Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par MM. R. Dubois et R. Linz, de Bruxelles, sous le titre : "Note préliminaire sur les observations recueillies au cours d'un essai de traitement de méningite tuberculeuse par streptomycine

                La Commission était composée de MM. O. Gengou et P. Govaerts, rapporteur.

            Le Ministère de la Santé publique ayant reçu une petite quantité de streptomycine, s’est trouvé devant le problème de l’utiliser de manière à en tirer le meilleur effet thérapeutique et aussi le maximum d’enseignement pour le moment où une distribution plus large deviendrait possible. A la suggestion du Professeur Gratia, il a été décidé de confier ce médicament à M. le Professeur Dubois, chef du Service de Pédiatrie à l’Hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, avec mission de le consacrer au traitement exclusif de malades atteints de méningite tuberculeuse.

            Lors de la séance du 26 avril 1947, M. le Professeur Gratia a exposé devant l’Académie les raisons qui l’avaient déterminé à donner ce conseil à M. le Ministre de la Santé Publique. Il a, à cette occasion, déposé une note rédigée par MM. R. Dubois et R. Linz dans laquelle ces derniers relatent d’une manière résumée les résultats principaux des observations qu’ils ont pu effectuer. Comme le font remarquer les auteurs de ce bref document, ce dernier n’est qu’une note préliminaire. Son but est de dire où en est pour l’instant l’expérimentation thérapeutique entreprise. Celle-ci a porté sur 32 malades (dont 30 atteints de méningite tuberculeuse et 2 de granulie).

            La streptomycine a été appliquée dans la très grande majorité des cas simultanément par voie intrarachidienne et intramusculaire. La dose totale injectée par ces deux voies était d’environ 5 ctgr. de streptomycine par kilogramme de poids du corps – soit, pour un adulte, 3,5 gr. par 24 heures. Le traitement a été poursuivi en général pendant 45 jours consécutifs et repris éventuellement après une interruption plus ou moins longue. Ce fait démontre qu’un traitement de la méningite tuberculeuse ou de la granulie requiert l’administration d’une quantité très considérable de streptomycine et qu’il est en vain de l’entreprendre si l’on n’est pas assuré de disposer d’une quantité suffisante pour le mener à bien. Cette thérapeutique est difficile à pratiquer puisqu’elle exige, outre de nombreuses injections intramusculaires, une ou même deux ponctions lombaires toutes les 24 heures et ce éventuellement pendant un mois et demi et plus.

            En examinant les résultats obtenus jusqu’à présent, il y a lieu de tenir compte de l’état initial du malade et de la durée de l’observation au moment où cette note préliminaire a été rédigée.

            Douze cas avaient été pris en traitement depuis plus de 80 jours. Parmi eux, six avaient été admis au stade d’inconscience. Ces malades ont succombé ou, s’ils survivent, ils sont toujours inconscients et l’on peut dire que leurs fonctions cérébrales sont définitivement annihilées.

            Six autres malades dont le traitement avait débuté alors qu’ils étaient encore conscients, ont survécu et se comportent comme s’ils étaient en voie de guérison.

            Douze autres malades étaient en traitement depuis moins de 50 jours. Ils avaient été admis à l’hôpital avant la période d’inconscience. Ils évoluaient d’une manière qui semblait favorable, les symptômes méningés n’ayant pas subi d’aggravation ou ayant notablement rétrocédé et le bacille de Koch restant en général absent dans le liquide céphalo-rachidien, alors qu’il s’y trouvait au moment de l’admission des malades.

            Enfin, chez six patients déjà inconscients, les injections de streptomycine ont été faites uniquement par voie rachidienne. Elles ont donné une survie moins longue que le traitement à la fois intrarachidien et intramusculaire.

            Les auteurs estiment par conséquent qu’il est nécessaire dans le traitement de la méningite tuberculeuse de continuer à pratiquer les injections de streptomycine simultanément par voie intrarachidienne et intramusculaire. Il ne leur est pas possible pour l’instant de dire si l’on peut diminuer les doses utilisées ou la durée du traitement.

            Malgré le faible recul dont ils disposent, ils constatent que cette thérapeutique est capable de faire rétrocéder et disparaître les symptômes de la méningite tuberculeuse dans un grand pourcentage des cas, si le patient est soigné dès le début de cette affection. En outre, ils ont pu observer la rétrocession d’images de granulie pulmonaire bien visibles sur des radiographies.

