Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire de M. Guy Bruynoghe intitulé : "Contribution à l'étude de l'albumine de Bence-Jones"

             La Commission était composée de MM. E. Renaux et J. Firket, rapporteur.

            Il y a près d’un demi-siècle que Bence-Jones trouva dans l’urine d’un ostéopathique une albumine spéciale qui se précipitait entre 50° et 60° et se redissolvait quand on chauffait l’urine au-delà de 70° jusqu’à ébullition. Cette albumine particulière, dite de Bence-Jones, s’observe souvent, comme l’on sait, chez les malades porteurs de myélomes ou plasmocytomes multiples et parfois même chez les leucémiques, les lymphosarcomateux ou les Hodgkins.

            Son origine et la raison pour laquelle elle se produit dans les affections citées restent mystérieuses. Dernièrement, biochimistes et pathologistes se sont appliqués à les analyser. Bonsdorff (1938), Apitz (1940), Moore, Kabat et Guttman (1943) montrent que chez certains de ces malades, outre la libération de l’albumine particulière citée, il existe une augmentation des protéines sériques normales et que de plus l’hyperprotéinémie est parfois liée à la production d’une autre protéine encore, différente et de l’albumine de Bence-Jones et des protéines sériques ordinaires. Cette dernière aurait une nette tendance à se précipiter dans les tissus, entraînant comme conséquence des transformations tissulaires analogues à l’amyloïdose dite para-amyloïdose. Les biochimistes admettent également aujourd’hui qu’il y a différentes albumines de Bence-Jones et que les porteurs de myélomes multiples présentent un trouble généralisé de leur métabolisme protéique avec, le plus souvent, de l’hyperglobulinémie.

            Nous ne pouvons faire grief à M. Guy Bruynoghe de ne pas nous exposer cet aspect général du problème, car n’étant pas biochimiste, il a désiré, ce qui est louable, se limiter aux techniques qui lui sont familières. Or, il eut l’occasion d’examiner une urine d’un malade qui portait une localisation tumorale dans une vertèbre, urine où il reconnut par le procédé clinique habituel de l’albumine de Bence-Jones, sans présence d’une globuline concomitante et il s’est borné avant tout à l’étude sérologique de l’albumine qu’il avait ainsi décelée.

            Plusieurs auteurs avaient montré en effet, entre 1920 et 1924, que l’albumine de Bence-Jones présente un pouvoir antigénique différent de celui des protéines sériques humaines. Chose curieuse, aucune étude immunologique n’a paru depuis lors sur ce sujet. M. Bruynoghe, voulant s’assurer de cette propriété anciennement reconnue, a vu par une série d’expériences bien conduites que l’albumine de Bence-Jones dont il disposait était, elle, dépourvue pratiquement de pouvoir antigénique. Il arrive à cette constatation par des expériences d’anaphylaxie chez le cobaye et par ses premiers essais d’immunisation de lapins. D’autres essais d’injections répétées, plus massives, à des lapins lui ont pourtant permis d’obtenir par après une certaine forme d’anticorps ; mais celle-ci était beaucoup plus faible que celle que Hektoen et Welker, Bayne Johnes et Wilson, notamment, avaient obtenue avant 1924.

            En voulant expliquer l’anomalie des résultats immunologiques de son cas, l’auteur se demande si l’albumine de Bence-Jones ne serait  pas un haptène ou un antigène partiel et si les auteurs qui ont observé un pouvoir antigénique ne l’ont pas fait parce que des petites quantités d’albumine ordinaire lui sont souvent associées dans l’urine et pourraient alors compléter le pouvoir antigénique partiel de la première. Il reconnaît que cette explication n’est pourtant guère applicable au cas de Bayne Jones et Wilson (1922) qui utilisèrent une albumine qu’ils avaient purifiée par recristallisations successives. Aussi, M. Bruynoghe arrive-t-il, mais par l’emploi de techniques immunologiques, à admettre qu’il y a plusieurs sortes d’albumines de Bence-Jones, c’est-à-dire de substances qui donnent la même réaction de coagulation à la chaleur et il rejoint ainsi les conclusions que les biochimistes avaient obtenues par d’autres moyens. Nous aurions peut-être aimé voir la partie de son travail où il fait allusion à l’absence de noyaux cycliques auxquels il attribue probablement, à juste titre, le caractère d’haptène, mieux mise en valeur et notamment plus confrontée aux progrès réalisés pendant ces dix dernières années dans ce domaine. Néanmoins, nous estimons que notre observation n’enlève rien à l’intérêt du document immunologique qu’il nous apporte.

            Nous proposons que l’Académie lui adresse des remerciements et, rappelant que M. G. Bruynoghe figure sur la liste des aspirants au titre de Correspondant, qu’elle veuille bien publier son travail dans la collection de son Bulletin.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 29 mars 1947.