Académie royale de Médecine de Belgique

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Examen de la motion proposée par M. Goormaghtigh, Membre titulaire, concernant l'examen médical des étudiants universitaires

          M. le Président. – Voici le texte de la motion de M. Goormaghtigh, qui a été distribuée avec l’ordre du jour de la séance d’aujourd’hui :

            « Considérant qu’il entre dans les attributions de l’Académie royale de Médecine de veiller à la santé publique ;

            » Considérant que l’adolescence constitue un âge critique pour la santé ;

            » Considérant que les dispositions légales récentes visent à assurer la protection contre la tuberculose des travailleurs manuels de 14 à 15 ans ;

            » Considérant qu’il y a lieu de s’intéresser aussi à la jeunesse estudiantine et, en particulier, à celle fréquentant nos Universités ;

            » Considérant que, moyennant certains ajustements, les Facultés de Médecine sont armées pour organiser un service de surveillance médicale des étudiants ;

            » L’Académie royale de Médecine émet le vœu que tous les étudiants qui s’inscrivent dans nos Universités soient soumis à un examen médical complet et que cet examen soit répété au cours des études spécialement pour ce qui concerne la tuberculose pulmonaire. »

            M. le Président. – Je crois bon de vous donner quelques explications au sujet de la motion de M. Goormaghtigh.

            La Fondation Universitaire s’est préoccupée de cet important problème et, dans sa séance d’hier, le Conseil de cet organisme a décidé de voter des crédits pour l’achat d’un instrument permettant les examens radiographiques en grande série de l’appareil respiratoire. L’instrument serait monté sur camion et circulerait d’une université à l’autre.

            Les examens de la santé des étudiants se répéteraient chaque année et l’orientation générale des idées à la Fondation Universitaire est qu’ils devraient devenir obligatoires.

            Le Bureau pense qu’il pourrait être utile, pour aider à la réalisation de ce programme et pour alerter l’opinion publique, que l’Académie adopte immédiatement le vœu de M. Goormaghtigh dont le texte serait transmis aux pouvoirs publics et communiqué à la presse. Mais si vous désirez voir étudier la question plus à fond, nous pourrions en confier l’examen à une commission. A mon avis cependant, il y a lieu de hâter la solution du problème et il conviendrait que l’Académie prît position très rapidement.

            M. E. Renaux. – M. le Président, je suis tout à fait d’accord sur la grande utilité, je dirai même sur la nécessité de procéder à un examen des poumons des étudiants à leur entrée à l’université, pour vérifier s’ils ne sont pas porteurs d’une lésion contagieuse. Mais cela implique-t-il que l’accès de l’université sera interdit à l’étudiant chez qui on constatera l’existence de pareille lésion ? C’est là un grave problème sur lequel je crois devoir attirer votre attention.

            M. le Président. – Si, à l’entrée à l’université, un étudiant est trouvé porteur d’une lésion contagieuse, mettant en danger la santé de ses camarades, la question de son admission devra évidemment se poser.

            Il semble également qu’on s’engage dans la voie des assurances sociales à l’université. La déclaration ministérielle y a fait allusion. Si l’on dépiste un étudiant ayant contracté la tuberculose en cours d’études, l’université ne devra-t-elle pas se considérer comme moralement obligée de collaborer à son traitement, surtout s’il est étudiant en médecine et s’il peut dès lors être considéré comme ayant contracté une maladie professionnelle ?

            M. E. Renaux. – Je me permets de signaler un point qui n’est peut-être qu’un détail d’organisation et que nous n’avons donc pas à envisager ici, où nous devons nous en tenir à la question de principe.

            L’examen radiophotographique donne d’excellents résultats, mais toute lésion constatée à l’occasion d’un tel examen doit être contrôlée par un examen radioscopie. Il ne faudrait pas s’imaginer que l’examen radiophotograhique suffit à lui seul.

            M. le Président. – La Fondation Universitaire a nommé une commission dont vous êtes appelé, je crois, à faire partie.

Il vous sera donc possible d’éclairer davantage encore la Fondation universitaire sur les moyens de donner une solution à cet important problème.

            M. J. Bordet. – Je désirerais faire exactement la même remarque que M. Renaux. Je pourrais y ajouter ceci : je ne puis me rallier à l’idée que le fait de découvrir chez un jeune homme une lésion tuberculeuse puisse lui faire interdire définitivement l’accès à l’université. Je trouve cela extrêmement grave.

