Académie royale de Médecine de Belgique

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                  M. le Président. – Je prie M. Brull d’exposer brièvement l’essentiel de ces deux importantes motions.

            M. L. Brull. – Le discours de notre distingué Président, à la séance du 21 décembre dernier, a rajeuni l’atmosphère de notre Compagnie. Nous tenons à le remercier et à le féliciter. Je suis de ceux qui estiment que nous ne devons pas toujours rester passifs devant l’évolution ou l’organisation de la science et de la pratique médicales dans notre pays. Bien souvent, c’est à nous qu’il incombe de prendre l’initiative de dire au Gouvernement comment nous estimons que devrait être organisée la médecine dans tel ou tel domaine, ou ce que devrait être l’organisation de l’enseignement de la médecine. Nous ne devons pas attendre de nous trouver devant le fait accompli. Déjà le Gouvernement a pris une initiative très louable dans le domaine des examens préventifs ; mais nous n’avons pas été consultés et nous n’avons pas donné notre avis. Il en sera peut-être ainsi dans d’autres domaines. Il en est notamment un dans lequel l’Académie devrait s’efforcer que l’on suive la voie qu’elle aurait tracée : c’est le domaine de l’enseignement post-universitaire de la médecine, cet enseignement dont on a tant parlé et qui fut réalisé dans d’autres pays à des degrés non encore atteints en Belgique.

            Pour réorganiser l’enseignement post-universitaire, il importe de connaître les moyens dont on dispose dans nos universités, nos centres de travail et d’enseignement. C’est pourquoi j’ai groupé deux propositions tendant respectivement à opérer un recensement des outils dont dispose actuellement la science médicale en Belgique et étudier les différentes formes sous lesquelles pourrait se donner l’enseignement post-universitaire.

            Dans le domaine de l’inventaire de nos moyens de travail, quels sont les problèmes à étudier ?

            Il s’agit en réalité d’établir le recensement des outils de la Science Médicale Belge.

1)    Quels sont les problèmes étudiés par la Science Médicale Belge ?

2)    Où et par qui ils sont étudiés ?

3)    Quels sont les outils de ces études :

a)    Techniques particulières ;

b)    Appareillage principaux ;

c)    Lieu de publication ;

d)    Origine, suffisance ou insuffisance des ressources ;

e)    Projets d’expansion de ces recherches,

 

Ce recensement aurait pour effet de faire connaître à l’Académie les principaux courants de la recherche médicale de notre pays. Il permettrait de mettre en évidence les recherches qui semblent mériter une aide particulière du Gouvernement ; il permettrait aussi de découvrir les lacunes de notre armement de recherches ; enfin, il permettrait de renseigner l’étranger sur notre activité, étant ainsi une amorce d’un recensement international qui pourrait être très utile aux travailleurs scientifiques.

            En ce qui concerne l’objet de notre deuxième proposition, à savoir l’étude de l’Enseignement Post-Universitaire de la Médecine, c’est là un vaste problème sur lequel il est urgent que l’Académie fasse une étude et des suggestions.

                De nombreux Membres de la Compagnie ont fait récemment des voyages d’études dans les universités de Grande-Bretagne et des Etats-Unis et ont certainement rapporté une documentation utile. Certaines de nos Facultés se sont également intéressées à la question. Dans ce domaine comme dans d’autres, il n’existe pas de corps mieux désigné que notre Compagnie pour faire une étude et des suggestions au Gouvernement. Je propose que l’on se mette à l’œuvre.

            M. le Président. – Vous avez entendu le développement des motions introduites par M. Brull.

            Personnellement, je ne puis que me féliciter de le voir entrer dans la voie que j’ai préconisée lors de notre dernière séance, et je l’en remercie.

            Les deux questions soulevées par M. Brull sont extrêmement importantes. Nous ne pourrions, faute de temps, les mettre en discussion aujourd’hui. Aussi me paraît-il utile de nommer, en vue de l’examen de chacun de ces problèmes, deux commissions qui seraient chargées de nous faire rapport.

            Le Bureau a envisagé la question et vous suggère, pour ce qui concerne l’étude de la proposition relative à l’inventaire des moyens de recherche scientifique, la constitution d’une Commission de cinq membres dont feraient partie MM. Bruynoghe, Gérard, Heymans, Brull et Bacq. Ainsi, outre le Membre qui a pris l’initiative de la motion, la Commission comprendrait un représentant de chacune des quatre universités de Belgique.

