinateur,…) inspiré de ses voyages au Thorax Centrum de Rotterdam et de l’Université d’Edinbourg.

Il consacre une énergie considérable à la formation des infirmières spécialisées dont il perçoit leur   rôle essentiel et il publie un livre qui leur est consacré « L’infirmière et l’infarctus du myocarde ».

2.  La chirurgie cardiaque

    Il mène un combat difficile mais avec persévérance et habileté pour convaincre les autorités hospitalières du caractère indispensable de développer la chirurgie cardiaque dans un hôpital du centre d’une grande ville où l’urgence est sa vocation première.

     Les activités privilégiées

Les grandes qualités humaines et scientifiques du Professeur Bernard lui ouvrent de nombreuses portes : membre de la Commission « recherche clinique » du Fonds National de la Recherche Scientifique, conseiller à l’Organisation Mondiale de la Santé, président du Comité Scientifique Consultatif de la Ligue Cardiologique Belge,…

Il accepte également la présidence de plusieurs fondations scientifiques (Fondation Loïc, Fondation Bekales, Fondation Rylant). A l’Hôpital Saint-Pierre il devient Président du Conseil Médical.

A l’Académie royale de Médecine de Belgique, il est élu membre correspondant régnicole en 1992, membre titulaire en 1997 et membre honoraire le 13 juin 2008. En 1996 il participe à la rédaction d’un rapport sur les pacemakers qui va secouer la communauté des cardiologues belges et conduire à une amélioration des pratiques.

L’homme

Le Professeur Roland Bernard est un homme énergique, volontaire, créatif et habile dans la réalisation de ses projets. Son élégance et sa gentillesse naturelle séduisent ses amis, ses collègues et surtout ses élèves qui lui vouent une estime et une loyauté sans faille. Ces qualités sont restées intactes et son amitié fidèle jusqu’au dernier jour.

L’artiste

Roland Bernard est un homme raffiné qui aime l’Art sous toutes ses formes. Après sa retraite, il s’investit dans l’étude de la Peinture qu’il affectionne tout particulièrement. Son travail assidu et les conseils de maîtres reconnus contribuent à une production artistique de grande qualité.

Le Professeur Bernard est un Cardiologue qui a consacré une énergie considérable à défendre ses convictions, son hôpital et ceux qu’il appréciait. Ces réalisations n’ont été possible que par le soutient et l’amour de son épouse et de ses enfants pendant toutes ces années.

Du fond du cœur nous vous en remercions.