            Ce serait le cas, dit-on, si la lésion était contagieuse. Or, il est très difficile, en matière de tuberculose, de savoir si une lésion est contagieuse ou non car la tuberculose est une affection qui évolue.

            M. P. Glorieux. – Après avoir entendu les considérations exposées par nos éminents Collègues, je crois qu’il serait extrêmement dangereux d’entrer dans la voie d’une obligation aussi radicale que celle envisagée dans la motion de M. Goormaghtigh.

            Imposer à un étudiant qui veut entrer à l’université un examen médical, est chose qui peut se défendre. Je tiens cependant à faire remarquer que les mêmes motifs seraient valables pour imposer cet examen à toute la population belge. Il existe dans notre communauté des communautés secondaires où il est peut-être plus important d’organiser pareil examen. Je citerai, par exemple, les écoles normales. J’ai toujours trouvé extraordinaire que dans ces dernières, dont les élèves diplômés sont destinés à entrer en rapport avec les enfants, pareil examen ne soit pas obligatoire. Dans ce milieu, il y a un motif social absolu de déceler les sujets porteurs de lésions tuberculeuses.

            Je ne crois pas que pareil motif puisse exister pour les étudiants. Je me demande dès lors s’il ne serait pas intéressant de constituer une commission chargée d’étudier la question et de la mettre au point.

            M. J. Bordet. – C’est mon avis.

            M. le Président. – L’Académie est-elle d’avis de constituer une commission pour examiner le vœu présenté ou est-elle d’avis de le voter sans autre examen ?

            M. E. Renaux. – Il semble que le vœu, tel qu’il est formulé, est un vœu de principe. Il me paraît que nous pouvons parfaitement nous rallier à l’idée de la surveillance médicale des étudiants à leur entrée à l’université. Nous n’envisageons pas nous-mêmes de sanctions. On devra préciser les modalités d’application lorsqu’il faudra passer à l’exécution. Rien ne s’oppose selon moi à l’adoption du vœu dont nous sommes saisis.

            M. le Président. – Je désirerais souligner que le vœu de M. Goormaghtigh est rédigé dans des termes extrêmement prudents. Dans les considérants qui l’accompagnent, l’auteur rappelle que des dispositions légales récentes visent à assurer la protection contre la tuberculose des travailleurs manuels de 14 à 15 ans ; sa conclusion est la suivante :

            « L’Académie royale de Médecine émet le vœu que tous les étudiants qui s’inscrivent dans nos universités soient soumis à un examen médical complet et que cet examen soit répété au cours des études spécialement pour ce qui concerne la tuberculose pulmonaire. »

            Le mot « obligation » ne figure pas dans ce texte.

            Je dois vous signaler que l’Académie royale Flamande de Médecine délibère aujourd’hui sur la même question. Sans préjuger du résultat de ses délibérations, je pense que nous ne devons pas nous laisser devancer dans la voie ouverte devant nous.

            M. J. Bordet. – Nous pourrions voter le vœu de M. Goormaghtigh tout en constituant une commission pour étudier de façon approfondie ce problème qui est plus complexe qu’il ne paraît.

            M. R. Bruynoghe. – Je pense que nous devons être unanimes à voter le vœu de M. Goormaghtigh, car il n’envisage pas de mesures à prendre à l’égard de ceux qui seraient reconnus tuberculeux.

            Il est toujours préférable pour un malade d’être informé de son état, afin qu’il se fasse soigner. Le fait de constater une lésion tuberculeuse chez un jeune homme s’implique pas, ipso facto, que l’intéressé ne puisse pas faire d’études. C’est une question toute différente.

            Il est d’intérêt et de nécessité que tout le monde soit examiné à ce point de vue et que si un étudiant est reconnu malade, il en soit informé afin qu’il ne se néglige pas, qu’il se soigne et évite de contaminer autrui. Une telle mesure sera toujours utile.

            M. le Président. – L’Académie paraît d’accord pour adopter le vœu de M. Goormaghtigh dans les termes mêmes qui nous sont proposés, et pour constituer une Commission chargée d’étudier de façon plus détaillée les modalités d’application de l’examen médical des étudiants. (Assentiment.)

            - Après un échange de vues auquel prennent part MM. Bruynoghe, J. Bordet, Brull, Renaux, Glorieux et le Président, la Commission est constituée comme suit :

            MM. De Beule, De Waele, Renaux, Govaerts, Brull, Tytgat, Lambin et Glorieux. (Assentiment.)

            Séance du 29 mars 1947.