Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'apprécier le travail manuscrit présenté par M. Guy Bruynoghe sous le titre : "Une nouvelle spirillose"

M. J. Rodhain, Rapporteur.

            Dans ce mémoire, M. G. Bruynoghe étudie les propriétés biologiques culturales et pathogéniques d’un organisme spiralé qu’il a isolé par hémoculture chez un malade atteint d’une infection fébrile. Après avoir exposé l’histoire du malade qui a guéri rapidement par un traitement aux sulfanilamidés, l’auteur décrit la morphologie du microorganisme qu’il a isolé du sang au 9e jour de la période fébrile.

            Les caractères de rigidité et la présence de cils mis en évidence par la méthode de Cazarès-Gil le rattachent indubitablement aux spirilles.

            L’auteur étudie ensuite le comportement du spirille dans divers milieux de culture ; il est parvenu à le faire développer en aérobiose dans le bouillon au sang et sur gélose au sang. Alors qu’en bouillon ordinaire en aérobiose il ne pousse pas, il s’y multiplie en anaérobiose. Il cultive également en aérobiose dans le bouillon ordinaire additionné d’acide ascorbique et, fait plus remarquable, sur gélose ordinaire.

            Il peut vivre jusqu’un mois dans le milieu de Vervoort sous paraffine.

            Les essais faits en vue de vérifier le pouvoir pathogène du spirille ont porté sur des lapins, des cobayes, des souris et un rat sauvage. Deux inoculations à l’homme : paralytiques généraux susceptibles de bénéficier de la pyrétothérapie, ont été réalisées.

            D’une manière générale, le microorganisme s’est montré très peu virulent. Chez deux cobayes inoculés au moyen d’une culture en bouillon au sang frais après que le microbe eut subi une série de repiquage au laboratoire durant une période de 3 à 4 mois, l’hémoculture fut positive. Chez les deux paralytiques généraux inoculés, les hémocultures restèrent uniformément négatives.

            Cependant, dans le sang du malade qui fournit l’hémoculture primitive positive, les épreuves de séro-agglutination montrèrent l’existence d’un haut pouvoir agglutinant. Ce dernier fut retrouvé mais moins élevé chez l’un des deux paralytiques généraux inoculés. Le sérum d’homme normal étant dépourvu de pouvoir agglutinant vis-à-vis du spirille, il semble bien qu’il ne s’agisse pas d’un vulgaire microbe de sortie.

            M. G. Bruynoghe discute ensuite les affinités qui existent entre le spirille qu’il a isolé et deux microorganismes voisins signalés l’un par Pons en Chine et l’autre par Troisier en France.

            C’est indubitablement du Spirochaeta haemophilus de Troisier que le microorganisme isolé à Louvain se rapproche le plus. Il semble pourtant difficile de l’identifier avec Spirochaeta haemophilus car, chez ce dernier, la présence de cils n’est pas renseignée et la culture en anaérobiose ne semble pas avoir été tentée.

            Quoi qu’il en soit, la description morphologique très précise que donne M. G. Bruynoghe du spirille qu’il a isolé, ainsi que les propriétés culturales qu’il a mises en évidence permettront dorénavant de reconnaître aisément cette espèce microbienne lorsqu’elle sera obtenue encore en hémoculture.

            Ainsi aussi pourront être établies avec précision, par des observations ultérieure, la signification clinique réelle des infections que le nouvel organisme peut déterminer chez l’homme.

            Votre Commission propose d’adresser des remerciements à l’auteur et de publier son travail dans le Bulletin de l’Académie avec les microphotographies qui l’accompagnent.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 26 septembre 1942.