Académie royale de Médecine de Belgique

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Rapport de la Commission chargée d'examiner le travail manuscrit de MM. P. Nélis et J.-F. Van den Branden, intitulé : "La dysenterie bacillaire dans la province d'Anvers"

Le travail présenté par le Dr Nélis et le Prof. Van den Branden donne dans tous les détails le résultat de recherches qu’ils ont entreprises à l’occasion d’une épidémie de dysenterie survenue dans la province d’Anvers.

            Contrairement à ce que les auteurs pensent, la dysenterie a été observée aussi en dehors de la province d’Anvers. Nous avons entre autres isolé en 1940 à diverses reprises des bacilles paradysentériques des selles provenant de malades traités dans les hôpitaux universitaires et autres.

            Les auteurs relatent séparément l’épidémie de Hoogstraten et celle de Geel.

            La première, dont le diagnostic bactériologique fut en réalité établi par Guy Bruynoghe, était due au bacille du type Hiss et non à la souche Flexner, contrairement à ce qu’écrivent les auteurs dans leur mémoire : elle a atteint 212 élèves sur 608.

            Nous croyons aussi que la dysenterie a été amenée au petit séminaire par les élèves lors de leur rentrée après les vacances et qu’elle est propagée entre les élèves par contact et peut-être aussi, dans une certaine mesure, par contamination accidentelle de nourriture.

            La dysenterie a été sans doute importée dans le pays par les troupes d’occupation et elle n’est pas la résultante d’une reprise épidémique d’une maladie endémique.

            Sans aucun doute, il y a eu autrefois des épidémies de dysenterie dans le pays et les auteurs apportent à l’appui de cette thèse des renseignements puisés dans les archives ; mais, depuis des années, la maladie n’était plus observée. Pendant la guerre 1914-1918, nous avons isolé plusieurs fois des selles de malades des bacilles paradysentériques ; mais depuis lors nous n’avons plus trouvé ces microbes, sauf quelquefois des bacilles métadysentériques du type Castellani et, à deux reprises, avec plus d’un an d’intervalle, un type aberrant de bacilles dysentériques décrits dans le Bulletin de l’Académie.

            Les recherches exécutées par les auteurs eurent pour but d’obtenir, par l’analyse du sérum des malades, des précisions concernant la valeur de cet essai pour le diagnostic comme tel et comme méthode de diagnostic rétrospectif et dépister par l’analyse des selles les porteurs de germes.

            Pour ce qui concerne la recherche des agglutinines, il y a lieu de signaler qu’elles peuvent être absentes dans les cas d’infection par le bacille de Shiga et qu’en conséquence l’absence d’agglutinines anti-Shiga ne signifie pas que ce germe n’était pas en cause (Renaux).

            Leurs recherches sérologiques ont d’abord porté sur le sang prélevé chez les anciens malades.

            Sur 18 sérums ainsi examinés, 5 donnèrent une agglutination nette des bacilles du type Flexner, un n’agglutinait que la souche Hiss et une autre influençait toute une série de bacilles (les bacilles Flexner et les bacilles paratypiques).

            Ils ont ensuite soumis au même essai, en dehors de trois sérums trouvés positifs dans l’essai précédent, 15 sérums prélevés chez des élèves porteurs de germes : la plupart de ces sérums étaient agglutinants vis-à-vis des bacilles du type Flexner.

            Quant à la recherche des bacilles dysentériques dans les selles des anciens malades, ils sont isolé des bacilles du type Flexner (ceux-ci exclusivement chez des anciens malades) et des bacilles paratyphiques B.

            Ils donnent de tous ces bacilles tous les caractères de culture et les résultats des divers essais d’agglutination. Ils en font de même de leurs cultures types, c’est-à-dire des cultures de collection.

            Cette partie du travail devrait être ramenée à ce qu’elle comporte d’effectivement original et les tableaux doivent être réduits en nombre et simplifiés.

            L’étude de l’épidémie de Geel est menée sur le même plan.

            Sans contester la nature de cette épidémie, nous devons cependant faire remarquer que le diagnostic de dysenterie est basé ici exclusivement sur des données cliniques peu précises et sur des recherches sérologiques dont les auteurs admettent également que les résultats sont jusqu’à un certain point sujets à réserve.

            Nous pouvons assez bien souscrire aux conclusions formulées par les auteurs, certaines d’entre elles étant d’ailleurs admises comme classiques.

            Nous remercions le Docteur Nélis d’avoir présenté ce travail en hommage en quelque sorte posthume à son collègue et ami Van den Branden et nous proposons d’insérer leur travail dans le Bulletin avec les quelques remaniements que nous avons préconisés dans notre rapport.

            Ces conclusions sont adoptées.

            Séance du 30 mai 1942.