Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit de M. J. Van Espen intitulé : "Contribution à l'étude de la lactation humaine"

M. L. Plumier, Rapporteur.

            On sait que le lait de femme est indispensable à la guérison de certains nourrissons atteints d’affections graves et que bon nombre d’enfants prématurés ou débiles ne peuvent être élevés qu’en recevant du lait de nourrice, tout au moins pendant les premiers temps de la vie.

            Les pédiatres se sont depuis longtemps préoccupés de la meilleure façon de procurer ce précieux lait de femme à leurs petits malades. Les cliniques modernes possédaient depuis une vingtaine d’années des nourrices mercenaires hospitalisées avec leur enfant qui, après avoir allaité celui-ci, donnaient un supplément de lait recueilli par traite manuelle ou mécanique.

            Ce système à longtemps donné toute satisfaction, mais peu à peu le recrutement de ces nourrices est devenu de plus en plus difficile et il a fallu recourir à un autre moyen qui consiste à obtenir des femmes allaitant leur enfant et habitant chez elles, qu’elles fournissent une certaine quantité de leur lait, qui leur est payé au juste prix. Les centres qui s’occupent de recueillir et de distribuer ce lait s’appellent Lactarium.

            Un centre de ce genre a été créé à Bruxelles par l’Œuvre Nationale de l’Enfance, un autre fonctionne à Liège à la Clinique pédiatrique universitaire.

            M. Van Espen, qui dirige le lactarium de Bruxelles, a profité des circonstances favorables dans lesquelles il était placé pour chercher à étudier une série de questions :

            1) Les signes annonciateurs d’une sécrétion lactée surabondante ;

            2) La corrélation du taux des graisses avec différentes variables ;

            3) L’influence exercée par le taux butyreux du lait maternel sur la santé du nourrisson ;

            4) L’évolution de ce taux au cours de la lactation ;

            5) L’influence du régime alimentaire sur la teneur du lait en matières grasses et sur le volume de la sécrétion.

            La contribution de M. Van Espen à la solution de ces questions consiste à apporter les résultats des observations qu’il a pu faire sur le lait fourni au Lactarium qu’il dirige.

            Malheureusement, l’auteur l’avoue lui-même, il n’a pas toujours pu se placer dans des conditions d’observation rigoureusement scientifique. C’est ainsi que, pour apprécier les signes annonciateurs d’une sécrétion lactée surabondante, il se base sur la quantité de lait fournie par chaque femme sans tenir compte de la quantité que ces femmes ont donnée à leur nourrisson et qui est de loin la plus importante, puisque la quantité moyenne de lait apportée par femme est, au lactarium de Bruxelles, de 263 centimètres cubes par jour. Ce chiffre est de beaucoup inférieur à ceux donnés par les autres établissements similaires.

            Le même reproche peut être fait à l’étude des chapitres suivants. L’influence du régime alimentaire sur la teneur du lait en matières grasses et sur le volume de la sécrétion, par exemple, est étudiée sans qu’on sache ce qu’ont réellement mangé les nourrices, ni même si leur poids s’est modifié pendant la période de restriction théorique.

            L’auteur se base souvent, d’ailleurs, plutôt sur les données bibliographiques que sur ses propres constatations pour établir ses conclusions. Il conclut, par exemple, que le taux butyreux du lait est fonction de l’abondance des graisses dans le régime, alors que la richesse de celui-ci en hydrates de carbone paraît dépourvue de toute influence, sans avoir fait une seule expérience sur ce sujet.

            En réalité, le travail que nous soumet M. Van Espen est, plutôt qu’un travail scientifique, une revue générale additionnée de résultats statistiques.  

            En conclusion, votre Commission vous propose de remercier l’auteur et de déposer honorablement son mémoire dans les archives de l’Académie.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 29 mai 1943.