Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire reçu pour participer au concours pour le prix Alvarenga (1945-1946)

M. O. Gengou, Rapporteur.

            La Commission était composée de MM. J. Bordet, O. Gengou, P. Nolf, R. Bruynoghe, P. Govaerts et J. Roskam.

            Voici ce rapport :

            Le mémoire présenté à l’Académie pour l’obtention du prix Alvarenga est consacré, dit son auteur, « à l’action exercée sur le plasma oxalaté et sur le fibrinogène par les enzymes protéolytiques de diverses espèces microbiennes ».

            Divers agents bactériens jouissent en effet de la propriété de provoquer, en s’y multipliant, la coagulation des plasmas oxalatés. Il en est ainsi notamment du staphylocoque, des bacilles diphtériques, pyocyaniques et pesteux, ainsi que de certains actinomyces. La plupart d’entre eux sécrètent, dans des milieux tels que le bouillon oxalaté, leurs substances actives, dont, après éloignement de tout germe vivant, on peut étudier l’action sur le plasma oxalaté, de même que sur les solutions de fibrinogène. Ces substances sont, en réalité, des enzymes protéolytiques, capables dans des circonstances déterminées, non seulement de provoquer la coagulation du plasma ou du fibrinogène, mais aussi d’atteindre le terme réel de leur action, c’est-à-dire de lyser la fibrine due à leur intervention, voire même de lyser le fibrinogène avant toute coagulation.

            Mais cette double action ne relève pas, pour tous les germes étudiés, d’un même mécanisme ; ils se groupent à cet égard en deux catégories :

            Dans l’une, représentée essentiellement par le staphylocoque, la sécrétion microbienne agit directement sur le fibrinogène du plasma, qu’elle coagule, sans recourir à l’intervention des substances-mères de la thrombine, qu’on les appelle prothrombine, serozyme, thrombogène, etc… et qui sont présentes dans le plasma. Les lipoïdes des extraits plaquettiques ou tissulaires n’accentuent pas son pouvoir. Bref, elle exerce son action coagulante sur le plasma oxalaté, sans concours étranger, tout comme la thrombine elle-même. Comme celle-ci, les sécrétions actives des germes de cette catégorie agissent sans modifier le pH du milieu. Aussi les réunit-on sous le nom de substances thrombinomimétiques.

            Dans la seconde catégorie se rangent les autres germes, dont le bacille pyocyanique est le prototype. Leur action coagulante ne s’exerce que grâce à l’intervention des substances-mères de la thrombine, ou au moins de l’une d’entre elles, prothrombine, sérozyme ou thrombogène suivant les appellations des divers auteurs. Ils transforment celles-ci, même en l’absence de calcium, en thrombine, qui coagule le fibrinogène. Leur action sur la prothrombine est favorisée par la présence de lipoïdes cellulaires, tels que le cytozyme. Elle s’accompagne d’une modification profonde du pH du milieu, caractéristique des actions enzymatiques.

            Contrairement aux sécrétions des germes de la première catégorie qui coagulent le plasma phosphaté, les sécrétions du second groupe ne le peuvent, quand ce plasma est bien débarrassé des substances-mères de la thrombine.

            La quantité de thrombine formée lors de l’action de ces sécrétions est proportionnelle à la quantité de prothrombine présente. Au contraire, la vitesse de sa production est indépendante de cette dernière et est proportionnelle à la quantité de prothrombine présente. Au contraire, la vitesse de sa production est indépendante de cette dernière et est proportionnelle à la quantité d’enzyme employée.

            Cette division des sécrétions microbiennes en deux catégories paraît suspecte à certains auteurs, pour qui la staphylocoagulase agit, comme la pyocyanicoagulase, par l’intermédiaire des substances-mères de la thrombine présentes dans les milieux, alors qu’on les en croit absentes.

            Quels éléments nouveaux l’auteur apporte-t-il à la solution de ce problème ? Il perfectionne tout d’abord la préparation des substances microbiennes, soit par l’emploi de milieux synthétiques adaptés à la culture des actinomyces, soit par l’addition de glycérine aux cultures du bacille pyocyanique, d’amidon à celles du staphylocoque, soit en soumettant celles-ci à une large aération. Il ne dit cependant pas si l’action de ces procédés ne consiste pas simplement dans une accentuation de la prolifération microbienne.

            D’autre part, il accuse l’acidification du milieu par la fer fermentation des sucres qui y sont introduits de détruire la staphylocoagulase, alors qu’il montre cependant que le pH du milieu peut présenter de larges variations, sans nuire à sa production.

            Il ajoute aux méthodes déjà connues de concentration des substances étudiées, l’évaporation des cultures pyocyaniques dans le vide en dessous de 60°, ainsi que la congélation et la précipitation par le sulfate ammonique à un pH = 4.

            Il démontre enfin que le bacille prodigiosus et les actinomyces doivent être joints aux germes agissant comme le bacille pyocyanique.

            Mais ses recherches ont surtout pour objet le mécanisme de l’action des substances microbiennes. Elles l’amènent à considérer comme fondée la distinction en deux catégories rappelée plus haut.

            Il fait observer que l’on a pu constater, avant leur lyse par l’enzyme protéolytique qu’est la staphylocoagulase, la coagulation passagère et incomplète de solutions de fibrinogène, apparemment dépouillée de toute substance-mère de thrombine. Leur coagulation devient, au contraire, plus complète et plus persistante, voire définitive, chaque fois que la fibrinolyse est retardée ou inhibée. Il en est notamment ainsi, soit quand on fait agir sur une solution de fibrinogène préparée suivant la méthode de Laki, une quantité insuffisante de produit microbien, soit quand on opére à 20° et non à 37°, soit encore quand on introduit dans le mélange des substances antifibrinolytiques, comme les globulines plasmatiques ou le thrombogène de Nolf.

            Aussi, la staphylocoagulase peut-elle coaguler des solutions impures de fibrinogène, alors que la pyocyanicoagulase ne le peut, n’y trouvant pas en quantité suffisante les substances-mères de la thrombine, dont elle a besoin pour provoquer la coagulation.

            L’auteur montre à ce propos l’existence, dans les cultures de staphylocoagulase , et qui, ajoutées aux solutions purifiées de fibrinogène, entravent la lyse et arrêtent l’action de l’enzyme au stade de la coagulation.

            Enfin, il rappelle que la distinction des agents microbiens en deux groupes se retrouve dans l’action des ferments protéolytiques sur les plasmas oxalatés. La papaïne et certains venins de serpent agissent comme la staphylocoagulase (Eagle, Hanut), tandis que la trypsine et d’autres venins se rangent à côté de la coagulase pyocyanique.

Séance du 29 juin 1946

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