            La note de MM. Dubois et Linz démontre par conséquent que l’utilisation de faibles quantités de streptomycine dont dispose la Belgique a été tout à fait judicieuse. L’expérience qu’ils ont poursuivi avec une rigueur d’observation dont on peut les féliciter, a permis de constater que ce médicament possède une activité tout à fait remarquable sur des localisations tuberculeuses dont jusqu’ici le pronostic était uniformément fatal.

            Elle fournit des données d’un grand intérêt pour les cliniciens des diverses universités qui pourront disposer de streptomycine dès que les arrivages de ce médicament seront suffisants pour alimenter plusieurs centres d’étude.

            Les rapporteurs estiment que la note préliminaire de MM. Dubois et Linz, rédigée à l’invitation de M. le Professeur Gratia, fait partie de la communication de ce dernier et qu’il convient de l’incorporer au texte de la lecture faite en séance du 26 avril et qui paraîtra dans le Bulletin.

Discussion

            M. A. Dalcq. – Je désirerais demander à M. Govaerts s’il n’y a pas un lapsus sur un point. En effet, le rapport dit que le traitement exige des injections intramusculaires et des ponctions lombaires quotidiennes. Or, je crois savoir que les ponctions ne sont pas toujours lombaires et qu’elles sont fréquemment cervicales.

            M. P. Govaerts. – J’ai dit : « intra-rachidiennes ». Il a aussi été pratiqué des ponctions sous-occipitales.

            M. R. Bruynoghe. – Je marque mon complet accord quant aux conclusions du rapport, mais je désirerais cependant que cette note fût revue. En effet, si vous voulez faire l’analyse des chiffres qu’elle contient, vous constaterez des discordances. Ainsi, j’y lis :

            « Parmi les 24 malades ainsi soignés, 12 sont en observation depuis plus de 80 jours. Parmi ces 12 patients, 6 sont entrés dans le Service à une période très avancée de leur affection ; 4 d’entre eux étaient, à leur admission, totalement inconscients et les 2 autres étaient en état d’obnubilation très accentuée. Dans les 6 cas, le début de l’affection remontait à plus de 15 jours.

            » Deux de ces malades survivent actuellement après des délais respectivement de 103 et 140 jours ; ils se comportent comme s’ils devaient guérir de leur infection nerveuse, mais gardent des séquelles de la plus haute gravité. Trois autres cas ont eu une survie prolongée mais sont morts de leur affection après des délais allant de 56 à 100 jours. »

            Ce n’est pas 80 jours.

            Et la note poursuit :

            «  Le 4e est mort au 42e jour de son traitement, d’une infection méningée pneumococcique accidentelle. »

            Il conviendrait que les chiffres indiqués concordent. Une révision devrait donc être opérée en collaboration avec M. Gratia, de façon à éviter des discordances de l’espèce.

            Je ne suis nullement opposé aux conclusions du rapport de M. Govaerts, mais je souhaite que les chiffres mentionnés dans la note soient revus, de façon à les faire concorder.

            M. A. Gratia. – Je n’ai pas revérifié les chiffres d’après la note de MM. Dubois et Linz ; mais ceux que j’ai fait valoir dans le tableau récapitulatif de mon exposé ont été établis en collaboration avec M. Dubois. Je souligne que le classement fut assez difficile à opérer, étant donné que l’expérience fut faite par fragments successifs ; mais je crois cependant que l’ensemble correspond aux chiffres que j’ai cités.

            S’il y avait une différence, je crois que les auteurs de la note seraient tout disposés à faire disparaître les discordances.

            M. R. Bruynoghe. – Il est dit dans la note que parmi les cas envisagés, 12 sont en observation depuis plus de 80 jours, et l’on peut lire un peu plus bas que le 4e est mort au 42e jour de son traitement. Ce texte devrait être révisé.

            M. A. Gratia. – Je ne pouvais vous répondre sur le champ, n’ayant pas le texte en main ; mais je vérifierai.

            M. R. Bruynoghe. – C’est ce que je suggère.

            M. le Président. – L’Académie est-elle d’accord, sous ces réserves, pour adopter les conclusions de la Commission et pour décider d’imprimer dans le Bulletin la note de MM. Dubois et Linz. (Assentiment unanime.)

            Séance du 31 mai 1947.