Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'apprécier le travail manuscrit présenté par MM. A. Lambrechts et A. Nizet, de Liège, sous le titre : "Nouvelles recherches sur la physiopathologie des hématies.

– V. Relation entre destruction et régénération des hématies chez le chien. »

            La Commission était composée de MM. J. Roskam, Membre titulaire, et P. Lambin, Correspondant, rapporteur.

            Le mémoire présenté à l’Académie par MM. Lambrechts et Nizet est la suite de la série de travaux qu’ils ont consacrés à la physiopathologie des globules rouges. En vue de préciser les mécanismes régulateurs du taux des hématies, les auteurs ont étudié expérimentalement chez le chien les rapports existant entre la destruction des globules rouges et leur régénération.

            Dans un premier groupe d’expériences, MM. Lambrechts et Nizet ont envisagé les réactions hématologiques produites par une injection intraveineuse unique de phénylhydrazine. A côté des modifications du taux d’hémoglobine et du nombre de globules rouges, ils ont examiné surtout les variations des réticulocytes et des hématies à granulations de Heinz ; la numération de ces éléments a été effectuée sur fond noir, selon la méthode originale mise au point par Nizet, qui permet de distinguer avec précision ces deux catégories de globules.

            L’altération des globules rouges par la phénylhydrazine se manifeste par l’apparition, dès les premières heures, d’une proportion élevée d’hématies à corps de Heinz (600 à 900 ‰) ; leur taux reste sensiblement constant durant 48 à 72 heures en moyenne, puis s’abaisse progressivement ; ces éléments altérés disparaissent complètement au bout de 12 à 30 jours. L’apparition de la crise réticulocytaire coïncide, à quelques heures près, avec le début de la disparition des hématies à corps de Heinz. Frappés de la coïncidence entre la régénération et la destruction des globules rouges, les auteurs sont portés à admettre une relation de cause à effet entre les deux phénomènes.

            Dans une deuxième partie de leur travail, MM. Lambrechts et Nizet ont pratiqué chez des chiens légèrement anémiés par saignée des transfusions de sang phénylhydraziné in vitro et contenant de 800 à 1000 ‰ d’hématies à corpuscules de Heinz. Ils ont constaté après ces transfusions une réaction réticulocytaire coïncidant avec la disparition des globules altérés. Dans ces expériences aussi, le stimulant de la régénération serait la destruction sanguine.

            Dans leur discussion générale et leurs conclusions, les auteurs paraissent rejeter l’intervention de tout autre facteur dans le déclenchement de la crise régénérative observée. Nous craignons qu’ils n’aient sous-estimé l’influence de l’anémie comme telle. Dans les expériences d’injection de phénylhydrazine, il existe habituellement une anémie notable au moment où se déclenche la crise réticulocytaire. Pour préciser son influence sur la réticulocytose, il eût été intéressant de suivre celle-ci chez des chiens amenés par simple saignée au même nombre d’hématies. Les expériences de transfusion sanguine auraient gagné en rigueur si les auteurs nous avaient indiqué les variations du nombre des globules rouges durant toute la durée de leurs observations ; le rôle éventuel de l’anémie dans le déclenchement de la réticulocytose aurait ainsi pu être discuté de plus près. L’affirmation des auteurs qu’une anémie modérée par spoliation sanguine ne produit pas de crise régénérative ne peut être généralisée ; elle est à coup sûr inexacte chez le lapin, ainsi qu’en témoignent par exemple les chiffres publiés par De Weerdt dans l’étude qu’il a consacrée aux variations de la bilirubinémie dans l’anémie aiguë post-hémorragique.

            Compte tenu de ces remarques, le mémoire de MM. Lambrechts et Nizet représente une contribution personnelle intéressante à l’étude d’un problème complexe, encore plein d’inconnues. La Commission vous propose d’adresser des remerciements aux auteurs et d’insérer leur travail dans le Bulletin de l’Académie. Elle propose aussi d’inscrire le nom de M. Lambrechts sur la liste des aspirants au titre de Correspondant de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 20 décembre 1947.