Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner les mémoires reçus pour participer au concours pour le prix Alvarenga.

     M. P. Gérard, Rapporteur.

La Commission était composée de MM. Nolf, Debaisieux, Bruynoghe, Heymans et Gérard, Rapporteur.

               Deux mémoires ont été présentés pour participer au Concours pour le prix Alvarenga 1942-1943.

            L’un (mémoire n°1) s’intitule : Contributions à l’étude de l’hypertension par ischémie rénale et porte comme suscription : Ne discute pas, essaie. L’autre (mémoire n°2) a comme épigraphe : Vetera novis augere et s’intitule : Recherches expérimentales sur les transplantations de cartilage de conjugaison.

            L’auteur du mémoire n°1 a pris comme point de départ les résultats des expériences de Brull et Dumont, qui démontrent que pour obtenir une hypertension d’origine rénale chez un chien normal, il est nécessaire que soient réalisées deux conditions : 1°) que les reins aient été irrigués au préalable par du sang prélevé à un animal mis en état de rétention azotée par néphrectomie double ; 2°) que les reins soient soumis à une épreuve ischémique. Suivant Brull et Dumont, l’irrigation préalable a excité la production dans le rein du principe hypertenseur, qui est ensuite libéré pendant la phase ischémique.

            L’auteur s’est demandé si l’influence favorisante qu’exerce la néphrectomie sur la production du principe hypertenseur ne peut être obtenue par d’autres moyens.

            Utilisant la technique de Brull et Dumont, il greffe des reins normaux à des animaux souffrant de néphrite uranique : cette opération ne provoque de hausse de la pression sanguine qu’à condition que les reins greffés soient soumis à une ischémie temporaire.

            L’auteur se demande ensuite quel est le facteur qui, dans le sang azotémique ou néphrétique, favorise la production du principe hypertenseur. Pour répondre à cette question, il provoque une suractivité fonctionnelle des reins greffés par injection, dans le sang du transfuseur, de solutions concentrées d’urée, de chlorure de sodium ou de glycose : l’ischémie temporaire de ces reins provoque régulièrement un effet hypertenseur. Dans une dernière série expérimentale, l’auteur soumet à l’ischémie des reins greffés chez un chien normal et prélevés à des animaux ayant reçu quotidiennement pendant 3 jours 1 à 3 mgr. de thyroxine par kgr. de poids ; ce traitement a pour effet de provoquer chez les animaux ainsi traités une polyurie intense : ici encore, avant l’ischémie, pas d’hypertension ; après ischémie, effet hypertenseur net.

            Ainsi donc toute substance qui provoque une suractivité fonctionnelle du rein ischémié amène la libération dans le sang de substances hypertensives.

            Transportant ces données dans le domaine de la pathologie humaine, l’auteur attribue l’hypertension d’origine rénale à l’action de deux facteurs : l’un, l’ischémie de l’organe par lésion vasculaire ; l’autre, la composition du plasma sanguin, devenue anormale par rétention azotée. Ces notions lui permettent d’expliquer certaines données empiriques de la clinique : influence favorable du régime déchloruré et du régime pauvre en protéines sur les hypertendus : dans tous ces cas, on aboutit à une réduction de la suractivité fonctionnelle du rein et, partant, à une réduction de la production des substances hypertensives.

            L’intérêt que présentent les recherches expérimentales de l’auteur pour la compréhension de l’hypertension artérielle d’origine rénale est incontestable. Ses expériences, conduites avec méthode, lui ont fourni des résultats nouveaux, d’une réelle valeur.

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            Passons maintenant à l’examen du mémoire n°2, sur les transplantations expérimentales du cartilage de conjugaison.

            Les recherches antérieures effectuées sur ce sujet avaient donné des résultats contradictoires, qui peuvent s’énoncer ainsi :

1)    les greffons de cartilage ne se différencient ni ne s’accroissent ;

2)    les greffons de cartilage se différencient, mais ne s’accroissent ;

3)   les greffons de cartilage se différencient et s’accroissent : cette dernière proposition n’était soutenue que par une faible minorité de chercheurs.

