Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. M. Appelmans, de Louvain, et intitulé : "Contribution à l'étude de la kératite ponctuée superficielle par "Onchocerca volvulus"

La Commission était composée de MM. L. Weekers, rapporteur, et J. Rodhain.

            Depuis les travaux de Hissette, parus en 1932, on savait qu’en Afrique le parasitisme par Onchocerca volvulus pouvait, comme l’infection par Onchocerca caecutiens en Amérique, provoquer des troubles oculaires allant jusqu’à la cécité. Hissette seul, Hissette avec Strong et Bequaert, ont donné une description clinique et anatomo-pathologique de l’onchocercose oculaire chez les indigènes de l’Afrique centrale. D’Hooghe, qui n’est pas oculiste, a recherché la fréquence de ces manifestations dans les régions fortement infestées de l’Uélé où le pourcentage des lésions oculaires est relativement peu élevé.

            M. Appelmans a eu l’occasion précédemment de faire l’étude anatomo-pathologique d’un globe oculaire enlevé chez un aveugle par onchocercose. Il relate actuellement, dans son mémoire, deux cas d’onchocercose observés chez des Européens rentrés d’Afrique et qui présentent les lésions du début de l’affection se traduisant par de la kératite ponctuée superficielle. Il en donne une description minutieuse et, après rappel des données acquises sur les lésions de l’onchocercose oculaire, en discute le mécanisme qui n’est pas encore complètement élucidé.

            Les larves ne pénètrent pas dans l’œil par le courant sanguin ; elles se déplacent activement. Leur présence a été décelée dans la conjonctive, la cornée, l’épisclère, la sclérotique, l’iris, le corps ciliaire, la choroïde. Ni la rétine ni le nerf optique ne renferment de parasites, mais ceux-ci parviennent à s’insinuer dans les gaînes du nerf optique.

            Les larves s’observent surtout dans le tissu conjonctif. M. Appelmans exprime l’opinion qu’elles pénètrent dans l’œil par le tissu conjonctif lâche qui engaîne les vaisseaux ciliaires et par le tissu trabéculaire qui limite le canal veineux de Schlemm ; elles se propagent de proche en proche.

            L’action pathogène de la filaire aveuglante paraît faible. Malgré la présence dans l’œil d’un grand nombre de parasites, les désordres anatomiques et fonctionnels, souvent, sont relativement minimes pendant longtemps. Le malade se plaint de photophobie, de larmoiement, et présente du blépharospasme, l’acuité visuelle restant normale. L’examen biomicroscopique permet de reconnaître sur le vivant la présence de parasites dans la cornée et dans la chambre antérieure. A la longue cependant, diverses complications peuvent survenir ; dans les régions infestées, en Afrique et en Amérique, on rencontre un grand nombre d’indigènes aveugles dont la cécité est attribuée à l’onchocercose.

            Le traitement devrait surtout être prophylactique. L’onchocercose est transmise d’homme à homme par des simulidés ; ce sont des mouches de couleur sombre (black flies) à aspect bossu, dont les larves sont aquatiques. Le traitement curatif se limite à extirper les nodules filariens cutanés. On n’a pas jusqu’à présent découvert de vermifuge efficace.

            Les observations faites par M. Appelmans chez des Européens et les considérations qui les accompagnent donnent à son travail un réel intérêt. La Commission propose à l’Académie d’adresser des remerciements à l’auteur et de publier son mémoire dans notre Bulletin.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 21 décembre 1946.