Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite par M. L. Mayer, dans la séance du 31 mai 1947, sous le titre "Recherches expérimentales et cliniques sur la transfusion sanguine "

               En l’absence de M. Bigwood, empêché, M. le Secrétaire perpétuel donne lecture des observations ci-après, que M. Bigwood se proposait de communiquer à l’Académie :

            M. E. Bigwood. – J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt la communication du Dr Mayer. Je voudrais attirer son attention et celle des Membres de l’Académie sur les trois points suivants :

            1) En ce qui concerne les progrès de la préparation et de l’utilisation des dérivés du sang humain, on peut considérer que le stade de l’utilisation du plasma liquide, congelé ou sec, ou bien encore du sérum est déjà dépassé. Cette utilisation a surtout pris une très grande extension pendant la guerre, époque à laquelle il y avait lieu de prendre des mesures pratiques d’urgence. Depuis lors, dans le cas où l’emploi de plasma ou de sérum est plus indiqué que la transfusion de sang local, on tend à présent à faire plutôt usage des solutions concentrées d’albumine à 25%. Bien des inconvénients sont évités, notamment le fait qu’on évite l’administration de beaucoup d’eau par voie parentérale lorsque les injections répétées et massives de protéines sont nécessaires. C’est notamment le cas dans le traitement du choc chez les brûlés (voir les monographies nos I, V et IX des Actualités médico-chirurgicales 1945, éditées par la « Belgian American Educational Foundation » et la Fondation Francqui, 11, rue d’Egmont, Bruxelles).

            2) Cette observation me conduit au second point que je me propose d’aborder : dans le cas de bien des états de choc, le but du traitement consiste à reconstituer d’urgence les réserves protéiques chez des sujets qui ont perdu beaucoup d’azote et chez lesquels le bilan azoté est resté fortement négatif pendant relativement longtemps. C’est encore une fois tout particulièrement le cas dans le choc des brûlés. C’est donc bien plus une question de reconstituer les réserves protéiques des tissus que d’ajuster un déséquilibre hydrique. Je ne vois pas, dès lors, que le recours à l’emploi du subtosan, c’est-à-dire la polyvinylpyrrolidone soit indiqué. En effet, la vinylpyrrolidone se condense facilement en un polymère à poids moléculaire assez élevé, et confère donc à la solution de cette substance un caractère colloïdal qui est celui dont on cherche à tirer parti en cas de déséquilibre hydrique prononcé ; ce sont ces considérations sur lesquelles reposent les arguments en faveur de la substitution du subtosan au plasma sanguin. Il en est de même pour la gomme arabique. Or, comme source d’azote le subtosan est loin d’être comparable aux protéines plasmatiques, bien qu’il constitue évidemment un substantiel progrès à cet égard par rapport au polysaccaride. Le taux en azote du subtosan correspond à 12,6% alors que celui des protéines sanguines s’élève à 16%. Mais à égalité de volume de plasma et de la solution d’emploi du subtosan, celle-ci ne fournit que 40% de l’azote apportée par celle-là. Au surplus, alors qu’on sait que la totalité de la protéine injectée est retenue par l’organisme au cours d’un traitement de reconstitution des réserves, il n’est nullement démontré, à ma connaissance, que l’azote du peptosan ne passe pas rapidement dans l’urine. Avant donc de songer à cette thérapeutique de substitution du plasma sanguin, il y a lieu d’étudier d’abord le bilan des échanges d’azote sous l’influence d’une injection parentérale de la polyvinylpyrrolidone.

            3) Enfin, le Dr Mayer a signalé des tentatives d’utilisation du plasma de sang bovin comme substitut du sang humain. Il est nécessaire de souligner le fait que les accidents dus à l’antigénicité des protéines bovines ne permettent pas de retenir cette suggestion. Leur fréquence dépasse 10%, même en cas de protéines isolées et purifiées.

            M. le Président. – M. Mayer désire-t-il répondre immédiatement aux observations de M. Bigwood ?

            M. L. Mayer. – Deux mots seulement : la note de M. Bigwood montre qu’il y avait un certain intérêt à attirer l’attention de l’Académie sur cette question. Ce qu’il dit est exact. Au lieu d’avoir recours à des méthodes compliquées, nous avons à notre disposition des produits que nous pouvons obtenir rapidement.

            Concernant le passage relatif à la transfusion, je répondrai quand M. Bigwood sera là.

            M. R. Bruynoghe. – On pourra utiliser les sérums-albumine pour la séroprophylaxie de la rougeole. Cette maladie n’est pas grave, mais elle peut le devenir pour les jeunes. Or, les anticorps sont présents dans la globuline, et il paraît qu’avec une petite dose on peut faire du sérum de prévention pour la rougeole. Il serait donc avantageux d’obtenir ce produit pour le traitement.

            M. L. Mayer. – C’est exact. M. Cohn, à l’Université de Bruxelles, a fait ressortir qu’aux Etats-Unis l’on s’en sert. Ce pays dispose de grandes quantités de sang ; nos pas. Les Américains peuvent donc utiliser l’extrait de sang et nous devrions tâcher aussi d’en avoir beaucoup. De l’avis du conférencier, l’avenir n’était pas à la transfusion du sang humain, mais à la transfusion de sang animal rendu inoffensif, et il semble que déjà que les recherches expérimentales sont avancées dans ce domaine.

            Séance du 28 juin 1947.