Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail présenté par M. F. Dauwe, de Gand, et intitulé : La tension basse en électrocardiographie.

La Commission était composée de MM. H. De Waele, Rapporteur, et P. Govaerts.

            M. Dauwe présente à l’Académie un choix de nombreuses observations choisies parmi les milliers de tracés électrocardiographiques recueillis à la Policlinique médicale de l’Université de Gand, dont il assume la direction depuis vingt-cinq ans.

            Son but est d’attirer l’attention sur l’électrogénèse basse ou microtension ou encore chute de la force électromotrice.

            Cette microtension, visée par l’auteur, ne doit être retenue que si elle s’étend à toutes les déflexions d’une même dérivation, y compris les extrasystoles, et cela dans les trois dérivations. Elle doit être inférieure à 5 mm. pour une excursion d’un centimètre par millivolt.

            L’auteur divise les cas de microtension en deux groupes, dont le premier est caractérisé par le fait d’être réversible, fonctionnel ou transitoire, c’est-à-dire susceptible, au moins théoriquement, de se corriger par un traitement judicieux. On le rencontre dans l’œdème non cardiaque tel l’œdème de carence ; - dans les distrophies de l’épuisement ou du diabète bronzé terminal ; - dans les gros oedèmes cardiaques de décompensation ; - dans certaines hyposystolies liées à l’arythmie perpétuelle, à la maladie d’Addison, au collapsus, à l’épuisement ; - dans certaines péricardites calleuses ; - dans le myxoedème ; - dans certaines myocardites diffuses aiguës de causes diverses (tabac, alcool, véronal, cocaïne, typhys).

            Le second groupe comprend les cas de microtensions à titre définitif, irréversibles et qu’il qualifie d’essentiels. Ce sont les cas de myofibrose cardiaque ; ils sont d’ailleurs les plus nombreux (75% des cas) et ils sont dus à l’ischémie chronique du myocarde par les coronarites génératrices de la sclérose et reconnaissent comme cause initiale la myomalacie, un infarctus ou une artériosclérose généralisée ; - c’est ensuite la diphtérie où la basse tension est pratiquement toujours mortelle ; - enfin l’agonie et les troubles trophiques du cancer.

            Le bas voltage est indépendant du volume du cœur. Ainsi la microcardite établie par la radiographie chez certains tuberculeux s’accompagne d’un E.C.G. d’amplitude normale, à moins que le myocarde ne soit gravement atteint dans sa nutrition. Bien au contraire ce sont les gros cœurs (cor bovis) qui présentent les plus basses tensions ; de même les cardiomégalies myxoedémateuses viennent rencontrer dans la microtension le microcarde des crétins.

            Les rapports avec l’angine de poitrine sont examinés. En somme, l’électrogénèse basse mérite de prendre place dans la nosologie du fléchissement du myocarde, à côté des signes mécaniques de décompensation, de la sténocardie, du pouls alternant, des arythmies de toute espèce.

            Sans être la traduction exacte et moins encore proportionnelle, sans être la mesure de la valeur inotropique, la microtension, la chute de la force électromotrice n’en est pas moins tributaire de la raréfaction ou de l’hypotonie de la fibre musculaire cardiaque.

            Votre Commission vous propose de publier ce mémoire dans le Bulletin et d’inscrire le nom de M. Dauwe sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 24 février 1945.