Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. Emile Derom, de Gand, et intitulé : "Recherches expérimentales sur l'innervation de la patte antérieure du chien"

La Commission était composée de MM. F. De Beule et C. Heymans, Membres titulaires, et de M. F. Albert, Correspondant, rapporteur.

            Tous les auteurs, qui se sont occupés de chirurgie du sympathique, ont toujours été frappés par le fait que les opérations, pratiquées dans le but de combattre des déficiences circulatoires dans les membres, donnent régulièrement de meilleurs résultats quand il s’agit du membre inférieur.

            Au membre supérieur, même si les résultats immédiats se montrent favorables, les résultats éloignés sont grevés de récidives fréquentes.

            Différentes théories ont été émises, dont aucune n’est réellement péremptoire.

                Admettant que des rameaux communicants passent directement du 2ème ganglion thoracique au plexus brachial, certains ont préconisé d’enlever, en plus du stellaire, les deux premiers ganglions thoraciques. Cette technique n’évite pas sûrement les récidives.

            D’autres auteurs, tenant compte de la sensibilité particulière à l’adrénaline des vaisseaux de territoires complètement sympathectomisés, ont proposé soit la résection des rameaux communicants préganglionnaires, soit la section de la chaîne en-dessous du 2ème ganglion thoracique et celle de tous les rameaux partant du 2ème ganglion.

            Cette technique ne donne pas non plus des résultats définitifs certains.

            Par ailleurs, Brandao, essayant de traiter un œdème du membre supérieur, par résection du stellaire et des premiers thoraciques, observe une rechute locale de cet œdème  la main, qui ne cède qu’à l’ablation du reste de la chaîne cervicale.

            Devant ces résultats assez incohérents, M. Derom a voulu reprendre le problème à ses origines et préciser expérimentalement les voies des fibres vaso-motrices destinées à la patte antérieure du chien.

            Au point de vue technique, M. Derom provoque ces réactions vaso-motrices, tantôt par stimulation directe des filets, tantôt par stimulation réflexe en excitant les bouts centraux des vagues ou en provoquant des réflexes sino-carotidiens.

            Il s’est servi de la technique de Nolf à 2 ou 3 manomètres, les canules des pattes antérieures étant placées dans le bout périphérique de l’artère axillaire.

Résultats de ses expériences.

            1° La stimulation des racines cervicales antérieures ne produit aucune modification vaso-motrice dans la patte antérieure correspondante.

            2° En stimulant les rameaux communicants des différents ganglions thoraciques, il obtient des réactions vaso-motrices dans la patte antérieure d’une façon régulière par l’excitation des 5èmes, 6ème, 7ème, 8ème, 9ème ganglions thoraciques.

            Quelquefois l’excitation du 4ème ganglion donne également une réponse vaso-motrice.

            L’auteur montre ensuite qu’après section de la chaîne sympathique en-dessous du 2ème ganglion thoracique ou en-dessous du stellaire, comme après énervation des membres, l’excitation du bout central du vague, ainsi que l’occlusion des carotides ne produisent plus que des modifications purement passives de la pression périphériques du membre correspondant. En conclusion, toutes les fibres vaso-motrices de la patte antérieure entrent dans la chaîne sympathique entre le 4ème et le 9ème ganglions thoraciques.

            3° La stimulation du ganglion étoilé, après section de la chaîne immédiatement en-dessous de lui, provoque une vaso-constriction dans le membre antérieur correspondant. Par contre, après extirpation du stellaire, l’excitation du bout central du vague, comme l’occlusion et la désocclusion du sinus carotidien ne provoquent plus de modifications vaso-motrices dans le membre.

            Chez le chien, tous les filets vaso-moteurs destinés à la patte antérieure passent donc par le ganglion étoilé.

            4° Par des sections successives, du nerf thoracique, du 8ème nerf cervical et du nerf vertébral, en utilisant les mêmes techniques que précédemment l’auteur démontre que toutes les fibres vaso-motrices de la patte antérieure, émanant du ganglion étoilé, passent par ces trois voies, à l’exclusivité de toute autre.

            5° Enfin, et ceci constitue peut-être la partie la plus originale de ce travail, portant son attention vers la branche antérieure et postérieure de l’anse de Vieussens, l’auteur arrive à établir les faits suivants :

            Les deux branches de l’anse de Vieussens contiennent des filets vaso-moteurs pour la patte antérieure correspondante. Les filets de l’une de ces branches sont indépendants de ceux de l’autre.

            La stimulation des bouts stellaires de l’une ou l’autre de ces branches produit une vaso-constriction dans la patte correspondante, alors que l’excitation des bouts périphériques reste sans effets.

            Enfin, les filets vaso-moteurs, inclus dans ces deux branches, descendent de la chaîne sympathique cervicale, traversent le ganglion étoilé, et empruntent ensuite les trois voies qui amènent toutes les fibres vaso-motrices au membre antérieur correspondant.

            Confrontant ces résultats avec l’absence de réactions vaso-motrices à la stimulation des racines cervicales antérieures, et l’abolition de toute réaction vaso-motrice après section de la chaîne sympathique en-dessous du stellaire, l’auteur arrive à la conclusion que les filets vaso-moteurs de la patte antérieure, contenus dans l’anse de Vieussens, passent par les rameaux communicants des 4ème au 9ème nerf thoracique, la chaîne sympathique cervicale, d’où elles se réfléchissent sur le ganglion étoilé en suivant la même voie qu’à l’aller.

            Ses dernières expériences semblent établir, enfin, que les filets vaso-moteurs, destinés à la patte antérieure et contenus dans le nerf vague sympathique, montent chez tous les chiens jusqu’à hauteur du ganglion cervical moyen et chez 75% de ses animaux en expérience atteignent même le ganglion cervical supérieur avant de se réfléchir.

            Par un ensemble d’expériences nombreuses et bien conduites, l’auteur parvient donc à nous donner un schéma précis de l’innervation sympathique vaso-motrice de la patte antérieure du chien.

            Ces résultats seront très utiles à ceux qui voudront explorer davantage l’étude vaso-motrice de ce membre.

            Le fait le plus inattendu et qui mérite des recherches ultérieures est cette fois vaso-motrice qui par l’intermédiaire des deux branches de l’anse de Vieussens gagne la chaîne cervical, y monte jusqu’à une certaine hauteur pour redescendre exactement par la même voie et gagner la périphérie par le stellaire et ses rameaux communicants qui conduisent toutes les fibres vaso-motrices.

            Est-il permis de transposer directement à l’homme, sans correctifs, les conclusions de M. Derom, obtenues chez le chien ? Nous ne le pensons pas et l’auteur est du même avis.

            Il existe déjà des différences certaines, à ce point de vue, entre le chien, le chat et le singe, et on ne doit pas vouloir reporter sans plus sur l’homme les conclusions qui se dégagent d’une étude expérimentale faite sur le chien.

            Ceci n’enlève rien aux mérites de l’auteur et nous vous proposons de le remercier de son travail original et d’insérer celui-ci dans notre Bulletin.

            La Commission propose également de placer le nom de M. Emile Derom, déjà lauréat de notre Académie, sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 24 novembre 1945.