Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit présenté par M. P. Guns, de Louvain, sous le titre de : "Ostéite des os du crâne"

             La Commission était composée de MM. F. De Beule et J. Verhoogen, rapporteur.

            Le travail que le Dr P. Guns a présenté à l’Académie et qui a été soumis à notre examen, se rapporte à un cas d’ostéite envahissante du frontal que l’auteur a eu l’occasion de soigner, d’opérer et de guérir.

            Le travail commence par une étude théorique de la question. L’auteur rapporte les opinions émises au sujet de l’étiologie des ostéomyélites envahissantes des os du crâne. Celles-ci doivent le plus souvent leur apparition à une affection purulente des sinus de la face et l’on constate parfois que de petites interventions, telles que la suppression de quelques polypes muqueux, ou une résection des cornets peuvent provoquer l’apparition d’une ostéite grave.

            Au point de vue de la pathogénie l’auteur insiste sur les connexions vasculaires intimes qui existent entre les veines de la muqueuse du sinus frontal et celles de l’os ainsi qu’avec le système veineux de la dure-mère. On comprend ainsi aussi comment une pachyméningite infectieuse peut provoquer la mort de l’os dans l’ostéomyélite envahissante et pourquoi l’infection se propage aux tissus osseux voisins par les veines du diploé. La propagation se ferait donc de proche en proche par le diploé et à distance par la phlébite des veines de Breschet.

            Il résulte de ces considérations que la thérapeutique chirurgicale exige des interventions larges dépassant de beaucoup l’étendue des lésions. Quelques auteurs préconisent une intervention précoce et totale, mais la plupart des chirurgiens préfèrent temporiser pour la résection étendue de l’os, quitte à ouvrir et à drainer tous les foyers au fur et à mesure de leur apparition. Il faut faire des résections osseuses extrêmement larges jusqu’aux limites des lésions perceptibles et dépasser de un centimètre la plage de pachyméningite.

            Après avoir décrit les incisions préconisées par divers auteurs pour la résection du frontal, l’auteur dit que le vide causé par la résection osseuse est sans importance, car la dure-mère régénère toujours de l’os. Nous ne partageons pas son optimisme à ce sujet, car nous n’avons jamais vu une restauration osseuse suffisante se produire par ce mécanisme et nous avons dû procéder à une plastique osseuse pour réparer la perte de substance et protéger le cerveau contre des compressions possibles au niveau de la cicatrice.

            Dans le cas dont il nous rapporte l’observation bien complète, M. Guns a employé un procédé mixte : il a commencé par ouvrir les abcès et par les drainer au fur et à mesure ; puis, après six semaines, il a fait un large lambeau excentrique qu’il a récliné afin d’exposer l’os frontal sur toute son étendue. Il a réséqué celui-ci dans sa totalité en dépassant d’un centimètre les lésions méningées et osseuses.

            Les suites opératoires furent normales et le malade est actuellement en bonne santé.

            L’auteur conclut que dans des cas semblables il faut pratiquer une résection osseuse large, mais que cette opération ne doit pas être faite en cas d’inflammation suraiguë ; il est indiqué de temporiser jusqu’à ce que celle-ci soit passée.

            L’auteur joint à son travail les reproductions photographiques des lésions méningées et osseuses que présentait son malade avant ainsi que l’aspect de celui-ci après guérison.

            Peut-être pouvons-nous observer que la cicatrice est assez disgracieuse bien que dans un cas aussi grave, il ne faille pas attacher trop d’importance à cet aspect esthétique mais il nous semble qu’en pratiquant une incision tout le long du bord chevelu et en rabattant vers le bas le lambeau ainsi tracé on obtiendrait un accès suffisamment étendu sur la lésion osseuse et une cicatrice définitive avec une difformité moindre.

            Nous pensons que le travail de M. Guns est très intéressant. Nous proposons d’adresser nos remerciements à l’auteur et de publier son travail dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 30 juin 1945.