Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail soumis par M. Maldague, à Louvain, et intitulé : "Un nouveau procédé de désinfection des porteurs de germes de la diphtérie"

M. O. Gengou, Rapporteur.

            M. Maldague a adopté un problème, qui a bien souvent retenu l’attention des chercheurs. La désinfection de la gorge des porteurs de germes diphtériques constitue en effet un desideratum dont l’épidémie actuelle due au bacille de Loeffler souligne l’importance.

            Il est en effet bien établi que le bacille diphtérique n’est pas ubiquitaire, mais qu’il ne se rencontre qu’à la surface de certaines muqueuses du malade et de ceux qu’il a contaminés directement ou indirectement. Ainsi que le dit l’auteur, la destruction des bacilles de Loeffler à la surface de ces muqueuses réduirait considérablement les risques de contagion. Conjuguée avec la vaccination antidiphtérique, elle abaisserait dans de notables proportions, l’intensité des épidémies.

            Il ne faut cependant pas perdre de vue que la désinfection de la gorge des porteurs de germes suppose la détection de ceux-ci. Or, on n’ignore pas qu’il n’est pas aisé de l’organiser d’une manière systématique, de façon à l’étendre même en dehors du voisinage immédiat des malades, et que les progrès réalisés récemment dans les méthodes de culture du germe diphtérique ne sont pas toujours utilisés dans la technique des services chargés de l’application de cette mesure importante de prophylaxie.

            Ces réserves faites, il faut souhaiter que la méthode, très simple, imaginée par M. Maldague pour réaliser la stérilisation de la gorge ou du nez des porteurs de germe, jouisse réellement de l’efficacité que son auteur lui attribue.

            Nombreux sont en effet les chercheurs qui ont annoncé la découverte de procédés atteignant sûrement ce but, M. Maldague en rappelle un certain nombre. Ainsi qu’il le dit, aucun n’a résisté à l’épreuve du temps.

            L’auteur préconise la pulvérisation dans le pharynx et le naso-pharynx d’un mélange composé de trioxyméthylène, de talc et de glucose. Celui-ci a pour mission de provoquer la sécrétion des glandes des muqueuses atteintes ; le talc a pour rôle d’empêcher la formation de grumeaux de la poudre. Le trioxyméthylène, en se dissolvant, dit l’auteur, se résout en aldéhyde formique, qui constitue l’agent efficient du mélange. Renouvelée à intervalles de deux heures, la pulvérisation fait, d’après les essais de M. Maldague, disparaître le bacille diphtérique en quatre à cinq jours en général. Il semble en outre, que, d’après le protocole de ses expériences, il ne reparaît pas ultérieurement.

            La diffusion de cette méthode dans les milieux où se pose le problème que M. Maldague s’est proposé de résoudre, constitue, pensons-nous, la seule méthode permettant de confirmer ou d’infirmer la valeur du procédé imaginé par cet auteur.

            On peut toutefois faire à sa note quelques remarques : on connaît notamment la difficulté que l’on rencontre le plus souvent pour atteindre par des gargarismes, des lavages, des pulvérisations, etc., la surface entière des muqueuses pharyngienne et nasale, avec toutes les anfractuosités dont elles sont si riches. Rien ne permet de présumer que la nouvelle méthode soit particulièrement efficace à ce propos.

            D’autre part, aucun praticien n’ignore la ténacité particulière du bacille diphtérique à persister chez les sujets porteurs de polypes, de végétations adénoïdes, d’hypertrophie amygdalienne. Il ne semble pas que l’auteur ait eu l’occasion d’appliquer son procédé à des porteurs atteints de ces anomalies et conséquemment d’en éprouver l’efficacité dans ces cas où les méthodes actuellement employées échouent si communément.

            Il n’a pas été tenu compte non plus de l’existence des diverses variétés du bacille de Loeffler, dont certaines notamment le Bacillus gravis résistent particulièrement aux efforts faits pour les déloger. Le travail de l’auteur ne contient pas en effet d’indication sur les variétés parasitant les porteurs qu’il a traités.

            En outre, si l’on ne peut mettre en doute la valeur des contrôles bactériologiques auxquels ses essais ont donné lieu, encore peut-on observer qu’aucun détail n’est fourni sur l’emploi qui aurait été fait éventuellement à ce sujet, des milieux de culture imaginés dans les dernières années pour faciliter la mise en évidence du bacille de Loeffler.

            Enfin, on sait que le trioxyméthylène est très peu soluble dans l’eau et ne se dissout que lentement dans les alcalis. D’autre part, il est par lui-même privé de pouvoir bactéricide. Les procédés de désinfection qui l’utilisent, provoquent la mise en liberté d’aldéhyde formique par l’addition de réactifs, dont les plus usuels sont les oxydants. Il ne semble pas que l’auteur ait cherché à démontrer que, dans les conditions où il emploie le trioxyméthylène, celui-ci dégage de l’aldéhyde formique « à l’état naissant ».

            Ces remarques ne diminuent cependant pas l’intérêt pratique du travail du Prof. Maldague qui aura rendu un grand service à la défense de la santé publique, si l’expérience démontre que le procédé décrit dans son mémoire constitue réellement la solution du problème auquel tant de chercheurs ont précédemment consacré leurs efforts.

            Aussi, votre Commission propose-t-elle à l’Académie d’adresser des remerciements à M. Maldague et d’en insérer le travail dans son Bulletin.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 27 novembre 1943.