Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire de M. Jean Govaerts, à Liège, portant comme titre : "Etude de l'état physico-chimique du phosphore minéral plasmatique à l'aide du radiophosphore 32/15 P en rapport avec le seuil d'élimination

urinaire du phosphore"

M. P. Govaerts, Rapporteur.

            L’utilisation des isotopes radioactifs constitue une méthode très élégante pour étudier le métabolisme des éléments minéraux. Elle permet en effet d’introduire dans l’organisme des atomes de fer, de solium, de potassium, de phosphore, reconnaissables par la radioactivité qui leur a été artificiellement conférée. Les atomes ainsi « étiquetés » conservent leurs propriétés chimiques habituelles et s’engagent dans toutes les combinaisons où l’élément considéré figure normalement dans le métabolisme intermédiaire : on peut donc suivre l’élément étudié dans les étapes successives de son absorption, de son utilisation par l’organisme et de son élimination.

            M. Jean Govaerts a appliqué cette méthode à l’étude de l’état physicochimique du phosphore minéral dans le plasma et de l’excrétion de cette substance.

            Le procédé utilisé consiste à injecter dans le sang une certaine quantité de phosphore radioactif, à examiner dans quelle mesure il élève la teneur du sang en phosphore total et à voir dans quelles propositions respectives le phosphore radioactif et le phosphore ordinaire sont excrétés par les reins. Les méthodes de dosage sont naturellement fort différentes selon qu’il s’agit du phosphore ordinaire ou du phosphore étiqueté : dans le premier cas, on procède à un dosage chimique habituel, dans le second on évalue la quantité de phosphore étiqueté par des procédés physiques utilisant le compteur à électrons de Geiger Müller. La comparaison de dosages obtenus par deux méthodes aussi différentes comporte nécessairement un certain nombre de causes d’erreur. L’auteur ne s’étend guère sur ce point, dont l’importance ne peut du reste être pleinement appréciée que par des spécialistes des méthodes physiques. On peut regretter que le travail présenté ne comprenne pas un exposé de contrôles établissant entre les méthodes utilisées une concordance indispensable à l’appréciation des résultats.

            Les expériences ont porté sur des chiens chloralosés dont les uretères étaient cathétérisés.

            Immédiatement après l’injection intraveineuse de phosphate radioactif, la teneur du sang en phosphore minéral se trouve considérablement augmentée, mais on observe un fait singulier : c’est que l’augmentation de la phosphorémie minérale est tantôt plus grande, tantôt moindre que celle résultant de l’apport de phosphore minéral étiqueté. Ainsi, dans l’expérience n°1, la phosphormie augmente de 2,54 mgr. % alors que l’apport du phosphore étiqueté n’est que 1,5 mgr. %. On devrait en conclure, semble-t-il, que sous l’influence de l’injection de phosphore étiqueté, du phosphore normal préexistant dans élever la phosphorémie totale. Ce phénomène se présente dans les expériences 1, 6, 7, 9, 10 et 11. Au contraire, dans les expériences 2, 3 et 8, la phosphorémie minérale totale s’élève moins que ne le comporte l’apport de phosphore étiqueté, ce qui semblerait vouloir dire ou bien que le sang s’est dilué ou bien qu’une partie du phosphore minéral qui se trouvait dans le sang avant l’injection de phosphore étiqueté a quitté la circulation. Ces constatations sont d’interprétation difficile ; elles laissent subsister le soupçon d’erreurs possibles dans l’établissement d’une concordance entre les analyses physiques et chimiques. Quoi qu’il en soit, l’auteur aboutit aux conclusions suivantes. Immédiatement après l’injection intraveineuse de phosphore radioactif, la proportion de ce phosphore exogène par rapport au phosphore total est beaucoup plus grande dans l’urine que dans le sang. Dans la suite, le pourcentage de phosphore étiqueté contenu dans l’urine diminue et, environ deux heures après l’injection, la répartition du phosphore normal est à peu près identique dans le plasma et dans l’urine.

            Ces particularités de l’élimination urinaire ne dépendent pas de l’anesthésie, comme le prouve une ingénieuse application de la méthode de transplantation des reins au cou.

            Puisque le rein opère une discrimination entre le phosphate exogène injecté et le phosphate endogène du plasma, il en résulte que la plus grande partie du phosphore acidosoluble du plasma n’est pas aussi excrétable que le phosphate sodique injecté et que par conséquent il existe sous une forme différente de celle où se trouve ce dernier.

            L’auteur déduit de ces observations que le phosphore minéral existerait dans le plasma normal sous deux formes : l’une dite « minérale pure » serait seule excrétée par le rein dans les conditions normales ; l’autre, qu’il appelle la forme « dite minérale » ne serait pas excrétable. L’état physique dans lequel se trouverait ce phosphore « dit minéral » n’est pas précisée ; toutefois, il ne s’agirait pas de phosphate calcique colloïdal.

            En résumé, ce travail est une application de la méthode très délicate des isotopes à l’étude d’un problème difficile : l’état du phosphore minéral dans le sang et le mécanisme de son excrétion urinaire. Les faits observés sont intéressants mais ils ne permettent jusqu’ici que des déductions d’un caractère très conjectural.

            La Commission propose d’adresser à M. Jean Govaerts les remerciements de l’Académie et d’imprimer son mémoire dans le Bulletin.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 27 novembre 1943.