Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de M. Goormaghtigh sur le mémoire présenté par M. Charles De Muylder, de Louvain, sous le titre : "La neurogenèse dans les tumeurs mixtes du rein et le problème de l'origine des hypernéphromes"

             La Commission était composée de MM. P. Gérard et N. Goormaghtigh, rapporteur.

            Au long de quarante-cinq pages dactylographiées le Dr De Muylder analyse avec les meilleures techniques la structure d’une tumeur mixte du rein chez un enfant de trois ans. Une discussion assez étendue termine ce mémoire et aboutit à des conclusions pour le moins inattendues.

            La partie descriptive met en lumière la juxtaposition d’images d’adéno-sarcome de Wilms, d’hypernéphrome évolué, de plages kystiques, chondroïdes ou myoïdes et enfin, fait nouveau, de territoires de neurogenèse intense. L’auteur voit les cellules nerveuses devenir les cellules claires de l’hypernéphrome et les glomérules se cancériser dans la zone en bordure de la tumeur.

            L’auteur confirme la notion de la pluralité des hypernéphromes défendue par Riopelle. Certaines de ces tumeurs seraient d’origine nerveuse d’après le Dr De Muylder.

            De l’analyse minutieuse des images de cancérisation des glomérules préexistants, il déduit que les régions du collet et de la zone maculaire du tube rénal sont de souche nerveuse et, en fin de compte, des dérivés de la crête ganglionnaire.

            On comprendra que la Commission hésite à souscrire sans réserve à des conclusions aussi peu orthodoxes, tirées de l’étude d’un seul cas, malgré son souci de ne pas être doctrinaire et malgré l’estime qu’elle a pour les travaux antérieurs de l’auteur.

            On ne chicanera pas l’auteur sur l’emploi de la méthode de Rogers qui, d’après d’aucuns, ne serait pas spécifique pour le système nerveux.

            Mais on s’attardera plus longuement au phénomène de cancérisation des glomérules. Les images qu’en donne l’auteur n’entraînent pas la conviction. Peut-être l’examen des préparations le ferait-il ? Admettons que le processus existe réellement et que les kystes résultant de la dégénérescence glomérulaire et les kystes cancéreux ont des liens étroits ; l’auteur ne décrit la neurogenèse qu’au niveau de la deuxième variété, en pleine tumeur. En d’autres termes, ses preuves sont indirectes. A la page 56 du manuscrit, il dit : « les cellules du collet… s’organisent en kystes ; ces kystes subissent une évolution néoplasique qu’il n’y a bientôt plus moyen de distinguer de celle du segment maculaire c’est-à-dire une tumeur…à neurogenèse dans tous les cas ». Est-ce suffisant pour établir définitivement l’origine nerveuse de certains segments du tube rénal et pour renverser une notion qu’on croyait bien assise ? M. De Muylder croit à la participation de la crête ganglionnaire à l’édification du rein. Mais ce n’est pour le moment qu’une hypothèse habilement présentée et défendue.

            Bien que la Commission estime que les conclusions de l’auteur dépassent les faits observés, elle est disposée à recommander l’impression du travail ne fût-ce que pour provoquer des controverses fructueuses dans un domaine où il y en a déjà eu beaucoup. Le mémoire doit être abrégé et il est recommandé de substituer le temps conditionnel au temps présent en maints endroits.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 27 septembre 1947.