Académie royale de Médecine de Belgique

|

Discussion de la communication faite par M. M. Brouha dans la séance du 28 mars 1942 sous le titre de : "A propos des exigences de l'asepsie dans les maternités"

M. M. Brouha. – Je suis très heureux de la discussion qui s’est ouverte à la séance de mars dernier sur ma communication, et je remercie ceux de nos Collègues qui ont bien voulu y prendre part. Si je prends à nouveau la parole, c’est que je n’ai pas été long à m’apercevoir de la faiblesse de mes réponses aux objections de mes Collègues et particulièrement à celles du Prof. Bruynoghe, maître en bactériologie. Or, les chirurgiens éprouvent le plus grand respect pour cette science. Ils savent bien qu’ils doivent le plus clair de leur gloire et ne lui marchandent pas leur reconnaissance. C’est vous dire que la moindre observation des bactériologues se revêt à nos yeux d’une grande importance car, en toutes circonstances, nous sollicitons leurs conseils.

            Dans la question actuelle, qui est d’ordre pratique, M. Bruynoghe a bien voulu donner son opinion, laquelle diffère assez de celle des chirurgiens. On peut même dire qu’elle oppose le théoricien au praticien. Chose curieuse, dans ce débat, c’est le praticien qui semble le plus pur au point de vue doctrinal ; il nous paraît plus royaliste que le roi, car il veut pousser l’asepsie plus loin que ne l’exige le bactériologue.

            M. Bruynoghe ne croit pas à la nocivité des visites dans les salles d’opérés. Je n’avais pas spécialement en vue l’infestation de l’air par des microbes pathogènes. Je visais surtout les souillures du milieu apportées par les visiteurs.

            Les chirurgiens n’ignorent pas que l’infection des plaies se fait surtout par le contact des mains, des instruments ou des pansements insuffisamment stérilisés. Peut-on pour cela nier toute possibilité d’infection par les microbes de l’air ?

            M. Bruynoghe nous dit que les microbes de l’air ne sont pas, pour la plupart, pathogènes. Sans doute ; mais, pour être rare, le danger n’en existe pas moins. Nous devons, me paraît-il, nous appliquer à réduire la quantité de germes de l’air. Notre effort dans ce but ne peut pas être considéré comme vain. Or, les microbes de l’air seront d’autant moins nombreux qu’on combattra plus efficacement la souillure grossière du milieu.

            Les chirurgiens et les accoucheurs vouent à cette question plus qu’un intérêt doctrinal. Nous portons aux yeux du public la responsabilité des interventions opératoires. Croyez bien que le sentiment de cette responsabilité ne nous incite nullement à attribuer nos insuccès à des facteurs étrangers.

            Nous savons trop que notre technique n’est pas parfaite. Nous demandons qu’on nous signale nos fautes. Dans le désir de nous corriger, nous serons toujours heureux de recevoir des bactériologistes les suggestions susceptibles de donner la sécurité aux opérés et à nous l’apaisement.

            M. R. Bruynoghe. – Mon excellent Collègue M. Brouha n’a pas apporté d’arguments qui ne puissent me faire changer d’avis.

            Je veux bien admettre que des visiteurs puissent contaminer des malades par contact et qu’ainsi, indirectement, des microbes puissent atteindre des plaies et les infecter. Mais je ne crois pas que l’air ait servi de véhicule à ces microbes. Ainsi que je l’ai rappelé à la séance du mois de mars, j’ai été assistant dans une maternité en 1906 ; nous avons eu à ce moment des cas d’infection puerpérale puis, certainement pendant deux ans, nous n’avons plus eu un seul cas de ce genre, bien qu’aucune mesure spéciale n’ait été prise et que les visites aient eu lieu comme auparavant. Je ne puis donc admettre – et je pense que tous les bactériologues seront d’accord sur ce point – que l’air soit la cause directe de l’infection des plaies.

            Il est clair que les maladies des voies respiratoires peuvent se transmettre par l’air et encore, cette transmission ne se fait-elle que dans le voisinage assez immédiat des malades. Mais il ne s’agit pas de cela en ce moment. Sans doute, si l’on examinait une grande quantité d’air des salles d’hôpitaux, pourrait-on y trouver des microbes de la catégorie des germes pathogènes ; mais cette grande quantité d’air n’entre pas en contact avec les plaies. Il ne faut tout de même pas tomber dans l’excès et exiger, par exemple, de tous les visiteurs le port d’un masque. Songe-t-on à demander que l’on stérilise les billets de banque, qui pourtant sont bien plus contaminés que l’air ? Les rares microbes pathogènes de l’air se déposent, subissent rapidement l’effet de la dessiccation et de la lumière et perdent leur virulence.

            M. M. Brouha. – Je m’excuse de n’avoir pas répondu à tous ceux de nos Collègues qui m’ont posé des questions. M. Brull se demande si les germes de l’infection puerpérale ne proviennent pas surtout des voies génitales inférieures, d’où ils sont transportés dans l’utérus par le toucher ou l’introduction d’instruments.

            Cette idée est conforme aux faits. Les parties basses du tractus génital abritent une flore microbienne abondante et variée qui peut être refoulée vers la cavité utérine par les explorations et les manipulations. C’est le danger du toucher vaginal dont on s’efforce de réduire la fréquence. Dans certaines écoles d’accouchement, on le remplace par le toucher rectal.

            Il y a en obstétrique autre chose que l’infection par contact. On doit y compter avec des genres d’infection particuliers : autogène et endogène dont l’examen nous entraînerait trop loin.

            En résumé, s’il n’est pas douteux que le contact septique est la cause la plus fréquente de l’infection exogène, je ne crois pas que l’on puisse négliger les autres sources de contamination. L’aseptie chirurgicale doit tendre incessamment vers l’idéal que représente l’aseptie bactériologique. Dans cette tâche, il n’y a pas de petits moyens.

            Séance du 30 mai 1942.