Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail présenté par M. A. Simonart, de Louvain, sous le titre : "Conceptions actuelles sur les brûlures"

             La Commission était composée de MM. P. Nolf et L. Brull, rapporteur.

            Le titre donné à son travail par le Professeur Simonart pourrait faire croire que l’auteur se propose de passer en revue les diverses explications qui ont été données de la mort par brûlure. En réalité, il se borne à résumer un certain nombre de travaux expérimentaux faits par lui et par ses élèves et dans lesquels il étudie sur plusieurs espèces animales les troubles causés par les brûlures.

            Dans un premier chapitre, il décrit les modifications que subit le sang, tant au point de vue de sa masse que de sa composition. Déjà, en 1928-1930, le Prof. Simonart a confirmé par des expériences faites chez le lapin, la notion déjà établie que le sang subit chez les brûlés un épaississement, mesuré par l’augmentation de la teneur en hémoglobine, qui survient au bout de quelques minutes. Il constate en outre qu’il se produit en même temps une dilatation capillaire généralisée particulièrement bien visible au niveau du tractus digestif, des poumons et de la moelle des os. Il s’agit donc d’un état de collapsus circulatoire analogue à celui que Dale et Laidlaw ont produit chez le chien et le chat par injection d’histamine. Mais l’auteur exclut l’hypothèse que l’histamine serait l’agent causal des accidents constatés au cours des expériences chez le lapin anesthésié puisque cet animal, qui est très sensible aux brûlures, résiste à des quantités considérables d’histamine. L’augmentation de la teneur du sang en hémoglobine est due à l’exsudation à travers la paroi des capillaires dilatés d’une grande partie du plasma sanguin (Davidson {1927}). L’exsudation est assez considérable pour masquer l’action nocive qu’exerce la brûlure sur les globules du sang, dont plus de la moitié peuvent être détruits à la suite d’une brûlure de 30 secondes à 80° du tiers de la surface cutanée (Simonart et Schievers). La question se posait de savoir si cette destruction importante des globules rouges du sang donne lieu à la formation de substances toxiques, qui seraient la cause de la mort rapide par brûlure. Afin de répondre à cette question, le Prof. Simonart a chargé deux de ses élèves, P. Jadoul et V. Jadoul, de provoquer chez le lapin, par injection d’un volume suffisant de solution saline isotonique chaude dans la veine jugulaire, une hémolyse de même importance que celle qui fut observée chez les animaux témoins soumis à une brûlure du tégument cutané assez étendue pour produire la mort. Ainsi faite, l’expérience peut difficilement donner une réponse claire à la question posée. Si même l’hémolyse donne naissance à des substances toxiques, celles-ci ne seront qu’une fraction de celles produites au cours d’une brûlure, puisque dans la brûlure s’ajoutent aux altérations du sang celles de tous les tissus brûlés. Or, l’expérience a été réglée de façon à ce que l’hémolyse soit de même importance dans les deux séries expérimentales. Si, chez les animaux brûlés, la quantité totale des toxines produites est juste suffisante pour entraîner la mort, on doit s’attendre a priori à ce que la fraction résultant de l’hémolyse du sang soit inefficace lorsqu’elle est employée seule. Il n’est donc pas étonnant que P. Jadoul et V. Jadoul n’aient observé que des accidents passagers chez les animaux dont le sang avait été hémolysé par injection de liquide physiologique chaud. Le procédé qu’ils ont employé pour élever la température du sang présente d’ailleurs l’inconvénient de tuer les animaux par œdème pulmonaire lorsque l’injection est rapide, ce qui les a forcés à diminuer considérablement la vitesse de l’injection du liquide chaud, autrement dit à ralentir la production éventuelle des substances toxiques aux dépens des éléments figurés du sang. Or, il est de notion courante que l’effet produit par injection intraveineuse d’extraits aqueux de tissu dépend dans une grande mesure de la vitesse de l’injection. On sait depuis Woolridge que les extraits aqueux de tissu sont capables, quand on les injecte dans une veine, de produire des accidents graves et la mort. On observe chez les animaux ainsi traités, outre des troubles graves de la coagulation du sang, un collapsus circulatoire avec dilatation des aires capillaires de la circulation générale, concentration du sang et hypothermie, bref un tableau analogue à celui qui a été décrit chez les animaux brûlés. Les mêmes accidents ont été produits par l’injection intraveineuse de sang laqué ou de sang défibriné ou même, chez l’homme et chez certaines espèces animales, telles que le chien, de sérum issu de la coagulation du sang, à la condition qu’il soit très récent. Il n’est donc pas étonnant que, dans ses essais de traitement des effets nocifs des brûlures, le Prof. Simonart ait connu des échecs à côté d’un certain nombre de résultats favorables, lorsqu’on a injecté du sang défibriné ou du sérum dans les veines des animaux brûlés. Il est bien établi que le liquide humoral qu’il faut injecter, en pareil cas, pour augmenter la masse de sang, est le plasma lui-même.

            En même temps que le plasma s’échappe à travers la paroi des capillaires dilatés chez les animaux brûlés, il s’appauvrit considérablement en protéine. Le sang et les urines des brûlés contiennent des quantités très élevées d’azote protéique qui sont les témoins d’un bilan azoté fortement négatif. D’après Peters, la méthionine à dose relativement faible serait capable de rétablir l’équilibre du bilan azoté. La conclusion, dit Simonart, tirée de ces faits est que l’organisme pour se procurer de la méthionine détruit ses propres protéines. Peters, plus prudent, écrit : « The reason for the call of methionin is not yet clear nor the physiological steps involved». L’injection préalable ou thérapeutique de methionine n’a pas permis au Prof. Simonart de sauver les lapins atteints de brûlure. Les altérations du métabolisme protéinique restent sans explication.

            Dans un quatrième chapitre, le Prof. Simonart apporte, en collaboration avec ses élèves, des preuves nouvelles de la toxémie des brûlés, acquises au cours d’expériences sur la grenouille. La brûlure des deux pattes postérieures par immersion dans l’eau chaude qui est toujours mortelle peut être rendue inoffensive par l’établissement d’un lien à la racine des membres. Les extraits des organes brûlés ou le liquide d’œdème sont toxiques, alors que les extraits d’organes témoins ne le sont pas.

            Il résulte de cette mise au point de ses propres résultats et de ceux de ses élèves, que le Prof. Simonart attribue les accidents immédiats de la brûlure à une action destructrice directe de la chaleur sur les globules rouges du sang et à l’état de collapsus vasculaire, qui résulte de la dilatation généralisée des capillaires de la circulation générale et de la diminution de la masse du sang. Il admet en outre que des substances toxiques se résorbent au niveau des tissus brûlés. C’est probablement cette intoxication qui est responsable des lésions anatomiques relevées dans différents organes et notamment dans le myocarde. Ces conclusions sont en accord, dans leur ensemble, avec la conception que l’on se fait généralement aujourd’hui de la mort par brûlure.

            La Commission propose d’adresser des remerciements à l’auteur, d’imprimer son travail dans le Bulletin et d’inscrire son nom sur la liste des aspirants au titre des Correspondant de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 29 mars 1947.