Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication intitulée : "La technique de l'accouchement eutocique", faite par M. M. Brouha, dans la séance du 27 septembre 1947.

            M. M. Cheval. – Il ressort de la communication de M. Brouha que l’obstétrique évolue vers la spécialisation, et il paraît certain que les méthodes, dont il nous a entretenu à notre dernière séance, ne sont d’application que pour les accoucheurs, parce qu’elles nécessitent une grande expérience de la marche normale de la contraction utérine. Employées à contretemps, loin d’améliorer la situation, elles la compliquent. Nous connaissons tous des accidents mortels dus à l’emploi abusif ou erroné des extraits de post-hypophyse. M. Brouha a également fort bien fait ressortir les avantages qu’il y a à pratiquer les accouchements dans des maternités organisées. Il y en a trop peu dans notre pays, mais nous sommes en droit d’espérer que cette situation s’améliorera, car l’on comprend de plus en plus que la femme, au moment où elle accomplit la plus précieuse fonction humaine, mérite de recevoir une assistance digne de cet acte.

            Dans sa communication, notre Collègue Brouha nous a rappelé que Kreis a préconisé la rupture de la poche des eaux. C’est un des mérites de Kreis d’avoir vaincu la notion de l’intangibilité de la poche des eaux et d’avoir montré que, la présentation fœtale s’accommodant mieux après la rupture de la poche amniotique, la dilatation du col est accélérée, l’engagement de la présentation est plus rapide. Cette rupture de la poche des eaux est nécessaire à la pratique de « l’épreuve de travail » sur laquelle notre Collègue a attiré notre attention dans la remarquable lecture qu’il nous a faite sur cette question.

            M. Brouha nous a dit aussi, si je l’ai bien compris, qu’il se refusait à adopter la systématisation préconisée par l’école de Strasbourg et donne la préférence à la technique plus souple préconisée par l’école de Lyon. M. Brouha sera donc probablement d’accord avec moi pour reconnaître qu’il ne faut pas utiliser à la légère la morphine ou la spasmalgine chez les parturientes. Ces produits ont une indéniable action sur l’enfant. Nous savons tous, par expérience, que s’ils sont donnés moins de deux heures avant la naissance, les enfants naissent endormis et qu’il existe un incontestable risque d’accident respiratoire pour ces nouveaux-nés.

            Je voudrais demander à M. Brouha de vouloir bien préciser ce qu’il pense de l’administration du mélange de pituitrine et de spasmalgine auquel il a fait allusion. Je ne trouve pas la justification à l’injection simultanée de ces deux éléments antagonistes.

            M. M. Brouha. – Tout d’abord un mot de remerciements à M. Cheval qui m’a dit des choses très aimables.

            Je crois comprendre que, sur tous les points que j’ai traités, il partage mon opinion. Mais il m’a posé une question, à laquelle je ne suis pas capable de répondre, parce que je suis aussi étonné que lui de voir appliquer en même temps un calmant et un excitant, ce qui m’a toujours semblé paradoxal aussi. C’est pourtant là un paradoxe que l’expérience semble justifier.

            Un pharmacologiste, - et il en est d’éminents dans notre Compagnie – pourrait sans doute nous donner des explications à ce sujet, car il y a là un phénomène qui dépasse notre compétence.

            M. le Président remercie MM. Brouha et Cheval.

            Séance du 25 octobre 1947.