Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport sur le travail manuscrit de M. J. Voncken, à Liège, intitulé : Obstruction intestinale par ingestion d'aliments crus.

M. F. De Beule, Rapporteur.

            M. Voncken nous présente une courte note dans laquelle il appelle l’attention sur une cause très spéciale d’obstruction intestinale liée aux conditions anormales de l’alimentation à laquelle, par les temps de disette que nous vivons, sont astreints beaucoup de malheureux. Il s’agit de l’accumulation, dans le segment inférieur de l’iléon, de matières alimentaires crues, particulièrement des carottes et des pommes, ingérées en grande quantité. Ces matières s’agglomèrent en masses compactes qui obstruent la lumière intestinale et distendent la paroi au point que la péristaltique ne parvient plus à les faire progresser.

            L’auteur a observé et opéré cinq cas de ce genre. A l’ouverture du ventre, les constatations furent identiques et très caractéristiques. L’obstacle est constitué par une masse compacte, granuleuse, qui remplit l’intestin au point qu’il a pris l’aspect d’un gros boudin farci de grenaille ou de gravier. Au-dessus, le viscère est dilaté et bleuâtre, au-dessous, par contre, rétracté et blanchâtre. Cette masse est difficilement mobilisation et il faut commencer par la pétrir et la fragmenter pour la faire avancer. Le traitement consiste précisément à refouler progressivement la masse obstruante vers les parties inférieures du grêle et de là dans le cæcum, d’où il est évacué alors par les voies naturelles.

            Cette manœuvre n’est pas toujours facile et dans un des cas il fallut recourir à l’entérotomie. Sur cinq cas, trois malades guérirent régulièrement ; deux moururent, le premier parce que l’obstruction persista, le second par complications péritonitiques.

            Les masses évacuées par entérotomie ou par les voies naturelles furent reconnues comme des agglomérats de carottes crues dans quatre cas, de pommes crues dans le cinquième cas, aliments qui, de l’aveu des malades, avaient été ingérés en grande quantité la veille ou l’avant-veille du début des accidents.

            La relation de M. Voncken est fort intéressante et doit nous inciter à fouiller toujours, avec le plus grand soin, les antécédents immédiats de l’obstruction intestinale. Si nous retrouvons dans l’histoire du malade l’aveu de l’ingestion de grandes quantités de matières alimentaires crues (carottes, navets, pommes), nous ferons bien d’y voir la cause possible de l’obstruction. Il conviendrait alors, à notre sens, avant de conclure à la nécessité inéluctable d’une intervention chirurgicale, d’essayer l’intestin par purge à l’huile de ricin, au besoin même en provoquant une péristaltique intense par ce moyen héroïque que constitue la rachi-anesthésie. Si ces moyens échouent, l’indication de l’opération est évidemment formelle.

            Nous proposons de remercier M. Voncken de son intéressante contribution et de l’engager à continuer ses relations avec l’Académie. Sa note sera insérée dans notre Bulletin.

            Ces propositions sont adoptées.

            Séance du 27 juin 1942.