Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit présenté par MM. P. Denys et A. Dereymaeker, de Louvain, sous le titre : "Contribution à l'étude des formes encéphalitiques de la paralysie infantile"

La Commission était composée de MM. P. Govaerts et P. Van Gehuchten, Rapporteur.

            Les auteurs font d’abord une remarquable mise au point de l’état actuel  de la question. Les travaux anciens et récents prouvent que si le virus de la poliomyélite a une affinité spéciale pour la substance grise motrice et principalement pour celle des renflements cervicaux et lombaires de la moelle, il n’est certes pas question d’une affinité exclusive. A l’examen anatomo-pathologique, on retrouve, en effet, des lésions non seulement dans le bulbe et la protubérance, mais encore dans le mésencéphale, le diencéphale, le cervelet et le cortex cérébral, principalement dans la zone motrice.

            Il est intéressant de noter que les lésions cérébrales s’accompagnent rarement de nécrose des cellules nerveuses, si fréquente dans la moelle, ce qui peut expliquer le peu d’importance des symptômes cérébraux ou leur guérison souvent complète.

            Cette même diffusion des lésions et du virus a été retrouvée dans la poliomyélite expérimentale.

            L’étude de la distribution du virus dans le système nerveux a donné des résultats analogues, Sabin et Ward l’ont retrouvé dans le cortex moteur, le diencéphale, le mésencéphale et le bulbe.

            Passant à l’étude des formes cliniques, les auteurs rappellent que les formes bulbaires, connues depuis longtemps et admises par tous les auteurs, sont devenues beaucoup plus fréquentes au cours des récentes épidémies. Par contre, l’accord est moins bien réalisé au sujet des localisations cérébrales de l’infection. Quelques auteurs font rentrer dans le cadre de la poliomyélite la polioencéphalite hémorragique du type Strümpell ; la plupart distinguent nettement les deux affections. Les observations récentes de Fischer et Stillermann (1935), de Weber et Schmidt (1937), de Müller (1937), de Levinson (1940), de Franconi (1942) et d’autres, prouvent que les encéphalites dues au virus de la poliomyélite doivent être admises au triple point de vue clinique, anatomo-pathologique et expérimental.

            Les auteurs rapportent ensuite et discutent 8 cas d’encéphalite observés durant l’été de 1945. Durant cette même période, ils ont rencontré 23 cas de poliomyélite classique, alors que pendant une période de quatre ans, de juin 1941 à juin 1945, ils n’ont observé que 6 cas d’encéphalite pour 2 cas de poliomyélite.

            De ces 8 cas, 2 sont des formes principalement bulbaires, mais 6 ont présenté les symptômes caractéristiques d’encéphalite : fièvre avec somnolence ou coma, signes pyramidaux, convulsions, myoclonies. Dans 5 cas, l’évolution est favorable et la guérison complète et sans séquelles. Trois cas se terminent par la mort. Dans 5 cas sur 8, il existait une pléocytose du liquide céphalo-rachidien. Deux cas ont fait l’objet d’une autopsie, mais un seul a pu être étudié au point de vue histologique et comme dans ce dernier cas les symptômes d’encéphalite sont apparus au déclin d’une rougeole, l’étiologie en est évidemment discutable.

            L’existence d’une encéphalite de nature poliomyélitique ne peut plus être mise en doute et elle diffère de l’encéphalite hémorragique du type Strümpell. Dès lors, le fait d’observer en six mois, en pleine épidémie de paralysie infantile, 6 cas certains d’encéphalite primaire, non hémorragique, alors que durant les quatre années précédentes, sur un même nombre de cas, 3 furent secondaires à une infection connue et 2 présentèrent le tableau de l’encéphalite hémorragique, permet aux auteurs de conclure, avec une très grande vraisemblance, à la nature poliomyélitique de la plupart de leurs observations. Le tableau clinique est d’ailleurs bien celui qui a été décrit par d’autres auteurs à l’étranger.

            Le travail des Docteurs Denys et Dereymaeker constitue une intéressante contribution à l’étude des formes encéphalitiques de la poliomyélite et il est la première étude d’ensemble, basée sur un nombre important d’observations, qui ait été faite en Belgique. A une époque où la paralysie infantile montre une recrudescence, il est de la plus haute importance de connaître les formes diverses que l’affection peut montrer, et à ce point de vue notamment, il est souhaitable que ce travail ait une large diffusion.

            La Commission propose d’adresser des remerciements aux auteurs et d’insérer leur travail dans le Bulletin de l’Académie.

            L’un des auteurs, M. Denys, ayant déjà présenté d’autres travaux à l’Académie, la Commission propose d’inscrire son nom sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 30 novembre 1946.