Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit de M. J. François, intitulé : "L'hétérochromie irienne de Fuchs"

En l’absence de M. Weekers, empêché, le rapport a été communiqué par M. Coppez, son Collègue dans la Commission chargée d’apprécier le travail de M. François.

            L’hétérochromie irienne de Fuchs est une affection oculaire mal connue tout au moins au point de vue pathogénique. Dans son mémoire, M. François relate six observations personnelles qu’il utilise judicieusement pour présenter une étude d’ensemble de la question.

            Le plus souvent congénitale, l’affection est unilatérale. Par suite d’un certain degré d’hypochromie, l’iris de l’œil malade est plus clair que celui de l’œil sain, d’où la dénomination d’hétérochromie irienne. Fuchs, en 1906, publia un travail particulièrement important sur ce sujet.

            En plus du changement de couleur de l’iris, la présence de fins précipités à la face profonde de la cornée et le développement d’une cataracte débutant dans les couches corticales postérieures sont des symptômes pour ainsi dire constants.

            Ce qui est remarquable, c’est l’absence complète des symptômes habituels d’une iritis ; il n’existe pas d’injection ciliaire, pas de synéchies postérieures, pas d’hypopion. On observe parfois un trouble du vitré. M. François apporte quelques précisions de détail sur cette symptomatologie de l’affection.

            Le vrai problème à résoudre consisterait à élucider la pathogénie de cette maladie oculaire. Trois théories se trouvent en présence. D’après Fuchs et – il faut bien le reconnaître – cette explication garde encore maintenant une grande valeur, il s’agit d’un processus inflammatoire torpide, de nature indéterminée, survenant pendant la vie intra-utérine ou pendant la première enfance. La tuberculose a été incriminée ; quelques auteurs ont observé l’évolution vers une irido-cyclite tuberculeuse plus ou moins bien caractérisée.

            Une autre théorie rattache l’hétérochromie irienne de Fuchs à une lésion du sympathique. Parfois, on constate, en plus des symptômes habituels, des signes pupillaires en rapport soit avec une parésie, soit plus rarement avec une excitation du sympathique. Bistis et à sa suite de nombreux auteurs admettent que l’hétérochromie de Fuchs est due à une paralysie congénitale ou acquise du sympathique cervical. Cette paralysie entraîne des troubles vasomoteurs qui sont la cause des précipités descémétiques et de la cataracte. Certaines recherches expérimentales, non cependant confirmées par tous les auteurs, viennent à l’appui de cette théorie sympathique de Bistis.

            Une troisième théorie, celle de Passow, fait un rapprochement entre l’hétérochromie de Fuchs et le Status dysraphicus de Bremer. On sait que Bremer, au cours de ses recherches sur les caractères héréditaires et familiaux de la syringomiélie, a observé dans les familles des syringomiéliques des stigmates divers dus à une perturbation dans l’occlusion du tube neural primitif.

            Passow, se basant sur ses observations cliniques, a émis cette opinion que l’hétérochromie de Fuchs constitue précisément un de ces stigmates. L’altération du sympathique cervical qui en est la cause serait due à des lésions embryonnaires de la moelle. Il s’agirait somme toute d’une syringomiélie larvée. Cette théorie de Passow a reçu l’adhésion de divers auteurs.

            Des examens anatomiques ont pu être pratiqués dans un petit nombre de cas. Les résultats ne sont pas probants : on constate soit des lésions inflammatoires banales, soit quelques lésions dégénératives. Dans un cas personnel de M. François, des lésions observées sont surtout dégénératives.

            La conclusion d’ensemble de l’auteur est négative. Les diverses pathogénies qui ont été proposées ne sont pas satisfaisantes. La cause de l’hétérochromie irienne de Fuchs reste à déterminer.

            Votre Commission propose d’adresser des remerciements à l’auteur et de publier son travail dans le Bulletin de l’Académie. Elle rappelle que le nom de M. François figure sur la liste des aspirants au titre de Correspondant.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 27 mars 1943.