L’auteur s’est demandé si la discordance des résultats ne provient pas de l’endroit choisi pour l’implantation du greffon, l’os même, mal irrigué, et par conséquent peu favorable à la reprise du greffon.

C’est pourquoi il a choisi le rein comme territoire de greffe, en insinuant les transplants sous la capsule de l’organe ; le greffon se trouve plongé dès l’abord dans une atmosphère dépressible et abondamment irriguée, où ses capacités évolutives peuvent se manifester sans entraves.

     Il a ainsi transplanté : 1°) des cartilages de conjugaison surmontés de leur épiphyse cartilagineuse, ce complexe entouré de son propre périoste-périchondre ; 2°) des fragments prélevés au centre de ce même complexe et largement dépériostés ; 3°) des fragments identiques mais sur lesquels avait été appliqué étroitement un fragment de périoste.

La « reprise » de ces différents greffons se fait avec la plus grande facilité : on peut les retrouver aisément après des temps variés, les isoler, et les orienter facilement pour leur étude histologique.

Celle-ci a permis à l’auteur de formuler les conclusions suivantes :

1°) Dans les trois premières semaines qui suivent sa transplantation, le greffon cartilagineux, muni de son périoste, continue à s’accroitre et à se différencier de l’os spongieux à un rythme presque identique à la normale.

2°) Après la troisième semaine, l’accroissement en longueur cesse et le tissu osseux formé se résorbe. Cependant, l’accroissement du cartilage en largeur se poursuit pendant plus de deux mois, et l’encoche d’ossification garde son aspect normal.

3°) La partie centrale, dépériostée, du cartilage de conjugaison est capable de se différencier de façon autonome, sans la présence d’une épiphyse, d’une encoche d’ossification ou de tissu osseux périostique : l’orientation des groupes isogéniques axiaux dépend donc de facteurs inhérents au cartilage même.

4°) Cette même partie centrale, transplantée après application d’un lambeau périosté sur une de ses faces, forme une encoche d’ossification au niveau de la zone de contact : les cellules périostées les plus profondes de celle-ci se transforment en chondrocytes, qui donnent des groupes isogéniques, et le processus, se continuant, a pour effet d’amener une croissance du cartilage en épaisseur.

5°) La partie centrale transplantée seule est capable d’opérer sur le tissu conjonctif de la capsule rénale une induction telle que celle-ci se différencie en encoche d’ossification. Il semble donc bien que le fonctionnement de cette encoche soit mis en train par la présence du cartilage tout proche.

Ces résultats sont des plus intéressants, en ce qu’ils révèlent qu’une épiphyse d’apparence homogène est déjà déterminée dans sa fonction, et que les différenciations orientées qu’elle présentera plus tard y existent déjà potentiellement ; que, par conséquent, les influences extérieures n’interviennent guère dans le processus de différenciation dont elle sera le siège plus tard.

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Les deux travaux soumis à l’Académie sont d’un mérite incontestable, et n’eût été le règlement, le jury eût souhaité leur voir attribuer le prix Alvarenga ex aequo. Mais puisqu’il faut opérer un classement, il a estimé devoir attribuer la première place au mémoire portant en épigraphe : Vetera novis augere parce que son auteur a fait choix, pour résoudre les problèmes qu’il s’était posés, d’un procédé non encore employé pour ce genre d’expériences, et que par là son originalité s’est affirmée plus grande que celle de son concurrent.

Toutefois, voulant reconnaître le mérite du mémoire sur la pathologie rénale, le jury est d’avis de lui accorder une mention très honorable et serait heureux de voir noter aussi son impression dans les Mémoires in-8° de l’Académie.

     Séance du 17 juillet 1943.