Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le mémoire présenté par M. E. Buys et intitulé : "Les réactions à l'accélération angulaire dans la marche aveugle de l'homme"

M. H. Coppez, Rapporteur.

            M. Buys étudie dans ce travail, les réactions tardives ou inverses qui suivent l’excitation de l’appareil vestibulaire par l’arrêt d’une rotation. Il utilise à cet effet l’épreuve dite de la marche aveugle, ou de la marche en étoile, dont il décrit la technique. Il compare les réactions de la marche aux réactions nystagmiques et en tire des conclusions des plus intéressantes au point de vue du mécanisme des réactions vestibulaires inverses.

            M. buys utilise comme excitant l’accélération négative de l’arrêt de la rotation, soit une excitation post-rotatoire primaire qui s’obtient par l’arrêt d’une rotation installée par une accélération positive sub-liminaire, soit une excitation post-rotatoire secondaire, consécutive à une rotation de forme classique supraliminaire.

            A) – Excitation post-rotatoire primaire – Elle est réalisée au moyen du fauteuil Buys-Rijlant, dont le fonctionnement est réglé par une accélération positive de 0,4° seconde seconde et une accélération négative de 4° seconde seconde. L’auteur insiste sur les précautions à prendre pour que les résultats des expériences ne soient pas faussés.

            La réaction directe de la marche aveugle apparaît à la suite d’une excitation d’une durée de 0,5 à 0,8 seconde (accélération de 4° seconde seconde). La réaction inverse exige, en général, une excitation d’une durée légèrement plus longue, soit 0,8 à 1 seconde.

            Si l’on compare les seuils des réactions de la marche aveugle avec ceux des réactions nystagmiques, les valeurs obtenues sont très comparables, surtout pour les réactions directes. En ce qui concerne les réactions inverses, les seuils des réactions nystagmiques sont compris entre les durées de 1,5 à 4 secondes. Ces durées sont relativement élevées, si on les compare à celles des réactions inverses de la marche aveugle (0,8 à 1 seconde).

            Ces expériences montrent que les réactions de la marche aveugle, tant inverses que directes, ont des seuils de valeur très basse : celui de la réaction directe étant nécessairement inférieur à celui de la réaction inverse.

            En ce qui concerne le nystagmus, tandis que le seuil du N. direct se rapproche des deux seuils de réaction de la marche aveugle, le N. inverse possède un seuil sensiblement plus élevé, mais cependant beaucoup plus bas qu’on ne le supposait jusqu’à présent.

            B) – Excitation post-rotatoire secondaire. – La vitesse de rotation adoptée est d’un tour en 2 secondes. L’arrêt est réalisé en 5 secondes, ce qui donne pour l’accélération négative une valeur moyenne de 36° seconde seconde. Le sujet n’est invité à marcher que lorsque les troubles subjectifs ont cessé, soit en général 20 secondes après le début de l’accélération négative.

            La durée des réactions, tant directes qu’inverses de la marche aveugle diffère selon les sujets. Pour les réactions directes, chez les uns, les réactions sont de courte durée, quelle que soit la durée de la rotation ; chez les autres, il existe des variations considérables de la durée de la réaction, celle-ci augmentant d’abord, pour diminuer ensuite lorsque la durée de la rotation passe de 10 à 180 secondes.

            La réaction inverse fait défaut lorsque la durée de rotation n’est que de 5 secondes. Elle apparaît, chez la plupart des sujets, après une durée qui va de 10 à 60 secondes. La durée de la réaction inverse est d’autant plus longue que la rotation a été maintenue pendant un temps plus prolongé.

            Si on compare les réactions nystagmiques à celle de la marche, on constate que le N. oscille entre des valeurs extrêmes moins élevées. La réaction la plus courte capable de produire une réaction nystagmique inverse est de 40 secondes. La réaction N. apparaît ainsi, en général, plus tardivement que la réaction de la marche aveugle. La durée maxima est atteinte après 180 secondes de rotation.

            M. Buys a démontré, dès 1912, que la réaction nystagmique inverse ne se montre jamais à la suite du nystagmus direct, lorsque celui-ci interrompt un autre nystagmus direct de sens opposé. Par contre, la réaction inverse se montre toujours après une réaction de nystagmus direct consécutive à une autre réaction de nystagmus direct de sens opposé, si cette dernière est terminée au moment de l’apparition de la seconde réaction directe. La réaction inverse apparaît également lorsque la réaction directe n’est pas précédée d’une réaction directe de sens opposé. Il existe une similitude de comportement parfaite entre la N. et la marche aveugle.

            On ne peut déterminer exactement la durée de la réaction per-rotatoire de la marche, à cause d’impossibilités techniques. Mais si l’on prend en considération, d’une part le fait que le N. direct per-rotatoire a une durée sensiblement équivalente au N. post-rotatoire direct consécutif à une rotation de longue durée (180 secondes) et d’autre part, le fait que les réactions observées pendant la marche aveugle se comportent comme celles du nystagmus, on peut remplacer la recherche de la réaction directe per-rotatoire de la marche, par celle de la réaction directe consécutive à l’arrêt d’une rotation de 180 secondes.

            Les réactions nystagmiques directes prolongées supposent l’intervention de mécanismes centraux, présidant aux réactions des centres antagonistes. La stimulation de l’appareil vestibulaire périphérique provoque les réactions, mais elle ne conditionne pas directement leur intensité et leur durée. En effet, les réactions inverses de l’œil et de la marche apparaissent à des moments différents pour une certaine durée de la rotation. Il y a donc, pendant un temps donné, opposition entre le sens respectif des réactions de la marche et de l’œil.

            La constatation d’une réaction inverse de l’œil pendant que perdure une réaction directe de la marche, appuie l’hypothèse d’une origine centrale du N. inverse ; M. Buys a démontré l’impossibilité d’expliquer les réactions inverses de l’œil par une stimulation périphérique actuelle, l’hypothèse d’une contre-déviation de la crête ampullaire de durée prolongée étant insoutenable. Ces faits confirment la théorie proposée par M. Buys dès 1913, que toutes les réactions inverses sont originellement centrales.

            M. Buys rappelle également les manifestations étudiées par Sherrington. Ce dernier  démontré que la stimulation de l’un des centres s’accompagnant de l’inhibition des mécanismes antagonistes, la cessation de la réaction initiale entraîne l’apparition d’une réaction par « rebound » dans l’appareil antagoniste.

            La réaction vestibulaire inverse est en définitive due à la prédominance tonique du centre non excité. C’est l’excitation initiale, représentée par l’accélération positive, qui modifie les possibilités réactionnelles en faveur du centre antagoniste ; celui-ci sera sollicité directement par l’accélération négative.

            Le mémoire de M. Buys jette quelque clarté nouvelle sur la question si complexe des réactions vestibulaires. Il fait suite à une longue série d’autres travaux consacrés au même sujet.

            M. Buys a édifié ainsi une œuvre considérable et désormais classique. Nous espèrons que M. Buys se décidera un jour à rédiger une monographie complète de la physiologie et de la pathologie de l’appareil vestibulaire, ce qui lui permettra de condenser le fruit de plus de 30 années de recherches expérimentales et cliniques méthodiquement et inlassablement poursuivies.

            Les rapporteurs proposent : 1°) d’adresser des félicitations à l’auteur ; 2°) d’insérer son mémoire dans le Bulletin de notre Compagnie.

            Ils rappellent que M. Buys est inscrit sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 30 octobre 1943.