Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit sous le titre : "L'implantation de comprimés de corps oestrogènes, de cortico- et d'androstérone dans la castration et la ménopause"

Rapport présenté par MM. R. Bourg, J. Bernard et R. Vanden Driessche, de Bruxelles.

            La Commission était composée de MM. M. Brouha et M. Cheval, rapporteur.

            Le travail que les docteurs R. Bourg, J. Bernard et R. Vanden Driessche ont présenté à l’Académie et qui a été soumis à notre examen, étudie l’action clinique de l’inclusion sous les téguments de comprimés hormonaux dans le but de remplacer les injections répétées de fortes doses d’hormones sexuelles. Ils envisagent dans ce travail l’utilisation de comprimés de folliculine et de distilbène et occasionnellement celle des comprimés de corticostérone et de testostérone.

            Bien que cette méthode soit connue depuis plusieurs années, ainsi que les auteurs le font remarquer, ils constatent que de nombreux points méritent d’être élucidés ou précisés : moment préférable de l’implantation, technique à utiliser, l’implantation agit-elle lorsque le syndrome ovarioprive est installé depuis longtemps ou lorsque les injections parentérales d’œstradiol ont vu se réduire leur efficacité ; enfin, peut-on déclencher par ce procédé des hypertrophies glandulo-kystique de la muqueuse utérine longtemps après la ménopause ou après castration ovarienne ? L’hémorragie qui survient dans ces cas est-elle toujours accompagnée de cette transformation de la muqueuse ? La corticostérone peut-elle être utilisée en lieu et place des œstrogènes ?

            Les inclusions de comprimés œstrogènes ont été utilisées au moment de l’opération, dans une série de cinq cas d’hystérectomie totale ou subtotale avec annexectomie double. Trois cas n’ont pas présenté de syndrome de castration après 16, 17 et 20 mois. Dans un cas, après 16 mois, les phénomènes de castration apparaissent de façon réduite, un cas est un échec total. Les résultats favorables obtenus dans ces premiers cas ont incité, depuis plusieurs années, les auteurs à adopter cette technique au cours de leurs hystérectomies.

            La corticostérone utilisée dans des conditions semblables a donné une absence de phénomènes de castration pendant deux à trois mois seulement et paraît moins active.

            Le propionate de testostérone s’est montré complétement inactif dans les mêmes conditions.

            Chez des hystérectomisées depuis plusieurs années et présentant des symptômes de ménopause chirurgicale, l’implantation de corps œstrogènes améliore la situation pendant une période très variable s’étendant de deux mois à plus de deux ans.

            Lorsque l’utérus est conservé après annexectomie double, les essais d’implantation de corps œstrogènes provoquent au bout de trois mois, des hémorragies graves, résultant d’une hyperplasie glandulo-kystique de la muqueuse utérine nécessitant l’enlèvement des comprimés.

            Chez les femmes ménopausées, âgées de 48 à 58 ans, non réglées depuis six mois ou plus, les implantations de comprimés font disparaître les phénomènes subjectifs de la ménopause en très peu de temps. Entre le 10e et 15e jour, « au stade d’imprégnation hormonale », elles présentent le « signe du comprimé » : fatigue, douleur lombaire, tension des seins.

            Après deux à trois mois, les malades constatent l’apparition de pertes glaireuses  devenant bientôt hémorragiques, dues dans un certain nombre de cas à une hyperplasie glandulo-kystique et dans d’autres à une simple congestion de la muqueuse utérine. Les comprimés durent être enlevés.

            Subjectivement, les hystérectomisées sont satisfaites parfois pendant un temps très prolongé, mais lorsque l’utérus est laissé en place ou qu’il s’agit d’une femme ménopausée, les phénomènes hémorragiques se déclenchent inévitablement. On ne peut les arrêter ni par curettage ni par des injections de progestérone ou de testostérone. Les comprimés

 doivent être enlevés, ce qui provoque en peu de temps l’arrêt définitif de l’hémorragie. Les auteurs démontrent donc que les implantations de produits œstrogènes ne doivent pas être utilisées chez les femmes qui ont conservé leur utérus, tout au moins aux doses de 50 à 100 milligr. qui furent employées.

            Ils mettent en évidence un fait nouveau : lorsque la femme a gardé son utérus après la mise en place du comprimé œstrogène, il se produit de la congestion utérine, accompagnée de phénomènes de tension douloureuse au niveau des seins. Si la femme n’a pas d’utérus ce symptôme ne se produit pas.

            Les auteurs discutent la situation biologique relative entre auto-greffes ovariennes d’une part et implantation de comprimés d’autre part. Pour ce qui concerne les opérés chez lesquelles l’utérus est laissé en place, il est évident que les hémorragies constantes déterminées par la résorption des corps œstrogènes implantés élimine la mise en pratique de cette technique. Par contre, les greffes, réactif biologiquement sensible, permettent dans la presque totalité des cas le maintien de la menstruation.

            Pour ce qui concerne la prévention du syndrome de castration avec utérus enlevé, les auteurs pensent mettre à peu près sur le même pied ces deux techniques si essentiellement distinctes biologiquement.

            L’expérience de l’un de nous lui a montré que l’action des auto-greffes paraît s’étayer sur des temps plus prolongés. C’est pourquoi il pense que la technique des auto-greffes ovariennes destinées à prévenir la ménopause au cours des hystérectomies occupe une place privilégiée vis-à-vis de l’implantation des comprimés. Cette remarque ne minimise en rien la valeur du travail présenté, car celui-ci montre que l’inclusion de comprimés peut être avantageusement utilisée chez les hystérectomisées lorsque les auto-greffes ovariennes ont épuisé leur action.

            Nous estimons que ce travail, effectué pendant la guerre dans le Service de Gynécologie de l’Hôpital St Pierre, apporte une intéressante contribution aux conditions d’utilisation des corps œstrogènes. Nous vous proposons d’adresser des remerciements aux auteurs et de publier leur travail dans le Bulletin de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 30 novembre 1946.