Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. J. L. Veckmans, de Bruxelles, et intitulé : "Examen de l'acuité auditive à la voix haute sous intensité mesurable"

             La Commission était composée de MM. H. De Stella, rapporteur, et L. Van den Wildenberg.

            M. Veckmans s’est spécialisé dans la prescription des appareils de prothèse auditive au moment où le progrès de ceux-ci permettait une aide plus efficace aux sourds. En effet, depuis la guerre, l’application de la technique radio-électrique leur a donné un rendement insoupçonné autrefois.

            Les fabricants d’appareils ont fait un gros effort pour adapter ceux-ci aux sourds, mais il répugne au médecin de faire confiance à certaines machines à diagnostic qui ne laissent aucune place au jugement critique du médecin.

          L’auteur estime qu’à partir du moment où la prothèse n’est plus une simple amplification, mais une compensation de déficiences nécessitant un diagnostic, le rôle du médecin : « établir un diagnostic et y parer », et tout tracé.

            Il passe en revue les principes de la prescription : la fonction auditive peut être appréciée soit en établissant le degré de perception des sons purs, par diapasons ou audiomètre, qui donnent une précision raisonnablement grande quant à l’intensité et à la fréquence, soit en examinant la perception de la voix haute ou chuchotée, ce qui donne des renseignements portant sur la perception de l’intensité et du timbre.

            La technique classique paraissant trop approximative, M. Veckmans propose une technique audiométrique d’examen à la voix. Se limitant strictement à son sujet, il ne décrit pas sa technique d’examen aux sons purs, pour ne traiter que des épreuves vocales et des indications qu’on peut en tirer. Ceci répond d’ailleurs à un vœu exprimé à la séance du 29 juin 1947 par la Société Belge d’Oto-rhino-laryngologie de voir réaliser une technique plus rigoureuse d’épreuves vocales.

            Le principe de la prothèse auditive avait toujours été une amplification des sons de la voix, et le premier grand progrès fut l’amplification linéaire uniforme : mais celle-ci donnait, par rapport au sourd, une intensité trop forte pour certaines fréquences et trop faible pour d’autres. De là, naquit la théorie de l’amplification sélective et c’est en fonction de cette théorie que l’auteur fit construire un appareil, et, fin octobre 1946, exposa dans un pli cacheté déposé à l’Académie, ses grandes lignes, sa technique et les résultats qu’il en escomptait.

            L’appareil comporte, en plus des éléments habituels d’un bon audiomètre, les éléments suivants : microphone et son préamplificateur, voltmètre de sortie, filtres atténuateurs de certaines bandes de fréquences.

            Dans le classique examen de la voix, l’otologiste se met à l’extrémité de son cabinet, fait boucher une oreille au malade, et fait présenter l’oreille à examiner. Il prononce certains mots à voix haute, et se rapproche. Il procède de même pour la voix chuchotée. La mesure s’évalue en mètres de distance. Cette méthode n’est pas très scientifique ; des contrôles précis ont montré que l’intensité de la voix n’est pas constante pour un même examinateur.

            L’auteur renonce à cette technique et réalise les épreuves de la voix avec un audiomètre qu’il a ingénieusement modifié. Ces techniques ne présentent pas de difficultés notables, mais il faut, si l’on veut qu’elles soient réellement supérieures aux épreuves courantes :

            1°) émettre la voix de manière uniforme ;

            2°) mesurer l’intensité sonore amenée à l’oreille ;

            3°) n’examiner qu’une oreille à la fois, à l’exclusion de l’autre.

            Un microphone « Shure » est mis en circuit à la place de l’hétérodyne. Sa courbe de réponse est pratiquement horizontale. Le préampli et l’ampli ont une courbe de réponse horizontale entre 200 et 8000 cps. La mesure en a été faite en laboratoire et l’auteur en décrit la méthode. Le voltmètre de sortie, branché avant l’atténuateur, ne donne que des indications arbitraires : mais, à une même valeur du voltmètre, correspond une même intensité de voix. Ce dispositif permet de garder la voix à une intensité constante.

            L’auteur démontre ensuite comment son appareillage permet de déterminer la mesure de la voix avec un degré de précision largement suffisant pour les besoins de l’examen : ses chiffres, à propos des valeurs de seuil en conduction aérienne et en conduction osseuse, montrent que les épreuves sont concordantes et que leur précision est suffisante.

            Pour réaliser le troisième postulat : « n’examiner qu’une oreille à la fois, à l’exclusion de l’autre », l’auteur place le patient dans une chambre assourdie dont le temps de réverbération est excessivement faible et où les bruits ne parviennent que très amortis : il se propose de la décrire dans un autre travail.

            Cette méthode, par l’emploi des fibres, donne à l’otologiste la possibilité de comparer l’intelligibilité en variant l’intensité de différentes bandes de fréquences et ouvre des possibilités très intéressantes au diagnostic des surdités opérables et des expertises otologiques.

            A ce rapport, je voudrais ajouter une remarque que je crois pertinente.

            La méthode du Dr Veckmans est compliquée et hors de la portée de la grande majorité des praticiens otologistes. Elle demande une chambre assourdie, sinon silencieuse. Mais nous savons combien cette chambre est difficile, si pas impossible à obtenir ; en outre, elle demande une instrumentation très compliquée et coûteuse. Bref, cette méthode restera plutôt du domaine de la clinique. La grande majorité des otologistes pourra continuer la mensuration de l’ouïe par la voix parlée haute et murmurée. L’audiomètre signifie déjà un perfectionnement dans la mensuration de l’ouïe et l’examen à la voix haute sous intensité mesurable (méthode Veckmans) se rapproche encore plus de la réalité.

            Cette remarque n’enlève rien au mérite intrinsèque du travail de M. Veckmans et nous proposons d’adresser des remerciements à l’auteur et d’insérer son mémoire dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 27 septembre 1947.