Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport sur le travail présenté par M. P. Rylant et intitulé : "L'exploration polygraphique de la fibrillation du coeur de la tortue"

La Commission était composée de MM. P. Govaerts et C. Heymans, Rapporteur.

            La physiologie et la physio-pathologie de la fibrillation cardiaque ont déjà fait l’objet de nombreux travaux. Différentes hypothèses ont été proposées pour interpréter la fibrillation. On peut objecter à ces interprétations l’absence d’arguments expérimentaux directs démontrant l’intervention réelle des mécanismes dont on a supposé l’intervention au cours de la fibrillation cardiaque.

            M. Rylant a repris l’étude expérimentale de cet important problème chez la tortue au moyen d’une technique qui permet d’explorer simultanément un nombre suffisant de points de l’oreillette et du ventricule, de façon à suivre le trajet parcouru par une onde d’excitation. A cette fin, M. Rylant a établi une méthode d’exploration polygraphique qui permet l’enregistrement simultané de 25 à 33 tracés oscillographiques.

            Grâce à cette méthode, M. Rylant a pu démontrer que chez la tortue, la fibrillation représente essentiellement une manifestation automatique nouvelle qui apparaît dans le myocarde par ailleurs normal, à la faveur de la diminution de l’intervalle entre des contractions successives provoquées.

            Le pace-maker qui entraîne cette activité rapide du muscle cardiaque est en général localisé dans le tissu jonctionnel auriculo-ventriculaire, mais il peut cependant aussi se localiser en un point quelconque de la masse myocardique. La vitesse d’invasion du cœur par la fibrillation est la même que la vitesse d’invasion par le battement normal. La tachysystolie peut se compliquer secondairement d’un ralentissement anoramal de la conduction et entraîner l’apparition des fibrillations complexes analogues aux fibrillations du ventricule des mammifères et qui se traduisent par l’apparition simultanée de potentialités d’automatisme nouvelles mettant en défaut le « tout ou rien » cardiaque. Ces expériences ne permettent toutefois pas d’exclure l’intervention d’une réexcitation par des « circus contractions » dans les conditions où la vitesse d’invasion du myocarde est très ralentie ; mais déjà sans l’intervention de ce mécanisme, une fibrillation myocardique complexe peut se constituer.

            Cet intéressant travail réalisé avec une technique oscillographique très perfectionnée, dont les détails doivent être lus dans l’exposé original, constitue une contribution importante à l’étude du mécanisme des tachysystolies et des fibrillations cardiaques.

            La Commission propose de féliciter et de remercier l’auteur, et d’imprimer son mémoire dans les publications de l’Académie. La Commission rappelle également que M. Rylant, qui présenta déjà plusieurs travaux importants à l’Académie, figure déjà sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.  

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 29 janvier 1944.