            Adopté.

            M. le Président. – Pour ce qui regarde l’enseignement post-universitaire, le Bureau a pensé que l’on pourrait constituer une Commission un peu plus nombreuse, composée de sept membres qui seraient, outre M. Brull, MM. Debaisieux, Weekers, Bremer, Lambin, Tygat et Florkin.

            M. E. Renaux. – M. le Président, je me rallie, bien entendu, aux suggestions que vous venez de formuler. Je me demande cependant s’il ne serait pas préférable que chaque université choisisse, parmi les Membres de l’Académie, ceux qui se sont le plus intéressés à la question de l’enseignement post-universitaire. Il est certain qu’à Bruxelles, des personnalités qui sont en même temps Membres de notre Académie, se sont préoccupées du problème. Ne serait-il pas plus utile que nous demandions à chacune des Facultés de médecine de faire ses suggestions à ce sujet ?

            M. R. Bruynoghe. – Il vous est loisible d’en faire dès maintenant.

            M. E. Renaux. – Il est une personnalité qui va rentrer bientôt en Belgique et qu’il serait intéressant d’y voir siéger : c’est M. Govaerts.

            M. le Président. – Au cours des entretiens que nous avons eus au Bureau le nom de M. Govaerts a été maintes fois mis en avant, mais nous avons cru devoir l’écarter à raison de son absence. Nous ignorions son prochain retour et nous avions suggéré le nom de M. Bremer.

            M. E. Renaux. – Je n’exclus pas M. Bremer, bien entendu. Au surplus, il me semble que si la Commission comptait deux représentants de chaque université, ce ne serait nullement excessif.

            M. le Président. – Si l’Académie est d’accord, la Commission pourrait comprendre neuf membres au lieu de sept.

            M. R. Bruynoghe. – M. Renaux est le président de la faculté, je pense. Ne désire-t-il pas faire partie de cette Commission ?

            M. E. Renaux. – Ma qualité de président de la Faculté est une raison pour que je décline l’offre d’entrer dans cette Commission.

            M. le Président. – Je vous propose de constituer comme suit la seconde Commission : MM. Brull, auteur de la motion ; Bremer et Govaerts, pour Bruxelles ; Goormaghtigh et Tytgat, pour Gand ; Debaisieux et Lambin, pour Louvain ; Weekers et Florkin, pour Liège. (Assentiment.)

            M. J. Bordet. – J’applaudis vivement à la proposition de M. Brull. D’une façon générale, j’ai l’impression que l’Académie de Médecine ne s’acquitte pas suffisamment d’une mission qui lui a été confiée par les autorités supérieures, à savoir : renseigner le Gouvernement sur toute question susceptible d’intéresser l’avenir et le développement des études médicales en Belgique.

            Actuellement les autorités ont une tendance à régler par elles-mêmes des questions pour la solution desquelles elles ne sont pas de toute première compétence. C’est ainsi par exemple que, d’après ce que j’a entendu dire, le Gouvernement s’occupe d’une question vitale pour toutes les études universitaires, donc aussi pour la médecine : c’est la question de l’examen d’entrée à l’université. Il paraîtrait qu’un projet est en voie de gestion. J’estime que, pour des questions comme celle-là, l’Académie de Médecine serait parfaitement autorisée à donner son avis. L’étude de cette question pourrait être ajoutée à la mission dont vous songez à investir la nouvelle Commission.

            M. le Président. – Je remercie M. Bordet de son intéressante suggestion, mais je pense que la question de l’examen d’entrée à l’université est totalement distincte de celles dont l’étude sera confiée aux deux Commissions que nous venons de constituer.

            J’invite M. Bordet à présenter une motion écrite, par exemple pour la prochaine séance. Nous pourrons alors constituer une commission chargée d’étudier le problème qu’il vient de poser.

            M. J. Bordet. – Comme Président du Conseil culturel d’expression française qui doit s’occuper de cette question, je préfèrerais ne pas intervenir, en l’occurrence. D’ailleurs, j’aimerais savoir tout d’abord si l’Académie de Médecine est disposée à entrer dans ces vues et, d’une façon générale, à étudier plus particulièrement des problèmes qui, jusqu’ici, ont toujours été considérés, à tort, comme étant exclusivement l’apanage des autorités gouvernementales.

            Séance du 25 janvier 1947.