Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire reçu en réponse à la question suivante, posée par la IIe Section : "On demande de nouvelles recherches concernant le mécanisme de l'anémie des nouveau-nés"

La Commission était composée de MM. E. Renaux, J. Firket et R. Bruynoghe, Rapporteur.

            Voici ce rapport :

            La réponse contenue dans le travail présenté par P. De Somer et J. Van den Broucke constitue une contribution intéressante à l’étude de l’érythroblastose.

            Les auteurs, après avoir sommairement rappelé les diverses théories invoquées pour expliquer la pathogénie de cette affection, s’appliquent à l’étude du facteur Rh dont le rôle est admis depuis les belles recherches de Levine et Katzin.

            Il a fallu d’abord préparer des sérums anti Rh en immunisant des animaux au moyen de globules du Macacus Rhesus.

            Les sérums préparés chez les lapins ne purent être utilisés parce que les anticorps obtenus après épuisement de leur sérum étaient en réalité des anticorps anti M (communication faite par De Somer à la Société de Biologie au début de 1944 et non encore publiée).

            Ils ont ensuite utilisé à cet effet des cobayes et ont obtenu ainsi des sérums anti Rh agglutinant les globules chez environ 85% des représentants humains, pourcentage correspondant à celui obtenu par les autres auteurs et entre autres aussi par Moureau.

            C’est avec ces sérums qu’ils ont déterminé la constitution du sang des parents et de l’enfant dans les familles atteintes d’érythroblastose.

            Les premières recherches ont surtout porté sur des familles à antécédents de l’espèce et peu sur des familles éprouvées par cette affection au moment de l’examen.

            En réalité, sur les 30 familles ainsi examinées, trois seulement le furent au moment des accidents et dans deux de celles-ci on put déceler dans le sang de la mère des anticorps anti Rh.

            Ces résultats ont été communiqués ici même et dans toutes ces familles la mère fut trouvée Rh - , le père Rh+.

            Dans la suite, ils ont eu l’occasion d’examiner à ce point de vue encore 26 familles au moment des manifestations pathologiques, ce qui leur a permis de se procurer des sérums anti Rh humains pour des essais relatifs à la multiplicité des facteurs Rh.

            Leurs recherches ont confirmé les observations faites par d’autres auteurs et entre autres :

            1°) que de rares cas d’érythroblastose peuvent s’observer aussi dans les familles où la mère est Rh+ ;

            2°) qu’il y a sûrement lieu d’admettre l’existence d’un facteur Rh1, et d’un autre Rh2.

            En effet, ils ont eu parmi les sérums des mères dont les enfants étaient atteints de l’une ou l’autre manifestation d’érythroblastose des sérums qui n’agglutinaient pas tous les globules influencés par le sérum anti Rh obtenu par l’immunisation des animaux au moyen des globules de Macacus Rhesus.

            Des 5 sérums de mères examinées au point de vue de leur comportement sur des globules du groupe O :

            deux en agglutinaient environ 85% (comme le font les immunsérums anti Rh) et devaient en conséquence contenir l’anti Rh1 et l’anti Rh;

            deux agglutinaient un peu moins de 70% des globules et pouvaient être considérés comme pourvus de l’anti Rh1 et enfin, un sérum agglutinait moins de 30% des globules humains et est vraisemblablement identique au sérum anti Rh2 des auteurs américains et anglais.

            Ajoutons qu’un sang du groupe O a fourni des globules agglutinés par l’immunsérum anti Rh sans l’être par les sérums anti Rh1 et anti Rh2 et devait en conséquence contenir un Rh distinct de Rh1 et Rh2, ce que l’on a spécifié Rh.

            Ils relatent aussi dans ce travail l’influence du facteur Rh dans les familles nombreuses et ils ont établi qu’il doit intervenir pour réduire la progéniture.

            Enfin, dans un dernier paragraphe, ils étudient le mécanisme d’action des anticorps anti Rh sur le sang du fœtus ou du nouveau-né.

            Ils établissent d’abord que les isoanticorps peuvent passer de mère au fœtus dans les cas de grossesses homospécifiques et que ce passage est en rapport avec la teneur du sérum de la mère en iso-agglutinines α et β.

            Ils signalent ensuite qu’une faible quantité d’anticorps pouvant agir sur les globules de l’enfant suffit pour amener la dissolution des globules et ainsi occasionner une anémie plus ou moins marquée.

            En outre, par des essais faits sur des animaux, ils démontrent que la diminution du nombre des globules rouges survient à la suite de l’injection de sérums agglutinants ou d’agglutinines végétales, ce qui permet de comprendre que les anticorps anti Rh qui sont en somme avant tout des agglutinines peuvent agir sur le sang du fœtus ou du nouveau-né pour occasionner de l’anémie et de l’ictère.

            La Commission propose de féliciter les auteurs, de leur attribuer le prix et d’insérer leur travail dans le Recueil des Mémoires.

            Aucune observation n’étant formulée, M. le Président déclare le rapport approuvé. En conséquence, sont proclamés lauréats du concours MM. P. De Somer et J. Van den Broucke, de Louvain. (Applaudissements.)

            Séance du 15 décembre 1945.