Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. R. Berger et intitulé : "Le syndrome d'hypothyroxinémie aiguë des hyperthyroïdiens ayant subi la thyroïdectomie"

              Essai d'interprétation physiopathologique et traitement préventif au moyen de la thyroxine.

            La Commission était composée de MM. J. Verhoogen, Membre titulaire, rapporteur, et P. Govaerts, Membre titulaire.

            On sait qu’après les opérations de thyroïdectomie partielle, se produisent parfois des accidents redoutables caractérisés par une hyperthermie considérable, de l’agitation pouvant aller jusqu’à la confusion mentale et des troubles du rythme cardiaque susceptibles d’entraîner une défaillance myocardique mortelle.

            Cette crise post-opératoire a fait l’objet de nombreux travaux ayant pour but d’établir son déterminisme et sa pathogénie.

            La première idée qui vient à l’esprit est qu’il s’agit d’une crise hyperthyroïdienne, puisque, dans l’hyperthyroïdie aiguë, on peut voir survenir des accidents analogues, en dehors de toute intervention chirurgicale. On a donc pensé que le moignon thyroïdien mettait en liberté, après les manipulations qu’il avait subies au cours de l’opération, une quantité exagérée de thyroxine. Cependant, cette opinion n’a pas été uniformément acceptée. Certains auteurs ont incriminé une libération d’adrénaline, d’autres ont pensé à une intervention du thymus ou du foie. Enfin, Bier, se basant sur des dosages d’iode organique dans le sang, a considéré qu’au cours de la crise post-opératoire, il existait dans la circulation non pas un excès mais un déficit de thyroxine. En 1925, Kessel et Hyman ont proposé l’injection de thyroxine pour le traitement des crises post-opératoires.

            A la suite de ces études, M. Berger a utilisé préventivement, chez les opérés de goitre avec hyperthyroïde, l’injection de thyroxine, dans le but d’éviter la crise post-opératoire. Il préconise une injection unique de thyroxine (4 à 6 mgr.) immédiatement après l’opération. Ce procédé a été employé, avec des variantes de dosage, par MM. Mahaux et Demoor, qui déclarent avoir constaté, par son usage, la disparition des crises post-opératoires.

            La justification de cette thérapeutique préventive est difficile à établir, et, à cet égard, M. Berger ne fait pas état de documents personnels. Il se contente de commenter les analyses effectuées par Bier mais il n’a pas eu la possibilité de les vérifier ou de les compléter. Il est clair que pour conclure à un déficit de thyroxine circulante, il faudrait s’appuyer sur des dosages de cette substance dans le sang. Cette preuve capitale n’a pas été fournie par les protagonistes de l’injection post-opératoire de thyroxine.

            On doit par conséquent faire toutes réserves sur le mécanisme de la crise post-opératoire, mais puisque de nombreux chirurgiens affirment que le traitement préventif par la thyroxine a pour résultat de réduire considérablement le nombre de ces accidents aigus, il a paru à la Commission que le travail de M. Berger, en raison des faits qu’il relate, et sans préjuger de leur interprétation, méritait d’être publié dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 26 mai 1945.